XVI INTRODUCTION
que probable qu'on aurait trouvé quelques traces de cette complicité dans sa correspondance d'Angleterre avec de Lessart. Or, j'interpelle ici la probité du ministre Lebrun qui en est dépositaire; qu'il déclare, je ne dis pas si elle est répréhensible, ou même suspecte, mais s'il n'est pas vrai que c'est la correspondance la plus franchement, la plus lâgoureusement patriotique qui existe dans ses bureaux, sans aucune exception ' .
« Il est permis d'ajouter, puisque cela est parfaitement vrai, que le jour même oîi le décret d'accusation a été rendu contre Talleyrand, le ministre Lebrun et un membre du Comité diplomatique ont dû recevoir de lui un mémoire politique dont toutes les vues appartiennent aux principes les plus purs de la Révolution ^. Il en résulte qu'il s'est constamment occupé, qu'il s'occupe encore utilement de ce qui peut servir la République. C'est par ces raisons, c'est aussi par la connaissance que j'ai du caractère de Talleyrand, queje pense qu'il se justifiera. Il doit le vouloir fortement; il serait bien à plaindre s'il ne le pouvait pas et s'il était réduit à laisser l'aristocratie jouir insolemment du triomphe qu'elle voudrait recueillir de son accusation. Ce que je viens de dire servira, du moins je l'espère, à suspendre l'opinion. Mais c'est à lui à l'éclairer, c'est à lui à la ramener; je l'exhorte à le faire promptement, et dans
^ Voir la Correspondance de la mission de Londres, publiée à la librairie Pion. 1889.
^ Voir ce mémoire signalé par Talleyrand dans sa lettre à Lacuée, p. 430, et que nous reproduisons intégralement, quoiqu'il ne soit plus inédit. Lytton Bulwer, d'ordinaire mieux renseigné, prétend, dans son Essai sur Talleyrand, que ce mémoire n'a jamais existé.
INTRODUCTION. xvii
cette supposition que je n'abandonnerai qu'avec le plus vif regret, je suis certain que la Convention nationale apprendra avec joie qu'elle a été trompée et qu'elle peut compter toujours sur ceJui qu'elle a cru un instant avoir perdu. 5)
Le 24 décembre 1792 paraissait dans la Gazette nationale une lettre de Talleyrand datée du 12 décembre, de Londres, l'an I" de la République.
Lettre justificative de Talleyrand j ancien évêque d*Autun,
c Londres, le 12 décembre 1792 (l'an P^ de la République).
« Citoyens, je viens de lire dans le n" 5 du Bulletin de la Convention nationale, le plus officiel, dit-on, de tous les journaux, la phrase suivante : « Par une lettre du « 21 avril, Laporte adresse au Roi une pièce de l'évêque ce d'Autun, qui, dit-il, paraît désireux de servir Sa Majesté. « Il m'a fait dire que vous pouviez faire l'essai de son zèle « et de son crédit. » Le Bulletin ajoute que, de suite, « la « Convention nationale a décrété d'accusation Talleyrand- « Périgord, ancien évêque d'Autun » .
« Ma réponse à cette inculpation est simple et courte : je n'ai jamais rien dit ni rien fait dire de semblable. Je n'ai jamais eu aucune espèce de rapport direct ou indirect, ni avec le Roi ni avec M. Laporte ; je l'ai vu chez lui deux fois pour des objets fort étrangers à nos questions révolutionnaires : la première pour solliciter avec un artiste célèbre un appartement au Louvre, dont on voulait le priver pour le donner à une personne de la Cour; la seconde fois, pour