‹ Correspondance diplomatique de talleyrand (volume 2)Chapitre 53 sur 74 · LA REPUBLIQUE LIGURIENNE · texte numérisé non relu

LA REPUBLIQUE LIGURIENNE

La République ligurienne n'a fait que prendre un nouveau nom, recevoir une Constitution basée sur les principes du gouvernement représentatif et s'accroître des fiefs impériaux que le traité de Campo-Formio y a définitivement réunis. Devenus limitrophes de la République, les Génois ont plus que jamais un intérêt immense à nous rester unis, et nous n'en avons pas un moindre à conserver sur cette République une influence telle, qu'en toute occasion nous obtenions un passage facile pour les armées que nous voudrions faire passer en Itahe.

Si les intentions du Gouvernement français sont remplies, la guerre qui vient d'éclater entre la Ligurie et la Cour de Turin sera incessamment terminée, et ce n'est qu'alors qu'on pourra s'occuper de la confection du traité d'alliance avec la Ligurie et de la fixation de ses limites. L'intérêt de la République est que les choses restent en Italie, au moins pour un certain temps, sur le pied où elles ont été mises, et que l'ambitieuse efier-

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vescence des nouvelles républiques ne compromette pas le repos de l'Europe.

Son intérêt est surtout de rendre nuls tous les efforts qui pourraient tendre à réunir les républiques italiques en une seule, et comme il n'est pas douteux qu'il existe un parti violemment rempli de ce dessein, les agents de la République ont ordre de le combattre. Outre que l'association de la Cisalpine, de la Romaine et de la Ligurie ne pourrait s'effectuer sans que l'Autriche, Naples et la France s'y opposassent de tous leurs efforts, cette république deviendrait trop puissante pour que la France n'eût pas à redouter qu'elle oubliât bientôt le bienfait de sa création et qu'elle voulût rivaliser avec la république mère. Il y a longtemps qu'on a dit que la reconnaissance n'est pas la vertu des peuples. Ce qui est affreux comme sentence est vrai comme fait ; et c'est parce que nous en avons acquis plus d'un exemple que nous devons nous garder de faire des ingrats trop puissants.

C'est par ce principe que je persiste à croire que nous ferions mal d'accéder au vœu que témoignent ces trois républiques d'obtenir que leur pavillon soit respecté par les Barbaresques à l'égal du nôtre. Evitons de partager avec qui que ce soit cet avantage. Le sol de l'Italie donne déjà à l'industrie de ses habitants, si elle croît par la liberté, trop de moyens de rivaliser avec la nôtre pour que nous facilitions ses progrès et ses débouchés.

J'ajoute encore qu'il serait désirable que les repu-

bliques d'Italie ne pussent former entre elles aucun pacte fédératif ou commercial dans lequel nous n'intervenions comme médiateur, car il pourrait arriver que des engagements pris à notre insu fussent de nature à compromettre nos intérêts , qui exigent que nous soyonsjprésents à toutes ces transactions.

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