‹ Correspondance diplomatique de talleyrand (volume 2)Chapitre 59 sur 74 · NAPLES · texte numérisé non relu

NAPLES

Placée à l'extrémité de lltalie, loin du théâtre des événements qui avaient troublé le Piémont, procuré

qu'autant que ces offices font partie du cérémonial de la Cour et que le corps diplomatique s'y trouve présent, soit par invitation spéciale, soit par suite d'un usage établi. Bans ce cas, es serait pour ainsi dire renoncer à un droit honorifique, ou manquer aux égards dus au gouvernement, que de se soustraire à la règle commune. Quoique dans la représentation des Etats, les degrés de puissance et de dignité aient établi des différences dans les honneurs, les gouvernements entre eux sont considérés comme égaux, et chez eux ils ont iG^i droit de la part des gouvernements étrangers aux mêmes égards. Q'n ne déroge donc nullement à la dignité de l'État qu'on représente en faisant ce que font les agents des autres puissances. Ici, ce qui peut un moment faire douter nos ministres, c'est la circonstance du culte ; c'est la défaveur où le culte catholique se trouve dans l'opinion, par une conséquence naturelle de l'opposition qui a toujours existé entre lui et le système républicain. Cette considération ne doit nullement arrêter. L'objet principal est de satisfaire aux usages et de se maintenir dans toutes les prérogatives dont jouissent les envoyés des autres Etals. La conduite des puissances protestantes depuis la Réforme décide de celle que nous avons à tenir. Si les envoyés de ces puissances assistent aux cérémonies religieuses des Cours où ils résident, pourquoi les envoyés d'un État qui ne reconnaît point de culte favori ne les imiteraient-ils point?

« J'ai dit qu'en s' absentant des célébrations religieuses qui font partie du cérémonial, nos agents manqueraient aux égards dus au gouvernement.

« J'observerai à ce sujet que les ministres qui représentent auprès du Directoire les différents Etats de l'Europe, assistent sans difficulté aux fêtes républicaines qui sont censées faire partie du cérémonial quand le Directoire y est présent. C'est une déférence que se doivent les gouvernements amis, et il n'entre sans doute point dans les intentions du Directoire de se soustraire au retour.

« Cependant, cette déférence ne peut être tellement absolue qu'elle ne souffre quelques exceptions. On a vu à Paris deux ministres

l'indépendance de la Cisalpine et changé la forme du Gouvernement ligurien, la Cour de Naples se croyait

s'absenter de la commémoration du 10 août. L'un, comme représentant d'un monarque, l'autre comme celui d'une portion du corps helvétique, ont trouvé des prétextes plausibles pour se tenir éloignés de cette fête. L'anniversaire du 21 janvier fut célébré Tannée dernière, et les ministres des États monarchiques n'y assistèrent point. Si nous ne pouvons trouver mauvais que dans ces deux circonstances les ministres des Rois se soient absentés, de même si, dans quelques Cours, les cérémonies religieuses blessaient les idées républicaines, on ne pourrait trouver à redire que nos ministres se tinssent à l'écart. C'est là, je crois, la seule modification à apporter au principe général de déférence aux usages. Je ne m'arrêterai point à spécifier des cas : l'esprit de liberté qui doit animer les ministres de la République, les leur fera toujours aisément pressentir.

« Ce principe général posé, je ne crois pas devoir consulter le Directoire sur la question subsidiaire que propose le citoyen Cacault de savoir comment nos agents doivent se conduire à l'église, et s'ils doivent par exemple s'agenouiller à l'endroit de la messe qu'on appelle Élévation. J'estime que le Directoire pensera comme moi qu'il faut ou ne point entrer dans les temples ou s'y comporter de manière à n'y point blesser les convenances; qu'à cet égard, un ministre public n'est pas différent d'un homme sans caractère; en un mot, qu'il doit se conduire comme tous les autres ministres publics qui s'y trouvent avec lui.

« D'après les développements qui précèdent, je pense que le Directoire jugera convenable de décider que les agents de la République près des puissances étrangères assisteront à toutes les célébrations religieuses et autres fêtes qui feront partie du cérémonial du gouvernement et auxquelles assisteront les envoyés des autres puissances. Ils ne dérogeront à celte règle que dans le cas où ces célébrations blesseraient les principes fondamentaux du gouvernement républicain ou la dignité de la nation française et de son gouvernement.

« Après avoir terminé ce rapport, j'ai appris que le Directoire avait donné une décision absolument semblable pour le fond sur des questions de môme nature qu'avait élevées le citoyen Joseph Bonaparte pendant sa résidence à Parme. C'est un motif de plus pour croire que le Directoire approuvera la détermination que je lui proposais avantd'avoir connu le jugement qu'il avait antérieurement porté. »

sous LE DIRECTOIRE. 333

encore protégée par l'interposition de la Toscane et de l'Etat ecclésiastique, par l'appui de l'Autriche et par les rigueurs qu'elle exerçait contre ceux qu'elle supposait être les amis de la liberté. Mais les événements de Rome et la création de cette nouvelle république ont réveillé toutes les craintes de Naples. Elle a paru inquiète que l'armée stationnée à Rome ne fût chargée de faire une invasion dans son territoire ; son effroi s'est porté jusque sur l'expédition de Toulon, elle a craint qu'elle fût destinée pour faire une invasion en Sicile. L'assurance que lui a fait donner le Directoire de ses intentions pacifiques a suffi à peine pour la rassurer.

Que peut-on se promettre de ces dispositions actuelles? Le Roi connaît sa position; ses vues personnelles sont pour le maintien de la paix. M. de Gallo, Acton lui-même, manifestent le même désir; mais on connaît l'influence de l'Autriche sur ce cabinet, et si la guerre recommençait avec l'Empereur, il n'y aurait que des considérations très puissantes qui pourraient empêcher la Cour de Naples de prendre parti pour ce prince. On a deux moyens de la rendre moins inconsidérée : la peur et l'espoir. Pour l'effrayer, la possession de Malte est un point capital, et je ne doute plus que ce voisinage ne lui inspire de la réserve.

Pour l'attirer, nous pouvons lui offrir la confection d'un traité de commerce, d'une convention pour Bénévent et Ponte-Corvo, pour l'abandon absolu des droits de suzeraineté que le Gouvernement de Rome prétendait sur celui de Naples : nous pouvons sur-

tout lui répondre que notre influence sera efficacement employée à empêcher que la République romaine ne tente d'empiéter sur son territoire, ce qui suppose cependant que la République romaine sera reconnue par la Cour de Naples. Cette Cour hésite, ainsi que celle de Toscane : toutes les deux veulent attendre lavis et l'exemple de l'Empereur. M. de Ruffo me disait qu'il serait humiliant pour son Roi d'être le premier à reconnaître cette République : " Ce qui serait humiliant, a monsieur l'ambassadeur, lui ai-je répondu, c'est de « me le refuser aujourd'hui dans mon cabinet et de « venir me l'offrir dans trois mois, w Je suppose qu'il aura senti et fait sentir à sa Cour la force de l'insinuation.

Je ne terminerai point ce paragraphe sur les puissances d'Italie sans rappeler au Directoire, et avec regret, que quelques-uns de ses agents, dans cette contrée, ont bien mal saisi ses intentions, et qu'on ne saurait trop tôt et trop efficacement leur exprimer que la volonté du Gouvernement est de conserver ce qui existe et d'éloigner soigneusement de l'Italie toute occasion de troubles, tout élément de révolution qui ne dériverait pas uniquement de la simple propagation des lumières; que surtout ils doivent éviter de prendre jamais l'initiative dans les cas décisifs sur les intentions du Directoire, et que lorsqu'ils ne trouvent pas dans leurs instructions la règle de leur conduite, ils doivent en demander de nouvelles et les attendre; les exceptions à cette règle générale sont excessivement rares,

SOLS LE DIRECTOIRE. 335

et les agents diplomatiques oublient peut-être trop la responsabilité qui pèse sur la tête de ceux qui vont au delà de leurs instructions ou qui les transgressent.

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