‹ Correspondance diplomatique de talleyrand (volume 2)Chapitre 64 sur 74 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

TALLEYRAND AU CITOYEN SIEYÈS

25 frimaire an VII (15 décembre 1798).

Citoyen, la nouvelle qui a été répandue à Constantinople le 25 du mois dernier, de la mort de Bonaparte, de la prise d*Alexandrie et de la destruction des Français en Egypte, sera parvenue vers vous plus promptement encore qu a Paris. Votre inquiétude aura été extrême, d'autant que vous étiez privé des notions qui combattaient à nos yeux lauthenticité de cet horrible événement. Vous trouverez dans le Rédacteur^ d'hier des rapprochements de date qui paraissent décisifs. J'ajoute une observation et un fait.

Comment serait-il possible que les nombreux avisos anglais qui sont devant Alexandrie n'eussent pas porté à Naples une nouvelle aussi importante pour leurs coalisés, et n'aurions-nous pas dû en être instruits par cette voie plutôt que par celle de Constantinople?

Dans une lettre datée d'Alexandrie, du 16 brumaire, le général Marmont écrit qu'il y a eu au Caire un petit mouvement populaire, mais qu'il est calmé. Ne trouvez-vous point là dedans l'explication de la nouvelle

1 Le Rédacteur, journal officieux du Directoire, qui donna souvent des communications du ministère des relations extérieures.

sous LE DIRECTOIRE. 4lî

que 1*011 aura portée à Constantinoplc et que la haine et la sottise auront grossie à ce point? Non, je ne puis croire au désastre qu^on nous annonce ; c'est ainsi qu'on a déjà fait brûler dans la rade d'Alexandrie tous nos bâtiments de transport. Il faut s'attendre que, dans l'impossibilité où nous sommes d'avoir avec l'Egypte des relations suivies, nos ennemis nous donneront souvent de pareilles alarmes.

Ce qui se passe sur le continent ne prête point à de semblables impostures. Tous les Etats du Roi de Sardaigne sont occupés par nos troupes. L'armée napolitaine ne recueille dans son agression que des revers^ et de la honte. Mous ignorons encore jusqu'à quel point l'Empereur se sera laissé entraîner par les excitations et les ruses de la Cour de Naples. Sûrement, Livourne n'aura été occupé que pour englober la Toscane dans cette querelle et décider la Cour de Vienne.

Cependant, notre ultimatum obtient tout succès à Rastadt. Quel étrange cours les événements ont reçu ! Je remets au prochain courrier à m'entretenir plus longuement avec vous.

Le jeune Martignac, dont je vous ai déjà parlé, et que je vous ai particulièrement recommandé au nom du citoyen Treilhard, se rend décidément auprès de vous. Il sait très bien l'allemand, il a une belle écriture, il ne pourra manquer de vous être utile, et vous remplirez les vœux d'une famille intéressante en le mettant à même de travailler avec fruit.

TALLEYRAXD AU CITOYEN SIEYÈS

26 frimaire an VII (16 décembre 1798).

Nous sommes toujours sans nouvelles ultérieures

d'Egypte ï mais avec de fortes raisons de croire que celles qu'on a répandues sont controuvées.

Le citoyen Marivault, qui arrive de Turin, nous apporte tous les détails de l'occupation complète du Piémont par l'armée française. Un jour a suffi pour cette importante opération. Le Roi est maintenant en route pour la Sardaigne avec le duc d'Aoste, dont la conduite fut si exécrable. L'armée piémontaise est incorporée à la nôtre ; un gouvernement provisoire est établi, il n'y a pas eu une goutte de sang répandu, pas un moment d'incertitude ou de trouble. Je vous envoie par courrier extraordinaire copie de la convention qui a été conclue, et des messages que le Directoire vient de transmettre au Corps législatif.

sous LE DIRECTOIRE. 413

TALLEYRAND AU CITOYEN SIEYÈS

29 frimaire an VII (19 décembre 1798).

Citoyen, vous ne verrez sans doute dans la nouvelle qui vous sera portée par le courrier Duclos qu'une conséquence toute simple de celle que je vous transmettais avant-hier, et qui en présage plusieurs du même genre.

Je vous envoie le Bulletin officiel, et, en même temps, le Rédacteur, qui contient la lettre du général Mack. Elle se trouve merveilleusement commentée par ses premiers exploits. S'il était arrivé que la fureur napolitaine eût voulu prendre l'initiative sur les déterminations de l'Empereur, il se pourrait qu'un pareil début inspirât au prince peu de désir de se mêler à la querelle, et alors on n'attendrait pas longtemps les résultats d'un tête-à-tête entre la République et Naples.

Je suppose que vous ne serez pas fâché d'avoir cette bonne nouvelle pour répondre aux inquiétudes faussement affectueuses qu'on vous aura prodiguées, en apprenant le renouvellement de la guerre, et je compte assez sur l'effet qu'elle produira à Berlin. Le Directoire met du prix à ce que la bonne intelligence continue à

régner entre cette Cour et la République. Il en donne en ce moment une nouvelle preuve ^

Instruit que le chargé d'affaires de Sa Majesté Prussienne avait remis à la Haye une note fort sèche, par laquelle il réclamait la continuation du payement de quelques droits féodaux appartenant au Prince, et à lui échus par succession, consulté par le Gouvernement batave sur ce qu'il devait faire, il lui a fait passer le conseil d'entrer en accommodement pour la compensation de ces droits, et de continuer provisoirement à les acquitter jusqu'à ce que le dédommagement ait été stipulé.

Vous pouvez faire, s'il est à propos, usage de ce que je vous en dis.

TALLEYRAXD AU CITOYEN SIEYÈS

7 nivôse an VII (27 décembre 1798).

Je vous transmets copie de la lettre que j'adresse aujourd'hui, par ordre du Directoire, aux plénipotentiaires de la Répubhque à Rastadt.

* H Le ministre des relations extérieures donne lecture d'une lettre du ministre de la République française près la République batave, annonçant que le Roi de Prusse demande le payement des droits féodaux abolis par la Constitution de la République batave.

sous LE DIRECTOIRE. 415

Aussitôt qu'ils auront fait la déclaration qui leur est prescrite, ils auront soin de vous la participer, et vous en donnerez alors une communication particulière à la Cour de Berlin, non pas pour réclamer d'elle, comme de la Cour de Vienne, une explication sur cette marche des Russes, attendu que rien n'indique qu'ils aient eu l'intention de pénétrer dans les Etats de Sa Majesté Prussienne et de traverser la partie de l'Allemagne qui est derrière la ligne de démarcation, mais pour l'inviter, comme membre puissant de la Confédération germanique et ami sincère de la République française, de s'opposer à ce que la Russie n'entraîne l'Empire dans sa querelle particulière en empruntant son territoire, soit pour arriver jusqu'aux armées françaises, soit même pour y établir le théâtre des hostilités. Il y a dans cette invasion des Russes, et il y aurait dans la condescendance du Corps germanique, une telle violation de la neutralité dont il jouit, un tel sacrifice de sa tranquillité intérieure, que la haine la plus envenimée et les projets les plus hostiles pourraient seuls expliquer l'un et l'autre, et que le Roi de Prusse doit se montrer empressé à garantir l'Allemagne entière des malheurs que sa faiblesse ou sa connivence ne manqueraient pas d'attirer sur elle.

Le Directoire charge le ministre de répondre que ces rentes doivent être payées jusqu'à remboursement. »

Procès-verbal de la séance du Directoire du 18 frimaire an VII (8 décembre 1798).

TALLEYRAAD AUX MLMISTRES PLÉMIPOTENTIAIRES

DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

AU CONGRÈS DE RASTADT

Paris, le 22 nivôse an VII (11 janvier 1799).

Vous apprendrez, Citoyens, par les imprimés que je VOUS envoie, les détails des événements affreux qui se sont passés à Rome, le 8 nivôse. Le Directoire, pénétré de douleur et d'indignation, vient de donner des ordres pour faire marcher promptement des troupes sur Rome. Cet acte si juste donnera lieu peut-être à une explication avec le ministre de l'Empereur au congrès. Vous ne manquerez pas de lassurer que ce n'est pas comme vue d'agrandissement ni pour la République française ni pour la République cisalpine, que cette direction de forces a été ordonnée ; que le Gouvernement français est décidé à n'en rien retirer ni pour l'une ni pour l'autre, qu'il veut uniquement une réparation éclatante, et certes bien légitime, de l'horrible attentat commis pour la seconde fois contre la nation française ^ .

Salut et fraternité.

Ma lettre a pour objet que vous soyez avertis et ne

^ Assassinat du général Duphot.

sous LE DIRECTOIRE. 417

puissiez être pris au dépourvu. Mais vous devez sentir que l'explication ne doit pas être de votre côté , et que les mesures prises par le Directoire doivent être gardées dans le plus profond secret.

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