‹ Correspondance diplomatique de talleyrand (volume 2)Chapitre 6 sur 74 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

donner naissance au milieu des événements terribles du 10 août, croit devoir à toutes les puissances et particulièrement à celles qui, comme l'Angleterre, se sont maintenues à l'égard de la France dans les bornes d'une stricte neutralité, l'exposé le plus sincère des faits qui viennent de se passer, des fortes raisons qui les ont déterminés et des sentiments inaltérables qui animent la nation française.

" Depuis longtemps, la confiance publique, ce premier besoin des Rois, s'éloignait de Louis XVI. Le peuple français a vu d'abord avec douleur, mais enfin avec indignation, que la Constitution nouvelle dans laquelle le Roi occupait une si belle place, était insensiblement minée par lui ; que le Roi, toujours esclave des préjugés de son éducation, ne pouvait se résoudre à voir dans Fauguste fonction qui lui était déléguée un bienfait lionorable, mais qu'il n'y trouvait que les restes avilissants d'un pouvoir qu'on lui avait injustement ravi; qu'un or corrupteur était versé par lui avec la plus scandaleuse profusion pour essayer d'éteindre ou d'affaiblir le patriotisme ardent dont il était importuné ; qu'il s'entourait sans cesse des ennemis de la liberté; qu'il en excluait sévèrement ses amis sin-

Londrcs, non comme chargé d'aucune fonction publique, mais comme l'ayant été.

« Etant venu à Paris il y a un mois par congé du minisire, il y a laissé en suspens quelques objets qui demandent absolument sa présence. Le congé qu'on lui accorda ayant dû lui paraître une assurance très positive de retour, il n'a pas craint de prendre des engagements qui rendent ce retour nécessaire au moins pour quelques jours. Il espère que le Conseil exécutif provisoire, qui, bien certainement, n'a qu'à se louer de ce (ju'il a fait en Angleterre, voudra bien lui en facililer les moyens. Ln refus sur une telle demande lui semblerait un genre de surveillance qu'il n'a point méritée, j (Archives des affaires étrangères, C* supplément. — Angleterre, 1792. — Pièce 41.)

INTRODUCTION. vu

cères; que toutes les remontrances qu'on lui adressait à cet égard, loin de le ramener à son devoir, inséparable de ses intérêts, ne faisaient que l'aigrir davantage et lui rendre chaque jour plus odieuse la cause populaire; qu'il paraissait visiblement encourager des dissensions intestines ; ^nfln que la guerre déclarée à TEmpereur ' pour le maintien de notre révolution^ n'était point et ne pouvait guère être soutenue de bonne foi par celui qui se croyait dépouillé par elle, mais plutôt qu'il était devenu presque impossible que, sous sa direction, elle ne se terminât de la manière la plus désastreuse pour la France.

a C'est lorsque ces soupçons ont acquis le plus haut degré d'énergie, lorsqu'on a vu le château des Tuileries se remplir d'hommes armés dévoués à la contre-révolution, lorsqu'on a appris qu'un grand nombre de Suisses, restés à Paris malgré un décret formel de l'Assemblée nationale, avaient été gagnés parla plus criminelle séduction, lorsque, enfin, tous les bruits, tous les indices ont paru indiquer un vaste complot prêt à éclater dans toute la France; c'est alors que le peuple de Paris, tout à coup réveillé au milieu de la nuit par le plus effrayant tocsin dans les diverses parties de la capitale et réuni aux braves fédérés de tout le royaume, s^est porté en armes au château du Roi. Là, avec

^ « C'est seulement pour se défendre que la France commença à prendre les armes en 1792; car, quoique, en forme purement dtplomalique, ce fût elle qui déclara la guerre, il n'est pas douteux, pour qui que ce soit aujourd'hui, que cette déclaration n'eut d'autre but réel que de se défendre contre des attaques de fait qui consislaient en d'arroganles menaces et d'immenses préparatifs hostiles, convenus par le traité de Pillnitz. » Carxot, Histoire du Directoire constitutionnel.)

2 Le premier texte porte « indépendance s .

VIII INTKODUCTIOM.

la contenance de la force la plus imposante et de ce courage qui ne composera jamais avec les ennemis de la liberté, il a su d'abord se contenir et a paru uniquement jaloux de montrer que ce n'est pas impunément qu'on brave ses droits et son indignation longtemps retenue : il a fait des signes de paix aux Suisses en qui il aimait encore à retrouver des frères; il en a reçu des témoignages réciproques, et c'est seulement lorsqu'au mépris de ces signes sacrés de fraternité, il s'est vu indignement assailli par eux, que sa fureur a éclaté et qu'il a immolé à sa vengeance les làcbes satellites qui venaient de le trahir.

« Déjà, le Roi avec sa famille s'était réfugié dans le sein de l'Assemblée nationale. L'Assemblée, témoin^ et presque victime de tant de perfidies dont les coups devaient arriver jusqu'à elle, s'est vue dans la pressante nécessité de se saisir de tous les pouvoirs, et, prenant conseil de la force des circonstances et de celle opinion publique dont la voix formidable renversait tout devant elle, a dû, tant pour le salut public que pour la sûreté même du Roi, le suspendre de ses fondions ; mais, au milieu de cette douloureuse victoire, elle ne s'est point laissé entraîner par ses succès, elle a voulu rester immuablement fidèle aux principes, et elle s'est promptement décidée à convoquer une assemblée extraordinaire des représentants de la nation, pour qu'il soit prononcé par elle en dernier ressort sur ces grands événements ainsi que sur la destinée future de l'Empire français. Déjà, elic a recueilli de toutes parts l'expression la plus forte de la reconnaissance publique; déjà, les départements qui ont pu faire parvenir jusqu'à elle leurs vœux et

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leurs sentiments ont béni sa courageuse décision et ne permettent aucun doute sur leur inébranlable résolution à la maintenir. Déjà, enfin, l'anarchie qui désolait la France et qui inspirait aux étrangers un si juste effroi, semble avoir disparu d'au milieu de nous depuis que la cause véritable qui la fomentait se trouve enchaînée. Il n'y a plus désormais qu'un seul parti en France.

ce C'est dans ces circonstances que le gouvernement provisoire de France créé par l'Assemblée des représentants du peuple, vient présenter au Gouvernement anglais l'expression la plus franche de son amitié, de sa confiance et de sa profonde estime pour le peuple qui le premier dans l'Europe a su conquérir et conserver son indépendance * . Il attend de la nation anglaise le retour de ces mêmes sentiments ; il s'empresse de lui déclarer qu'il punirait avec sévérité ceux des Français quelconques qui voudraient tenter de s'immiscer dans les débats politiques d'un peuple allié ou neutre ; enfin, il l'invite à se rappeler que lorsque le peuple anglais, dans des circonstances plus orageuses et par un événement plus terrible encore, se ressaisit de sa souveraineté, les puissances de l'Europe et la France en particulier ne balancèrent pas à reconnaître le nouveau gouvernement qu'il venait de se donner^. »

Mirabeau avait dit à Cabanis : « Si le Roi part, je monte

1 L'Angleterre n'avait pu conquérir la liberté qu'en transportant la couronne de la branche refînante par le droit divin, à une autre branche régnant par le droit populaire, et régnant dans les limites d'une Charte respectée.

2 Chateaubriand, dans ses Mémoires d'outre-tombe, accuse Talleyrand d'avoir enlevé des Affaires étrangères des documents qui pouvaient mettre

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