LXXXVIII
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI
Londres, le 27 février 1831.
Monsieur le Comte ,
Vous m'aviez chargé d'avoir une explication avec M. le prince de Lieven sur le voyage de M. de Krùdener à Bruxelles, sur les démarches qu'il aurait faites dans cette ville en faveur de M. le prince d'Orange. J'ai eu cette explication, ainsi que j'ai déjà eu l'honneur de vous le mander, et le résultat en a été que M. le prince
de Lieven a rappelé M. de Krûdener, qui est en ce moment à Londres. Je puis ajouter à ce sujet qu'on a totalement abandonné ici toutes les tentatives et même toutes les espérances relatives à M. le prince d'Orange.
On répand le bruit que la mission de M. le duc de Mortemart à Saint-Pétersbourg a été sans succès ^ ; c'est par des lettres de Francfort que cette nouvelle est parvenue ici. J'aime à croire qu'on ne doit pas y donner plus de confiance qu'à celle qui vous sera peut-être revenue, qu'en Russie on disait que les plénipotentiaires russes à Londres n'avaient admis les derniers protocoles qu'ad référendum; il vous aura été facile de démentir ce bruit, qui est tout à fait sans fondement ; la signature du prince de Lieven et du comte de Matuchewitz sur tous les protocoles a été simple et complète, et je crois fort utile pour nous.
La nomination de M. le baron Surlet de Chokier à la régence de la Belgique a été connue ici hier matin. Si, comme on l'annonce, le Roi a accrédité M. le général Belliard à Bruxelles, il me semble que rien ne peut plus s'opposer au retour de M. Bresson à Londres, après quelques semaines de séjour à Paris. Je
* « M. le duc de Mortemart a été accueilli à Pélersbourg non seulement avec tous les égards dus à son caractère diplomatique, mais encore avec toutes les marques d'une bienveillance personnelle. Son premier entretien avec l'Empereur Nicolas a duré près de quatre heures, et nous avons lieu de nous applaudir de ce début d'une mission toute pacifique... «
{Sébastiani à Talleyrand. — 1" mars 1831.)
me chargerai de lui refaire sa position, et je pense que sa présence en Angleterre pourra être utile à sa carrière.
Le budget du ministère de la marine pour l'année courante a été présenté à la Chambre des communes dans la séance du 25 février. Il offre une augmentation de crédit sur celui de 1830 de 280,431 livres sterling , c'est-à-dire qu'il serait de 5,875,386 livres sterling pour 1831. Il y aurait aussi une augmentation d'hommes d'environ 3,000, ce qui porterait le nombre des matelots à 32,000, et celui des soldats de marine à 10,000. Le ministre de la marine a annoncé que l'augmentation de crédit serait principalement appliquée à l'achat de bois de charpente, à des fournitures d'arsenaux, etc., etc. Une somme de 60,000 livres sterling doit être consacrée à la construction de machines à vapeur pour bâtiments de guerre.
Je regrette que vous n'ayez pas reçu le protocole n° 19 assez tôt pour vous servir de plusieurs faits et arguments qu'il renferme et qui auraient montré à quel point les attaques auxquelles vous avez eu à répondre dans la séance du 23 étaient peu fondées.
Recevez, etc.
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI
Londres, le 2 mars 1831.
Monsieur le Comte ,
La proposition de la réforme parlementaire a été présentée hier soir à la Chambre des communes par lord John Russell. On a de la bienveillance pour lui, et son discours a été écouté avec intérêt, même par ses adversaires. Les partis étaient en présence, et il a été impossible à une première séance de juger de quel côté sera la majorité.
D'après le projet ministériel, les droits appartenant à des bourgs pourris seraient entièrement abolis pour soixante d'entre eux et conservés pour quarante-sept autres , avec cette modification qu'au lieu de deux membres que chaque bourg nommait jusqu'ici, il ne pourrait plus en être élu qu'un seul. Sept villes qui n'étaient point représentées à la Chambre des communes acquerraient le droit de nommer chacune deux membres. Le nombre des membres de la Chambre serait réduit de soixante, et par conséquent serait de cinq cent quatre-vingt-dix-huit, au lieu de six cent cinquante-huit qu'il était auparavant.
En supposant que le royaume de la Grande-Bre-
tagne compte vingt-deux millions d'habitants, il y aurait, d'après la proposition du Gouvernement, un électeur pour quarante-quatre habitants.
Le numéro du Times d'aujourd'hui rend un compte exact du projet ministériel : la discussion, qui a été peu intéressante hier, recommencera ce soir et sera rendue fort importante par les membres qui seront entendus; je vous en rendrai compte demain.
Je ne dois pas négliger d'appeler toute votre attention sur les membres du parti carliste en Angleterre ; la saison rendra bientôt les communications entre ce pays et la France beaucoup plus faciles, et il serait convenable d'exercer la plus active surveillance sur ce point. Je vous rappelle à cette occasion ma lettre que vous a apportée le dernier courrier. Si vous jugiez que la présence de Charles X en Ecosse pût par son voisinage être dangereuse pour la tranquillité intérieure de notre pays, je serais en position, dans le cas où vous m'en donneriez l'ordre, de demander au Gouvernement anglais qu'on invitât ce prince à choisir un autre pays pour sa résidence.
Je viens de lire, dans le numéro du Courrier français du 28 février, un article dirigé contre moi. Comme les faits qu'il renferme pourraient être répétés , j'éprouve le besoin de vous rappeler. Monsieur le Comte, que par ma dépêche n" 97 S je les ai rétablis tels qu'ils sont. En effet, les traités de 1814 doivent
* Voir dépêche du 24 février 1831, p. 241.
être soigneusement distingués de ceux de 1815 ; je m'honorerai toujours autant d'avoir signé les premiers que d'avoir donné ma démission plutôt que de prendre part aux derniers.
Recevez, etc.
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIAMI
Londres, le 3 mars 1831.
Monsieur le Comte,
Vous avez sans doute connaissance des craintes qu'on a de voir un nouveau mouvement insurrectionnel se manifester en Albanie. Les lettres du consul anglais de Prevesa annoncent, sous les dates des 30 et 31 décembre et 2 janvier, que de nouvelles troupes étaient arrivées à Arta et dans les villages de la frontière, près de Macrinoros, par ordre du grand vizir.
On suppose que ces mouvements de troupes sont occasionnés par le renouvellement des hostilités à Candie et par les dispositions actives des Grecs de la Roumélie et de TAcarnanie, qui ont été encouragées par des Albanais fugitifs.
Le 24 décembre 1830, il y a eu trente-sept Grecs avec leurs chefs massacrés à Trikala , par ordre du
Gouvernement turc , qui avait voulu les faire désarmer.
On pense que les Turcs ne se seraient pas portos à un pareil acte de cruauté s'ils n'avaient pas été avertis des projets d'insurrection de la part des Grecs, motivés sur l'état de Candie et d'autres lieux.
Il paraît qu'on craignait de nouveaux massacres à Arta.
Ces événements font sentir de quelle importance il serait de hâter les arrangements qui doivent fixer le sort de la Grèce. Les insurrections éclateront et continueront dans certains endroits jusqu'à ce que les limites soient définitivement arrêtées. J'ai eu l'honneur de vous engager par ma dépêche n° 62, du 3 janvier dernier, de presser l'ambassadeur de France à Constantinople d'agir dans ce sens en commun avec l'ambassadeur d'Angleterre. Vous devez avoir reçu des communications de Constantinople qui vous mettent en état de juger si nous serons bientôt en état de régler ce qui reste à faire pour la Grèce, et si la Porte a cédé sur la question des limites. Je vous prie de me faire connaître ce qui vous sera parvenu à ce sujet ^
Recevez, etc.
* « Mon Prince,
« Je vais avoir l'honneur de répondre à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m' écrire le 2 de ce mois, sur la délimitation du nouvel Etat grec.
a Le Roi n'a cessé d^attacher le plus grand prix à voir agrandir
256 AAIBASSADE DE TALLEYRAND
Londres, le 5 mars 1831.
Monsieur le Comte,
J*ai reçu, aujourd'hui 5, les deux dépêches que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser le 1"" de ce mois,
et fortifier la Grèce par la restitution de rAcarnanie que les décisions de Talliance ont si malheureusement détachée de son territoire.
« Mais pour que cette importante question puisse être décidée comme le désire Sa Majesté, il faut, mon Prince, qu'il y ait unanimité de vues à ce sujet par les trois Cours, et que les membres de la Conférence reçoivent sur ce point des instructions uniformes; il faut aussi amener la Porte au nouveau sacrifice qu'on lui demande. Or vous savez que si le ministère anglais s'est montré favorable à ce projet, il n'en a pas tout à fait été de même du prince de Lieven, et moi-même j'ai pu remarquer quelque embarras dans les réponses du comte Pozzodi Borgo, lorsque je lui en ai parlé. Ce refroidissement dans les dispositions du cabinet de Saint-Pétersbourg au sujet des affaires de Grèce s'explique par le changement qu'a subi sa politique envers la Porte , sur laquelle il s'attache aujourd'hui à maintenir son influence, non plus par l'ascendant de la force, mais par un système de bienveillance apparente et de ménagement, en vertu duquel l'envoyé russe à Constantinople évite avec soin de s'associer à toute démarche qui aurait un caractère peu agréable pour le Gouvernement turc. Dans un tel état de choses, j'ai cru devoir laisser au comte Guilleminot à juger s'il serait utile de préparer la Porte au nouveau plan de délimitation que nous désirons voir adopter pour la Grèce, et qui certes ne serait pas moins dans l'intérêt des Turcs que dans celui des Grecs eux-mêmes, puisque, en procurant aux deux peuples une frontière naturelle et susceptible de
A LOMDRES. 257
ainsi que les pièces qui y étaient jointes. Je me suis pénétré des instructions qu'elles renferment, et je m'y conformerai en tout point. Je me vois à regret obligé de retarder les communications que ces dépêches me mettront dans le cas de faire au ministère anglais. La discussion delà réforme parlementaire, qui se prolonge à la Chambre des communes, absorbe tellement les ministres, la nuit et le jour, qu il est impossible de les entretenir d'autres affaires sérieuses en ce moment. On pense que les débats finiront dans la séance du 7. Je verrai aussitôt après lord Palmerston. Un incident assez remarquable a eu lieu hier soir à la Chambre des communes. M. Wynn, le ministre de la guerre, a
défense, il tendrait à prévenir entre eux de fréquentes et inévitables collisions. J'ai d'ailleurs invité le comte Guilleminot à attendre les communications que sir Robert Gordon aura dû lui faire, si, comme vous l'a dit le ministère anglais, des instructions analogues lui ont effectivement été adressées.
« Cette conduite réservée m'a semblé d'autant plus nécessaire à suivre, que trop d'empressement de notre part à aborder avec la Porte la question d'un accroissement de territoire en faveur de la Grèce, la conduirait peut-être à révoquer les ordres qu'elle a donnés pour l'évacuation de l'Attique et de l'Eubée. Je vous ai entretenu par ma lettre du 11 janvier des motifs qui nous engageaient, de notre côté, à ne pas presser celle de l'Acarnanie. Cette évacuation serait au moins prématurée au moment où nous remettons en question la circonscription territoriale de la Grèce. C'est aussi dans ce sens que le cabinet de Londres l'a compris et qu'il a adressé à M. Dawkins des instructions dont il doit même déjà connaître le résultat. Dès que le général Guilleminot, qui, au surplus, n'a pas encore eu le temps de me répondre, m'aura fait part de ses démarches ou de ses observations relativement à l'objet dont il s'agit, je m'empresserai de vous en donner connaissance. »
[Sébastiani à Talleyrand. — 7 mars 1831.)
déclaré qu'après avoir mûrement réfléchi sur le bill proposé de la réforme, il ne pouvait lui donner son approbation et qu'il se retirait du ministère. L'opinion n'est pas encore formée sur la situation du bill dans la Chambre. Dans la journée de demain dimanche, on se donnera beaucoup de mouvement de part et d'autre. J'ai vu MM. de Bûlow et de Wessenberg relativement à l'affaire du duché de Luxembourg, dont vous me parliez dans votre lettre du 22. Ils m'ont dit l'un et l'autre qu'ils étaient embarrassés pour écrire lorsqu'ils savaient que les engagements pris envers eux n'étaient pas tenus, et qu'à la date du 28 février la place de Maëstricht continuait à être bloquée par les troupes belges, malgré les assurances données par le Gouvernement de la Belgique et les ordres qu'avait reçus le général Mellinet. L'inexécution des ordres donnés par le Gouvernement rend toutes espèces de négociations difficiles. Je les ai assurés que le Régent avait ordonné, sous menace de destitution, au général Mellinet, de reprendre les positions fixées par l'armistice, et ils m'ont répondu qu'aussitôt après qu'ils auraient connaissance de la retraite des troupes belges, ils ne manqueraient point d'écrire à Francfort pour retarder tous les mouvements proposés par la Diète germanique.
Recevez, etc.
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI
Londres, le 8 mars 1831.
Monsieur le Comte,
J'ai lu avec une grande attention, dans la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser le 1" de ce mois, les informations que vous me donnez sur Fétat de l'Italie. Je partage complètement vos vues sur les rapports de la France avec le Piémont. Quant au plan que vous avez adopté à l'égard des Etats du Pape, je crois qu'il serait très utile et possible à réaliser ^ J'en ai entretenu le prince Esterhazy et le baron de Wessen-
. * a Nous proposons au cabinet de Vienne de nous entendre avec lui pour replacer, par la persuasion, par de sages concessions, sous l'autorité du Souverain Pontife, toutes les portions de son territoire qui ont arboré l'étendard de la révolte. La force matérielle peut comprimer pour un temps les agitations populaires ; mais, en laissant subsister les causes du mal, elle n'apporte aucun remède efficace et durable ; la puissance temporelle du Pape, la conservation de l'intégrité de ses Etats nous paraissent indispensables à la paix, à l'équilibre de l'Europe dont il ne faut pas compliquer la situation déjà difficile
par des dissensions religieuses Une sorte de Conférence établie à
Rome dans le but de replacer ces provinces sous l'autorité du Saint- Père, en leur assurant des franchises raisonnables, pourrait exercer un salutaire effet sur l'esprit des peuples et contribuer puissamment au retour de l'ordre... »
(Séhastiani à Talleyrand. — 1" mars 1831.)
berg, les deux plénipotentiaires autrichiens; ils n'ont pas paru trop éloignés de ce projet, et quoiqu'ils n'aient aucune instruction de leur Cour sur ce point, j'ai pu juger qu'ils étaient disposés à adopter vos idées et qu'ils écriraient à Vienne dans ce sens.
J'ai eu ce matin avec lord Palmerston une longue conversation, dans laquelle j'ai pu lui parler de tout ce que renferme votre lettre du 1". L'impression qui m'est restée de cette conversation est qu'il sera possible de s'entendre sur les points principaux, et que les difficultés qui ont été élevées par vous sur plusieurs protocoles sont de nature à pouvoir s'expliquer.
Lord Palmerston, au sujet des affaires d'Italie, m'a dit qu'il agirait volontiers d'accord avec notre cabinet et celui de Vienne, dans le but d'amener le Gouvernement pontifical à des concessions qui placeraient une partie de l'administration du pays entre des mains séculières. Il a fort loué notre conduite envers le Piémont, et m'a exprimé une grande satisfaction des ordres donnés aux autorités françaises de la frontière pour le désarmement des réfugiés piémontais.
Les plaintes que vous portez contre l'Espagne nous ont conduit à l'idée qu'il serait sans doute facile de faire retirer les troupes espagnoles de la frontière des Pyrénées si, de votre côté, vous obligiez les réfugiés espagnols à se rendre dans le nord de la France. Je suis fondé à croire que vous pouvez traiter cette question avantageusement avec l'ambassadeur d'Espagne à Paris. Du reste, tout ce que vous demanderez dans le
sens que je viens de vous exprimer sera soutenu par le ministère anglais.
Immédiatement après ma conversation avec lord Palmerston, la Conférence s'est réunie pour entendre la lecture de la dépêche ostensible que j'ai reçue de vous; j'ai trouvé là aussi une impression assez favorable, et je crois que nous pourrons finir par nous entendre. IVous avons dû remettre notre prochaine séance à vendredi, à cause des débats parlementaires, qui ne laissent pas un instant de liberté à lord Palmerston. C'est vendredi que nous entrerons dans la discussion des différents points traités dans votre lettre. Si l'on propose la rédaction d'un protocole, je n'en accepterai aucun que ad référendum, et j'attendrai les ordres du Roi avant de rien signer.
S'il vous convenait que le général Belliard devînt le commissaire de la Conterence à Briixelles, je suis porté à croire que je pourrais le faire agréer par les membres de la Conférence.
Je vous enverrai par le prochain courrier la collection imprimée des protocoles.
Il sera nécessaire de faire rechercher, dans les archives du département des affaires étrangères, des informations sur ce qui s'est passé lorsque l'Angleterre demanda l'éloignement de France du roi Jacques. On pourrait se servir utilement de cet exemple, si vous VOUS décidiez à demander qu'on éloignât d'Ecosse Charles X.
C'est aujourd'hui la sixième séance que la Chambre
des communes consacre à la réforme parlementaire; le chancelier de l'Echiquier a annoncé hier soir à la Chambre que si la première lecture du bill était adoptée, la seconde n'aurait lieu qu'après Pâques. La situation du ministère, malgré tout le mouvement que produit la discussion du bill, ne me paraît pas affaiblie de manière à craindre pour son existence.
Recevez, etc.
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI
Londres, le 13 mars 1831.
Monsieur le Comte,
La conférence que nous devions avoir hier a été encore ajournée, et c'est seulement demain que nous nous réunirons au Foreign Office. Je vous ferai connaître ensuite le résultat de la communication de votre lettre ostensible aux membres de la Conférence, ainsi que les résolutions qui seront proposées. Je prendrai ad référendum ce qui sera adopté par les autres membres, et le Gouvernement du Roi ayant fait des réserves aux protocoles du 20 et du 27 janvier ^ je ne dois pas
* Voir protocoles des 20 et 23 janvier, Collection de Clercq, t. IV, p. 1, 2, 3, 4 et 5.
signer sans ordre une pièce de laquelle il résulterait qu'il y a eu du dissentiment entre mon Gouvernement et la Conférence.
Je me suis rendu hier chez lord Palmerston, pour l'entretenir des divers objets traités dans vos dernières dépêches ^ Je lui ai d'abord parlé des événements de
* « Une dépêche de Berlin, qui m'est parvenue hier par estafette et dont je joins ici la copie, nous a fait connaître Ja déplorable issue de la lutte où s'étaient engagés les malheureux Polonais. Cette nouvelle a produit dans le public l'impression la plus pénible; et ceux mêmes qui s'étaient le moins abusés sur les ressources de la Pologne et ses chances de succès, n'ont pu se défendre du sentiment le plus douloureux à l'annonce d'un événement qu'ils n'avaient jugé que trop probable. Les résultats incertains des premiers combats, la résistance si vive et si brillante de l'armée rassemblée sous les murs de Varsovie avaient encore accru, s'il est possible, l'intérêt qu'excitait ici ce peuple infortuné. Quant à nous, mon Prince, nous nous étions moins que personne fait illusion sur la fin de cette guerre; et nous avions dès le premier jour considéré comme désespérée une cause que nous n'étions pas d'ailleurs appelés à défendre; mais il ne nous était pas interdit de penser que la magnanimité de l'Empereur Nicolas pouvait prévenir la sanglante catastrophe qui vient de terminer cette lutte inégale et acharnée. Aujourd'hui que la force a décidé, et qu'une question dans laquelle nous ne pouvions intervenir que par des vœux de paix et d'humanité vient d'être tranchée par l'épée, d'impérieux devoirs nous sont imposés et envers l'Europe et envers ce qui reste de la malheureuse Pologne. Désarmer le courroux du vainqueur, faire un appel à sa générosité et à sa clémence, adoucir les rigueurs qui menacent une nation sur laquelle viennent déjà de s'appesantir tous les maux de la guerre, arrêter l'effusion du sang, sauver autant qu'il est en notre pouvoir les personnes et les propriétés, telle est notre première tâche, tâche d'humanité, de civilisation , de morale. Prévenir une atteinte funeste aux traités existants et à l'équilibre actuel de l'Europe, telle est l'autre, tâche de prévoyance, de politique, de pacification. Il serait difficile de connaître d'une manière certaine quelles sont les intentions de l'Empe-
264 AMBASSADE DE TALLEYRA\D
Varsovie, et des conséquences dangereuses qu'ils pourraient avoir pour le repos de l'Europe, si l'Empereur Nicolas n*adoptait pas envers les Polonais des principes de modération et de générosité. Lord Palmerston est entré entièrement dans nos idées à ce sujet; l'ambassadeur d'Angleterre à Pétersbourg sera chargé de demander au cabinet russe le maintien des stipulations de 1814, en vertu desquelles le royaume de Pologne a été joint à l'empire de Russie; il insistera surtout pour que la Pologne ne cesse pas de former un Etat distinct et qu'elle ne puisse être réunie comme
reur à Tégard des Polonais et de leur pays : mais peut-être seraitil à craindre que, pressé de faire disparaîlre tout ce qui peut encore entretenir parmi eux le souvenir de leur ancienne indépendance, il voulût s'attaquer à leur nom, à leur individualité nationale, et à cette existence que les stipulations de 1815 leur avaient conservée en dehors de l'Empire russe. Le royaume de Pologne, tel que ces stipulations l'ont rétabli, et avec les limites qu'elles lui ont assignées, est encore pour l'Europe une garantie puissante, un gage réel de sécurité.
« Le réduire à l'état de province russe, le faire disparaîlre ainsi de la carte de l'Europe, serait la plus grave de toutes les infractions dont les derniers événements aient encore menacé l'ensemble des traités de 1815. Le Gouvernement du Roi a donné, ce me semble, une assez belle preuve de son respect pour ces traités, lorsqu'on dépit des attaques dont il s'est vu l'objet et de l'impulsion que l'opinion du pays s'efforçait de lui donner, il a proclamé que la paix de l'Europe lui était plus précieuse que tous les avantages dont la France pouvait rentrer en possession par l'abandon des stipulations existantes. A notre tour, nous croyons pouvoir invoquer le maintien d'un équilibre auquel nous avons fait sans hésiter tant de sacrifices. Je viens d'écrire à M. le duc de Mortemart pour lui recommander de chercher à connaître quelles sont à cet égard les intentions de l'Empereur, et de s'en expliquer avec tous les ménagements que
A LOMDRES. 2C5
province russe. Lord Palmerston apprécie comme nous l'importance qu il y a pour l'Europe de faire écouter la voix de la raison à Saint-Pétersbourg, et je dois être assuré par son langage que les instructions envoyées à l'ambassadeur d'/lngleterre seront d'accord avec celles que vous avez données à M. le duc de Mortemart.
J'ai fait part ensuite à lord Palmerston des observations contenues dans votre dépêche du 7, relative aux affaires de la Grèce. Il ma répondu que le prince de Lieven venait précisément de lui communiquer une dépêche de sa Cour, qui explique Tespèce d'embarras
réclame dans des circonstances semblables une matière aussi délicate, mais aussi avec franchise et netteté. Mais nous ne sommes pas, mon Prince, les seuls intéressés à la conservation du système européen, et ce n'est pas à nous seulement qu'il appartient de le préserver de tout changement funeste. L'Angbterre voudra sans doute prendre sa part de cette noble tâche, l'Angleterre, qui a pu apprécier dans une occasion récente notre loyal désir de maintenir l'ordre établi par les derniers traités, et qui a pu apprendre aussi, par ses propres inquiétudes , combien il importait à son repos que cet ordre fût maintenu. Veuillez donc réclamer le concours des ministres de Sa Majesté Britannique, qu'ils s'unissent à nous pour faire entendre en faveur des Polonais la voix de la modération, et pour sauver s'il en est besoin l'existence du royaume de Pologne. Pressez-les , mon Prince , de nous seconder par leur langage : le temps est préci?ux ; il s'agit de détourner les rigueurs prêtes à frapper une nation généreuse qui s'est encore grandie dans la défaite; il s'agit d'enlever aux passions populaires un nouveau sujet d'irritation, en écartant des vengeances dont le spectacle viendrait encore alimenter toute leur violence; il s'agit surtout d'assurer la paix de l'Europe en s'opposant à ce qu'un élément de discorde et de guerre puisse être introduit dans le système sur lequel elle repose : quel plus bel usage l'Angleterre pourrait-elle faire de sa haute influence? » (Sébastiani à Talleyrand. — 9 mars 1831.)
266 AMBASSADE DE TALLEYRAMD
qu'éprouve la Russie dans la question de l'agrandissement des frontières de la Grèce. Comme il y aura sur le prêt fait aux Grecs une portion employée à indemniser le Gouvernement turc pour le pays qu'il perdra par la nouvelle délimitation, la Russie, à laquelle cet argent reviendra en définitive, puisqu'il servira à acquitter la contribution imposée par le traité d'Andrinople, a trouvé plus délicat de ne pas paraître en première ligne, lorsqu'il s'est agi de réclamer une augmentation de territoire en faveur des Grecs. Voilà, m'a dit lord Palmerston, la raison qui a décidé le cabinet de Pétersbourg à laisser faire les premières démarches par l'Angleterre et la France réunies ; mais il est disposé à y joindre les siennes pour appuyer la demande en faveur de la Grèce, quand le moment en sera jugé opportun. Le prince de Lieven m'a fait demander un entretien pour une communication; j'ai lieu de croire que ce sera la même qu'il a faite à lord Palmerston et dont je viens de vous rendre compte.
Quant à la situation du Portugal et aux questions qui s'y rattachent et qui faisaient l'objet de votre dépêche du 4 de ce mois, lord Palmerston, auquel j'en ai parlé, m'a développé les raisons qui s'opposent à ce que l'Angleterre agisse en commun avec la France pour obtenir le redressement des griefs que ces deux puissances ont à faire valoir contre le Gouvernement portugais. L'Angleterre a des traités particuliers avec le Portugal qui lui donnent des avantages dont nous ne jouissons pas et qui l'obligent à agir seule dans les
affaires et les rapporis qu'elle a avec ce pays. Ainsi, pour vous citer un exemple : lorsqu'il s'élève une difficulté au sujet d'une affaire qui intéresse essentiellement un Anglais, le Gouvernement anglais a le droit, s'il le trouve convenable, de la faire juger par un magistrat portugais désigné par lui seul. Du reste, je puis vous dire que la reconnaissance de don Miguel est plus éloignée que jamais, et que, quels que soient les projets futurs de l'Angleterre sur le Portugal, elle ne fera rien sans nous en prévenir.
Je n'ai pas négligé de rappeler à lord Palmerston la demande que je lui ai faite au sujet des marchandises incendiées dans l'entrepôt d'Anvers, lors du bombardement de cette ville. Cette affaire a été soumise à des avocats que l'on consulte toujours en pareille occasion ; elle est encore entre leurs mains, et dès que leur travail sera fait, il me sera communiqué. J'aurai soin de vous en donner connaissance.
Je vous envoie un exemplaire de la collection des protocoles de notre Conférence. Ces protocoles sont imprimés par une imprimerie qui appartient au Département des affaires étrangères, et en un très petit nombre d'exemplaires, qui sont distribués aux membres de la Conférence et aux employés supérieurs du Département. C'est ce qui fait que je ne puis vous en transmettre qu'un; j'en garde un ici pour les archives.
La question de la réforme a fait des progrès ces jours derniers; les pétitions en sa faveur arrivent de
toutes parts, et le ministère se croit assuré de la majorité dans le Parlement.
Recevez, etc.
TALLEYRAMD AU COMTE SÉBASTIANI
Londres, le 17 mars 1831.
Monsieur le Comte,
J'ai eu hier, avec M. le prince de Lieven, la conversation que je vous annonçais dans ma dernière dépêche. Il ma donné lecture dune lettre de M. le comte Nesselrode, en date du 19 janvier, dont je vais avoir l'honneur de vous rapporter sommairement le contenu.
Dans cette lettre, le ministre rapporte d'abord que le désir de la Russie a toujours été de voir adopter la
ligne de Volo à Arta comme limite entre l'Etat grec et l'Empire turc ; qu'elle n'a cédé sur ce point que par suite de l'opposition du cabinet britannique; qu'ainsi la nouvelle proposition faite à la Conférence de Londres, au mois de décembre dernier, pour une augmentation du territoire grec, a été accueillie par elle avec une véritable satisfaction. Aujourd'hui, poursuit le comte Nesselrode, que les vœux unanimes des cabinets alliés
nous ramènent vers notre but primitif et tendent à rétablir les frontières de la Grèce telles que nous les avons cru désirables, la politique du cabinet impérial est trop persévérante pour désavouer une opinion qu'elle a ouvertement professée et trop franche pour repousser une offre qui, lors même qu'elle paraît inattendue, n'en est pas moins faite pour être vivement appréciée.
Quelque réelles que soient les difficultés que présente un arrangement dont le succès aurait pu ne pas être douteux à une autre époque, TEmpereur autorise son ambassadeur à Londres à concerter avec ses collègues les démarches à faire auprès de la Porte afin d* obtenir d'elle, de gré à gré, une amélioration des frontières septentrionales de la Grèce, moyennant une compensation pécuniaire à fournir par le nouvel Etat,
Cette amélioration devrait tendre à la meilleure ligne de frontières connue, c'est-à-dire celle déterminée par la Conférence au mois de décembre dernier, et qui réunirait à la Grèce rEtolie,rAcarnanie et le Patradjik.
Si cette concession rencontrait des obstacles invincibles, l'arrangement à proposer à la Porte amènerait encore un résultat désirable, s'il assurait à la Grèce la
possession de l'Acarnanie et de la haute Etolie. Dans cette dernière hypothèse, la frontière grecque s'étendrait depuis les Thermopyles jusqu'au mont OEta, telle qu'elle est indiquée au protocole du 3 février ^ et sui-
* Voir ce protocole, Collection de Clercq, t. III, p. 557.
vrait de là une chaîne de montagnes qui aboutit à la côte méridionale du golfe d'Arta.
Mais pour que les démarches des plénipotentiaires à Constantinople puissent être considérées comme convenables par leur forme et utiles par leur résultat, elles devraient se trouver d'accord avec des considérations qu'on doit exposer sans la moindre réserve.
Afin de ne point compromettre le succès de la proposition projetée, il faut qu'elle se présente aux yeux du Gouvernement ottoman comme une compensation en argent entièrement à son propre avantage et nullement comme une combinaison destinée à acquitter ses engagements pécuniaires avec la Russie.
Il est donc essentiel que l'initiative de cette proposition soit réservée aux représentants des deux cabinets qui n'ont aucune réclamation pécuniaire à élever contre la Porte. Le ministre de Russie, en se joignant alors à ses collègues, ne paraîtra pas agir sous l'influence d'un intérêt exclusif de son Gouvernement, mais plutôt guidé par cet esprit d'union et de concorde que la Porte a déjà eu occasion de reconnaître dans la conduite que le Gouvernement russe a tenue précédemment à l'égard de l'exécution des actes de la Conférence de Londres.
Cette marche semblerait la plus sûre, parce qu'elle ne paraîtrait pas inusitée aux yeux du Divan. En effet, lorsqu'il s'est agi, au mois d'avril dernier, de mettre en vigueur les clauses du protocole du 3 février, la Porte a vu le ministre de Russie s'abstenir de faire valoir les
stipulations directes d'un traité récemment conclu et se réunir à ses collègues pour proposer la reconnaissance de la Grèce indépendante, mais avec des limites plus restreintes.
Par une conséquence naturelle de la même marche, c'est aux ambassadeurs d'Angleterre et de France qu'il appartient aujourd'hui de porter les premiers la parole, afin de démontrer au Gouvernement de Sa Hautesse que les limites grecques, telles que le protocole du 3 février les a établies, ne répondent pas en réalité au but que l'on s'est proposé, savoir : celui de couper court à toute complication future ;
Que les peuples qui habitent l'Etolie, l'Acarnanie et le Patradjik continueront à nourrir des intentions hostiles contre la Porte ;
Que son intérêt bien entendu lui conseille de ne pas reprendre possession de ces territoires dont elle ne retirera jamais aucun revenu et qui ne serviront qu'à compromettre son repos ;
Enfin, qu'elle trouverait, à tous égards, un avantage réel à accepter, en échange de ces territoires, une compensation pécuniaire dont le montant serait déterminé ultérieurement.
Ces conseils, exposés avec franchise par les deux ambassadeurs, seront entendus par la Porte, si ce n'est avec docilité, du moins sans prévention, tandis que, si le ministre de Russie prenait l'initiative pour lui donner les mêmes avis, elle croirait y entrevoir un désir mal déguisé de revenir sur les arrangements déjà
conclus, soit pour remettre les affaires de la Grèce en question, soit pour ouvrir au trésor du Sultan une ressource momentanée qui tournerait entièrement au profit de la Russie.
Je vous ai donné ce long extrait de la lettre de M. de Nesselrode, parce qu'il me paraît expliquer le langage que la Russie a tenu, depuis quelque temps, sur les affaires de la Grèce, et répondre aux observations contenues dans votre dépêche du 7 de ce mois.
Le reste de la lettre traite des difficultés que pourra éprouver la négociation que les plénipotentiaires vont suivre à Constantinople ; les différentes chances de succès ou de non-réussite y sont bien appréciées, et on doit rendre justice à la sollicitude que le cabinet russe témoigne en cette occasion pour la Grèce.
Le comte Nesselrode termine en annonçant qu'il vient de transmettre au ministre de Russie à Constantinople des instructions éventuelles afin qu'il se trouve muni, d'avance, des pouvoirs nécessaires en attendant les instructions que la Conférence de Londres adressera aux représentants des trois Cours, et pour éviter les retards inséparables des longues distances.
Vous jugerez sûrement. Monsieur le Comte, que pour ne pas retarder les travaux de la Conférence des trois puissances, au moment où elle s'occupera de cette affaire, il devient nécessaire de me transmettre bientôt des instructions.
Je dois vous dire que les plénipotentiaires russe et anglais regardent toujours le choix du prince Othon de
Bavière comme chose arrêtée entre les trois Gouvernements. Je suis porté à croire que vous en jugerez de même en vous rappelant ce qui a été convenu au mois de juin dernier.
Recevez, etc.
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI
Londres, le 18 mars 1831.
Monsieur le Comte,
J*ai rhonneur de vous adresser la réponse faite par les quatre plénipotentiaires de la Conférence à votre lettre du 1" mars, que vous m'aviez autorisé à leur communiquer. Je n'ai pas besoin de vous dire que ma qualité de plénipotentiaire français et les ordres que vous m'aviez donnés ne m'ont pas permis de prendre part à la rédaction de cette pièce.
J'ai dû remarquer que l'opinion des plénipotentiaires et celle de tous les membres du cabinet anglais bien disposés pour la France étaient que les affaires de la Belgique sont entre vos mains, et qu'il serait peut-être utile, par un langage ferme, de leur ôter de leur importance ; cela vous donnerait bien de l'avantage pour
résoudre toutes les difficultés qui s'élèvent dans plusieurs autres parties de l'Europe.
Recevez, etc.
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI
Londres, le 18 mars 1831.
Monsieur le Comte,
Je ne doute pas que le Gouvernement ne trouve qu'il y a des avantages pour le commerce à augmenter la facilité des communications entre Londres et Paris. Je crois que je n'éprouverais aucune opposition à obtenir du Gouvernement anglais l'arrivée de la poste aux lettres six fois par semaine au lieu de quatre. Je vous prie de me faire connaître vos intentions à cet égard.
Je suis informé que, depuis quelque temps, les autorités françaises de Calais et de Boulogne ne tiennent pas la main à l'exécution des règlements sur les passeports. On laisse entrer en France des personnes dont les passeports n'ont point été visés par l'ambassade ; je pense qu'il est assez important de faire cesser cet abus en ce moment où les communications entre l'An-
gleterre et la France doivent donner lieu à une stricte surveillance.
Recevez, etc.
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI
Londres, le 19 mars 1831.
Monsieur le Comte,
J'ai reçu, la nuit dernière, la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser sous la date du 16 de ce mois. La proclamation du régent de la Belgique au sujet du grand-duché de Luxembourg a produit ici la plus fâcheuse impression, et les explications pleines de sagesse que renferme votre lettre à cet égard me font vivement regretter que la proclamation n'ait pas paru quinze jours plus tôt. Les instructions que vous avez données au général Belliard m'auraient bien utilement servi pour calmer l'irritation que les nouvelles folies des Belges ont excitée ici. J'aurais peut-être pu arrêter l'envoi de quelques vaisseaux anglais dans l'Escaut, qui est annoncé aujourd'hui, et mettre le plénipotentiaire prussien en état de donner des assurances plus positives à la Diète de Francfort.
Quoi qu'il en soit. Monsieur le Comte, je ne négli-
gérai pas de tirer tout le parti possible de votre dépêche du 16 ; la ferme résolution de marcher avec les puissances, exprimée à Bruxelles et à Londres, amènera, je l'espère, d'heureux résultats que des retards trop prolongés ont rendus plus difficiles à obtenir.
Ma lettre est fort courte, parce que j'ai un très gros rhume.
Recevez, etc.
P, S. — Je verrai, ce soir, lord Palmerston et M. de Bûlow, qui viennent de me faire dire qu'ils passeraient chez moi.
Vous trouverez l'annonce des armements anglais dont je vous parle aujourd'hui, dans des dépêches déjà anciennes, mais auxquelles on n'a pas répondu, et, entre autres, dans celles du 18, du 28 et du 31 janvier.
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI
Londres, le 20 mars 1831.
Monsieur le Comte,
J'ai entretenu, ce matin, lord Palmerston, le prince Esterhazy et le baron de Bûlow de votre dépêche du 16 ; ils ont été tous trois fort satisfaits de ce que je leur
A LO.YDRES. 277
en ai dit, et m'ont témoigné le désir de voir enfin la France se dégager des embarras que lui suscitent les affaires de la Belgique : ce pays ne cherche, m'ont-ils dit chacun séparément, qu'à entraîner la France ; il est poussé par des intrigants dont le but est bien loin d'être favorable à la tranquillité de la France, et qui voudraient la compromettre avec l'Europe. La Belgique a prouvé, m'a dit M. de Bûlow, que la Conférence l'avait bien jugée, quand elle s'était servie dans le protocole n° 7 ^ du mot d'indépendance future.
Je vous dis là l'opinion fixe des quatre puissances avec lesquelles il nous importe de marcher, et qui sont bien disposées à marcher avec nous. Les trois membres de notre Conférence que j'ai vus ce matin m'ont encore répété, chacun en particulier, les assurances les plus positives que leurs Gouvernements désiraient que l'ordre de choses actuel s'affermît en France ; que la paix fût maintenue en Europe, et que la France y tînt la place que naturellement elle doit y occuper : tous en sentent le besoin, et c'est là, m'ont-ils dit, ce qui motivera toujours leurs opinions. Du reste, les plénipotentiaires de Prusse et d'Autriche m'ont promis d'écrire à Francfort, et j'ai l'espoir que leurs avis arrêteront les entreprises que nous redoutons de la part de la Confédération germanique. Lord Granville a dû recevoir, par son dernier courrier, des instructions à ce sujet de lord Palmerston.
* Voir ce protocole, Collection de Clercq, t. III, p. 589.
J'ai demandé à lord Palmerston des explications sur les armements dont il était question hier; il m'a répondu affirmativement que la nouvelle donnée par le Times était complètement fausse, qu'il n'y avait pas eu d*autres armements que ceux nécessaires pour aller relever la station de la Méditerranée et pour conserver la situation de la marine anglaise sur le pied de paix. Ces explications sont à peu près les mêmes que celles qui m'ont été données il y a environ six semaines et que vous retrouverez dans mes précédentes dépêches.
Mgr le prince d'Orange s'est embarqué ce matin à Londres pour la Hollande, après avoir joui de tous les genres de plaisir de cette capitale ; il exprimait assez hautement ses regrets de la quitter. Sa manière de vivre ici lui a donné peu de considération.
Madame la duchesse de Berry a fait annoncer par M. le marquis de Choiseul qu'elle voulait se rendre aux eaux de Bath ; ce sont des raisons de santé, a-t-il dit, qui l'y conduisent.
Recevez, etc.
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI
Londres, le 23 mars 1831.
Des lettres de Francfort ont apporté ici la nouvelle que la proclamation du Régent de la Belgique au sujet du duché de Luxembourg avait excité, au plus haut point, le mécontentement de la Diète germanique, et que probablement elle donnerait lieu, de sa part, à des mesures de rigueur. Par suite des communications que votre lettre du 16 m'avait mis en état de faire, et celles de lord Palmerston, qui avait reçu les mêmes nouvelles de Francfort, le prince Esterhazy expédie, aujourd'hui même, un courrier directement pour Francfort, qui porte au plénipotentiaire autrichien dans cette ville rinvitation formelle de faire suspendre toutes les résolutions hostiles que la Diète aurait été disposée à adopter. Le prince Esterhazy en faisant cette démarche s'est fondé sur les déclarations que je lui ai faites, et a insisté aussi sur le changement du ministère français, qui doit inspirer une nouvelle confiance *.
Le comte d'Aerschot, envoyé du Gouvernement belge
^ Le ministère Casimir Périer, succédant au ministère Laffitte, avait pris les affaires le 13 mars.
à Londres, s'est présenté chez lord Palmerston, qui lui a dit qu'il le verrait avec plaisir, mais qu'il ne pouvait entretenir aucun rapport officiel avec lui avant que le Régent se soit désisté des prétentions élevées dans sa dernière proclamation, dont les expressions sont pleines d'inconvenance.
J'ai reçu, hier soir, votre dépêche du 20; je ferai part à lord Palmerston de votre proposition d'envoyer un agent anglais en Italie, et je suis fondé à croire, d'après sa réponse aux premières ouvertures que je lui ai faites, que le Gouvernement anglais entrera dans vos vues à cet égard. Mon premier courrier vous portera sa résolution.
La seconde lecture du bill sur la réforme parlementaire a passé hier à la Chambre des communes à la majorité d'une voix; la Chambre était très nombreuse, il y avait 601 votants. On croit que dans les comités qui auront lieu après cette seconde lecture, il sera proposé de grands changements au bill. La question est de savoir de quelle nature seront ces changements, car s'ils sont importants, le Gouvernement a déclaré qu'il ne les adopterait pas, et alors viendrait la ressource de la dissolution, sur laquelle l'opinion du Roi n'est connue de personne.
M. de Lafayette a parfaitement raison lorsqu'il écrit que le colonel espagnol Degan n'a pas reçu de passeport à l'ambassade de France. En voici le motif. M. le comte Mole, votre prédécesseur, a écrit, sous la date du 24 août 1830, qu'il ne devait être délivré par l'am-
bassade de France de passeports et de visa de passeports qu'aux étrangers munis de papiers visés par les ministres de leurs Cours respectives, et c'est là ce qui doit, jusqu'à de nouveaux ordres, nous servir de règle.
Recevez, etc.
TALLEYRAND AU COMTE SEBASTIANI
Londres, le 24 mars 1831.
Monsieur le Comte,
Ainsi que je vous le mandais par ma lettre d'hier, j'ai vu lord Palmerston et je lui ai fait la proposition d'envoyer un agent anglais à Rome pour s'entendre avec les ambassadeurs de France et d'Autriche au sujet des troubles survenus dans les Etats romains. Lord Palmerston n'a pas balancé à accepter cette proposition et a désigné pour remplir cette mission sir Brook Taylor, qui a passé l'hiver à Rome pour sa santé et qui se trouve en ce moment à Florence. Il m'a promis de lui expédier sans délai des instructions dans cette dernière ville afin qu'il retourne à Rome. Sir Brook Taylor est honorablement connu par les différentes missions qu'il a remplies depuis plus de vingt ans en
Allemagne; c'est un homme d'un caractère conciliant et modéré. Les dernières nouvelles que lord Palmerston a reçues d'Italie lui font espérer qu'un arrangement entre le Gouvernement pontifical et ses sujets ne sera pas très difficile; les principaux chefs des troubles étaient déjà, disait-on, sur le point de quitter Tltalie pour se réfugier en Angleterre ou en France. Du reste, lord Palmerston m'a encore répété qu'il était convaincu que tout deviendrait facile pour les cinq puissances bien unies, qu'il s'agît d'Italie ou de Belgique.
L'indisposition dont je vous ai déjà parlé et qui me retient chez moi depuis plusieurs jours m'a empêché jusqu'à présent de voir le comte d'Aerschot, envoyé de la Belgique; mais je suis mieux aujourd'hui, et je lui ai donné rendez-vous pour demain. Lord Palmerston a été obligé de passer chez moi pour recevoir les communications que j'avais à lui faire.
Le ministère anglais est content de son succès à la Chambre des communes et dit qu'il suffit, dans une question comme celle de la réforme, que le bill ait été adopté, et que le nombre des voix n'y fait rien. Les pétitions arrivent de toutes parts en faveur du bill.
Recevez, etc.
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTÏANI
Londres, le 25 mars 1831.
Monsieur le Comte,
Je n*ai pas négligé de parler à différentes reprises des affaires de la Pologne à lord Palmerston, ainsi que vous me l'aviez recommandé dans plusieurs de vos dépêches. D'après le langage de ce ministre, je suis fondé à croire que le cabinet anglais attache de Tintérêt à la cause polonaise, et que des instructions ont été adressées par lui à lord Heytersbury à Saint-Pétersbourg, pour y faire entendre la voix de la modération. Il me paraît qu'il serait utile de charger M. le duc de Mortemart d'entrer en communication avec lord Heytersbury sur ce point, et je dois dire que lord Heytersbury a des ordres qui ne contrarieront en aucune manière les instructions que vous avez données au duc de Mortemart; les démarches officieuses faites simultanément par ces deux ambassadeurs ne manqueraient point de produire quelque effet. Le motif de ces démarches doit être de réclamer près du cabinet russe le maintien des traités de I8I4, qui assurent à la Pologne une existence indépendante sous le sceptre de l'Empereur de Russie. Comme le manifeste du souve-
rain laisse supposer qu'en cas de non-soumission des Polonais, il les réduirait par la force pour les réunir ensuite à l'Empire, une telle mesure anéantirait un article important du traité de 1814, dont les puissances ont le droit de demander l'exécution ; il me semble que ce point de départ donnera de la force à tout ce qui peut être dit en faveur des Polonais.
J'ai vu, ce matin, M. le comte d'Aerschot. Dans le cours de notre conversation, nous sommes peu entrés dans le fond des affaires qui l'amenaient à Londres, parce que la proclamation du Régent a engagé tous les ministres qui sont à Londres à témoigner delà froideur à un député belge. J'ai cependant pu me servir utilement d'une phrase de votre lettre du 16, qui dit que la France n'est disposée à continuer d'accorder son appui à la Belgique qu'autant qu'elle ne se jettera pas, sans provocation, dans des voies propres à troubler la paix de l'Europe. Cette phrase, riche en développements dans lesquels je lui ai montré beaucoup d'intérêt, m'a conduit à finir notre entretien par l'idée que j'ai voulu lui laisser sur la manière dont la Conférence comprenait la position de son pays. « La Belgique d'aujourd'hui, lui ai-je dit, est la Belgique de 1790, plus l'évêché de Liège; son indépendance est au moment d'être reconnue, et la neutralité lui est garantie par toutes les puissances ; tous ces avantages lui sont assurés à la seule condition de ne pas troubler le repos des autres puissances. »
J'attends le moment où vous m'informerez du résul-
tat des dépêches écrites de Londres aux membres de la Diète germanique, pour les arrêter dans les résolutions hostiles que la proclamation du Régent les avait disposés à prendre; vos démarches directes auront sûrement produit Teffet que vous en attendiez.
Recevez, etc.
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI
Londres, le 27 mars 1831.
Monsieur le Comte,
D'après les ordres contenus dans votre dépêche du 23, j'ai vu tous les membres de la Conférence chacun en particulier. Comme leurs informations sur l'armée hollandaise étaient toutes les mêmes, j'ai eu à peu près la même réponse de chacun d'eux ; en voici la substance. L'armée hollandaise n'a reçu récemment aucune augmentation; elle est composée aujourd'hui comme il y a deux mois de trente mille hommes de troupes de ligne; le reste n'est que de la milice. Les Hollandais sont excédés des dépenses qu'exige l'entretien de ces troupes, et depuis longtemps elles auraient été diminuées, si les Belges avaient repris plus tôt devant Maëstricht les positions qu'ils avaient au 21 novembre, et
286 AMBASSADE DE TALLEYRAIVD
qu'ils étaient convenus eux-mêmes de reprendre. Les difficultés qui ont duré deux mois pour revenir à ce point ont obligé les Hollandais, pendant ce temps, à se tenir sur leurs gardes, et la dernière proclamation du Régent sur le Luxembourg a de nouveau répandu Talarme dans le pays. Voilà, m'a-t-on dit, quelle est la cause, Tunique cause de l'état des armements hollandais.
Je dois ajouter que chacun des ambassadeurs m'a dit que l'adhésion patente du cabinet français au protocole qui fixe les limites entre la Belgique et la Hollande mettrait fin à toutes ces difficultés et ferait cesser tous les armements occasionnés par les inquiétudes que donne la Belgique. C'est là ce qui est dans l'esprit de tous les cabinets, au moins c'est ce qui résulte du langage habituel des ambassadeurs, non seulement avec moi, mais dans les conversations qui me sont rapportées.
Quant au choix d'un souverain pour la Belgique, les membres de la Conférence sont également unanimes sur cette question : le souverain ne peut être choisi, disent-ils, que quand on aura clairement défini de quel pays il doit être souverain, et cela ne peut être fait que lorsque la France aura prononcé sur les limites de la Belgique.
Je n'ai pas manqué de rappeler aux plénipotentiaires, ainsi que vous me le recommandiez dans votre dépêche, que l'indépendance de la Belgique était un fait admis par la Conférence. Ils m'ont tous répondu : Cette indé-
pendance n'est point encore reconnue; elle le sera hautement par nous, mais seulement le jour où il nous sera possible d'indiquer nettement les limites du pays. Du reste, les communications que j'ai faites ont donné lieu à des explications que je ne saurais assez vous répéter. Il n*y a pas un ambassadeur qui ne m'ait dit que tous les cabinets étaient disposés à faire tout ce qui pourrait contribuer au maintien de la paix; que pas une puissance sur le continent ne voulait la guerre ; leur correspondance est d accord, sur ce point, avec leur langage. Plusieurs d'entre eux ont ajouté que le parti qui en France veut la guerre, ne pouvant amener le Gouvernement dans cette voie par des troubles intérieurs, chercherait à l'y pousser au moyen des affaires de la Belgique ^ On sait que vous ne voulez pas la guerre, et comme les Belges veulent vous y entraî-
* « Mon Prince,
a II n'est que trop évident que le parti qui nous pousse ici avec violence à la guerre exerce en Belgique une influence qui devient menaçante pour la paix de l'Europe. Cette influence est d'autant plus grande et d'autant plus décisive, que le peuple belge est dans un état de souffrance alarmant, et que les hommes qui composent aujourd'hui son gouvernement sont sans expérience et sans force. Le seul moyen de conserver la paix est aujourd'hui le choix d'un prince qui obtienne l'appui des grandes puissances. Nous ne saurions songer, en aucun cas, à la Maison d'Orange. Il faut nous décider entre le prince de Naples et le prince de Saxe-Cobourg. Le premier conviendrait mieux aux intérêts de la France, mais il appartient à la branche aînée des Bourbons, et il est le frère de Madame la duchesse de Berry. En présence de l'association qui vient de se former, de la discussion animée et presque véhémente de la proposition de M. Baude qui a été adoptée aujourd'hui, la France le repousserait avec indi-
288 AMBASSADE DE TALLEYRAMD
ner, on vous engage à porter toute votre attention sur ce point. La question belge terminée vous éviterait bien des embarras dans le présent et dans Favenir.
Le comte d'Aerschot a été reçu ici par quelques membres de la Conférence, mais sans aucun caractère officiel. Lord Palmerston a observé cette nuance. On a
gnatîon et accuserait le Gouvernement de favoriser la branche de cette famille qu'elle vient de proscrire.
« Le prince de Saxe-Cobourg sera regardé comme un triomphe de Finfluence anglaise, d'autant plus mortifiant pour nous que nous avons refusé aux Belges M. le duc de Nemours. Assurément jamais position ne fut plus difficile que celle du Gouvernement français, dans le choix du prince qui doit régner en Belgique. Mais lorsqu'on n'a que le choix de deux inconvénients, il faut préférer celui que l'on croit le moins grave.
tt Le Roi, le président du Conseil et moi, nous avons voulu nous consulter sur le parti qu'il convient de prendre. Le prince de Cobourg nous paraît celui auquel on pourrait s'arrêter, mais à deux conditions inévitables, dont la première serait la démolition des places fortes de la Belgique, et la seconde la réunion du duché de Bouillon au royaume belge.
« Sachez, sans prendre aucun engagement, ce que l'on peut obtenir à cet égard.
« Le temps presse, le Congrès belge doit se réunir le 29 de ce mois, et veut procéder immédiatement à la nomination d'un Roi.
« M. Bresson est seul dans la confidence de la communication qui vous est faite. On peut compter sur sa discrétion, et il vous pourra donner, sur l'état de la Belgique, des renseignements exacts, que seul il possède. Il a l'ordre de ne rester à Londres que le temps nécessaire pour obtenir votre réponse. Ne perdez pas de vue, mon Prince, que la question de la Belgique est devenue d'autant plus délicate pour nous que nous avons montré les intentions pacifiques les plus constantes et les mieux affermies, et que nous avons fermé les yeux sur l'intervention des Autrichiens à Parme, à Modène et à Ferrare. »
{Séhastianià Talleyrand. — 24 mars 183L)
A LOMDIIKS. 280
été un peu surpris de l'accueil solennel fait à Paris à M. Lelîon.
Je suis presque rétabli de mon indisposition; elle a été causée par les mauvais temps du mois de mars, toujours malsain à Londres. Aussi je compte bien vous demander un congé (vous voyez que je m'y prends d'avance) pour le mois de mars prochain.
M. Bresson est arrivé ici, je répondrai par lui à la lettre qu'il m'a apportée.
cm
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIAiVI
Londres, le 28 mars 1831.
Monsieur le Comte,
Je vous remercie d'avoir chargé M. Bresson de la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser sous la date du 24 de ce mois. Je l'ai revu avec plaisir à Londres, et j'ai pu profiter de sa présence ici pour y rétablir sa position. J'avais réuni à dîner chez moi plusieurs des membres de la Conférence, avec lesquels M. Bresson a eu des explications qui se sont terminées de la façon la plus honorable pour lui. Il pourra vous en rendre compte, ainsi que des observations que lui
auront fournies ses entretiens avec les ambassadeurs. M. le comte d'Aerschot dînait aussi, cejour-là, chez moi.
J'ai dû voir de nouveau séparément les membres de la Conférence pour pressentir leur opinion sur le choix du futur souverain de la Belgique, et je me suis utilement servi des réflexions contenues dans votre lettre du 24. Ils m'ont tous répété ce que je vous mandais hier à ce sujet, c'est-à-dire qu'on ne peut s'arrêter au choix d'un souverain de la Belgique avant d'avoir déterminé les limites du pays sur lequel ce souverain doit régner. On s'exposerait, en agissant autrement, à placer ce prince dans le même embarras qu'éprouve aujourd'hui le Régent; il serait obligé, en acceptant la souveraineté, de jurer une constitution dans laquelle se trouve un article qui énonce le maintien de l'intégrité d'un territoire qu'il a plu aux Belges d'étendre à leur gré. Il est facile de prévoir qu'un tel engagement jetterait dans de nouvelles difficultés. Les plénipotentiaires sont donc unanimes dans l'opinion qu'il est absolument nécessaire, avant tout, d'adopter purement et simplement le protocole qui fixe les limites du territoire de la Belgique. Ils reconnaissent en même temps que, plus tard, on devra entrer en arrangement sur les enclaves qui conviendraient le mieux à la Belgique et à la Hollande : c'est alors que la question du duché de Bouillon sera aisément résolue.
Le prince de Naples offre pour le Gouvernement du Roi des avantages et des inconvénients que vous êtes mieux que moi en position de juger. Quant au prince
de Saxe-Cobourg, je n'ai vu paraître, de la part des membres de la Confc^rence devant lesquels j'ai prononcé son nom, aucune opposition contre sa personne. Le cabinet anglais qui, comme je vous lai souvent écrit, pensait toujours que le prince d'Orange aurait été le choix le plus convenable, a cependant aujourd'hui abandonné cette idée ; il se rallierait sans chaleur à la combinaison du prince de Saxe-Cobourg. Je n'ai point parlé nominativement des choix à faire à l'ambassadeur de Russie, parce que ses instructions ne lui permettent pas de porter son intérêt sur un autre prince que sur le prince d'Orange. Cela, du reste, n'arrête rien dans les affaires de la Belgique; ce qu'il nous fallait, c'est que la Russie ne fût point opposée à l'indépendance, et cela a été obtenu. La reconnaissance du souverain viendra plus tard.
La démolition des forteresses que vous réclameriez, dans le cas où le prince de Saxe-Cobourg serait élu, m'a toujours paru une chose que l'on obtiendrait facilement, parce que, à mon sens, elle a perdu son intérêt depuis la déclaration de neutralité. Je sais qu'en France on n'a pas attaché à cette déclaration toute l'importance qu'elle mérite; je persiste à croire néanmoins que la neutralité était le meilleur moyen de finir la question des forteresses, qui, à mon départ de Paris, paraissait aux bons esprits une question dans laquelle tous les amours-propres étaient engagés, beaucoup de millions perdus, et qui devenait insoluble. Du reste, nous ne sommes point appelés à la traiter en ce
moment, et je devrai sans doute revenir sur ce point. Mon opinion personnelle sur le choix du prince, réduit, comme vous le faites dans votre dépêche, entre le prince de Naples et le prince de Saxe-Cobourg, est qu'il faut s'arrêter à celui des deux que vous aurez le plus de chances de faire élire. Au point où en étaient les choses, il y a quatre mois, le prince de Saxe- Cobourg paraissait plus facile qu aucun autre. Depuis ce temps-là, vos directions ayant été différentes, je ne m'en suis pas occupé.
Recevez, etc.
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI
Londres, le 3 avril 1831.
Monsieur le Comte,
J'ai dû voir hier lord Palmerston avant son départ pour la campagne. Je lui ai parlé de nouveau de la nécessité dans laquelle on se trouvait de s'entendre sur le choix du prince qui devait être appelé à gouverner la Belgique. J'ai pu lui représenter tous les inconvénients attachés au choix du prince d'Orange, dont les partisans (à la vérité en très petit nombre) fomentaient en ce moment des troubles, et lui faire
entrevoir les suites fâcheuses que pourrait entraîner son élection. Sans tout à fait nier les inconvénients, il m'a dit qu'il y aurait aussi quelques avantages. « Pas d'autres, lui répondis-je, que la reconnaissance de la Russie ; et cette reconnaissance viendra nécessairement un peu plus tard, car du moment que l'indépendance du pays est reconnue, il faudra bien qu'on reconnaisse aussi le souverain. — Mais, du reste, m'a-t-il dit, tout cela s'arrangera quand les limites de la Belgique seront fixées ; c'est là qu'est aujourd'hui la difficulté. Nous attendons avec impatience la réponse de votre Gouvernement à ce sujet.
« Les retards donnent aux intrigants l'occasion de s'agiter et de continuer le désordre ; j'ai écrit à lord Granville pour l'engager à presser votre Gouvernement de donner une réponse. »
Je lui ai dit que la réponse la plus pressée avait été faite, que vous aviez tenu un langage très ferme aux Belges, et que vous ne leur aviez pas caché que vous aviez consenti à la délimitation de la Hollande et de la Belgique, telle qu'elle est établie dans les protocoles de Londres : j'ai ajouté, comme lous me l'avez mandé, que le grand-duché de Luxembourg devait appartenir à la Maison de Nassau, et que le duché de Bouillon seul restait en discussion.
Une lettre de lord Ponsonby, que lord Palmerston venait de recevoir, lui apprenait que le mouvement à la tête duquel était le colonel Borremans était fini ; et il ajoutait, dans sa lettre, que le Régent avait dit que si
294 AMBASSADE DE TALLEYRAIVD
la France se prononçait dans le même sens que les quatre puissances, il ne doutait pas que les gens sensés du Congrès sentissent qu'il fallait adopter le protocole du 20 janvier. Ce qui, au reste, dans mon opinion sur le vœu de l'Angleterre relativement au choix du souverain de la Belgique, est plutôt négatif que positif. Elle ne voudrait ni tel, ni tel ; mais elle ne désire vivement personne.
Ayant dû regarder votre lettre confidentielle comme non avenue, j'attends à cet égard de nouveaux ordres.
Recevez, etc.
TALLEYRAMD AU COMTE SÉBASTIANI
Londres, le 5 avril 1831.
Monsieur le Comte,
Dans les dernières lettres que j'ai eu l'honneur de vous écrire, j'ai dû souvent vous presser de répondre à la note qui vous a été adressée par MM. les plénipotentiaires des quatre puissances, parce que le temps qu'on met à donner son assentiment ou des explications, fournit à des interprétations quelquefois malveillantes, et rend tout plus difficile. On cherche à mettre d'accord le silence de notre cabinet avec votre
A LOXDRKS. 295
adhésion aux limites de la Hollande et de la Belgique telle que j*ai dû la comprendre et en parler d'après votre dépêche du 30 mars, et telle qu'elle se trouve dans les lettres reçues ici des ambassadeurs qui sont en France.
Si, cependant, la question des places vous laissait quelques doutes, pourquoi ne pas les exprimer dans la réponse que vous avez à faire aux plénipotentiaires des quatre puissances? La disposition des cabinets est de s'entendre. Il y a quelque inquiétude, mais je ne vois nulle part aucune irritation.
Je dois même dire que les explications données par notre cabinet relativement à Bologne ont plutôt rassuré qu'alarmé, et que tout le monde espère qu'elles produiront à Vienne l'effet que vous en attendez.
Je vois qu'ici on se refroidit chaque jour sur le choix du prince d'Orange comme souverain de la Belgique. On n'y prend plus d'intérêt réel, et il ne sera fait par aucun Gouvernement (j'en excepte la Russie) de démarches en sa faveur.
Il vous est sans doute revenu que la cause des Belges perd tous les jours, en Angleterre, des partisans. On les trouve bien peu préparés à recevoir l'indépendance. Dans un pays où le bon sens domine comme en Angleterre, les délibérations du Congrès de Bruxelles n'ont pas beaucoup de faveur.
Le discours de M. le président du conseil a fait ici une grande sensation. Tout le monde répétait hier cette phrase : « Les promesses de politique intérieure
sont dans la Constitution ; s'agit-il des affaires du dehors, il n'y a de promesses que les traités \ 5>
Recevez, etc.
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI
Londres, le 6 avril 1831.
Monsieur le Comte,
J'ai reçu, ce matin, votre dépêche du 4 avril; je ne doute pas qu'elle satisfasse à beaucoup d'égards la Conférence, à laquelle je dois la communiquer lundi ou mardi prochain. Vous serez peut-être étonné que je remette cette communication jusqu'à cette époque; mais cela m'est indispensable, parce que plusieurs membres de la Conférence sont absents. La grande difficulté sera celle qui viendra des échanges que vous réclamez à raison de la position de Maëstricht. Je ferai tous mes efforts et me servirai de tous vos arguments pour obtenir ce que vous me prescrivez dans votre dépêche du 4.
Le succès aurait été plus facile il y a deux mois. Les Belges n'avaient pas encore excité, autant qu'ils l'ont
* Voir séance de la Chambre des députés du 30 mars 1831.
fait depuis, la défiance que je retrouve partout aujourd'hui. En général, j'observe, et je crois qu'il est bon de remarquer que le temps est contre nous ; il ne simplifie rien, et il apporte des difficultés de plus.
Dans une de vos dépêches précédentes, vous me parliez des résolutions qui doivent être prises au sujet des places fortes. Mon opinion est qu'à cet égard j'obtiendrai les démolitions que vous devez désirer : mais je croirais que cette question doit être remise après le choix du Roi. L'amour-propre belge pourrait, aujourd'hui, s'en offenser. Ce sera avec le Roi et comme une exigence de la part de la Conférence que cette question sera le plus avantageusement traitée.
Lord Grey sera prévenu de la communication que vous me chargez de faire à la Conférence, avant tous les autres ministres, parce que je suis engagé à passer la journée de vendredi dans la maison de campagne où il se trouve, et j'aurai une occasion de l'entretenir de l'objet de la conférence que je vais demander. Pour les affaires qui sont encore en discussion, j'aime mieux parler qu'écrire.
J'ai vu, ce matin, M. le baron de Rûlow et M. le prince d'Esterhazy. Ils écriront demain à Francfort comme vous le désirez. M. le prince d'Esterhazy écrira demain à M. de Munch lui-même, pour l'engager à maintenir la Diète dans le système de lenteur et de conciliation au sujet du grand-duché de Luxembourg. J'ai beaucoup insisté pour que leur action fût prompte et décisive, parce que je sens combien sont impor-
tantes les considérations que renferme votre dépêche à cet égard.
Vous me parlez des achats de fusils que font les Espagnols à Londres. Ces achats ne montent qu'à dix ou douze mille. Ils ont été expédiés il y a environ trois mois. On ne fait rien pour eux maintenant. On achète beaucoup de fusils pour les Polonais ; on tâche de les faire arriver par la Prusse en les mêlant dans des envois d'autres marchandises. Les Hollandais ont plutôt annoncé que fait ici des commandes d'armes : le but de cette apparence de commandes a été de faire baisser chez eux le prix des fusils qui était tenu à un taux très élevé par leurs manufacturiers et qui commence à baisser. Il y a quelques marchés faits par les Italiens, mais c'est pour de très petites parties. On continue à m'assurer ici que les armements de l'Angleterre ont été plutôt renouvelés qu'augmentés. Seulement j'ai appris qu'il se construisait pour le Gouvernement anglais, dans des chantiers qui ne sont pas les siens, quelques bateaux à vapeur du port de 500 tonneaux. Ces bâtiments doivent, à ce qu'on m'assure, porter quelques canons. Je me tiendrai, autant que possible, au courant de tout ce qui se fait ou se prépare dans ce genre. On a acheté ici pour la Porte Ottomane une part assez considérable de fusées à la Congrève.
Je vous remercie d'avoir rétabli les faits que n'a pas voulu se rappeler le général Lamarque, lorsqu'il m'a attaqué à la Chambre. Je n'ai pas lu ce que vous avez répondu à cet égard, parce que je n'ai pas encore reçu
les journaux français du 5, qui sont les seuls qui rendent compte de cette séance : mais je suis sûr que j'y retrouverai les preuves de notre ancienne amitié. Il est singulier qu'on veuille me regarder comme ayant été membre de la Sainte-Alliance, tandis que c'est à Aixla-Chapelle, deux ans après mon ministère, que M. de Richelieu a adhéré à ce nouveau pacte. Si c'est pour dire que la Conférence rappelle la Sainte-Alliance par ses actes, il y a, en vérité, là, une trop forte erreur. Il ne faut, pour s'en convaincre, que comparer ce qui a été fait à Naples et en Espagne avec ce qui vient d'être fait en Belgique, dont la Conférence, au bout de deux mois, a proclamé l'indépendance.
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTÎANI
Londres, le 11 avril 1831.
Monsieur le Comte,
J'ai pris les informations les plus positives sur les armements dont on supposait que le Gouvernement anglais pouvait s'occuper en ce moment. J'ai acquis la certitude que l'Angleterre ne ferait pas d'armements ; elle remplace d'anciens armements par des armements
nouveaux, fait quelques changements dans le personnel des amiraux; néanmoins, parées dispositions, elle ne se met pas sur un autre pied que le pied de paix.
Les dépêches que le prince Esterliazy a reçues de Vienne annoncent que sa Cour s'emploiera, ainsi que vous le désirez, auprès du Gouvernement pontifical, afin de le déterminer à apporter des changements dans son administration intérieure.
En général il résulte des dépêches adressées à cet ambassadeur que les dispositions de la Cour d'Autriche pour la France sont de nature à nous satisfaire, et que cette Cour est fort éloignée de songer à créer au Gouvernement du Roi des embarras dans sa politique extérieure.
J'aurai à répondre incessamment, Monsieur le Comte, à la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser le 4 de ce mois ; je n'ai pas pu en faire usage plus tôt à cause de l'éloignement momentané de plusieurs membres de la Conférence.
J'ai reçu hier soir la dépêche du 8, dont M. Tellier était porteur ^
P, S, — La Gazette de Hambourg nous apporte la
' Voici la première partie de la dépêche du 4 avril ; celle du 8 avril suit.
« 4 avril 1831.
« Mon Prince, « Le Roi me charge de vous annoncer qu'il donne de nouveau son adhésion pleine et entière au protocole du 20 janvier, qui fixe les
nouvelle de la victoire remportée par les Polonais sur le général Geismar.
limites de la Belgique et de la Hollande. Le Roi admet également que la souveraineté du grand-duché de Luxembourg, tel qu'il existe actuellement (sauf l'ancien duché de Bouillon), appartient et doit appartenir à la Maison de Nassau, conformément aux traités de 1815, et qu'en vertu de ces mêmes traités, il continue de faire partie de la Confédération germanique. Sa Majesté ne reconnaît pas moins formellement la neutralité de la Belgique telle que les cinq puissances en ont proclamé le principe dans le protocole du 20 janvier. Ce n'est qu'à ces conditions que le souverain qui doit être élu par le Congrès de Bruxelles sera lui-même reconnu par la France. Vous êtes autorisé, mon Prince, à communiquer officiellement au Gouvernement anglais et à la Conférence de Londres cette détermination du Roi. Vous voyez que nous sommes parfaitement d'accord avec la Conférence sur tous les points essentiels réglés par les protocoles, et que nous demeurons franchement unis aux puissances avec lesquelles nous avons constamment aimé à nous entendre pour terminer les affaires de la Belgique dans un esprit de paix et de conciliation.
« Cependant, mon Prince, toutes les questions ne sont pas encore résolues, et il en est plusieurs sur lesquelles je crois devoir appeler votre attention.
« En premier lieu se présente celle des institutions à donner au duché de Luxembourg. Cet Etat, par suite de sa réunion aux Pays- Bas, jouissait, comme la Belgique, d'un régime constitutionnel. Nous mettons un vif intérêt à ce que le bienfait lui en soit conservé. En cela nous sommes loin de vouloir nous immiscer dans les affaires intérieures d'un autre État. Mais, d'une part, nous ne saurions rester indifférents au bien-être d'un peuple qui, après avoir longtemps fait partie de la France, conserve encore tant de relations avec elle ; nous sommes, d'une autre part, persuadés qu'accorder des institutions constitutionnelles au grand-duché de Luxembourg serait le moyen le plus sûr d'y maintenir l'ordre et la tranquillité. Nous croyons même que le Roi de Hollande aurait rendu beaucoup plus facile le rétablissement de son autorité dans ce pays, s'il avait fait précéder la proclamation du duc de Weimar par l'acte constitutionnel qui doit régir cette portion de ses Etats. Nous pensons enfin qu'il importe de détourner fortement le Roi Guillaume de toute idée de
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI
Londres, le 13 avril 1831.
Monsieur le Comte,
Les membres de la Conférence sont rentrés en ville avant-hier et se sont réunis hier. J'ai dû leur donner
confondre le Gouvernement du Luxembourg avec celui de la Hollande. Cette résolution serait aussi impopulaire parmi les Hollandais que parmi les Luxembourgeois. Elle serait en outre contraire au traité de 1815, et aux actes constitutifs de la Confédération germanique, d'après lesquels le grand-duché de Luxembourg doit, sous la forme d'un Etat séparé, faire partie de cette Confédération.
u En second lieu, la délimitation des frontières de la Belgique et de la Hollande, telle que les derniers protocoles l'ont fixée, laisse encore indécises des questions d'une nature difficile et délicate. Par exemple, la ville de Maëstricht n'appartenait pas exclusivement en 1790 aux Provinces-Unies : l'évêque de Liège y exerçait une portion de la souveraineté et des droits importants. Nous n'avons nullement l'intention de les faire revivre, ni de les réclamer en faveur des Belges ; mais la position de Maëstricht et les difficultés qu'elle oppose de ce côté à un système parfait de délimitation méritent une sérieuse attention. En effet, Maëstricht est entièrement séparée du territoire hollandais, dont le point le plus rapproché d'elle est Stephaënsvverder, ville qui elle-même se trouve isolée au milieu d'un vaste territoire belge. Or, si l'on suit le principe qu'on a posé, d'assurer la contiguïté des deux Etats par voie d'échange ou de compensations, la Belgique sera nécessairement obligée de céder les portions considérables de son territoire situées entre Maëstricht et la Hollande, et dès lors aussi il deviendra indispensable de lui procurer une indemnité. Celle qu'il nous paraît le plus convenable de lui
A LONDRES. ;îO:3
communication de la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser le 4 de ce mois ; cette commu-
assigner est la Flandre hollandaise, d'autant que la réunion de cette province à la Belgique aurait le précieux avantage de faire cesser tout sujet de collision relativement à la navigation de l'Escaut et des autres rivières qui la traversent. La Conférence de Londres, en se prononçant dans ce sens, faciliterait les arrangements à prendre et contribuerait puissamment à prévenir toute cause de dissentiments. » « Mox Prince,
« Votre dépêche du 5 était sans doute à peine partie de Londres lorsque vous aurez reçu celle qui vous autorisait à renouveler à la Conférence une adhésion pleine et entière au protocole du 20 janvier et à celui du 19 mars, qui n'en est que la conséquence. Je ne crois pas que vous éprouviez de grandes difficultés au sujet du duché de Bouillon. J'ignore encore le parti que prendront le Gouvernement belge et le Congrès. Je leur ai déclaré, de la manière la plus nette et la plus précise, qu'ils devaient accepter sans restriction comme sans retard le protocole du 20 janvier. J'ai appris indirectement que le Gouvernement belge s'était adressé à la Prusse et à la Diète de Francfort pour leur proposer de comprendre dans la Confédération germanique toute la Belgique, pourvu que le grand-duché de Luxembourg continuât d'en faire partie : ils offrent môme, dit-on, une indemnité de dix millions au Roi de Hollande. De pareils projets ne méritent pas qu'on s'en occupe. Comment des hommes doués de quelque sens peuvent-ils croire un instant que la France consente jamais à laisser la Confédération germanique s'étendre sur ses frontières du nord jusqu'à Dunkerque, et s'approcher jusqu'à cinquante lieues de la capitale?
tt Mais je veux vous entretenir, mon Prince, d'objets plus sérieux. Il importe au Gouvernement du Roi que deux résultats non moins essentiels l'un que l'autre sortent de la séparation de la Hollande et de la Belgique, et de l'indépendance de cette dernière. Le royaume des Pays-Bas fut créé en haine de la France; ses places fortes furent élevées pour menacer constamment notre capitale. 11 faut qu'il disparaisse à jamais. Si le prince d'Orange ou quelqu'un de ses enfants régnait en Belgique, le royaume des Pays-Bas renaîtrait sous une autre forme, mais avec non moins de danger pour la France, parce que la Maison de Nassau régnant à la fois en Hollande et en Belgique,
304 AMBASSADE DE TALLEYRAIVD
nication a produit une impression favorable, et l'on a vu avec grand plaisir le Gouvernement du Roi unir intimement ses intentions avec celles delà Conférence. J'ai remarqué aussi que la situation générale de la France, les progrès de l'esprit public et les succès nombreux du Gouvernement de Sa Majesté étaient justement et convenablement appréciés par chacun des membres. Il m'a été demandé de laisser prendre copie de cette dépêche, mais je m'y suis refusé, parce que le nom de M. d'Apponyi s'y trouvait, et que nous devons éviter tout ce qui pourrait mécontenter l'Autriche. Il y avait aussi, à la fin de cette dépêche, un post'Scriptum qui, bien que signé, aurait pu affaiblir l'effet que la communication était appelée à produire, s'il en avait été remis des copies, parce qu'il se trouve dans la Conférence des hommes formels qui auraient pu remarquer qu'en général les post-scriptum annoncent un peu de précipitation et n'ont pas le même
n'en deviendrait que plus redoutable pour nous, assurée qu'elle serait de l'appui de nos rivaux. La Belgique n'est plus en état de soutenir la dépense de l'entretien des places : sa neutralité les rend inutiles, et elles ne sont qu'un objet à la fois d'irritation et de convoitise pour la France. Nous serons toujours presque irrésistiblement poussés vers la Belgique aussi longtemps qu'elles existeront. C'est à vous, mon Prince, qu'il appartient de rendre impossible la reconstruction du royaume dçs Pays-Bas par l'exclusion de la Maison de Nassau du trône de Belgique, et de faire tomber des places qui seront toujours, jusqu'au moment de leur chute, une occasion de guerre. L'Angleterre et la Prusse sont encore plus intéressées que nous à leur démolition. Le Roi vous charge de conduire cette double négociation, et se repose sur votre habileté accoutumée. » I {Sébastiani à Talleyrand. — 8 avril 1831.)
caractère de fixité qu'une dépêche. J'ai consenti seulement à donner une seconde lecture. La prochaine séance aura lieu jeudi ou vendredi : les affaires du Parlement ne permettent pas une réunion plus rapprochée. La Conférence vous répondra proînptement et, dans mon opinion, de manière à vous satisfaire.
Je crois, Monsieur le Comte, ne devoir pas encore occuper la Conférence de votre dépêche du 8 ; mais j'ai déjà entretenu séparément chacun de ses membres, et les dispositions dans lesquelles je les ai trouvés me donnent lieu de croire et d'assurer que la plus grande partie de nos demandes et les plus importantes seront admises.
J'ai prié l'ambassadeur d'Autriche , ainsi que le ministre de Prusse, de remarquer combien il était à désirer que leurs cabinets apportassent moins de délais dans l'examen des questions qui leur sont déférées et dont l'intérêt général fait souhaiter la solution : au reste, les dépêches que M. le prince Esterhazy m'a communiquées et qui répondent aux demandes que je l'ai prié de faire parvenir à la Cour de Vienne ne permettent pas de douter que M. le prince de Metternich ne soit entièrement disposé à seconder les désirs et les espérances que le Gouvernement du Roi lui a fait connaître. Ces dépêches parlent aussi de la manière la plus favorable de la sécurité que la sagesse du Gouvernement français est faite pour inspirer aux autres Etats de l'Europe. Quant aux dispositions de l'Angleterre à notre égard, elles ne cessent pas d'être bonnes, et ce
306 AMBASSADE DE TALLEYRAX^D
cabinet nous seconde dans tout ce que M. de Sainle- Aulaire est chargé de demander.
Le bill sur Ja réforme reparaîtra lundi : on s'attend à une discussion vive, parce que le ministère doit proposer des modifications qui ne diminueront pas le nombre des opposants, mais qui feront perdre des votes aux partisans de la réforme.
Je joins à cette dépêche un relevé des exportations d'or et d'argent qui se sont effectuées par les ports de la Grande-Bretagne en 1830 et dans les trois premiers mois de cette année. Si ce genre d'information a de l'intérêt pour le Gouvernement, je pourrai continuer à lui adresser de semblables tableaux à la fin de chaque trimestre.
Recevez, etc.
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI
Londres, le 15 avril 1831.
Monsieur le Comte,
Les événements qui fixent aujourd'hui l'attention générale retracent à ma mémoire d'autres faits qui remontent à des temps fort antérieurs.
Je vous engage à faire rechercher soit aux archives de votre ministère, soit à la bibliothèque particulière du Roi au Louvre, un travail de M. Pfeffel dans lequel
A LONDRKS. 307
ce grand publiciste démontrait l'intérêt que la France aurait eu à s'opposer au partage de la Pologne, et dans lequel il traçait la ligne que les Russes ne devaient pas passer, sous peine pour l'Europe de perdre tout équilibre et d'être toujours inquiétée jusqu'au moment où cette puissance hardie tenterait des envahissements.
J'indique ici la Bibliothèque du Louvre, parce que si le mémoire de M. Pfeffel n'a pas été égaré, il a dû se trouver dans un des châteaux royaux. Je l'avais fait lire à l'Empereur, qui en avait été vivement frappé, et qui donna à cet ouvrage la plus sérieuse attention. Il était encore entre ses mains en 1812, lorsqu'il eut le projet de m'envoyer en Pologne. Je pense qu'il offrirait aujourd'hui au Gouvernement du Roi le plus grand intérêt, et qu'on y puiserait des documents et des idées extrêmement utiles.
Recevez, etc.
ex
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI
Londres, le 16 avril 1831.
Mon cher Général, Je vous envoie trois pièces qui renferment tout le système de la Conférence'. Je pense que vous serez
* Ces pièces manquent au manuscrit.
satisfait de la part d'action et d'influence qui est réservée à la France, et sur laquelle vous êtes appelé à vous concerter avec lord Granville. Le départ du courrier, qu'il faut combiner avec l'heure delà marée à Douvres, ne me permet pas de vous donner aujourd'hui plus de détails.
Recevez, mon cher Général, l'assurance de mon ancien attachement et de ma haute considération.
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI
Londres, le 16 avril 1831.
Monsieur le Comte,
J'ai reçu la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser le 12 de ce mois. Cette dépêche avait pour but de faire sentir les graves motifs d'inquiétude que donnerait à la France l'entrée des troupes de la Confédération germanique dans le grand-duché de Luxembourg ; vous y exprimez, Monsieur le Comte, la crainte que la Diète ne soit entraînée à la guerre par l'influence de son président, et vous faites observer avec raison que le mouvement des troupes fédérales ne doit pas être réglé isolément à Francfort, en ajoutant que les représentants des cinq puissances réunis à Londres
A LOXDRKS. 309
sont appelés à juger le moment où celte grande mesure pourra être devenue indispensable.
Je crois, Monsieur le Comte, pouvoir répondre d'une manière satisfaisante à ces diflérentes observations.
Le Gouvernement du Roi ayant désiré, dès l'origine du différend entre la Belgique et la Confédération germanique, que la Diète ne prît aucune résolution précipitée et adoptât, au contraire, pour système une lenteur sagement calculée, j'ai agi dans ce sens auprès des membres de la Conférence dont les souverains sont liés à la Confédération germanique, et je ne peux pas renoncer à croire que leurs conseils n'aient eu, jusqu'à présent, une forte influence sur les délibérations de Francfort; car, si un corps fédéral a été désigné il y a longtemps, vous aurez sans doute remarqué avec quelle lenteur on s'est occupé de son organisation définitive. La Diète aurait persévéré probablement dans ce système de temporisation si, dans ces derniers temps, la proclamation du Régent de Belgique relative au grand-duché de Luxembourg, les discussions et les actes du Congrès n'étaient pas venus donner au Corps germanique des motifs de mécontentement assez graves pour déterminer la Diète à songer à l'emploi des moyens de rigueur, afin de se mettre à l'abri de tout reproche. Cependant, Monsieur le Comte, d'après les ordres que vous m'avez transmis, j'ai eu une conférence avec M. le prince Esterhazy et M. le baron de Bûlow, que je trouve toujours disposés à se prêter aux
310 AMBASSADE DE TALLEYRAXD
vues de conciliation, et je les ai engagés à employer leurs bons offices auprès du président de la Diète, afin de faire suspendre toutes les résolutions hostiles que l'on aurait été disposé à adopter à Francfort.
Les communications journalières que j'ai avec ces deux membres de la Conférence me laissent peu de doute sur les dispositions actuelles de la Diète, et tout me porte à croire qu'elles ne sont pas de nature à nous inquiéter. Ses mesures militaires n'annoncent point l'intention d'agir immédiatement : ce ne sont encore que des préparatifs, et vous aurez remarqué sans doute à quelle distance elle va chercher ses soldats; ce sont les contingents du Holstein, d'Oldenbourg, des villes hanséatiques et du Mecklembourg, qu'elle appelle à marcher au delà du Rhin, tandis qu'elle avait sous la main d'autres contingents qu'elle aurait pu faire agir bien plus rapidement. Elle ne Ta pas voulu, et elle a évité aussi de faire aucun appel aux Prussiens, prévoyant que leur intervention aurait entraîné des inconvénients, lime paraît donc démontré que les intentions de la Diète et ses mesures militaires n'ont aucun caractère qui puisse faire craindre une prochaine agression. Quant au président de cette assemblée, que des informations particulières vous dépeignent comme partisan d'une guerre contre la Belgique, je ne pense pas que son influence puisse l'emporter sur la volonté de son Gouvernement, et nous savons parfaitement, soit par les démarches auxquelles s'est prêté le prince Esterhazy, soit par les communications directes et indirectes
A LONDIIKS. :U1
de sa Cour, que l'Autriche n'a nulle envie d'allumer la guerre sur aucun point de l'Europe.
La Diète, au surplus, n'est pas maîtresse de prononcer seule dans une affaire aussi grave : la Conférence conserve toujours la faculté de lui adresser des avis, et je peux vous certifier. Monsieur le Comte, qu'il ne partira de Francfort aucun ordre d'attaque, avant que la Conférence y ait fait connaître qu'il n'existe plus de moyens d'accommodement.
Les succès répétés et brillants des Polonais ont produit, ici comme en France, la plus vive sensation. Si les mouvements qui ont éclaté en Lithuanie sur des points rapprochés de la Courlande ont pour résultat de donner aux Russes un plus grand nombre d'adversaires, il faudra reconnaître que l'insurrection de Varsovie aura eu des conséquences bien plus graves que celles qu'on avait pu d'abord entrevoir.
Les amis de l'ordre et de la paix ne peuvent qu'applaudir. Monsieur le Comte, au langage que vous avez tenu dans les dernières séances de la Chambre des députés; c'est ainsi, comme vous le dites à la fin de votre dépêche, que nous imposerons aux brouillons qui agitent la Belgique,
Les discussions du Parlement offrent peu d'incidents remarquables depuis deux jours; mais elles prendront beaucoup d'intérêt lundi ou mardi.
Recevez, etc.
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI
(Cette lettre doit être secrète.)
Londres, le 17 avril 1831.
Monsieur le Comte,
J'ai rhonneur de vous envoyer copie d'un protocole que la Conférence vient d'arrêter, mais qui n'est pas destiné à être rendu public; ce protocole est relatif aux forteresses de la Belgique, et vous est adressé par les représentants des quatre Cours : je pense que vous serez satisfait de ses dispositions. Le principe de la destruction des forteresses est établi; les seules qui devront rester sont les forteresses anciennes que la Belgique jugera utile de conserver, comme Anvers, et peut-être quelques autres; mais celles de Mons, Charleroi, Marienbourg, etc., seront détruites.
Recevez, etc.
P, S, — Je ne saurais trop vous recommander le secret.
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI
Londres, le 20 avril 1831.
Monsieur le Comte,
J'ai reçu la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 16 de ce mois, relativement aux traitements horribles que des Français ont éprouvés en Portugal. Une communication que m'a donnée lord Palmerston, et dont je vous ai entretenu par ma lettre d'hier, vous prouvera que les Anglais n'hésitent point à agir eux-mêmes, et seuls, dans la question qu'ils ont avec le Portugal; ils demandent une réparation qu'ils détermineront, et, s'ils ne l'obtenaient pas, la prise des navires portugais trouvés en mer serait la suite du refus qui serait fait par les agents de don Miguel; mais on ne doute pas que la lâcheté qui accompagne toujours la cruauté ne le fasse céder immédiatement, et qu'il ne fasse toutes les réparations convenables.
Je vous fais connaître la marche que suit le Gouvernement anglais , parce que vous trouverez peut-être qu'une conduite analogue est celle qui convient davantage. Lord Palmerston est persuadé que des menaces suffiront.
J'ai donné beaucoup d'attention. Monsieur le Comte, aux informations que vous m'avez fait l'honneur de me
transmettre relativement aux habitants de Samos ' ; mais depuis quelque temps, sans perdre de vue les questions de la Grèce, il a été moins possible de s'en occuper, soit à cause des affaires de Belgique, soit par une conséquence naturelle des travaux parlementaires des ministres anglais ; j'espère que nous aurons bientôt une conférence à ce sujet.
Le ministère vient de perdre la majorité sur un amendement du général Gascoyne dans la question de la réforme. Il est assemblé dans ce moment pour aviser aux moyens de sortir de l'embarras que cet échec lui donne; vous lirez avec plaisir les débats, qui ont duré jusqu'à cinq heures du matin. Je ne saurai que trop tard pour l'heure de la poste la résolution du conseil d'aujourd'hui ; demain j'aurai l'honneur de vous l'écrire.
Recevez, etc.
TALLEYlîAND AU COMTE SÉBASTIANI
Londres, le 22 avril 1831.
Monsieur le Comte,
Je vous annonçais, par la lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire le 20, que le ministère avait éprouvé un
* Des députés samiens s'étaient rendus à Constanlinople pour
échec, et que le conseil était alors assemblé pour aviser aux moyens de sortir d'embarras. Sa position était devenue encore plus difïicile dans le cours de la journée d'hier, parce qu'un membre de la Chambre des pairs, lord Wharncliffe, avait annoncé qu'il ferait la proposition d'une adresse au îloi, afin de supplier Sa Majesté de ne pas consentir à la dissolution du Parlement que ses ministres pourraient lui proposer.
Cet état de choses, le doute dans lequel on était sur les intentions du Roi, les influences que des personnes de sa famille dont les opinions sont fort opposées pouvaient exercer sur Sa Majesté , la gravité de la question de la réforme en elle-même, tout avait contribué à répandre depuis vingt-quatre heures beaucoup d'incertitude dans les esprits.
Hier matin, cependant, le ministère avait obtenu du Roi la promesse positive que le Parlement serait dissous, et Sa Majesté désirait seulement que le bill relatif au douaire de la Reine fût voté auparavant, ce qui aurait entraîné un délai d'un ou deux jours; mais l'annonce de la proposition de lord Wharncliffe ayant fait sentir au conseil qu'on allait avoir à lutter contre de nouveaux embarras que tout délai ne ferait qu'accroître , Sa Majesté s'est déterminée à prononcer immédiatement la prorogation qui, d'après l'usage, est suivie de la dissolution dans les vingt-quatre heures.
demander aux envoyés des trois Cours signataires du Irailé de Londres que leur île fît partie du nouvel État grec ou fût déclarée indépendante.
316 AMBASSADE DE TALLEYRAXD
Le Roi s*est rendu à cet effet aujourd'hui au Parlement.
Vous savez, Monsieur le Comte, qu'il doit s'écouler maintenant un délai de quarante jours avant qu'une nouvelle Chambre puisse être réunie; chaque parti va mettre ce délai à profit pour s'assurer des suffrages, et les plus grands efforts vont avoir lieu pour faire triompher l'une ou l'autre opinion. Tous les membres du Parlement se disposent déjà à quitter Londres pour se rendre sur les divers points où ils ont à préparer leur élection.
Il est arrivé hier, ici, quatre députés belges : le comte de Mérode, M. Vilain XIV, l'abbé de Foëre et M. de Brouckere. Ces députés viennent, à ce que l'on présume , proposer la couronne au prince Léopold. Dans ma première dépêche j'aurai l'honneur de vous faire connaître l'objet positif de leur mission, la forme qu'ils auront adoptée pour la remplir et la réponse qui y sera faite. Il est probable que cette réponse sera conçue dans des termes évasifs, et que Son Altesse Royale évitera d'exprimer une acceptation ou un refus positif avant que la Belgique ait adhéré au protocole du 20 janvier.
Je vous remercie, Monsieur le Comte, de m'avoir adressé le discours que le Roi a prononcé à la prorogation des Chambres ; mais il se trouvait dans les journaux anglais de ce matin, parce que, malgré l'envoi d'estafettes, nous ne pouvons pas lutter contre les moyens d'information que se procurent les spécula-
A LOXDRES. 317
teurs de la Bourse. Je ne doute pas que l'impression qui restera du discours de Sa Majesté ne contribue à augmenter encore la confiance qu'inspire son Gouvernement.
Recevez, etc.
P. *.S. — Je vous envoie le discours du Roi.
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI
Londres, le 25 avril 1831.
Monsieur le Comte,
J'ai reçu ce matin, par M. Casimir Périer, la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 22 de ce mois.
J'ai éprouvé une véritable satisfaction en voyant que le Gouvernement du Roi avait donné son adhésion aux protocoles n°' 21 et 22, et qu'il ne faisait que quelques observations que j'aurai à présenter à la Conférence, en les appuyant des arguments contenus dans votre dépêche.
J'aurais fait immédiatement cette communication, si lord Palmerston n'était à Cambridge pour y préparer sa réélection : il ne doit être de retour qu'au milieu de la semaine prochaine; mais, dans cet intervalle,
318 AMBASSADE DE TALLEYRAiYD
j'aurai soin de voir séparément les autres membres de la Conférence.
La demande que fait le Gouvernement du Roi d'établir un concert entre les cinq puissances, afin dérégler le nombre de troupes qui pourront être employées dans le Luxembourg et pour fixer Tépoque à laquelle elles devront agir, est si juste et si conforme aux conseils delà prudence, que la Conférence sera sans doute naturellement disposée à l'admettre \
Quant à l'évacuation de Venloo et de la citadelle
* Voici dans quels termes le Gouvernement français donnait son adliésion aux protocoles n»» 21 et 22 :
« La France donne son adhésion pleine et entière aux deux protocoles ; mais, s'il devenait nécessaire de recourir à la force pour amener la Belgique à se dessaisir du Luxembourg et à reconnaître les stipulations du protocole du 20 janvier, il est bien entendu que le concours des cinq grandes puissances sera toujours indispensable pour régler le nombre des troupes qui pourraient être employées dans le Luxembourg ou contre la Belgique et pour fixer Tépoque oii ces troupes pourraient agir.
« Le général Belliard et lord Ponsonby se hâteront de préparer le Régent, le ministère et le congrès belges, et généralement de disposer tous les esprits à la communication qu'ils seront chargés de faire, après l'adoption d'un nouveau protocole qui fixerait au 1" juin le terme accordé aux Belges pour répondre à celte déclaration : en cas de non-adhésion, on procéderait immédiatement aux moyens d'exécution.
« Le général Belliard et lord Ponsonby sont autorisés à déclarer que, par une conséquence naturelle de l'adhésion au protocole du 20 janvier, Venloo et la citadelle d'Anvers seront immédiatement évacués de part et d'autre.
« On ne doit pas perdre de vue que tous les arrangements à faire avec la Belgique seraient singulièrement facilités par l'échange de la Flandre hollandaise contre une portion du territoire belge d'une égale importance par son revenu et sa population. »
d'Anvers, il ne paraît pas qu'il puisse s'élever de difficultés à ce sujet, quand les Belges auront pleinement adhéré au protocole du 20 janvier.
A l'égard des échanges à opérer entre la Hollande et la Belgique, vous avez vu, Monsieur le Comte, que, par le protocole n° 21, la Conférence avait déclaré qu'elle regardait cette question comme précoce, et qu'elle pensait qu'il fallait l'ajourner jusqu'au moment où elle aurait été éclaircie par les travaux des commissaires démarcateurs. Il me sera extrêmement difficile de changer la manière de voir des plénipotentiaires sur ce point, qui m'objecteront d'ailleurs que le Roi de Hollande ayant déjà adhéré au protocole des limites, ce serait s'exposer de sa part à beaucoup d'embarras si l'on cherchait aujourd'hui à modifier cet acte. Cependant, je ferai tous mes efforts pour amener la Conférence à rentrer dans les combinaisons que vous m'indiquez.
Le délai que vous désireriez, Monsieur le Comte, faire accorder aux Belges pour se prononcer définitivement, me paraîtrait, je vous l'avoue, un peu trop prolongé s'il allait jusqu'au 1"* juin. Je penserais qu'il serait peut-être plus avantageux pour le Gouvernement de Sa Majesté, comme pour le Gouvernement anglais, de se présenter devant les Chambres, qui, dans chaque pays, se rassembleront à la même époque, après avoir terminé les affaires principales de la Belgique.
Le prince Léopold a déclaré aux députés de ce pays qui sont venus lui offrir la couronne, qu'il l'accepterait le jour où la Belgique aurait adhéré au protocole des
limites fixées parles cinq puissances, dont il ne voulait pas se séparer.
Une partie de ces députés a déjà quitté Londres; ils ne se sont présentés ni chez moi ni chez aucun membre de la Conférence.
L'Angleterre est livrée en ce moment à une agitation très grande, qu'elle n'avait pas éprouvée au même degré depuis la révolution de 1688. La question de la réforme parlementaire occupe tous les esprits, éveille tous les intérêts, et place pour ainsi dire la nation dans deux camps opposés. Personne ne reste neutre, et chaque individu qui appartient à un parti s'y abandonne sans réserve, en lui livrant même sa fortune. Des souscriptions sont ouvertes de part et d'autre; elles s'élèvent déjà à des sommes immenses, et un seul engagement monte à 100,000 livres sterling.
Je vous invite. Monsieur le Comte, à lire attentivement les journaux de l'Angleterre, afin de juger de sa situation.
L'Irlande ajoute à son état habituel l'agitation que lui communique l'Angleterre, et de graves désordres en affligent la partie méridionale.
Il me semble que cet état de choses peut offrir à la France le moyen de trouver dans la tranquillité tous les avantages que l'Angleterre perd dans l'agitation.
Sir Frédéric Lamb vient d'être nommé ambassadeur à la Cour de Vienne.
Recevez, etc.
P. S, — Le duc de Broglie vient d'arriver à Londres.
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI
Londres, le 26 avril 1831,
Monsieur le Comte ,
J'ai eu l'honneur de vous mander hier qu'une partie des députés belges avaient quitté Londres. Cette information n'est pas exacte. Au moment où ces députés allaient partir, le prince Léopold les a fait inviter à dîner. Ils se sont rendus chez lui. Lord Grey s'y trouvait aussi. On a beaucoup agité les affaires de la Belgique : la discussion qui avait eu lieu a été reprise, et le prince Léopold, en persistant dans la réponse que je vous ai fait connaître hier, a donné à son opinion de nouveaux motifs et de nouveaux développements.
Il a été décidé que l'abbé de Foëre partirait seul ce soir, et que les autres députés resteraient ici à attendre le résultat des efforts qu'il va faire à Bruxelles. L'abbé de Foëre a été choisi, parce que l'on croit que c'est lui qui peut faire le plus d'impression sur le Gouvernement belge. Il part convaincu que l'adhésion pure et simple au protocole du 20 janvier est, dans les
intérêts des Belges, la seule chose qu'ils doivent faire. Le langage qu'on a tenu ici à ces députés se réduit à ceci : « Adhérez d'abord au protocole du 20 janvier, « faites élire votre souverain ; ces deux choses termite nées, vous négocierez des échanges, et vous pouvez « être assurés que vous trouverez des dispositions « bienveillantes dans la Conférence, lorsqu'elle sera « appelée à régler les points sur lesquels vous ne « pourriez pas vous entendre. »
Lord Grey augure bien de la conversation que le prince Léopold et lui ont eue avec les députés, quoiqu'il ne se dissimule pas que les choses soient encore loin d'être terminées.
Lord Palmerston n'est pas encore de retour. Ainsi, le jour de notre conférence n'est pas encore fixé. Je persiste dans les différentes opinions que je vous exprimais dans ma lettre d'hier, et je crois qu'en général vous serez content des réponses qui vous seront faites. Je ne doute pas que le concours des cinq grandes puissances ne soit adopté pour régler le nombre de troupes qui pourraient être employées dans le Luxembourg ou contre la Belgique. Lorsque j'en ai parlé en particulier à quelques membres de la Conférence, je n'ai pas trouvé d'opposition à cet égard. Quant à l'époque du 1" juin, que vous voudriez accorder aux Belges pour faire connaître leur détermination définitive, tout le monde partage l'opinion que j'ai émise dans ma dépêche d'hier, et trouve que ce terme est un peu éloigné. Je vous prie de vouloir bien examiner s'il ne
pourrait pas être rapproché et quel est, en définitive, le délai auquel je devrai consentir.
On fait grand bruit ici d'une note du général Guilleniinot , adressée au reïs-eifendi , dans le cours du mois de mars. Cette note renferme, dit-on, trois déclarations. La première a pour objet de montrer à la Porte Ottomane que les principes du Gouvernement français étant diamétralement opposés à ceux que professent la Russie et l'Autriche, une guerre avec ces deux puissances est inévitable. La seconde déclaration annonce que l'Angleterre, ou demeurera neutre, ou se déclarera l'alliée de la France. La troisième a pour but d e montrer à la Porte qu'elle doit songer à son indépendance et aux mauvaises chances que lui ferait courir une alliance avec les puissances opposées à la France.
J'ai dû répondre, quand on m'a parlé de cette note, que je n'avais aucune connaissance de ce que l'on me disait avoir été fait à Constantinople, et que la loyauté de mon souverain et de son Gouvernement ne me permettait pas d'y croire.
J'ai l'honneur. Monsieur le Comte, de vous envoyer un paquet qui vous est adressé par le consul de France à Lisbonne, et dont j'ai pris connaissance, d'après l'autorisation générale que j'ai reçue à cet égard. Les nouvelles informations de M. Cassas me paraissent devoir donner encore plus de force aux observations que contenait ma lettre du 20.
Recevez, etc.
324 AMBASSADE DE TAIIlEYRAND
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIAN
Londres, le 28 avril 1831.
Monsieur le Comte,
La convocation d'un nouveau Parlement a donné lieu, hier soir, à de nombreuses illuminations dans la ville de Londres et à quelques désordres. Le peuple a brisé les vitres de plusieurs membres du Parlement connus par leur opposition au bill de réforme. Ce tumulte n'a eu, du reste, aucune conséquence et aucun caractère sérieux ; ce sont, vous le savez, les paroisses qui supportent les frais de ces mouvements populaires qui sont assez fréquents à Londres. Les derniers ont eu lieu lors du procès de la Reine et lors du bill pour l'émancipation des catholiques ; mais ce qui prouve que cet événement a peu de gravité, c'est qu'il n'a eu sur les fonds publics aucune espèce d'influence. Ils sont à présent à 79. Aujourd'hui tout est rentré dans l'ordre.
Les élections commencent demain dans la Cité.
TALLKYRAND AU COMTE SÉBASTIANI
Londres, le 29 avril 1831.
Monsieur le Comte ,
Je viens d'avoir avec les députés belges qui sont restés à Londres une longue conférence dont je dois vous rendre compte.
J'ai commencé par témoigner à ces messieurs l'intérêt que la France prenait au bien-être de la Belgique. J'ai ajouté que cet intérêt ne se démentirait pas, et que, pénétré sur ce point des intentions de mon Gouvernement, je serais toujours prêt à faire valoir leurs droits et à leur donner, en ce qui dépendrait de moi, des preuves de l'amitié sincère et désintéressée de la France.
M. de Alérode m'a exprimé alors que ses compatriotes et lui regardaient comme une affaire de conscience de ne pas abandonner les habitants du grandduché de Luxembourg, qui s'étaient associés si franchement à leur cause et en avaient partagé les chances. J'ai cherché à le rassurer sur ce point en lui disant que la Conférence avait pris dans la plus sérieuse attention la position particulière où allait se trouver le Luxembourg, et que les droits des habitants de ce pays à une
326 AMBASSADE DE TALLEYllAND
représentation nationale me paraissaient assurés, non seulement par le dernier protocole n** 21, mais encore par les actes fondamentaux de la Confédération germanique, dont le grand-duché fait partie intégrante.
MM. les députés ayant passé ensuite à la question des échanges, je les ai priés de remarquer, à cet égard, avec quel soin le protocole du 20 janvier avait posé le principe de ces échanges et de la contiguïté qui devait être procurée aux possessions de chaque Etat. Si, ai-je ajouté, l'exécution de cette clause a depuis été ajournée, c'est uniquement pour laisser aux commissaires démarcateurs le temps nécessaire pour rassembler sur ces questions d'échange les notions qui pourraient le mieux éclairer les cinq puissances, lorsqu'elles seront appelées à régler les points sur lesquels la Belgique et la Hollande n'auraient pas pu s'accorder. J'ai terminé cette explicalion en déclarant aux députés belges que lorsque la Conférence aurait à s'occuper de cet important travail, ils pouvaient être certains que celles de leurs demandes qui seraient fondées sur la raison et l'équité seraient consciencieusement appréciées.
Dans le cours de cet entretien, les députés ont, à diverses reprises, fait entendre que si leur Gouvernement pouvait obtenir de meilleurs arrangements territoriaux en faisant des sacrifices pécuniaires, il serait probablement disposé à donner la préférence à ce mode de transaction. Je leur ai fait observer que des arrangements de cette nature dépendaient uniquement des parties contractantes, et que si le Roi de Hollande
se montrait disposé à accepter leurs offres, je n'entrevoyais pas de motifs pour que ces arrangements ne pussent pas s'effectuer. Enfin les députés se sont étendus sur les difficultés dont le Gouvernement actuel de la Belgique était environné, et ils ont exprimé le vœu d'avoir à leur tête un souverain qui pût faire valoir leurs droits. Je leur ai dit qu'en effet le choix d'un souverain devait être l'objet de leurs vœux, mais qu'ils devaient sentir que le prince sur lequel ils porteraient leur choix ne consentirait probablement à accepter la couronne que lorsque la Belgique aurait adhéré au protocole du 20 janvier, parce qu'il reconnaîtrait que cette adhésion le placerait dès le début de son règne dans des rapports convenables envers les grandes puissances et utiles pour la Belgique.
Tout cela s'est dit avec beaucoup de développements et en répétant tous les raisonnements que nous employons depuis un mois.
Telle est, Monsieur le Comte, la substance de mon entretien avec les députés belges. Je pense qu'ils auront dû y trouver la franche expression du désir que j'ai toujours éprouvé de seconder les intentions du Gouvernement du Roi en servant ici leurs intérêts.
L'impression qui m'est restée de cette conférence est, sans aucun doute, entièrement favorable au caractère d'honnêteté de ces députés; mais je ne puis m'empêcher de remarquer qu'ils m'ont paru bien nouveaux dans les affaires.
J'ai reçu la dépêche que vous m'avez fait l'honneur
328 AMBASSADE DE TALLEYRAXD
de m écrire le 26 de ce mois, ainsi qu'une lettre de la même date et une autre du 25.
Recevez, etc.
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI
Londres, le 3 mai 1831.
Monsieur le Comte,
Les partisans de la réforme continuent d'obtenir les plus grands succès aux élections, et ces succès sont si marqués que dans beaucoup d'endroits les candidats de Fopinion contraire se sont tout à fait retirés.
Les députés belges ont dîné hier chez lord Grey; ils n'ont encore reçu de l'abbé de Foëre aucune assurance sur les dispositions définitives de leur Gouvernement; sa correspondance annonce même qu'il éprouve beaucoup de difficultés.
Le prince Léopold est venu chez moi, ce matin, et j'ai eu avec lui une très longue conversation.
Le prince paraît décidé à accepter le trône de Belgique, mais il sent parfaitement que pour faire admettre ce pays au nombre des Etats européens il est nécessaire de le placer dans de bons rapports avec les grandes puissances et de le mettre, d'abord, dans une position
analogue à celle du Roi de Hollande, position qui peut seule faire cesser les difficultés qui subsistent depuis six mois.
Son Altesse Royale voit souvent les députés qui sont à Londres, et c'est toujours dans le sens que je viens d'indiquer qu'elle s'exprime avec eux. Le prince leur a rappelé les difficultés qui avaient eu lieu lors du blocus d'Anvers, les soins et les efforts qu'il avait été nécessaire d'employer auprès du Roi de Hollande pour les faire cesser; que par conséquent il fallait éviter de faire naître avec ce souverain de nouvelles causes de discussions dont on ne pourrait pas calculer le terme, et que le moyen de les prévenir était d'adhérer, comme il l'avait fait, au protocole du 20 janvier. Il leur a annoncé en outre qu'aussitôt que, par cette adhésion, ils auraient rétabli leurs rapports avec les puissances, il s'occuperait personnellement, avec le plus vif intérêt, des échanges et des autres arrangements qui sont l'objet de leurs vœux; le prince Léopold a fait remarquer aux députés que le principe de ces échanges avait été posé dans ce même protocole du 20 janvier, puisqu'une de ses dispositions a pour but d'assurer aux Belges et au Roi de Hollande la contiguïté de leurs possessions ; il leur a dit qu'il avait des raisons de croire que sous ce rapport ils recevraient des marques de bienveillance de la part des puissances ; qu'enfin, il userait de toute l'influence qu'il pourrait avoir pour travailler sans relâche au bonheur de la Belgique, pour lui faire acquérir le rang qu'elle doit avoir en
Europe et pour développer toutes les sources de prospérité de ce beau pays.
Quant au grand-duché de Luxembourg, il ne serait peut-être pas impossible, Monsieur le Comte, qu'en laissant à la Confédération germanique la forteresse, on parvînt à s'entendre avec le Roi de Hollande relativement à la partie territoriale; vu la distance où elle se trouve de ses autres possessions, elle n'a peut-être plus pour lui un grand prix, et il pourrait se faire qu'on l'amenât à en traiter pour une somme d'argent, après toutefois que les Belges auraient adhéré au protocole du 20 janvier.
Recevez, etc.
P, S, — Voulez-vous bien dire à M. le ministre des
finances que l'ouvrage qu'il m'a demandé {The Finance
account for the year 1830 ended ffth Janvary 1831)
n'est pas encore imprimé, qu'il le sera dans quinze
jours ou trois semaines, et qu'aussitôt je le lui enverrai?
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI
Londres, le 6 mai 1831.
Monsieur le Comte,
J'ai reçu la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 3 de ce mois relativement au rappel de M. le général Guilleminot. Les informations contenues dans ma lettre du 26 avril laissaient peu de doute sur les faits dont j'avais l'honneur de vous parler et dont j'attribuais une partie aux intrigues des drogmans. La gêne que cette affaire mettait dans nos relations a cessé.
Le Roi ne se rendra pas au dîner que la Cité de Londres devait lui offrir. En général, on évite tout ce qui peut être une occasion de rassemblement populaire.
Il y a lieu de croire que décidément lord Palmerston échouera aux élections de Cambridge; l'influence du clergé est très grande dans cette université. Le ministère lui procurera une autre élection, moins brillante, mais dont il dispose; si l'on faisait quelques Pairs, il pourrait être du nombre de ceux que le Roi choisirait, ainsi que lord Sefton qui a une promesse ancienne.
Lord Palmerston sera probablement ici demain ; je
pense que nous pourrons alors avoir une conférence, et que la santé de M. de Wessenberg lui permettra d'y assister.
Je m'occuperai avec soin des réclamations de nos pêcheurs de Terre-Neuve au sujet desquelles vous m'avez fait Thonneur de m'écrire le 29 avril.
Les députés polonais qui sont à Londres croient que si l'affaire qui paraît devoir avoir lieu sous peu de jours entre les Russes et leurs compatriotes était favorable à ces derniers, l'Autriche et la Prusse offriraient leur médiation ; ce qui les effrayerait. Si la France et l'Angleterre faisaient partie de cette médiation, ils seraient rassurés, et il me semble que l'Angleterre ne pourrait pas se refuser à y entrer avec nous.
Recevez, etc.
Londres, le 9 mai 1831.
Monsieur le Comte,
Nos conférences ont été reprises aujourd'hui; on s'est occupé de la situation dans laquelle se tient toujours la Belgique envers la France et envers les autres
puissances de TEurope. On a rendu justice aux députés qui sont ici et qui paraissent animés d'un esprit plus sage que ceux qui nous ont été envoyés jusqu'à présent ; mais, comme eux, ils se trouvent sans pouvoirs et, par là, ne peuvent faire faire aucun progrès aux questions relatives à leur pays et qu'il faut enfin terminer.
Il a été convenu, ainsi que vous en exprimiez le désir dans votre dépêche du 22 avril, que les Belges auraient jusqu'au 1" juin prochain pour se prononcer définitivement sur les propositions contenues dans le protocole n° 21 ^ Ce délai sera déterminé dans le premier protocole qu'arrêtera la Conférence.
J'ai l'honneur de vous adresser. Monsieur le Comte, dans le cas où vous ne l'auriez pas, l'état des troupes de la Confédération germanique qui doivent être employées dans le grand-duché de Luxembourg. Elles sont sous le commandement du général Hinûber. Il paraît, d'après les nouvelles qui sont parvenues ici, que leur marche est lente.
J'ai vu aujourd'hui le prince Léopold; il ne varie pas dans sa résolution, il n'accepte pas la Belgique telle qu'elle est définie par le Congrès et dans laquelle se trouvent des pays que les Belges mêmes n'occupent pas; mais it accepte la Belgique telle qu'elle est définie par les cinq puissances, en en séparant la question du duché de Luxembourg.
^ Voir le protocole n" 21 de la Conférence de Londres, Collection de Clercq, t. IV, p. 93.
334 AMBASSADE DE TALLEYRAMD
Le prince a eu de fréquents entretiens avec les députés et leur tient toujours le langage le plus convenable et le plus franc. De leur côté, ils prennent confiance en lui et expriment, en toute circonstance, le désir de le voir incessamment placé à leur tête, parce qu'ils espèrent seulement alors que Tordre pourra renaître dans leur pays. Mais le prince Léopold ne leur cache pas qu'il ne se déterminera à se rendre parmi eux que lorsque les choses seront plus avancées et qu'il n'y aura plus surtout d'incertitude sur les résolutions du Gouvernement provisoire relativement au protocole du 20 janvier. Vous voyez que les choses vont encore bien lentement.
La conférence d'aujourd'hui a été courte, à cause de la convalescence de M. le baron de Wessenberg. Si, comme je le pense, nous avons demain une autre conférence, j'aurai l'honneur de vous rendre compte des résolutions qui y seront prises : en général les membres de la Conférence sont pressés de finir, et tous ont exprimé aujourd'hui ce désir.
Les députés belges dîneront le 12 chez lord Palmerston avec tous les membres de la Conférence; c'est une marque d'égards que n'ont pas eue ceux qui sont venus ici jusqu'à présent.
Agréez, etc.
A LO^JDRES. 335
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI
Londres, le 10 mai 1831.
Monsieur le Comte,
J'ai l'honneur de vous envoyer le protocole que la Conférence a arrêté ce matin, et dans lequel vous retrouverez l'esprit des protocoles précédents. Ce protocole-ci, l'adhésion bien connue de la France aux résolutions prises à Londres, l'acceptation du prince Léopold, conditionnellement annoncée aux députés belges, s'ils adoptent les limites déterminées par le protocole du 20 janvier, le terme du 1" juin qui est fixé pour leur adhésion, tout porte à croire que la raison se fera enfin entendre en Belgique.
Dans le cas, cependant, où les Belges pousseraient les choses à l'extrême, il a paru prudent d'engager les deux membres de la Conférence qui sont en rapports réguliers avec la Diète de Francfort à écrire au président de cette assemblée, en lui envoyant textuellement ce que nous désirons trouver dans la réponse de M. de Miinch. Voici la phrase qui sera insérée dans la lettre du président :
« La Confédération ne fait entrer des troupes dans le Luxembourg que pour y rétablir les droits du grand-
duc et Tempire des traités. Agissant dans des intérêts connus et avoués des Etats limitrophes, elle respectera aussi la neutralité de la Belgique, à condition cependant que la Belgique elle-même en respectera les principes. »
Vous voudrez bien remarquer que ces dispositions ne s'appliquent qu'au seul cas où, après le 1" juin, qui est l'expiration du délai accordé aux Belges, la Confédération se verrait obligée de repousser par la force ceux qui occupent le territoire qui lui appartient.
Mon opinion est que la Confédération désire beaucoup ne pas être obligée de recourir aux moyens d'exécution, et surtout de ne pas être obligée de faire passer le Rhin à ses divers contingents dont elle trouve les mouvements fort coûteux.
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI
Londres, le 12 mai 1831.
Monsieur le Comte ,
J'ai reçu la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 10 de ce mois : elle peint l'état actuel de la Belgique tel qu'il est et que le font connaître les
informations parvenues ici. Je vous ai mandé, par ma lettre du 9, combien les membres de la Conférence étaient pressés définir; mais ils ont voulu vous donner une marque de condescendance en reculant au P' juin, ainsi que vous l'avez désiré, le dernier délai accordé aux Belges.
La députation belge vient de s'augmenter d'un membre. M. Devaux, qui fait partie du Congrès et du conseil des ministres, est arrivé ici, mais il n'a pas plus de pouvoirs que ceux qui l'ont précédé.
Le prince Léopold a vu M. Devaux et lui a dit, ainsi qu'à ses collègues, qu'il était toujours disposé à accepter leurs offres, mais qu'il ne donnerait pas cette acceptation tant que l'Etat belge serait vague, incertain, et surtout tant que les Belges ne seraient pas dans des rapports de bonne harmonie avec les principales puissances de l'Europe.
Le prince a terminé son dernier entretien avec ces députés par leur conseiller de donner leur adhésion au protocole du 20 janvier, en exprimant dans cette adhésion le désir qu'il pût s'opérer, relativement à la partie territoriale du grand-duché de Luxembourg, des arrangements à la convenance réciproque des Belges et du Roi de Hollande, et qui auraient pour résultat d'effectuer, plus tard, une réunion qui maintenant ne pouvait pas avoir lieu.
Je crois qu'il serait utile, Monsieur le Comte, que vous fissiez connaître au général Belliard l'état où se trouvent en ce moment les choses ici, afin qu'il use de
son influence pour amener les Belges à déférer aux moyens conciliatoires qui leur sont proposés.
Je pense que la présence de M. Devaux à Londres n'avancera pas les affaires; mais du moins il aura recueilli, de la bouche même du prince Léopold, des conseils qui pourront peut-être produire un peu plus d'effet à Bruxelles , surtout quand on y connaîtra bien le système auquel le prince est invariablement arrêté.
Agréez, etc.
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI
Londres, le 14 mai 1831.
Monsieur le Comte,
La dépêche confidentielle que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, le 10 de ce mois, m'est exactement parvenue ^
' u La question du grand-duché de Luxembourg est, sans contredit, celle qui jusqu'à ces derniers temps a rendu le plus difficile la conclusion de tout arrangement avec la Belgique. Aujourd'hui que tout semble se disposer pour un accommodement propre à désintéresser le Roi de Hollande et à satisfaire en même temps les prétentions des Belges, il est un point sur lequel le Gouvernement doit appeler à l'avance tout l'appui que lui assurent votre prévoyance et votre habileté; il s'agit encore ici d'empêcher que les intérêts de la France ne se trouvent compromis dans les stipulations qui vont constituer
Je pense que les inquiétudes que vous témoignez sur Feutrée de la Belgique dans la Confédération germa-
définitivement l'existence du nouveau royaume. Vous comprendrez aisément combien il nous importe que le Roi de Belgique ne fasse partie à aucun titre de la Confédération germanique. Si donc il y a possibilité de conclure avec le Roi de Hollande un arrangement qui, moyennant une indemnité pécuniaire, donne la souveraineté du Luxembourg au Roi des Belges, sans le faire entrer dans la Confédération, vous devez y coopérer de toutes vos forces afin d'arriver plus facilement à ce résultat en désintéressant la Confédération ellemême. On pourrait convenir que la ville de Luxembourg resterait place fédérale, et qu'elle aurait avec Trêves une ligne de communication ; mais ce qu'il faut éviter, je le répète, c'est que le Roi de Belgique, en recevant le Luxembourg de la Maison de Nassau, n'en prenne possession aux mêmes conditions que son prédécesseur à l'égard de la Confédération germanique. Nous ne saurions le voir avec indifférence contracter de semblables engagements. Il faut nécessairement que ce prince, dans toute l'étendue de son royaume, soit entièrement libre envers les puissances ; cette nécessité n'est ellemême que la conséquence rigoureuse du principe de neutralité que la Conférence a posé en faveur de la Belgique. Je n'ai pas besoin, mon Prince, de développer ici des considérations que votre haute expérience politique a déjà pressenties. L'entière indépendance du trône belge est pour nous une question d'alliance et de frontière, et le Roi confie à votre habileté le soin de la préparer, de la mûrir, de la conduire, au sein de la Conférence, à une solution complètement rassurante pour les intérêts de notre pays. C'est à la Conférence seule qu'il appartient, dans le système que nous avons adopté, de régler les affaires de la Belgique ; et vous savez que notre action directe à Bruxelles n'a d'autre but que d'amener les Belges à accepter le protocole du 20 janvier. Tel est, en effet, l'unique objet des constants efforts que le général Belliard fait auprès d'eux, de concert avec lord Ponsonby.
« Un profond secret a été gardé sur tout ce qui concerne les places fortes. Le Gouvernement du Roi en sent trop bien l'importance pour ne pas y persévérer. Mais jusqu'ici l'on n'a fait que poser un principe, et nous pensons qu'on ne saurait en trop presser les développements. Vous concevrez, mon Prince, notre juste impatience
nique, dans le cas de cession de la partie du grandduché de Luxembourg, ne sauraient être fondées. La Belgique devant être un Etat indépendant et neutre, ne pourrait jamais faire partie d'une Confédération qui a des liens et des obligations particulières, et il y a lieu de croire qu'en assurant à la Confédération germanique la possession de la forteresse de Luxembourg, on pourrait parvenir à séparer d'elle le reste du territoire, d'autant plus que les puissances allemandes ont plusieurs fois témoigné dés regrets d'avoir admis une partie de
à l'égard d'une négociation qui, sous tant de rapports, intéresse aussi vivement la France.
a Quant à ce qui touche la Pologne, vous n'ignorez pas que le cabinet français a été le premier à s'émouvoir des suites que pourrait entraîner pour l'Europe le triomphe d'un souverain irrité, et à se prononcer sur la nécessité de maintenir intactes les stipulations du Congrès de Vienne. Hors de là, notre sollicitude s'est bornée à faire entendre la voix de l'humanité en faveur d'une nation si vaillante et si malheureuse, et à désarmer d'avance un courroux qui pouvait entraîner de terribles vengeances. Mais si vous pensez, mon Prince, que la France, soutenue par les autres Cours, puisse étendre plus loin son intervention protectrice ; si vous avez quelque motif de croire qu'à la fois émus et effrayés des résultats d'une lutte aussi opiniâtre, les cabinets pourraient être disposés à s'entendre pour en hâter le terme et en prévenir les conséquences, le Gouvernement du Roi verrait avec plaisir que votre prudence s'efforçât de connaître à cet égard les dispositions intimes du ministère britannique et des représentants des autres puissances à Londres, et qu'après avoir sondé leurs intentions avec toute la réserve désirable, vous voulussiez bien nous faire pressentir tout ce qui serait possible dans ce sens. Le Gouvernement serait heureux de coopérer à une si noble tâche ; et certes , mon Prince, vous aurez quelque droit de vous glorifier de la lui avoir facilitée. »
(Sébastiani à Talleyrand. — 10 mai 183L)
A LOMDRKS. 341
Tancicn royaume des Pays-Bas dans leur association politique.
Je suis convaincu que la neutralité de la Belgique s'étendra naturellement au pays qui pourra y être ajouté; mais je ne ferai à cet égard aucune demande; je présenterai simplement cette neutralité, pour le pays de Luxembourg, comme devant être la conséquence de rétat politique stipulé pour la Belgique.
Quant à l'affaire des forteresses, je vous prie, Monsieur le Comte, de vouloir bien remarquer qu'il n'est pas possible de faire plus que ce qui résulte du protocole secret du 17 avril, jusqu'à ce qu'un prince soit devenu souverain de la Belgique; car il doit nécessairement s'ouvrir avec lui une négociation à cet égard : ce sont, d'ailleurs, les termes du protocole, et nous ne pouvons qu'attendre le choix de ce souverain.
Les affaires de Pologne sont pour moi un objet constant d'attention et de combinaisons : je ne doute pas que le Gouvernement anglais n'y porte aussi beaucoup d'intérêt et n'ait, sur ce point, des dispositions analogues aux nôtres; mais pour que le cabinet de Londres intervînt en faveur des Polonais, il faudrait que l'opinion publique lui en fît, pour ainsi dire, une obligation ; et ce n'est qu'un événement marquant qui peut produire cet effet. Je pense, au surplus, que, dans ce moment où il y a de la langueur dans les affaires de Pologne, le Gouvernement du Roi aurait moins d'avantage à s'occuper de cette question, et que des délais atténueraient beaucoup l'effet de ses démarches ; mais
si un succès important venait à avoir lieu, ce serait alors, dans mon opinion, que nous pourrions agir immédiatement, vous à Paris et moi en votre nom ici. Je croirais aussi qu'il serait bon de sonder le cabinet de Berlin et peut-être d'entamer quelque chose avec lui. Il me revient que la partie haute de la société en Prusse est favorablement disposée pour les Polonais; et vous savez que dans une affaire de cette espèce les cabinets ont besoin d'être avertis et poussés par l'opinion publique.
J'ai vu, hier, chez moi, M. Devaux, et nous nous sommes longtemps entretenus des affaires de Belgique. J'ai employé envers lui et ses collègues , soit en particulier, soit lorsqu'ils étaient réunis, tous les raisonnements qui pouvaient les convaincre de la nécessité d'adhérer au protocole du 20 janvier. Les ministres anglais leur ont parlé dans le même sens, ainsi que le prince Léopold, qui est toujours disposé à devenir leur souverain, s'ils cèdent aux conseils de la raison. Le langage de ce prince , la franchise qu'il met dans ses relations avec les députés belges, paraissent les attacher à lui, et ils lui montrent, de leur côté, beaucoup de confiance.
Les députés quitteront Londres convaincus ; mais ils nous laissent dans l'incertitude sur leur influence. Nous nous croyons sûrs qu'ils feront tout ce qu'ils pourront ; il sera utile, à ce qu'ils m'ont dit, que le général Belliard les seconde de tous ses moyens.
J'ai l'honneur de vous transmettre un exemplaire
imprimé des protocoles n"*' 20 à 23 inclusivement ^ Agréez, etc.
P, S, — Le bruit se répand aujourd'hui que le Gouvernement anglais a obtenu, à Lisbonne, toutes les satisfactions qu'il y avait demandées.
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI
Londres, le 16 mai 1831.
Monsieur le Comte ,
J'ai reçu les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m*écrire le 9 et le 12 de ce mois.
Je ferai connaître à la Conférence que le Roi a autorisé le général Schneider à mettre cinq cents hommes de la brigade d'occupation à la disposition du comte Capo distria , afin de faciliter le rétablissement de l'ordre et de la tranquillité dans ce pays^. Cette mesure ne peut
' Voir les protocoles 20, 22 et 23, Collection de Clercq, t. IV, p. 21,93, 95 et 99.
* L'autorité du président Capo d'Istria était contestée ; la crainte de la voir se prolonger avec l'état provisoire de la Grèce avait excité au plus haut degré les chefs de l'opposition. Une insurrection venait d'éclater dans le Magne ; la ville d'Hydra avait accueilli le rédacteur du journal l'Apollon, dont le président avait fait saisir les presses. Le gouverneur de l'île avait dû s'éloigner après avoir vainement
qu'être approuvée par la Conférence grecque, qui me chargera, sans doute, de témoigner au Gouvernement du Roi sa reconnaissance pour ce nouveau service. Quant au voyage de Sa Majesté Britannique à Spithead, afin d*y passer en revue la flotte de l'amiral Codrington, et au projet qu'aurait le Gouvernement du Roi de saisir cette circonstance pour faire sortir de Cherbourg un de nos vaisseaux qui saluerait ce monarque, je ne peux, quant à présent, vous donner aucun éclaircissement; mais je prendrai à ce sujet des informations.
On n'a pas attaché ici plus d'importance qu'ils ne devaient avoir aux derniers mouvements de Paris, et on a, au contraire, remarqué la hausse continue des fonds publics : cependant il est bien à désirer que des scènes semblables ne viennent plus fixer sur nous l'attention des puissances étrangères.
Les journaux anglais annoncent aujourd'hui que le Gouvernement de don Miguel a accédé à toutes les demandes que le commandant des forces britanniques lui a adressées, et ils ajoutent que, probablement, il réclamera les bons offices de l'Angleterre pour régler ses difî'érends avec nous. Il ne m'a encore été fait
tenté de s*y opposer. Le président Capo d'Islria s'était rendu à Paros afin de conférer avec les primats d'Hydra sur cette affaire. Il lui avait été répondu qu'on se refusait à entendre toute espèce de proposition avant que le président eût pris rengagement positif de sanctionner les décrets des assemblées nationales sur la liberté de la presse et de donner à la Grèce les institutions qui lui avaient été promises.
aucune communication qui puisse justifier cette allégation.
Lord Ponsonby est arrivé hier à Londres, et m'a apporté une lettre du général Belliard, qui m'informe de l'espèce d'impossibilité où ils se trouvaient tous deux de donner suite aux résolutions de la Conférence, vu que le Gouvernement de Bruxelles n'osait rien mettre en délibération à ce sujet. Cet état de choses devient de plus en plus critique, et il exige des mesures fortes; car l'on peut remarquer que plus on accorde de délais aux Belges, plus leur position s'aggrave.
La Conférence va prendre connaissance de l'exposé qu'aura fait lord Ponsonby à son Gouvernement; de mon côté, je lui communiquerai les informations que m'a transmises le général Belliard, et nous chercherons quelles sont les mesures applicables à cet état de choses.
Les informations que l'on a à Londres sur les affaires de Bruxelles annoncent que des Français ont pris une part très active aux derniers troubles; que sur dix-sept personnes arrêtées, douze se trouvaient appartenir à la France, et que sur l'une d'elles on a trouvé des valeurs pour une somme de 22,000 francs. On ajoute que l'association de Paris correspond activement avec l'association de Bruxelles et lui fournit des armes et de l'argent.
Je dois appeler votre attention sur ces bruits qui se répandent assez généralement.
J'ai vu hier, quelques heures avant leur départ, les
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trois députés belges qui étaient encore à Londres. J'ai renouvelé auprès d'eux toutes mes instances pour qu'ils emploient, à Bruxelles, ce qu'ils ont d'influence afin de faire apprécier aux Belges leur propre position. J'ai discuté quelques objections qu'ils ont encore présentées sur les considérations d'honneur national qui ne leur permettent pas d'abandonner le Luxembourg et de renoncer à la possession à venir de Maëstricht. Je leur ai dit qu'il ne fallait pas appliquer les idées d'honneur national à des territoires qui n'avaient jamais fait partie de leur pays ; qu'il fallait, avant tout, entrer dans la société européenne, et traiter ensuite les questions qui les occupaient les unes après les autres, en raison de leur degré d'importance. Enfin, j'ai tout employé pour leur donner de bonnes impressions et des idées sages qu'ils pussent transmettre à Bruxelles; mais je les ai trouvés assez découragés et fort inquiets sur le sort à venir de leur pays.
Agréez, etc.