‹ Correspondance diplomatique de TalleyrandChapitre 16 sur 22 · TALLEYRAND AU GÉMÉRAL COMTE BELLIARD · texte numérisé non relu

TALLEYRAND AU GÉMÉRAL COMTE BELLIARD

Londres, le 17 mai 1831.

Monsieur le Comte,

Lord Ponsonby m*a remis la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser le 12 de ce mois. J'ai été extrêmement sensible à cette preuve d'attention et de confiance, et comme je pense que des relations entre nous ne pourraient qu'être utiles au service du Roi, j'attacherais beaucoup de prix à voir continuer habituellement celles que vous avez bien voulu commencer avec moi.

Lord Ponsonby s'est empressé de voir le prince Léopold, et l'a fortement engagé à céder aux instances des Belges. Mais ce prince s'est strictement renfermé dans les réponses qu'il a faites, à diverses reprises, aux députés qui sont venus dernièrement à Londres. Je crois superflu, Monsieur le Comte, de vous indiquer ici le sens de ces réponses, parce que vous le connaîtrez nécessairement par les députés eux-mêmes, qui, ayant eu de fréquentes entrevues avec le prince Léopold, se sont bien pénétrés de sa pensée et de ses résolutions.

Cependant je désire. Monsieur le Comte, que vous

ne puissiez pas vous méprendre, non plus que le Gouvernement belge, sur les déterminations du prince Léopold; et j'insiste sur ce point afin qu'il soit bien éclairci. Ce prince n'a nullement repoussé les offres dont on est venu l'entretenir, mais je vous prie de bien remarquer et de faire comprendre autour de vous qu'on ne lui a pas fait d'offres, puisque le Gouvernement de Bruxelles ne lui a rien écrit d'officiel, et que les diverses personnes qui sont venues à Londres n'avaient aucun caractère ni aucune autorisation régulière pour traiter un sujet si élevé : ainsi il est bien constaté qu'aucune offre n'a été repoussée, puisqu'aucune ofire n'a été faite, et qu'à vrai dire il n'y a eu que des entretiens entre le prince Léopold et des personnes marquantes de Belgique.

Il était important d'éclaircir ce point, afin qu'on ne pensât pas, à Bruxelles, que les Belges sont tout à fait frustrés de l'espoir d'obtenir un souverain. Cette opinion serait d'autant plus inexacte, Monsieur le Comte, que j'ai lieu de croire, d'après les entretiens que j'ai eus aujourd'hui, que plusieurs des difficultés qui, dans ce moment, pourraient entraver le choix d'un prince destiné au trône de Belgique ou qui ne lui permettraient pas d'accepter cette élection, pourront, j'espère, s'aplanir.

Pour vous montrer ce qui donne de la consistance à cette opinion, je crois pouvoir vous annoncer que la Conférence se déterminera à entamer dès à présent, avec le Roi de Hollande, une négociation afin de voir

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s'il ne serait pas possible d'assurer à la Belgique la possession du Luxembourg moyennant de justes compensations de gré à gré entre les parties intéressées ; mais vous sentez, Monsieur le Comte, que pour ouvrir une négociation de cette nature, il est indispensable de connaître les compensations que les Belges pourraient proposer au Roi de Hollande, et c'est un point essentiel que vous pouvez nous aider à éclaircir. Aussi nous comptons beaucoup sur les informations que vous pourrez, ainsi que lord Ponsonby, nous transmettre à cet égard ; vous voudrez bien remarquer que moins il y aura de vague dans les propositions des Belges, et plus il s'offrira de chances de succès pour une négociation si importante pour eux : ainsi, veuillez les engager à mettre dans cette affaire la plus grande netteté et la plus entière franchise.

Vous serez bien aise, je crois. Monsieur le Comte, de pouvoir leur dire que les facilités dont on leur offre aujourd'hui l'expectative sont le résultat, et du séjour des députés belges à Londres, et du voyage que vient d'y faire lord Ponsonby, qui a rendu un compte exact de la situation du Gouvernement de Bruxelles. MM. les députés belges se sont acquis ici de justes droits à l'estime de toutes les personnes qui ont eu des relations avec eux, et ils se sont montrés aussi zélés pour les intérêts de leur pays qu'amis de l'ordre et de la paix : je me plais, en ce qui me concerne, à leur rendre un témoignage que je crois leur être dû.

Nous/espérons, Monsieur le Comte, que les inten-

tions bienveillantes des grandes puissances, le patriotisme des Belges vraiment dignes de leur amitié et de leur intérêt, enfin vos efforts unis à ceux de lord Ponsonby, parviendront à amener les affaires de Belgique à un heureux et prompt résultat. Si tant d'avis désintéressés, si les conseils de la raison ne prévalaient pas, si, par exemple, les Belges venaient à attaquer la Hollande, veuillez bien leur faire sentir que dans ce cas ils manqueraient à l'une des conditions auxquelles a été subordonnée l'indépendance de la Belgique, et qu'alors ils forceraient les puissances à défendre le territoire hollandais par tous les moyens dont elles disposent.

J'aime à croire que les Belges sauront prévenir un si fâcheux résultat, et qu'ils préféreront, au contraire, entrer dans la société des puissances européennes, qui ne demandent qu'à les admettre et à donner des preuves de leur bienveillance à un peuple qui sera animé comme elles de l'amour de l'ordre et de la paix.

Recevez, etc.

TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI

Londres, le 18 mai 1831.

Monsieur le Comte,

Le voyage de lord Ponsonby avait surtout pour but de faire sentir ici combien il devenait urgent de donner un souverain à la Belgique et de faire des efforts pour obtenir une décision de la part du prince Léopold. Il s'est rendu chez ce prince, qui a mis le plus grand soin à bien établir que nulle proposition ne lui ayant été régulièrement faite, il n'avait pas eu à se prononcer sur les offres des Belges. Le prince Léopold a voulu que ce point fût posé ainsi, afin que dans les discussions du Congrès ses intentions ne fussent pas dénaturées. Mais je suis convaincu qu'il est toujours parfaitement déterminé à accepter.

Vous verrez. Monsieur le Comte, par ma réponse à la lettre que M. le général Belliard m'a écrite par lord Ponsonby, et dont je joins ici une copie, que je l'ai fortement engagé à bien montrer, à Bruxelles, qu'il n'y a pas eu de refus de la part du prince Léopold, et que, par conséquent, les Belges peuvent examiner s'il leur convient de le choisir pour souverain. Ce prince a entièrement gagné l'affection des députés qui sont

venus à Londres et qui ont dû en parler avec éloge depuis leur retour.

Nous avons eu, hier, une conférence pour nous occuper de la situation de la Belgique et pour entendre Texposé que lord Ponsonby avait à faire. Ayant reçu quelques heures auparavant votre dépêche du 15, je m'étais rendu à cette conférence avec un vif désir de faire prévaloir les idées de conciliation que lord Ponsonby devait présenter. Vous verrez, Monsieur le Comte, par ma réponse au général Belliard, à qui je donne beaucoup de détails sur les résultats de cette conférence, que l'on promet aux Belges d'entamer, relativement à la cession du Luxembourg, une négociation avec le Roi de Hollande, mais qu'en même temps on leur fait bien sentir que toute agression sur le territoire de ce souverain serait repoussée par les moyens dont les puissances peuvent disposer.

Nous espérons qu'un langage aussi bienveillant et aussi positif pourra produire un bon efl'et à Bruxelles. Les autres membres de la Conférence ont écrit dans le même sens.

Lord Ponsonby partira probablement ce soir, après avoir vu M. de Zuylen, qui vient d'arriver ici. Il est chargé par la Cour de La Haye de représenter la nécessité de faire exécuter par les Belges les conditions de la séparation de leur pays avec la Hollande. On s'inquiète des délais que les Belges ont obtenus : on voudrait voir concerter les mesures qui seront la suite de leur refus. Enfin le Gouvernement hollandais se

plaint tic quelques agressions partielles du côté d'Anvers, auprès du Luxembourg, etc. Vous trouverez sans doute des informations plus détaillées dans une dépêche que M. de Mareuil vous adresse, et que j'ai l'honneur de vous transmettre : M. de Zuylen vient de me la faire parvenir.

Je crois, Monsieur le Comte, pouvoir différer de répondre aux observations contenues dans votre dépêche du 15 sur les termes dont le président de la Diète aurait à se servir dans une lettre qu'on lui a demandée d'ici. Les affaires de Francfort sont maintenant dominées par la négociation qui s'ouvrira probablement avec le Roi de Hollande relativement au grand-duché de Luxembourg.

Les membres de la Conférence grecque ont appris avec beaucoup de reconnaissance la mesure prise par le Gouvernement du Roi pour que cinq cents hommes de la brigade du général Schneider portassent des secours au gouvernement du comte Capo d'Istria. Ils m'ont chargé de vous exprimer leur gratitude pour cette disposition, particulièrement lord Palmerston.

Le voyage que le Roi devait faire à Spiîhead pour inspecter la flotte de l'amiral Codrington n'aura pas lieu à cette époque-ci, et est ajourné après les exercices auxquels cette flotte se livre en ce moment; elle n'est purement rassemblée que pour ces manœuvres. J'ai recueilli beaucoup de témoignages de reconnaissance pour les marques d'égards que la marine de Cherbourg

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devait donner à Sa Majesté Britannique, et il m*a paru qu'on y était fort sensible.

TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI

Londres, le 20 mai 1831.

Monsieur le Comte,

L'exposé que lord Ponsonby nous a fait de la situation de la Belgique, de la faiblesse de son Gouvernement et de l'anarcbie à laquelle ce pays est livré n'a pas besoin de vous être retracé, car vous l'avez parfaitement jugé en me faisant l'honneur de me mander, par votre dépêche du 15, que tout annonçait que la voix de la raison ne serait pas écoutée à Bruxelles. Le Gouvernement du Roi a pensé que cet état de choses exigeait encore de sa part des ménagements, et j'ai reçu l'ordre de chercher à prévenir l'emploi de la force et le renouvellement des hostilités. Je m'y suis conformé, et vous avez vu, Monsieur le Comte, par ma dépêche n° 143 \ que la Conférence avait fait une concession marquée aux idées que vous désiriez faire pré-

' Voir dépêche du 18 mai 1831.

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valoir, puisqu'elle a promis aux Belges d'ouvrir une négociation avec le Roi de Hollande, afin d'arriver, s'il se peut, à un arrangement pour le Luxembourg. Cependant, je ne dois pas vous cacher que les membres de la Conférence pensent qu'une semblable concession, au lieu d'aplanir les difficultés, les rendra peut-être plus grandes encore en fournissant aux Belges, et à leurs folles espérances, un nouveau motif d'encouragement; mais ils ont voulu donner encore une preuve de leur déférence pour le Gouvernement de Sa Majesté et de leurs sentiments de conciliation.

Si cette concession n'est pas convenablement appréciée par les Belges, si elle ne les porte pas à accéder aux justes demandes qu'on leur fait depuis plus de cinq mois ; si, au contraire, elle les engage à persister encore plus dans leur système de résistance aux désirs des puissances, je vous avoue que, dans ce cas, qu'elle a déjà prévu, la Conférence serait conduite à penser qu'elle a épuisé tous les moyens de conciliation. Le Gouvernement du Roi aurait alors nécessairement de nouvelles instructions à me transmettre.

On assure ici qu'un grand nombre de Français sans aveu, affiliés aux associations, sont en Belgique; qu'il s'est joint à eux des Italiens, des Allemands et des Irlandais, et que tous ces individus travaillent à augmenter le désordre du pays, dans le but bien avéré d'allumer sur ce point la guerre qui est l'objet de leurs vœux. Ces renseignements s'accordent au surplus avec une observation consignée dans votre dépêche du 15,

et il me semble qu'ils sont d'autant plus fâcheux que le Gouvernement n'a aucun moyen d'empêcher la sortie des individus qui veulent se rendre en Belgique.

On donne des éloges au général Belliard qui s'est transporté auprès d'Anvers pour arrêter des hostilités qui avaient commencé entre les Belges et les Hollandais. On parle aussi dans un sens très favorable de sa correspondance avec le général Chassé.

M. de Zuylen n'a pas de pouvoirs qui lui permettent d'avancer, en aucune manière, les affaires qui nous occupent. 11 déclare que son souverain, ayant à craindre une agression de la part des Belges, s'est mis en mesure de la repousser.

Lord Ponsonby est toujours à Londres. Il se rendra demain à Claremont, afin de voir le prince Léopold. J'ai lieu de croire que le Gouvernement anglais a l'intention de lui faciliter les moyens d'accepter la couronne de Belgique; mais je ne pense pas qu'il réussisse, parce que le prince Léopold n'est pas dans la disposition d'accepter quelque chose d'incertain.

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TALLEYRAMD AU COAITE SÉBASTIAXI

Londres, le 20 mai 1831.

Monsieur le Comte,

L'arrivée de M. de Zuylen, qui paraît avoir la confiance particulière du Roi de Hollande pour la question belge, retarde de deux jours le départ de lord Ponsonby; j'aurai l'honneur de vous rendre compte par le premier courrier du résultat des entretiens qu'ils doivent avoir aujourd'hui et demain.

Agréez, etc.

P, S. — Je préviens le général Belliard du retard qu'éprouve le départ de lord Ponsonby, et je lui en dis la cause.

TALLEYRAXD AU COMTE SÉBASTIAXI

Londres, le 22 mai 1831.

Monsieur le Comte,

Ma dépêche du 18 vous a fait connaître la concession que la Conférence était disposée à faire aux Belges

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relativement au grand-duché de Luxembourg. Depuis, on s'est occupé avec soin des moyens à prendre pour faciliter au prince Léopold l'acceptation du trône de Belgique. Ce prince a vu plusieurs membres de la Conférence, et il leur a donné de nouvelles preuves de son désir d'accepter.

Hier soir, nous avons arrêté le protocole n" 24, dont j'ai l'honneur de vous envoyer une copie. Vous verrez, Monsieur le Comte, que le nom du prince Léopold de Saxe-Cobourg est placé dans ce protocole de manière à montrer aux Belges que si, comme on a lieu de le supposer, leur choix se porte sur ce prince, les puissances y donneront leur assentiment. Je vous prie aussi de remarquer que ce protocole est signé par les deux plénipotentiaires du Gouvernement russe, qui jusqu'ici avait fait des objections contre le prince Léopold, dictées par son attachement pour la Maison d'Orange, et que, par conséquent, il y a maintenant de sa part adhésion à ce choix.

Il est aujourd'hui nécessaire que le Gouvernement du Roi emploie toute l'intluence qu'il peut avoir à Bruxelles, afin de déterminer les Belges à accéder à des dispositions si bienveillantes.

Vous verrez aussi. Monsieur le Comte, que l'action de la Confédération germanique est maintenant ajournée et subordonnée à la négociation avec la Hollande; ce sera un motif de tranquillité pour tout le monde.

Depuis quelque temps la question belge semblait ne présenter aucune issue satisfaisante; aujourd'hui

nous en avons créé une qui pourra, j'espère, nous conduire au but que nous nous sommes proposé. Je m en félicite d'autant plus que rarement j'ai eu à traiter une affaire aussi difficile et qui ait exigé autant de soins. Je fais des vœux sincères pour que les négociations auxquelles j'ai pris part obtiennent un plein succès : je n'aurai du moins rien négligé dans l'intérêt de la France et du maintien de la paix.

Agréez, etc.

TALLEYRAXD AU COMTE SÉBASTIANI

Londres, le 23 mai 1831.

Monsieur le Comte,

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 18 de ce mois pour m'annoncer que M. Tellier était nommé premier secrétaire de l'ambassade en remplacement de M. Bresson.

Je suis persuadé. Monsieur le Comte, que M. Tellier va faire de nouveaux efforts pour se rendre digne des bontés du Roi et pour acquérir des titres à votre bienveillance. Je pense aussi que son travail à l'ambassade sera utile au service de Sa Majesté, et je vous remercie

360 AMBASSAJDE DE TALLEYRANI)

d*avoir tenu compte des témoignages favorables que je me suis plu à vous transmettre sur lui.

Si vous donnez à M. de Laborde une destination plus élevée, je désirerais beaucoup que vous pussiez le remplacer par M. Casimir Périer, attaché à l'ambassade, dont j'ai déjà reconnu le zèle et apprécié la capacité.

Agréez, etc.

P. S, — Lord Ponsonby n'est pas encore parti : ce qui me désole. Cette manière de faire les affaires est parfaitement opposée à toutes mes habitudes. On dit qu'il sera parti dans deux heures.

Le prince Nicolas Esterhazy vient ici : on met dans les journaux qu'il est chargé d'une mission. Le fait est qu'il ne vient à Londres que pour engager son fils à laisser effectuer un emprunt sur son majorât.

Londres, le 24 mai 1831.

Monsieur le Comte,

Vous m'avez fait l'honneur de me mander, le 21 de ce mois, que le Gouvernement du Roi avait appris

avec satisfaction que la Conférence s'était attachée au projet d'entamer une négociation relativement à la cession du Luxembourg à la Belgique. Vous aurez vu, Monsieur le Comte, par le protocole n" 24 ' joint à ma dépêche du 22, la suite qui a été donnée à cette idée, qui devient aujourd'hui un moyen d'avancer les affaires des Belges , s'ils savent l'apprécier et en profiter en temps convenable.

Il ne serait pas entièrement exact. Monsieur le Comte, d'attribuer seulement à lord Ponsonby et à l'impression qu'il a produite sur la Conférence, l'adoption de la mesure à laquelle elle vient de s'arrêter. La lettre que j'avais reçue de M. le général Belliard, et que j'ai communiquée à la Conférence, a produit beaucoup plus d'effet que l'exposé de lord Ponsonby : j'en ai pour preuve l'attention avec laquelle elle a été écoutée et la demande que m'a faite lord Palmerston d'en donner une seconde lecture. Quelles que soient au surplus les circonstances qui ont agi sur l'esprit des plénipotentiaires, et quels que soient les moyens qui ont été employés, je crois que nous avons d'autant plus à nous féliciter de la décision qui a été prise, que je n'aurais peut-être pas espéré l'obtenir, la veille de la conférence, même quelques heures auparavant; je pense, au surplus, que la lassitude, comme le besoin de finir, ont pu y contribuer.

Je n'ai jamais compris que les rapports qui pourront

* Voir le protocole n° 24, Collection de Clercq, t. IV, p. 104.

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subsister encore entre le grand-duché de Luxembourg et la Confédération germanique s'appliquassent jamais à autre chose qu'à la forteresse, car il serait impossible que, la Belgique étant neutre, sa neutralité ne s'étendît pas au territoire du grand-duché de Luxembourg comme aux autres acquisitions qu'elle pourrait faire par la suite.

J'ai eu l'honneur de voir, ce matin, le prince Léopold. Il m'a annoncé le départ de lord Ponsonby, dont je me suis assuré depuis. Ainsi l'affaire de Belgique marche maintenant vers une solution, à laquelle on pourrait facilement arriver, si l'on voulait sainement apprécier à Bruxelles toute la condescendance que les puissances, dont la Conférence est l'organe, viennent de montrer aux Belges; car il est impossible de ne pas reconnaître que leur Gouvernement a maintenant de justes motifs d'être satisfait et des moyens de répondre aux exigences des factieux qui l'entourent. Enfin, les points principaux de difficultés sont aplanis, et il ne reste plus que des conséquences à régler.

Néanmoins , le prince Léopold sent, comme moi, que nous ne sommes pas encore sortis de la crise, et nous avons calculé qu'elle se prolongerait probablement jusqu'à mardi de la semaine prochaine, 31 mai, veille du jour où expire le délai qui a été donné aux Belges pour faire connaître leur décision définitive.

L'entretien que j'ai eu avec le prince Léopold m'a encore fourni de nouvelles preuves de sa résolution d'accepter la souveraineté de la Belgique, résolution

qui est toujours calculée pour le cas où les Belges accepteraient les bases fixées par le protocole du 20 janvier; dans l'hypothèse contraire, le prince ne se regarde pas comme engagé.

P, S, — Le conseil de Sa Majesté Britannique a arrêté, hier, des mesures de quarantaine relatives au choléra-morbus : elles prouvent que son Gouvernement porte son attention sur la marche de cette maladie dans le nord de l'Europe. J'ai l'honneur de vous envoyer la gazette officielle qui vient de paraître et qui contient la décision du conseil.

TALLEYRAJVD AU COMTE SÉBASTIAXI

Londres, le 25 mai 1831.

Monsieur le Comte,

Il n'est pas douteux que le Roi de Hollande espérait que, la résistance des Belges ayant enfin lassé la patience des puissances, il allait se présenter pour lui des chances de guerre qu'il aurait saisies avidement. J'ai eu l'honneur de vous mander, en effet, que M. de Zuylen était arrivé ici afin de représenter au Gouver-

nement anglais et à la Conférence les considérations qui pouvaient les déterminer à recourir aux moyens de rigueur.

Les idées de conciliation ayant au contraire prévalu, et le protocole n° 24 ayant été adopté, les espérances de guerre nourries par la Hollande doivent être affaiblies ; mais, d'un autre côté, nous avons à craindre qu elle n'admette pas sans beaucoup de difficultés l'idée d'entrer en négociations pour la cession du Luxembourg. C'est pour bien fixer son opinion sur la nécessité de cette transaction, et afin de diminuer autant que possible les embarras de cette affaire, que depuis l'adoption du protocole n° 24, et depuis le départ de lord Ponsonby, j'ai, ainsi que quelques membres de la Conférence, recherché plus particulièrement les ministres hollandais qui sont à Londres.

Nous leur témoignons le désir, qu'ils expriment aussi, de voir le Roi de Hollande libre de toute inquiétude extérieure, pouvant se vouer tout entier à l'admi-

nistration de 'ses Etats. Nous ajoutons que l'intérêt général, et le sien, qui ne peut en être séparé, semblent exiger qu'il se prête à la négociation qui s'ouvrira avec lui dès que les Belges auront acquiescé aux propositions qu'on vient de leur faire, et aussitôt qu'ils auront fait choix d'un souverain.

Nous leur représentons aussi que le Luxembourg est un pays éloigné des autres Etats hollandais, mal disposé pour rentrer sous l'autorité du Roi Guillaume ; que moins ils auront de points de contact avec les

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Belges, moins il sY'lùvera entre eux de sujets de discussion ; qu'un capital considérable, ou un revenu bien calculé, peuvent présenter de grands avantages pour un administrateur aussi éclairé que le Roi de Hollande. Enfin, nous ne négligeons aucun raisonnement, bon ou mauvais, pour leur faire adopter notre opinion sur l'utilité d'une transaction à laquelle nos Gouvernements attachent la plus grande importance, puisqu'elle devient le moyen, et peut-être le seul moyen de finir les afiaires de Belgique.

Le Gouvernement anglais a autorisé sir Charles Bagot à agir dans ce sens à La Haye, et l'on peut espérer que ce concours d'efforts y produira l'effet que nous désirons obtenir.

J'ai l'honnenr de vous envoyer, Monsieur le Comte, copie d'une note ^ qu'un agent belge, nommé Michaelis,

^ Voici celte note :

a La révolution belge, entendue dans le sens national, c'est-àdire dans le sens de l'immense majorité des Belges, n'a rien d'hostile ni au système de l'équilibre européen en général, ni au système germanique en particulier.

« Celte révolution ne serait contraire à l'équilibre européen qu'autant qu'elle aurait pour but nécessaire et direct de réunir la Belgique à la France, ou de la placer sous le patronage et le protectorat de celte dernière puissance.

« Si à l'issue des journées de septembre la Belgique a d'abord et exclusivement recherché l'appui de la France, c'était par une nécessité momentanée de position.

« Aujourd'hui, la Belgique indépendante et comptant six mois d'existence est plus éclairée sur sa véritable position ; elle désire entrer dans un système de politique plus large, plus européen, et elle entendrait en effet bien mal ses intérêts si elle ne se croyait qu'un seul allié possible en Europe.

résidant à Francfort où il a pris un établissement, a remise au président de la Diète, qui l'a communiquée à des membres de la Conférence. On sait, ici, par Francfort, que cet agent est en correspondance avec M. Lebeau, ministre des affaires étrangères à Bruxelles. Vous verrez, par la lecture de cette pièce, que l'on serait autorisé à croire que le Gouverne-

« La prise de possession da Luxembourg comme province belge est loin d'être un acte d'hostiliié, le Congrès ayant expressément maintenu toutes les relations de cette province avec la Confédération germanique. Si la Belgique avait entendu entrer dans un système hostile à l'Allemagne, elle aurait repoussé le Luxembourg à cause de ses relations avec l'Allemagne, c'est-à-dire avec la Confédération germanique ; ou bien elle en aurait pris possession en méconnaissant toutes les relations et en les déclarant non avenues. Si le Luxembourg reste à la Belgique, moins la forteresse dont la Confédération pourrait même pour quelque temps augmenter la garnison, la Francs, sans inquiétude pour ses frontières, sera sans prétexte pour faire la guerre, et le nouveau chef de la Belgique, admis dans l'union germanique à cause du Luxembourg, élèverait par là même une barrière entre la France et la Belgique, en rapprochant celle-ci de l'Allemagne. La Belgique n'a pas oublié que son origine, que longtemps son existence, a été plus allemande que française, que comme cercle de Bourgogne elle a fait partie de l'Empire.

« Aussi la Belgique est si peu hostile à l'Allemagne que l'auteur de la présente notice, qui est Belge et croit connaître parfaitement la situation de son pays, est disposé à croire qu'il ne serait pas impossible dans quelque temps, et en témoignant à la Belgique des dispositions amicales, de la porter à étendre ses relations avec la Confédération, et à ne pas les limiter à la seule province de Luxembourg; il pourrait, selon lui, n'être contraire ni à l'indépendance, ni aux intérêts commerciaux de la Belgique, d'entrer, au moyen de stipulations nouvelles, dans l'union germanique.

« La Belgique ne peut s'unir à la France qu'en abdiquant son indépendance; elle peut s'unir à l'Allemagne en la conservant et même en la fortifiant, et certes le royaume de la Belgique compris

ment belge désire s'unir intimement à la Confédération germanique, et qu'il met ses rapports avec l'Allemagne bien au-dessus de ses relations avec la France. J'ai pensé que le Gouvernement du Roi pourrait trouver dans ce document des indices utiles à recueillir.

Agréez, etc.

dans la Confédération germanique offrirait plus de garanties que le royaume des Pays-Bas mis en dehors du système germanique.

« En envisageant la question sous un autre point de vue, il est incontestable que les intérêts commerciaux rapprochent naturellement la Belgique de l'Allemagne ; la navigation du Rhin est une cause qui leur est commune. La Hollande a eu pendant longtemps le monopole de ce commerce, au préjudice non seulement de la Belgique, mais de l'Allemagne entière. Si pour la Belgique elle fermait l'Escaut, en Allemagne elle entravait la navigation du Rhin ; et tous ses efforts tendent en ce moment à faire revivre ces combinaisons contre nature sur lesquelles reposait son ancienne suprématie commerciale.

« Sous le rapport du commerce, la Belgique offre à l'Allemagne des avantages que la Hollande ne peut lui accorder, qu'elle doit même refuser par la nature de sa position et de ses précédents commerciaux.

« La Belgique maîtresse de l'Escaut peut rendre l'Allemagne maîtresse du Rhin ; la jonction de ces deux beaux fleuves et de la Meuse par un canal ou une route en fer qui traverserait le territoire belge et prussien peut s'effectuer facilement. C'est une grande idée que la Belgique et l'Allemagne sont appelées à réaliser et qui affranchirait à jamais les deux pays du monopole hollandais, en les mettant à même de jouir de tous les avantages de leur position géographique.

« Quant aux droits très contestés de la Maison de Nassau, il ne serait pas difficile de leur trouver des compensations, et il est certain que la Belgique serait très disposée à faire tous les sacrifices demandés par la plus stricte équité. »

TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI

Londres, le 26 mai 1831.

Monsieur le Comte,

Dans un moment où vous désirez sans doute recevoir de fréquentes informations sur tout ce qui se rattache aux affaires de Belgique, qui approchent d'une décision, je ne veux pas rester un seul jour sans avoir l'honneur de vous écrire, lors même que j'aurais très peu de chose à vous mander.

On ne s'est encore formé ici aucune opinion sur ce qui pourra se faire à Bruxelles lorsqu'on y connaîtra les dernières résolutions de la Conférence ; les esprits sont en suspens.

Dans les circonstances actuelles, on compte beaucoup sur l'action de la France, sur l'effet de ses représentations et des démarches du général Belliard.

Cependant, quand on connaît la situation actuelle de la Belgique, on a de justes raisons de craindre, et on ne sait où peuvent s'adresser les conseils et vers qui on doit tenter quelques efforts. M. Van Praet, qui faisait partie de la dernière députation belge, et qui est resté ici, sort de chez moi. L'exposé qu'il fait de l'état de son pays est des plus inquiétants et se réduit à ceci :

c'est que le Gouvernement est sans force, sans autorité, et n'est maître de rien.

Il m'a dit qu'un grand nombre de Français se trouvaient parmi les volontaires, et qu'ils recevaient de l'argent d'une maison de banque de Paris qui dispose, à ce qu'il paraît, de fonds considérables. Ce fait est consigné dans une lettre que M. Van Praet a reçue de son Gouvernement et que j'ai lue. Le banquier n'y est pas nommé, mais M. le général Belliard pourrait se procurer des éclaircissements à cet égard. Cette circonstance est grave et semble mériter de fixer l'attention du Gouvernement du Roi.

Sa Majesté Britannique, voulant donner une nouvelle preuve de son adhésion à la marche suivie par son ministère, vient d'accorder une haute distinction à lord Grey en lui conférant l'ordre de la Jarretière, quoique aucune place ne fût vacante en ce moment. Sa nomination est faite par anticipation.

Agréez, etc.

TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI

Londres, le 28 mai 1831.

On n'a pas encore reçu de nouvelles de lord Ponsonby. Ainsi on ne sait pas encore quel a été l'effet produit à Bruxelles par le dernier protocole de la Conférence. J'ai reçu de M. le général Belliard une lettre, en date du 24, par laquelle il m'accuse réception de ce protocole. Lord Ponsonby lui avait fait parvenir par un courrier les dépêches que je lui avais remises

M. le général Belliard entrevoit des difficultés pour faire accepter ce protocole par les Belges, parce qu'ils seront, dit-il, dominés par la crainte de ne pas voir terminer les arrangements qui peuvent leur procurer le Luxembourg, leLimbourg et la Flandre hollandaise, une fois qu'ils seront rentrés dans leurs limites. Pour calmer ces inquiétudes, M. le général Belliard propose d'introduire quelques modifications au protocole. Il désirerait, par exemple, que les cinq puissances promissent d'entamer, dès à présent, la négociation relative au Luxembourg ; qu'il fût observé que, quant aux autres propositions des Belges pour Maëstricht, le Limbourg et la Flandre hollandaise, elles feraient

l'objet d'une autre négociation avec le Roi Guillaume, négociation que suivrait le souverain choisi par la Belgique, sous les auspices des cinq puissances. Enfin, M. le général Belliard souhaite que le délai accordé aux Belges pour se prononcer soit prorogé au 5 ou même au 10 juin.

11 ne sera possible de s'occuper de l'examen de ces demandes que lorsque la Conférence aura reçu quelque communication de lord Ponsonby. On pense que sa dépêche pourra arriver demain.

Malgré les difficultés sans cesse renaissantes que présentent les affaires de Belgique, je crois, Monsieur le Comte, qu'on peut conserver l'espoir d'un accommodement.

Les avocats de la Couronne ont été consultés sur les questions que pourraient faire naître les mesures prises en Galicie à l'égard du corps polonais du général Dwernicki ; ils se sont prononcés contre la conduite adoptée dans cette circonstance par le Gouvernement autrichien. 11 est à remarquer qu'en consultant ces avocats, on a voulu être sûr que la nature de leurs opinions personnelles et l'esprit de parti n'influeraient pas sur leur décision, et que par ce motif on leur a adjoint un jurisconsulte bien connu pour être un tory : son opinion a été entièrement conforme à celle de ses eollègues qui sont whigs.

Il y a eu aujourd'hui un grand drawing-room pour la fête du Roi : lord Grey y a paru avec l'ordre de la Jarretière, que Sa Majesté a bien voulu lui donner.

ainsi que j'ai eu l'honneur de vous le mander par ma lettre d'avant-hier.

Agréez, etc.

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