‹ Correspondance diplomatique de talleyrand (volume 2)Chapitre 58 sur 74 · LA TOSCANE · texte numérisé non relu

LA TOSCANE

De toutes les puissances qui entrèrent dans la coalition, la Toscane est la première qui, revenue à ses véritables intérêts, conclut la paix avec la République. Toutefois, la neutralité dont elle prit l'engagement à cette époque ne fut pas toujours fidèlement observée. Soit faiblesse, soit faveur, le grand-duc toléra ou favorisa les approvisionnements des flottes anglaises. Il ne sut point défendre contre eux Porto-Ferrajo ; il força la République à occuper Livourne pour empêcher que les Anglais ne s'en emparassent, et il composa ensuite pour que nous consentissions à l'évacuer. Aujourd'hui, la Cour de Toscane sent que nous sommes les plus forts en Italie, et que son existence politique est entre nos

Roi de Sardaigne par le général Clarke. — (Procès-verbal de la séance du Directoire, 12 brumaire an VI-2 novembre 1797.)

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mains. Elle se soumet à la nécessité, mais pour nous craindre; elle ne nous aime pas. Le citoyen Reinhard, en se rendant à Florence, et passant par Milan, recueillit ce mot qui lui a été dit par un homme d'esprit : « Vous allez trouver une Cour sinon amie, du moins amicale, " Il lui a semblé que la définition était exacte.

Le grand-duc et ses ministres témoignent des égards à l'agent de la République, mais lui épargnent les protestations. Sa politique se fonde sur sa faiblesse. Il ne montrera ici ni malveillance gratuite ni encore moins de la haine : mais la peur peut quelquefois l'égarer, sa prédilection peut le trahir, et sa prédilection n'est jamais pour nous.

Ses rapports intimes, comme il est naturel, sont avec l'Autriche; ils roulent exclusivement sur M. de Manfredini. Pendant la durée de la guerre, on niait cette intimité avec l'Autriche, on prétendait que la correspondance ne s'étendait guère à la politique. Depuis la paix, on fait sonner un peu haut le nom de l'Empereur.

Ce qui est décisif pour faire penser que la Toscane n'entrera jamais volontiers dans quelque plan hostile contre la République, c'est qu'en toute circonstance elle a répugné à le faire et qu'elle a la persuasion que quelques changements qui s'opérassent en Italie, il suffirait toujours de l'ancienne France pour punir sa perfidie; mais s'il y a, en Toscane, à l'égard du Gouvernement français, de la crainte et du respect, il n'y a pour

la Cisalpine et les Romains que mépris et que haine. On s'efforce à nationaliser ces deux sentiments qui sont * de nature à produire de mauvais effets.

Dans cette circonstance, le citoyen Reinhard a parfaitement senti que sa mission consistait à maintenir en Toscane la paix et la tranquillité. Il saura le faire en ne cessant point de se montrer républicain ^

* Reinhard venait de succéder à Cacault, qui avait été accusé de tiédeur à l'égard des patriotes toscans ; c'est Cacault qui avait provoqué le rapport de Talleyrand au Directoire sur la conduite que devaient tenir les agents de la République par rapport aux cérémonies religieuses des Cours où ils résidaient.

Rapport de Talleyrand au Directoire.

a 15 brumaire an VI (5 novembre 1797).

« J'ai riionneur de soumettre au Directoire exécutif le rapport qu'il m'a demandé sur différentes questions contenues dans une dépêche du ministre de h République à Florence, en date du 16 vendémiaire.

« Le citoyen Cacault ayant été dans le cas d'assister au baptême d'un enfant dont la grande-duchesse est accouchée récemment, demande à celte occasion des conseils sur la conduite que doivent tenir les agents de la République par rapport aux cérémonies religieuses des Cours oîi ils résident, et s'ils doivent ou non se présenter à ces cérémonies.

« La question se compose de deux éléments qui sont susceptibles d'un examen particulier. Elle peut intéresser les opinions religieuses de l'agent et la dignité de la République et de son gouvernement.

« Sous le premier rapport, la Constitution ayant sanctionné la liberté des cultes, le gouvernement, par conséquent, n'en préférant aucun, dans le choix des citoyens qui doivent représenter la République au dehors, les agents sont parfaitement libres, pour ce qui concerne leur personne, d'assister ou de ne pas assister aux célébrations religieuses des Cours où ils résident.

a Comme ministres publics, sont-ils dans la même position, et devient-il de même indifférent qu'ils soient ou non présents à ces célébrations ?

« Les ministres publics n'assistent comme tels aux offices religieux

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