‹ Correspondance diplomatique de talleyrand (volume 2)Chapitre 48 sur 74 · LES GRISONS · texte numérisé non relu

LES GRISONS

En parlant de l'Helvétie, je dois dire un mot des Grisons.

Ce pays est livré à de nombreuses factions ; celle qui tient pour l'Autriche est la plus active, peut-être aussi la plus puissante, depuis que la perte de la Valteline^ de Chiavenne et de Bormio a donné de l'aigreur contre nous.

Les meilleurs esprits tendent à la réunion avec l'Helvétie; mais plus d'une crainte les retient; aucun ne pense à se réunir à la Cisalpine.

adressé quelques Suisses et Valaisans bannis de leur patrie pour leurs opinions politiques et réfugiés en France. Ils prient le Directoire d'intervenir en leur faveur auprès de leurs of.ouverneaients respectifs et de leur obtenir la permission de retourner dans leurs foyers.

« Tout le crime des réclamants est d'avoir, en 1791, célébré avec enthousiasme, dans le pays de Vaud et le Valais, la fête du 14 juillet. Mais la victoire des Français sur le despotisme royal dont c'était la commémoraison , le ressentiment particulier de certains abus, le souvenir des droits qu'a perdus le peuple helvétique, l'exercice de la souveraineté restreint dans quelques familles, avaient exalté leurs têtes et donnèrent lieu aux écarts qu'on leur reproche.

K Les agents du Gouvernement français alors on fonction en Suisse et dans le Valais, Bâcher et Helflinger, les blâment dans leur correspondance politique ; mais on peut croire qu'ils écrivaient ainsi dans l'esprit de la Cour et du ministre INIontmorin.

« Les réclamants ne se sont rendus coupables d'aucun délit matériel. Ils avouent qu'ils ont pris les armes pour présenter une pétition. Cette démarche avait la couleur d'une insurrection partielle. Elle occasionna des mesures de précaution de la part des Bernois. Des camps furent formés. Mais, dans la patrie de Guillaume Tell, où tous les cœurs brûlent de l'amour de la liberté, cette tendance vers l'objet de leurs vœux est bien pardonnable. La plupart des prévenus

Ces dispositions diverses ne sont encore que secondaires. Le premier sentiment est pour l'indépendance, et ce n'est que lorsqu'elle sera démontrée impossible que les Ligues se résoudront à prendre un parti.

La réunion à l'Helvétie est celui vers lequel nous les appelons; mais notre volonté, comme notre intérêt, n'est pas de brusquer leur détermination. Il nous suffit d'avoir l'œil ouvert sur eux, sur les intrigues dont leur pays est le théâtre, pour empêcher que l'Autriche n'y étende son influence. Le premier mouvement qu'elle ferait pour violer la neutralité de ce pays serait le signal de l'entrée de nos troupes dans le territoire grison.

Les déclarations que j'ai faites aux députés qui sont

n'avaient pas les connaissances nécessaires pour demander légalement la suppression des abus dont ils se plaignaient.

« Le caractère séditieux que leur démarche semblait avoir aux yeux de leurs magistrats nuisit beaucoup au fond de leurs réclamations. La correspondance politique assure que leurs demandes auraient été accueillies si elles fussent rédigées dans le style de la subordination et présentées dans les formes que la loi permet : on pourrait en douter, puisque, depuis ce temps, malgré l'exemple des Etats voisins , les gouvernants suisses ne se sont relâchés en rien en faveur de ceux qu'ils appellent leurs sujets.

a Mais je ne chercherai pas jusqu'à quel point les pétitionnaires ont blessé les lois de leur pays et manqué à la soumission sociale. Leur faute est bien expiée par six ans de proscription. Depuis six ans, ils sont réfugiés en France. Plusieurs sont morts, d'autres servent dans nos armées ; tous se sont conduits en bons citoyens, et pas un, dans les orages de la Révolution, n'a encouru de reproches sur cette terre étrangère qui est devenue leur patrie adoptive. Ils ont par leur correspondance contribué à établir la neutralité du Corps helvétique et n'ont jamais cherché à y semer le trouble. Leur nombre ne va pas à quarante. Disséminés dans les treize cantons et le Valais, ils ne peuvent y être dangereux.

« Ils savent le tendre intérêt que le Gouvernement français a pris

à Paris sont dans ce sens, et je regarde l'époque où notre traité d'alliance avec l'Helvétie sera conclu, comme celle où s'opérera sans résistance et sans secousse la réunion des Ligues Grises.

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