‹ Correspondance diplomatique de talleyrand (volume 2)Chapitre 44 sur 74 · LA SUEDE · texte numérisé non relu

LA SUEDE

Si on calcule tout ce que lalliance de la Suède a coûté à la France depuis un siècle , si on met en opposition les services qu'elle a rendus , on est peu tenté de s'affliger des événements qui l'ont rompue. On ne regrette point surtout que le traité du 28 fructidor n'ait eu qu'un commencement d'exécution, et que la République ait épargné quelques millions qui n'auraient point empêché la défection de la Suède pendant la Régence, et qui n'auraient point donné à sa neutralité une efficacité plus favorable à notre commerce.

Mais si ce n'est pas par lui-même que ce royaume nous intéresse, c'est par sa position géographique.

Placé comme en sentinelle auprès de la Russie pour

compter de la part de celui-ci sur une conduite sage et des principes raisonnables. >?

Le Roi décide en outre que Tambassadeur désigné par le Directoire devra s'en tenir au titre de ministre plénipotentiaire, et par ordre exprès, il fait savoir à Sandoz que la nomination de Siéyès lui est personnellement désagréable, tandis que Gaillard, par sa droiture et sa conduite sage et réservée, s'était acquis des titres à sa confiance, que son successeur, quel qu'il soit, n'aura point. (Voir les publications de M. Bailleu, le collaborateur de M. de Sybel à la Direction des archives de Berlin.)

Talleyrand avait fait, de son côté, tous ses efforts auprès de Sandoz, ainsi qu'il résulte de la correspondance du ministre de Prusse à Paris, pour prévenir et conjurer cette impression ; il n'y avait pas réussi. La désignation de Siéyès rendit, dès l'origine de cette nouvelle négociation, l'alliance avec la Prusse et l'entente avec la Russie impossibles.

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le repos de l'Europe, on peut dire avec vérité qu'il y a moins loin de Stockholm à Pétersbourg que de Pétersbourg à Stockholm. Aussi la politique française s'est toujours efforcée de conserver une influence prépondérante sur ce cabinet. Quelquefois la Russie l'a usurpée ou détruite ; mais la Révolution de 1772 avait fixé la balance en notre faveur. Et si notre propre Révolution, si les projets chevaleresques de Gustave III avaient paru le rapprocher de l'Impératrice; si, depuis, le Régent s'est humilié devant elle, les nations sont restées rivales , et il y a toujours entre les Suédois et les Russes des semences de haine que les gouvernements partagent, et qui, d'un moment à l'autre, peuvent être utilement employées.

Ce sont ces considérations qui ont porté le Directoire exécutif à désirer que les rapports diplomatiques fussent rétablis entre la France et la Suède.

Le jeune Roi, qui n'avait participé en rien aux torts de la Régence, qui avait résisté avec énergie aux séductions et aux menaces de l'Impératrice, et dont le mariage inopiné avec une princesse de Bade avait dénoué l'espèce de roman dans lequel son oncle l'avait engagé, ce prince se montra lui-même très disposé à revenir vers l'ancien allié de sa couronne. Mais, égaré par une vanité maladroite, sans doute aussi par de mauvais conseils, il ne fit longtemps que des démarches fausses ou incomplètes, et plus de six mois s'écoulèrent avant qu'il se décidât à envoyer à M. de Staël ses lettres de créance comme ministre plénipotentiaire.

Même on peut supposer que son cœur renferme encore quelque regret dune détermination qu'il s'est en quelque sorte laissé arracher pièce à pièce, et comme il a été dit que les ministres respectifs seraient du même ordre, il n'est pas sûr que l'admission du citoyen Lamarque, comme ambassadeur, n'éprouve quelques difficultés de la part d'une Cour très formaliste, qui n'est pas moins travaillée qu'une autre par les intrigues de l'Angleterre, et qui partage à un haut degré le mécontentement que nos lois récentes contre le commerce anglais et les nombreuses captures qui en sont la suite, ont donné aux puissances maritimes et neutres.

Cette dernière considération est surtout particulière au Danemark, et c'est en parlant de lui qu'elle devra être examinée.

Relativement à la Suède, je remarque que son gouvernement est aujourd'hui dans une indépendance plus absolue de la Russie et de la France qu'elle ne le fut depuis les désastres de Charles XII.

Peut-être tous les malheurs de ce royaume, l'inconstance de son gouvernement, ses excès, ses torts, sa pénurie dérivent uniquement du système subsidiaire, système honteux, qui n'a favorisé que le luxe insensé de la Cour, jamais le bien du pays, et dont tous les bons esprits et même quelques hommes influents désirent, appellent et méditent la destruction.

S'ils réussissent, si le Roi est d'accord avec eux, si ce marché déshonorant, par lequel ses prédécesseurs

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avaient pris l'habitude de soumettre alternativement leurs volontés aux puissances qui les achetaient, cesse d'avoir lieu, la Suède est sauvée. Elle reste libre, indépendante, forte de sa position, de l'énergie de ses habitants, et riche des vrais trésors que son sol renferme. Elle reprend dans le système de l'Europe la place qui lui appartient. La France retrouve en elle un allié d'autant plus solide qu'il ne sera plus acheté, et qu'on saura le seconder plus efficacement qu'en prodiguant à la corruption des subsides perdus pour les deux pays; car la suppression des subsides annuels n'exclut point la juste indemnité des dépenses extraordinaires auxquelles des projets communs et des avantages réciproques auraient donné lieu.

C'est sur cette base que doivent être assis nos nouveaux traités avec la Suède ; mais avant de s'en occuper, deux choses sont nécessaires ; 1" que la résidence du ministre français à Stockholm nous ait rendu sur ce pays les renseignements dont nous sommes privés depuis deux ans, c'est-à-dire depuis une époque décisive pour la Suède, puisque c'est celle d'un nouveau règne ; 2" que les déterminations définitives du cabinet de Berlin nous soient connues , parce que toutes nos relations dans le Nord tiennent essentiellement à celles que nous entretiendrons avec la Prusse.

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