‹ Correspondance diplomatique de talleyrand (volume 2)Chapitre 49 sur 74 · LA RÉPUBLIQUE BATAVE · texte numérisé non relu

LA RÉPUBLIQUE BATAVE

Cette République est un exemple que jamais l'établissement de la liberté n'est exempt de troubles, et que l'intrigue s'attache toujours à retarder ou à empêcher

à la veuve et aux enfants du général Laharpe. Sa mémoire est réhabilitée et ses biens restitués. Ils savent que le Sénat de Berne s'est enfin rendu aux désirs du Directoire, et qu'il a pris des mesures de clémence en faveur des patriotes de ce canton qui étaient bannis ou persécutés. Ils ont devant les yeux les Etats d'Italie, avec qui le Directoire a traité. Tous ceux qui étaient proscrits pour leurs opinions politiques rentrent aujourd'hui dans leurs foyers à l'ombre de la protection du Gouvernement français. Ils tendent les bras vers leur patrie et soupirent après le moment où ils pourront se réunir à leurs concitoyens, à leurs femmes, à leurs enfants, et reprendre leurs paisibles travaux.

« L'intervention du Directoire auprès du Sénat de Berne a eu un puissant effet en faveur des Suisses de ce canton. Il est digne de lui d'étendre sa protection sur les autres proscrits qui ne peuvent rentrer en sûreté dans leur pays , si les mesures de rigueur qui les menacent ne sont rapportées.

« Je propose au Directoire de m'autoriser à écrire à cet effet aux citoyens Bâcher et Helflinger, et à les charger de demander, l'un à la Confédération helvétique, l'autre au Gouvernement du Valais, la mêoie mesure d'indulgence, la même amnistie que le canton de Berne vient de prononcer en faveur de tous ceux qui sont poursuivis ou condamnés pour leurs opinions politiques et leur attachement à notre Révolution. »

{De la main de Talleyrand :) « Approuvé et écrire dans le sens des conclusions.

« Fait le 6 vendémiaire an VI (27 septembre 1797). »

son triomphe, même lorsque l'assistance d'un voisin puissant et généreux a surmonté les premiers obstacles qui s'opposent à l'affranchissement d'un peuple.

Il y a quatre ans que les Bataves ont recouvré l'entier exercice de leurs droits, et le traité de la Haye est devenu la base de leur indépendance.

Leur premier soin dut être de se donner une Constitution ; c'était aussi notre premier vœu, puisque ayant formé entre eux et nous l'association la plus étroite qui existât jamais entre nations, l'intérêt de cette alliance était qu'ils trouvassent dans la prompte et complète organisation de leur gouvernement les éléments d'une participation énergique à nos efforts contre l'ennemi commun.

Mais, dans un pays où un faux système de liberté avait invétéré des préjugés de toute espèce et où la lenteur des délibérations n'était égalée que par l'opiniâtreté des résistances, il fallut plus de deux années pour arriver à la confection d'un acte constitutionnel qui encore fut rejeté par tous les partis qui divisaient la Hollande, parce qu'il n'était l'ouvrage complet d'aucun d'eux et que chaque faction n'avait point renoncé à faire valoir son opinion tout entière \

' Le ministre des relations extérieures au citoyen Noël, ministre de la République française à la Haye.

« Paris, le 9 vendémiaire an VI (30 septembre 1797).

« Des nombreux renseignements que vous m'avez transmis, j'ai conclu que si le rejet du projet de Constitution présenté à l'acceptation du peuple batave n'avait point paru un malheur à quelques amis de la liberté qui croient obtenir mieux pour elle, il n'était

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Cette existence éphémère, cet état d'organisation provisoire durerait peut-être encore, si la journée décisive du 22 janvier n'avait culbuté tout le système de résistance que le cabinet britannique avait si habilement organisé en Hollande.

Depuis ce moment, les travaux législatifs avancèrent avec rapidité. L'acte constitutionnel fut décrété et publié. Basé sur les vrais principes du système représentatif, propre à assurer l'indépendance et la prospérité de la Batavie, on ne pouvait supposer qu'il n'eût point l'assentiment du peuple. Effectivement, son acceptation eut lieu à une immense majorité.

Cependant, quelques circonstances de cette acceptation affligèrent les vrais amis de la liberté.

devenu réellement un triomphe que pour des hommes perfides et dangereux, et qu'il avait réveillé les espérances les plus opposées au bonheur et à Tindépendance de la Hollande.

« Il est manifeste que tous les partis sont en présence et en action au cœur de la République batave, et, sous ce rapport, je conçois que votre position devient chaque jour plus délicate.

« Le parti le plus convenable qu'il me paraît que vous deviez prendre, c'est de vous renfermer de plus en plus dans l'exercice de vos fonctions diplomatiques.

« Réservez pour les communications confidentielles que vous continuerez d'avoir avec les membres du gouvernement, l'expression franche de votre opinion qui jusqu'ici n'a point différé de la nôtre, de nos regrets sur le passé, de nos espérances pour l'avenir; mais supprimez tous les offices qui n'auraient point un objet spécial et qui nous intéresse particulièrement.

« J'espère que le décret rendu par l'Assemblée nationale suffira pour réprimer l'étrange abus qu'on fait en Hollande de la liberté de la presse, et dont notre République a aussi naguère fait connaître tous les dangers.

« Salut et fraternité. »

En applaudissant aux précautions qui avaient été prises pour écarter des assemblées primaires les hommes dangereux, les complices connus de la faction anglaise et stathoudérienne, on trouva que l'exclusion avait atteint des citoyens estimables, de vrais patriotes qu'aucun motif ne pouvait priver du droit sacré de concourir à l'établissement de leur Constitution. Et quand on vit qu'au lieu de procéder à cet établissement par les moyens légaux que la Constitution ellemême avait prescrits, trois jours de conférence secrète entre les législateurs et le gouvernement avaient amené une sorte de convention, d'après laquelle ces autorités s'étaient elles-mêmes prorogées en partie, on n'a point été assez convaincu de l'importance de cette mesure pour ne pas craindre qu'elle ne fût point exempte d'ambition particulière.

Des faits nombreux donnèrent de la force à ces inquiétudes. L'espèce d'inQuence exercée jusque sur le Directoire batave par un intrigant reconnu, l'envoi à Paris de plusieurs hommes mal notés et chargés de répandre l'argent et la corruption, la destitution d'un très grand nombre de citoyens estimables, leur remplacement par d'anciens suppôts de la faction d'Orange, masqués sous la démagogie la plus outrée et couverts du mépris public, enfin l'attaque portée au général Daendels, les mesures extrêmes dirigées contre lui, avaient amené les esprits à un point d'exaspération dont il n'était pas difficile de prévoir les effets.

Un instant a détruit la puissance que le Directoire

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batave avait essayé d'étendre au delà de ce qui était convenable.

Quoiqu'il soit pénible de voir que l'initiative du vœu public ait été prise par un corps armé, il paraît évident que ceux qui ont renversé ce qui avait été fait contre le sens et la lettre de la Constitution n'ont fait qu'accomplir la volonté générale; et si l'événement du 24 prairial est suivi de la prompte et totale exécution de l'acte constitutionnel, s'il n'amène après lui aucune réaction dont les ennemis de la liberté aient à s'applaudir, s'il devient au contraire pour les Bataves l'époque heureuse d'après laquelle ils réuniront efficacement leurs efforts et leurs moyens aux nôtres pour combattre l'ennemi qui nous reste, on oubliera facilement l'irrégularité de cette mutation dans le Gouvernement batave, pour ne songer qu'au bien qu'elle aura produit. Mais jusque-là, le Directoire a pris le sage parti d'ajourner toute communication solennelle avec un gouvernement intermédiaire qui ne saurait opérer trop tôt sa propre dissolution pour en établir un définitif conforme aux lois constitutionnelles.

l'Angleterre.

C'est le Gouvernement britannique qui a été dès le principe l'âme du grand complot formé contre la France; c'est lui qui a fomenté, conduit et payé les factions successives dont l'éclat momentané a souillé la Révolution. C'est lui qui, peu content d'entrer pour sa

part dans la coalition des rois, s'est montré l'instigateur de tous, cherchant sans cesse à resserrer des nœuds prêts à se rompre, inondant l'Europe de ses négociateurs et de ses intrigues, effrayant les uns, entraînant les autres et prodiguant ses trésors à ceux qu'il voyait prêts à se détacher d'une cause coupable et malheureuse.

Il est douteux que cette politique lui réussisse. Son entreprise sur Dunkerque avait tourné à sa honte , celle de Toulon n'avait réussi un moment que pour devenir l'occasion de plus d'ignominie. Et depuis, à des époques diverses, Quiberon et Ostende attestent que les Anglais ne sauraient mettre impunément le pied sur notre territoire.

Ont-ils obtenu un plus grand succès dans leurs négociations?

Successivement délaissés par la Prusse, l'Espagne, la Hesse et la Sardaigne, ils croyaient avoir trouvé dans la Maison d'Autriche un allié plus constant, et ils payaient assez chèrement ses efforts pour se flatter de leur prolongation. Mais au moment où le ministère se targuait au Parlement de la coopération de l'Empereur, les préliminaires de la paix étaient signés à Leoben, et depuis, toutes les sourdes menées de ce cabinet, ses offres, ses excitations n'ont point empêché qu'un traité définitif avec ce prince rendît la paix au continent, de sorte que l'Angleterre se trouve aujourd'hui seule avec la Russie plus jactantieuse qu'utile, et avec le Portugal qui, déjà deux fois, a pensé lui échapper.

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Le Gouvernement britannique ne prévoyait pas encore ce prochain isolement, quand il commença à faire quelques ouvertures de conciliation. On a eu la preuve combien peu de sincérité avait animé ses démarches. Forcé par le besoin d'argent de recourir sans cesse à de nouveaux impôts ou emprunts, il fallait bien faire supporter le poids à la nation fatiguée, il fallait bien ôter à l'opposition quelques-uns des arguments dont elle écrasait le ministère dans l'opinion, et à cette fois, le gouvernement, sacrifiant sa vanité à son intérêt, lui qui avait affecté si longtemps de ne reconnaître en France aucune autorité avec laquelle on pût traiter, se décida à faire le premier pas.

De là, l'insignifiante proposition de M. Wickham au citoyen Barthélémy; de là, les deux ambassades du lord Malmesbury. On se rappelle que dans la première le négociateur anglais se présenta sans d'autres pouvoirs que celui d'entrer en conversation, et que, proposant d'admettre un principe, il fut obligé de convenir qu'il n'avait point d'autorisation suffisante pour en faire usage ; que, dans la seconde, il rapporta des pouvoirs convenables, mais avec des instructions si restreintes que, dès le premier pas, il fut encore obligé de recourir à sa Cour, n'ayant pu prendre sur lui-même que de présenter un projet de traité en lacunes et croyant avoir trouvé par là le moyen de prolonger son séjour sans entamer seulement la négociation.

Si par ces deux missions ridicules autant qu'inutiles, quant à leur objet apparent, la Cour de Londres obtint

quelques subsides et satisfit un peu à l'impatience du vœu populaire, nous en recueillîmes ce fruit que l'Angleterre s'humilia sans que l'étalage de ses démonstrations fit croire à l'Europe qu'elle eût voulu sincèrement la paix.

De fait, pouvait-elle la vouloir ? Aussi longtemps que notre traité avec l'Autriche ne fut point conclu, qui pouvait décider l'Angleterre à traiter, quand nous manifestions la ferme volonté de recouvrer par la paix tout ce qui nous avait été enlevé et de poursuivre une restitution semblable en faveur de nos alliés?

J'ai la persuasion que si le désir de la paix est entré dans le cabinet de Saint-James, c'est au moment où il nous a vus réconciliés avec l'Autriche et où il a pu craindre que ce rapprochement ne fût suivi de liens plus intimes. Mais il se sera bien gardé alors de manifester ses dispositions. La plus simple politique lui faisait une loi de les dissimuler. Voyant que son allié principal lui échappait, et ne sachant pas jusqu'où pouvait aller cette défection, il a dû, sans cesser d'entretenir ses utiles liaisons avec le baron de Thugut et le parti anglais à Vienne, chercher à se rapprocher d'une puissance qui pouvait aussi concevoir quelque ombrage de notre raccommodement avec l'Autriche.

Berlin devint alors le foyer et le but de ses négociations ; mais leur succès fut médiocre, et, malgré celui qu'elles ont obtenu à Pétersbourg, il paraît que, vis-àvis de la Prusse, elles n'ont eu pour effet jusqu'ici que d'empêcher cette puissance d'entrer dans nos vues

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avec rintimité que lui prescrivent nos communs intérêts.

Cependant, les efforts de l'Angleterre sont encore aujourd'hui dans toute leur activité. L'événement de Vienne, qui est évidemment son ouvrage, lui a rendu ses espérances. La France outragée demande satisfaction, l'Autriche impérieuse la refuse ; la discussion s'envenime encore par des plaintes réciproques. L'Itahe, la Suisse, les émigrés belges, sont des points de discorde qui peuvent accélérer la rupture. Les demandes de la République au congrès peuvent exaspérer l'Allemagne au point de la replonger dans des résolutions extrêmes ; le Roi de Prusse peut les partager et les soutenir ; son mécontentement sur l'organisation anticipée de ses provinces transrhénanes s'est accru par les disgrâces dont son pavillon même n'a point été garanti. Le Danemark, frappé au vif par l'audace des corsaires français, par la facilité des tribunaux et des consuls, choqué de voir ses réclamations sans réponse, n'a besoin peut-être que d'un conseil et d'un exemple pour être entraîné. Le Roi de Suède a cru déjà sa dignité blessée par l'insistance qu'on a mise à déterminer son choix pour son ministre à Paris ; elle le sera bien davantage de ce qu'on n'a pas pour lui la condescendance qu'il a témoignée. De ce dépit à la malveillance, d'un malentendu à une brouillerie, il n'y a qu'un pas, et la Russie, bien au contraire qu'elle ait besoin d'être excitée, se charge de remuer tout ce qui l'entoure.

Tels sont les éléments sur lesquels se fonde aujour-

d'hui la politique anglaise, et qui, débattus entre le lord Elgin, le prince de Reuss et le prince Repnin, vont être employés à détruire le sentiment de notre puissance, l'effroi de nos armes, l'éclat de notre gloire et l'influence personnelle que pourrait acquérir notre ambassadeur. Voilà encore ce qui recule pour l'Angleterre le désir et le besoin de la paix. Tout ce qui tend à rallumer la guerre sur le continent fait sa sécurité et soutient en même temps le crédit de ceux qui la gouvernent.

C'est donc à détourner l'effet de ses intrigues que le Directoire exécutif doit mettre tous ses soins. Si elles triomphent, il aura fait du moins tout ce que le repos de la France et le bien de l'humanité pouvaient exiger, et, justifié aux yeux de l'univers, il n'aura pas besoin d'exciter nos phalanges républicaines pour qu'elles achèvent leur immortel ouvrage et qu'elles assurent la liberté du grand peuple par le châtiment mémorable de ceux qui se seront une seconde fois conjurés contre elle.

Il reste à la République d'assez beaux moyens d'attaque contre l'Angleterre.

L'expédition de Bonaparte, s'il met le pied en Egypte, assure la destruction de la puissance britannique dans l'Inde.

Déjà Malte est en notre pouvoir; ce succès miraculeux serait seul un coup terrible pour le commerce de l'Angleterre, et quand notre armement n'obtiendrait pas un autre fruit, celui-là serait suffisant. Mais des

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atteintes encore plus sensibles sont réservées à cette nation, livrée à tous les déchirements intérieurs qu'elle a si longtemps entretenus chez nous. L'insurrection de l'Irlande, cimentée déjà par le sang de quelques victimes célèbres, paraît faire des progrès remarquables. C'est dans cette contrée que doivent aboutir maintenant tous nos efforts. Des armes, des munitions, des hommes ; hâtons-nous de les y porter, rendons à l'Angleterre les maux qu'elle nous a faits. Qu'une République s'élève à côté d'elle pour son instruction ou pour son châtiment.

Toute la force de cette puissance est dans son commerce et sa marine. Son commerce, nous le poursuivons sans cesse par nos corsaires, par nos lois et par nos traités. Sa marine, nous la bravons. Qui sait, d'ailleurs, si l'insurrection ne va pas se propager bientôt sur les vaisseaux anglais? Plus d'un tiers des matelots sont Irlandais, et l'amour du pays peut leur apprendre à ne voir bientôt dans les Anglais que des oppresseurs et des ennemis.

Nota, — La flotte de l'amiral Nelson, par exemple, a ses équipages composés presque entièrement d'Irlandais. Je tiens ce fait du ministre d'Espagne.

Je me résume : notre position vis-à-vis de l'Angleterre est hostile, purement hostile. Avant de traiter avec elle, il faut lui faire beaucoup de mal, il faut lui en faire assez pour que les restitutions que

nous devons exiger deviennent de sa part des sacrifices nécessaires ; il faut lui en faire assez pour que la paix qui lui aura été dictée devienne l'époque de la liberté des mers, et qu'elle perde à la fois les moyens et l'espoir d'y ressaisir la domination qu'elle s'est attribuée.

Une chose qui est trop négligée, c'est d'entretenir en Angleterre des agents secrets, des observateurs habiles. J'ai eu quelque temps dans ce pays une correspondance assez utile; mais elle a cessé, et je m'aperçois chaque jour combien de notions essentielles nous manquent sur l'état intérieur de cette contrée.

J'établis la série suivante de questions comme celles dont la solution nous serait indispensable pour rendre efficaces les coups que nous devons incessamment porter à la prospérité commerciale et maritime de l'Angleterre.

Il convient d'approfondir :

Questions relatives aux expéditions maritimes, — Si l'Angleterre continue à abandonner tout projet de nouvelles conquêtes aux deux Indes et à se borner à la conservation de ce qu'elle a.

Si elle ne fait d'autres expéditions à Saint-Domingue que celles nécessaires pour y conserver le môle Saint- Nicolas.

Si le grand événement qui vient d'avoir lieu dans la Méditerranée et ceux qui s'y préparent ne détermineront pas les Anglais à abandonner cette mer et à porter

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sans exception leurs forces et leurs projets dans l'Océan et vers l'Amérique.

Si les dépenses au cap de Bonne-Espérance sont aussi fortes que dans les deux années précédentes, c'est-à-dire de plus de huit cent mille livres sterling (quoique la dépense ordinaire ait été arrêtée à deux cent mille livres sterling), et à quoi est employé cet excédent de plus de six cent mille livres sterling, et surtout ce qu'on fait pour fortifier Trinquemale et améliorer l'île de Ceylan.

N, B, — Ces instructions peuvent s'acquérir facilement par les négociants assureurs (et actuellement, presque tous les négociants sont assureurs). Les rapports constants que les assureurs ont avec les chefs de l'amirauté, avec qui ils communiquent même officiellement par leur comité, le grand intérêt qu'ils ont à connaître la mer la plus protégée et celle qui a besoin de l'être davantage , leur donnent la certitude , ou du moins des notions importantes sur les expéditions projetées ou préparées.

Neutres^ etc. — Si d'autres puissances maritimes ont fait avec l'Angleterre le même arrangement que les Etats-Unis d'Amérique pour obtenir la protection spéciale de leurs vaisseaux marchands sous convoi anglais, arrangement qui prouve liaison d'amitié et d'intérêt avec l'Angleterre.

A^ B, — Ce qui ne tient pas à un arrangement ou

à une convention spéciale n'entre pas dans cette question. Il ne faut pas confondre la protection due en raison d'une convention faite entre les deux parties avec l'espèce de protection qu'un vaisseau danois , suédois, etc., peut rechercher et trouver en se joignant ou en faisant route avec une flotte marchande anglaise, convoyée par des frégates, corvettes, etc., parce que réellement la protection des frégates anglaises n'est pas assurée au vaisseau étranger en cas d'attaque, de poursuite ou de retard.

Ces instructions sont aisées à se procurer chez les assureurs, qui sont toujours instruits d'avance, et qui, sans avoir même une connaissance exacte de ce qui est fait ou de ce qu'on prépare, peuvent le préjuger par la différence des primes d'assurances d'un vaisseau anglais à un neutre et de tel neutre à tel autre.

Les points suivants sont encore à observer :

Troupes de terre, — Les troupes de terre, infanterie et cavalerie baraquées et garnisonnées, étant actuellement composées en petite partie de soldats réels et de milice réelle, et en plus grande partie de milice supplémentaire et de volontaires armés et commandés, et d'autres volontaires dont le service n'est requis qu'au besoin, n'est-il pas vraisemblable qu'après le premier élan de zèle ou d'encouragement, un mélange aussi extraordinaire d'hommes de toutes classes, à différentes payes, à différents services, ne pourra plus s'entendre, ne sera plus disposé à se réunir et à servir, surtout

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lorsque la mauvaise saison commencera, pour peu qu'ils confondent les idées d'invasion avec des idées d'alarmes, encore plus d'oppression?

Quel est le moyen de tirer parti de cette désunion et de cette désaffection naturelles à prévoir?

Irlandais en Angleterre. — Les propriétaires de terres considérables en Irlande, qui vivent à Londres, étant tous malheureux par la déplorable situation de ce pays gouverné militairement et despotiquement, étant presque tous ennemis de Pitt (ceux qui, comme le marquis de Lansdowne et lord Moira, sont du parti de l'opposition, ceux aussi qui ne se sont pas encore déclarés être de ce parti), doivent désirer ardemment un changement de gouvernement en Irlande, car ils ne retirent presque rien des revenus qu'ils y ont, et leurs amis et leurs parents souffrent horriblement des vexations du gouvernement. Quels vœux forment-ils? Que désireraient-ils? Et en quoi pourrions-nous les aider? Il est essentiel de savoir si cette classe nombreuse et riche de propriétaires en Irlande vivant à Londres ajouterait à nos moyens de délivrer ce pays de la tyrannie sous laquelle il gémit.

Banque, crédit, commerce, — Tout ce qui tient à ces objets intéressants étant rendu public quant aux résultats, il ne sera question que de se tenir bien informé des causes et des motifs des changements qui ont lieu. Par exemple, le change de Londres sur l'étranger, qui

était très haut, c'est-à-dire très favorable à l'Angleterre, à la fin d'avril, et que tout le monde considérait comme plus susceptible djd hausse que de baisse, soit en raison de l'emprunt qui a été fait le 23 avril, soit à cause de la saison des expéditions pour Hambourg et tout le Nord, ayant, peu de jours après, baissé au lieu de hausser, au grand étonnement de tout le commerce, on n'a pu en imputer la cause qu'à des opérations particulières du gouvernement ou de la Banque qui ont nécessité des remises fortes sur le continent. Les uns ont dit qu'elles avaient été faites pour remboursement de sommes assez considérables dues par la Banque au prince de Hesse-Cassel, ou à la suite d'autres pour subsides du gouvernement aux villes hanséatiques. Il est essentiel de faire attention aux révolutions dans le change qui étonnent le commerce, parce qu'elles sont nécessairement causées par des opérations faites par le gouvernement , et il est important d'en connaître l'application.

Pour ce qui est des opérations particulières faites en pays étranger, en raison du discrédit de l'Angleterre, elles n'ont eu lieu jusqu'à présent qu'en placements d'argent faits en Amérique.

Il est aisé de se mettre au courant du plus ou moins d'achats des fonds américains faits par les Anglais, parce qu'ils s'opèrent à Londres, et il n'est pas difficile de savoir si les exportations de l'Amérique sont plus pour l'Angleterre que pour la France, la Hollande et Hambourg. Ces instructions sont néces-

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saires en politique comme en fait de commerce et de crédit.

Parti de V opposition, — H y a bien peu de parti à tirer de ses chefs connus. Fox est absolument nul. Sheridan est peut-être dangereux ; mais, en sortant de la classe des parlementaires, on rencontrera toujours quelque aide et de l'activité chez Horne Tooke et aussi chez Percy, un des propriétaires du Morning Chronicle, Il n'est pas vraisemblable que sa détention ait changé ses dispositions.

Je dois faire une dernière remarque.

On se rappelle de combien d'intrigues les deux séjours de lord Malmesbury en France ont été l'occasion. On n'a pas oublié les 36,000 livres sterling employées par lui à payer des journalistes et d'obscurs conspirateurs. Mon opinion est donc que si la négociation devait se reprendre avec l'Angleterre, il serait à propos d'en transporter le théâtre hors de notre territoire. Dans ce cas, je proposerais volontiers Berlin pour le lieu des conférences, et ce choix se fonde principalement sur le mérite des agents qui s'y trouvent et auxquels une affaire de cette importance pourrait être confiée.

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