‹ Correspondance diplomatique de talleyrand (volume 2)Chapitre 46 sur 74 · LA PRUSSE · texte numérisé non relu

LA PRUSSE

Ici, le tableau change, il s'agit d'objets plus graves.

Je ne retracerai point au Directoire exécutif toutes les négociations qui ont eu lieu avec la Cour de Berlin depuis celle qui a précédé le traité de Bâle. J'ai eu naguère l'occasion d'en remettre sous ses yeux les détails.

Après la conclusion des conventions éventuelles du 18 thermidor, dans lesquelles le Gouvernement français s'était montré facile en raison de l'espoir qu'il avait

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d'amener la Cour de Berlin à quelque résolution vigoureuse, le Directoire lui a fait trois fois la proposition formelle d'une association complète de moyens et de forces : la première, quelque temps avant la signature des préliminaires de Leoben; la seconde, au moment où les conférences d'Udine paraissaient tendre à une prochaine rupture; la troisième, deux jours avant que nous eussions appris l'événement arrivé à Vienne et le départ de Bernadotte. Chaque fois, la réponse du cabinet de Berlin a été un refus accompagné des protestations les plus amicales.

Quelque récente que soit la dernière dénégation, le citoyen Siéyès est parti, chargé de faire encore une tentative.

Quand on considère que l'alliance proposée à la Cour de BeHin lui présente des avantages bien plus grands que ceux qui nous en reviendraient, quand on acquiert par l'examen la conviction qu'il s'agit pour etle des intérêts les plus immédiatement liés à son existence, tandis que, n'ayant rien à acquérir et sûrs de conserver ce que nous avons obtenu, il ne s'agit pour nous que de travailler au repos de l'Europe, on ne sait quoi admirer le plus de la constance de nos propositions ou de celle de ses refus.

Aussi longtemps que Frédéric-Guillaume a végété sur le trône, lui qui nous avait attaqués en insensé et que ses préjugés de naissance et de secte ramenaient sans cesse vers nos ennemis, on a pu ne pas s'étonner qu'ayant renoncé à combattre contre nous, il répugnât

cependant à s'unir avec nous. Sa santé seule pouvait motiver sa résistance. Mais son fils, jeune, se faisant gloire d'apprécier et de prendre pour modèle l'immortel Frédéric, n'ayant eu avec nous aucune querelle particulière, ne devant pas douter que, quelque chose qui arrive maintenant, jamais l'Autriche ne pardonnera à la Prusse sa première défection , comment peut-il hésiter à saisir nos ouvertures?

Pourquoi, quand nos agents proposent au cabinet prussien de s'unir à nous, quand ils lui développent les conséquences de prospérité et de gloire qui doivent en résulter pour lui, voit-on qu'aucune d'elles ne leur est contestée, qu'on ne met en doute ni notre puissance ni le succès probable de nos efforts réunis, et que cependant on se concentre alors dans une indifférence absolue, qu'on repousse toute idée d'agrandissement, qu'on s'effraye des moindres changements? Est-ce notre force ou notre volonté qu'on suspecte?

Par nos succès, nous avons étonné l'univers ; mais par nos principes, nous avons effrayé tous ceux dont la puissance est fondée sur une base qui leur est contraire.

Nous sommes dans cette position que quiconque a cessé d'être notre ennemi mettra tout son soin à ne plus le devenir, mais que peu désirent notre amitié. Nous avons imprimé de la crainte et du respect, ce qui exclut la confiance. Nous avons beaucoup de gloire, ce qui produit l'admiration; mais ce qu'on appelait en politique de la considération, nous ne l'avons point

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encore obtenu, parce que notre gouvernement est nouveau, parce que les rois de l'Europe ont toujours au fond du cœur la pensée qu'il pourrait être détruit, parce qu'ils nous croient sans autre système que de marcher sans cesse à la propagation de nos principes.

J'établis comme certain que si le Gouvernement français pouvait détruire à Berlin, à Madrid, chez le plus puissant comme chez le plus petit prince de l'Europe, et cet espoir secret et cette constante inquiétude, au lieu d'alliés timides, involontaires, et qui portent la précaution jusqu'à la mauvaise foi, nous aurions aussitôt des amis zélés, des coopérateurs ardents dans ceux que des intérêts évidemment semblables doivent unir à notre système.

N'en doutez point. Ce sont les arguments tirés des vues qu'on nous suppose, qu'on emploie auprès du monarque prussien pour l'effrayer sur les résultats d'une alliance intime avec la République. On s'efforce même de pousser son effroi jusqu'à le faire entrer dans des mesures dirigées contre ce qu'on appelle notre influence.

La mission du prince Repnin n'a point eu d'objet plus grave que de donner du poids à ces exhortations. Il est facile de deviner jusqu'aux raisonnements dont il fait usage, et qu'il ne manque pas de tirer des événements d'Italie et de Suisse, ainsi que de nos propositions au congrès. Jusqu'ici, tout nous annonce que la Cour de Berlin a résisté aux propositions qui lui ont

été faites et qui étaient dirigées contre nous. Accueillera-t-elle mieux celles qui lui viendront de nous?

On ne l'a point caché au citoyen Siéyès. Peut-être sa mission rencontrerait moins d'obstacles dans le cas où le Gouvernement prussien, trompé sur notre compte, aurait pris des engagements avec nos ennemis (parce qu'en détruisant son erreur, on changerait ses résolutions), que si, pour se soustraire à ceux qui lui ont été proposés, il s'est renfermé dans la promesse d'une neutralité absolue.

Ce système paraît être le système chéri de M. d'Haugwitz qui l'aura fait adopter à son Roi. Il lui aura inspiré la crainte qu'en profitant de la circonstance actuelle pour s'arrondir en Allemagne, il ne donnât à l'Empereur l'occasion d'y faire des acquisitions considérables, et l'idée d'empêcher ce prince d'entrer en possession de Salzbourg et de la partie de la Bavière qu'on suppose que nous lui avons permis de prendre, aura suffi pour décider la Prusse à renoncer à ses propres dédommagements et à ceux de la Maison d'Orange ; alors, il faut s'attendre que, loin de favoriser à Rastadt nos dernières demandes, elle soutiendra la résistance qu'elle vient de leur opposer, et, sans vouloir s'armer contre nous, elle combattra nos projets de toute l'influence de son crédit en Empire.

C'est vraiment une position extraordinaire que celle où nous nous trouvons vis-à-vis de la Prusse, et j'ai lâr persuasion qu'il ne faut pas moins que l'habileté du citoyen Siéyès pour amener ce cabinet à des résolu-

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tiens qui nous soient favorables. Mais, je le répète, pour avoir des succès à Berlin, il faut frapper à leur racine les fausses idées qu'on a accumulées contre nous, il faut prouver par notre conduite mieux que par nos discours combien nous sommes éloignés des intentions qu'on nous prête, que notre foi est stable et notre politique sans détours comme sans variation.

Nota, Dans un rapport que j'ai fait, il y a quelques mois, sur un plan complet de pacification avec l'Allemagne, le Directoire peut se rappeler que j'avais insisté vivement sur l'intérêt que nous avions de reculer la Prusse de nos frontières actuelles et de celles de la Batavie pour l'étendre et l'arrondir à l'est et au nord de l'Allemagne; ce qui supposait des échanges, des compensations, dont l'effet aurait été de placer toutes les puissances secondaires de l'Allemagne comme en faisceau au centre de cette contrée, et comme un puissant intermédiaire entre la République et l'Autriche, entre la République et la Prusse,

A l'appui de cette idée, dont l'importance s'accroît chaque jour à mes yeux, je dois citer quelques phrases d'une dépêche du citoyen Siéyès :

" Certes, la politique de la France ne peut pas être « de laisser disparaître ni même trop s'affaiblir ce tiers « parti de l'Allemagne, ces Etats indépendants qui « doivent être ses futurs alliés les plus intéressants, « ses protégés nécessaires. Avec eux, la République « tiendra sous son influence les côtes occidentales de

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« l'Allemagne, la portion du globe la plus importante « pour nous, quand on songe que, par ce moyen, le « Directoire pourra, à son gré, fermer au commerce « anglais tous les marchés, tous les ports du conti- « nent, depuis Gibraltar jusqu'au Holstein.

« Il est impossible que nous laissions établir sur « cette mer une grande puissance militaire susceptible « d'échapper à notre protection et capable de s'allier « un jour avec la Grande-Bretagne. Quand nous avons « su ôter à cette dernière les leviers de la Belgique et ce de la Hollande avec lesquels elle a si longtemps « troublé la paix de l'Europe, commettrons-nous la « faute capitale de lui rendre un pied-à-terre sur le « continent?

ce Il vaudrait mieux donner à la Prusse quelle ques mille lieues carrées du côté de la Pologne ou « même sur la Baltique, que la seule embouchure de <c l'Elbe ou du Weser. «

Ce sont ici des maximes d'Etat qui peuvent trouver encore leur application et qu'il est important de méditer avec soin.

' l'autriche.

Si quelqu'un devait apprécier la modération de la République, c'est l'Empereur. Je ne crois pas que l'histoire offre un exemple de succès plus grands sacrifiés plus volontiers au désir de la paix.

Cependant, on dirait que cette orgueilleuse Maison

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d'Autriche a déjà oublié ses revers, et que, prompte à mal interpréter notre indulgence, elle se prépare sans effroi à rentrer en lice.

Du moins, il est constant qu'il existe à Vienne un parti qui veut la guerre et qui, ayant à sa tête le baron de Thugut, stipendiaire presque avoué de l'Angleterre, de même qu'il employa tous ses efforts pour empêcher la conclusion de la paix, ne néglige rien pour nous remettre les armes à la main.

Cette faction, il est vrai, n'a point encore l'aveu formel de l'Empereur. Ce prince faible et mélancolique, moins effrayé qu'aigri par les disgrâces qui ont marqué son règne, flotte, incertain, entre toutes les impulsions qu'il reçoit, excité par Thugut, Rasomowsky, Eden et les nombreux agents de ce parti, mais retenu par l'Impératrice, qui tremble que le premier coup de canon ne fasse choir le trône de son père.

Cependant, à peine la paix est-elle rétablie entre la France et l'Empereur, que déjà on a vu éclater sur plusieurs points de la mésintelligence. De la part de MM. de Metternich et de Lehrbach, au congrès, nous n'avons éprouvé que de l'opposition à nos vues. Quand le Directoire a cru convenable d'envoyer un ambassadeur à Vienne, ce témoignage d'empressement est demeuré sans réciprocité, et bientôt nous avons eu la preuve qu'il y avait, sinon dans le cœur même de l'Empereur, au moins dans ses plus puissants alentours, plus que de la froideur à notre égard, une malveillance prononcée.

Quoiqu'il soit possible qu'un peu d'ineonsidération ait eu lieu de la part du citoyen Bernadotte, il est manifeste qu'on avait tendu plusieurs pièges à son ardeur inexpérimentée ' , et qu'on comptait sur elle pour opérer une brouillerie et pour tâcher que la rupture parût venir de la République elle-même, de sorte que l'Empereur aurait été comme malgré lui précipité dans une nouvelle guerre.

C'est encore la modération du Directoire qui a déjoué ce complot. Au lieu de se livrer aux premiers mouvements d'une indignation que la France entière eût partagée, il a sacrifié au maintien de la paix toutes les impulsions d'une généreuse colère. Pourquoi faut-il qu'une démarche aussi pleine de prévoyance et de modération n'ait encore produit à Vienne qu'une impression éphémère, des regrets insuffisants et une réparation incomplète? M. de Thugut a quitté le ministère, mais sa retraite est celle d'un homme qui conserve un grand crédit. M. de Cobenzl, qui l'a remplacé, est venu en personne pour négocier un raccommodement ; mais si cette démarche est déjà une sorte de réparation, peut-elle suffire?

Le ministre autrichien s'était flatté que sa mission à

' Le 6 brumaire, Talleyrand écrivait à Bernadotte : « Je vous fais passer, Citoyen, un arrêté du Directoire, en date du 6 de ce mois, et confirmatif de la loi du 18 fructidor an IV, auquel je ne doute pas que vous n'ayez eu soin de vous conformer dans le temps. Ainsi, je ne crois pas avoir besoin de vous rappeler que ses dispositions sont impératives, et que sous aucun prétexte, et de la part de qui que ce soit, vous ne devez recevoir officiellement d'autre dénomination que celle de citoyen. »

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Seltz absorberait jusqu'aux plus importantes opérations du congrès de Rastadt.

Attiré par Tespoir de se retrouver avec Bonaparte et de reprendre avec lui plusieurs des points du traité qu'ils ont conclu ensemble, il s'attendait ou feignait de s'attendre à plus que des explications amicales sur la Suisse, sur Rome et sur les arrangements ultérieurs de l'Allemagne.

Il rapportait la proposition qu'il avait déjà faite à Rastadt de transporter en Italie tous les dédommagements de l'Empereur. Cette idée est chère à la Cour de Vienne; en s'y prêtant, on obtiendrait d'elle tout ce qu'on peut désirer. Mais le piège est évident, et le Directoire n'a eu garde d'y tomber.

Que deviendrait la liberté en Italie si l'Autriche, déjà si puissante au nord et à l'est de cette contrée, empiétait encore sur la Cisalpine? Comment s'opérerait la restauration de l'Allemagne si l'Autriche, désintéressée dans l'affaire des sécularisations, n'y mettait plus que des obstacles ?

En repoussant, et sans discussion, l'ouverture de M. de Cobenzl, le Directoire a pareillement persisté à éloigner de la négociation de Seltz tout ce qui n'est point relatif à l'événement de Vienne. Isoler ainsi cette affaire, c'est donner plus d'éclat à l'espèce de satisfaction qui se tire du voyage même de M. de Cobenzl ; mais celui-ci, perdant l'espoir de noyer la réparation dans des objets d'un intérêt majeur, ne met plus que de la résistance à tout ce qui lui est demandé, et le

courrier qu'il a expédié à Vienne peut apporter une telle réponse que les conférences se trouvent aussitôt rompues et que le Directoire ait à prononcer s'il est satisfait ou non, si la paix subsiste ou si la guerre doit recommencer.

l'empire.

Il se présente ici une question importante.

Dans le cas, qu'il faut prévoir, où il deviendrait inévitable que les hostilités recommençassent avec l'Empereur, quel serait l'intérêt de la République vis-à-vis de l'Empire?

Faudrait-il rompre aussitôt les négociations de Rastadt? Faudrait-il, au contraire, brusquer la conclusion et déterminer l'Empire à conclure la paix sans la participation de son chef?

Par le premier parti, on acquerrait l'avantage de faire vivre en Allemagne une ou deux armées, de pénétrer en Bohême et jusqu'au cœur des possessions autrichiennes par la route du Danube; mais on s'exposerait à voir se renouveler les levées en masse de la Franconie, et si la propagation de la liberté se rendait redoutable sur la rive droite, on courrait le risque que la Prusse et même la Russie ne prissent fait et cause pour l'Autriche et pour le régime allemand, ce qui pourrait prolonger encore d'une manière indéfinie le fléau de la guerre.

Par le second parti, n'étant plus tenus sur le Rhin

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quà la défensive, on pourrait diriger en Italie les plus grands efforts de nos armes, ce qui serait peut-être d'autant plus utile qu'il n'est point douteux que l'Autriche est déjà préparée à y porter toute son ofFensive en cas de guerre.

Comme notre position sur le Rhin ne laisse à l'Empire aucun moyen de résistance, et que toutes les forces de l'Autriche concentrées autour de ses possessions héréditaires ne peuvent rien pour la défense des cercles intérieurs, le premier mouvement de nos troupes doit forcer le congrès àpasser par-dessus toutes les difficultés de forme et à signer à l'instant la paix séparée de l'Empire, devenue d'autant plus aisée que, l'Autriche perdant par la guerre ses droits aux dédommagements promis, on serait plus facilement généreux envers les princes qui sont à indemniser.

Que ferait cependant l'Empereur? Il occuperait Salzbourg et une partie de la Bavière, peut-être le cercle entier ; mais alors l'Electeur deviendrait forcément l'allié de la République ; et la conclusion d'un traité d'alliance avec la République helvétique nous mettrait promptement à même d'attaquer à revers le Tyrol et l'Autriche sans offenser la neutralité du Corps germanique, tandis que notre armée d'Italie, marchant à de nouveaux triomphes, reprendrait la route qui l'a déjà conduite aux portes de Vienne.

L'une et l'autre de ces hypothèses mériteraient d'être examinées dans tous leurs détails, et ce n'est qu'après une discussion très approfondie que le Directoire pour-

rait se décider entre elles ; mais il est encore inutile, et j'ai de la peine à m'arrêter trop longtemps sur des suppositions que tous nos vœux repoussent.

Je reviens à la situation actuelle de l'Empire germanique.

Des princes qui le composent, plusieurs sont déjà en état de paix avec la République ; mais leurs traités particuliers, ou ne sont en quelque façon que des préliminaires, comme celui de Prusse et de Hesse, ou auraient besoin, comme ceux de Wurtemberg et de Bade, de la sanction de l'Empire pour leur complète exécution.

L'objet principal, l'objet unique du congrès de Rastadt était donc de rétablir la paix entre la République et l'Empire. Quelque longue qu'ait paru jusqu'ici cette négociation à des hommes qui ont pris l'habitude de voir les événements se succéder avec tant de rapidité depuis neuf ans, il faut convenir que les anciennes négociations de ce genre n'ont jamais eu une marche aussi accélérée.

Déjà deux bases importantes sont posées à Rastadt. La part de la République est convenue, à quelques accessoires près qui sont encore en discussion. Le principe des sécularisations est admis comme base des indemnités.

L'habileté des plénipotentiaires de la République a surmonté les obstacles de tout genre qui s'opposaient à l'obtention de ces deux points capitaux. Mais on dirait que la députation de l'Empire, étonnée des cessions

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qu elle a faites, veut essayer d'en retarder l'effet, qu'elle s'arme de plus de rigueur pour l'application du principe que pour sa reconnaissance; et sans doute la ténacité de cette opposition dérive de ce que la Cour de Berlin agit aujourd'hui sinon avec les mêmes vues, du moins dans le même sens que la Cour de Vienne.

Toutes deux s'accordent (et il faut convenir que l'opi^ nion publique en Allemagne les seconde) à repousser la demande que nous avons faite de quelques points à la droite du Rhin; chacune affecte un désintéressement qui n'est que le résultat de la crainte où elle est que sa rivale ne soit plus avantagée qu'elle, mais qui rend l'une et l'autre moins intéressées à ménager notre appui.

De sorte qu'il n'est pas certain que la note qui vient d'être présentée par nos plénipotentiaires, et dans laquelle ils ont réduit leurs premières demandes, obtienne une réponse plus favorable que la précédente. Je ne sais s'il ne deviendra pas nécessaire de prendre encore un langage décisif et d'arracher par crainte ce qu'on n'aura pu obtenir par persuasion.

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