‹ Correspondance diplomatique de TalleyrandChapitre 17 sur 22 · TALLEYRAND AU GÉNÉRAL BELLIARD · texte numérisé non relu

TALLEYRAND AU GÉNÉRAL BELLIARD

Londres, le 29 mai 1831.

Monsieur le Comte,

J'ai reçu les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 24, le 26 et le 27 de ce mois ; celles du 26 m'ont été remises par M. le colonel Répécaud, qui va partir pour vous porter cette dépêche ^

Votre lettre du 27, Monsieur le Comte, annonce que vous aperceviez de l'amélioration dans la situation des affaires à Bruxelles, et que vous conceviez l'espérance de les voir heureusement terminées. On compte ici beaucoup sur vos soins, sur l'influence de vos conseils, de vos démarches, et sur votre habileté.

Nous avons eu ce matin une conférence ; j'y ai donné lecture de vos plus récentes informations ; la

^ La Conférence s'était réunie le 29 mai et avait décidé que, dans le cas où les Belges n'auraient pas adhéré, le 1" juin, aux bases du protocole du 20 janvier, lord Ponsonby aurait à quitter Bruxelles.

Le même jour, Talleyrand faisait part du résultat de cette conférence au général Belliard.

dépêche de lord Ponsonby du 27 nous a également été communiquée. La Conférence y a puisé des motifs pour espérer qu'on pourra arriver enfin à voir se terminer les affaires de Belgique. Elle a repassé tout ce qui avait été fait de favorable aux Belges, et elle a reconnu que l'intervention amicale des puissances a assuré à la Belgique une indépendance entière, garantie par une neutralité politique dont elle doit apprécier les avantages incontestables. Les intérêts de son commerce ont été pris en grande considération, ainsi que la libre navigation des fleuves.

Les Belges ont reçu une extension de territoire qui ne doit pas non plus être oubliée ; car ils ajoutent à leur pays la principauté de Liège, qui en était entièrement distincte et séparée, plus des districts qui avaient appartenu à la France et à la Prusse. Ils sont appelés à élire librement leur souverain ; des négociations leur promettent l'acquisition du grand-duché de Luxembourg.

La Conférence a jugé, dès lors, qu'elle avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour satisfaire les espérances des Belges, et qu elle n'avait rien à ajouter aux propositions que lord Ponsonby a portées à Bruxelles. Cette détermination m'a paru être prise d'une manière extrêmement fixe, et on a témoigné le désir que vous. Monsieur le Comte, et lord Ponsonby, vous voulussiez bien la faire connaître aux Belges.

Quant aux demandes qu'ils voudraient faire prendre en considération relativement à Maëstricht, le Limbourg

et la Flandre hollandaise, il a paru impossible de s'y arrêter, parce qu'elles portent sur des territoires que les Belges n'ont jamais possédés, qu'ils ne possèdent même pas encore, et sur lesquels ils n'ont aucun titre à faire valoir.

Du reste, ils savent parfaitement que le prince Léopold ni aucun autre prince ne consentirait à accepter la souveraineté de la Belgique, si la Belgique n'adhérait pas aux bases du protocole du 20 janvier, parce qu'il ne voudrait pas se placer dans une situation hostile visà-vis des puissances. Mais cette vérité ne saurait être trop répétée à Bruxelles, surtout dans un moment où va s'effectuer l'élection du souverain. Les Belges ont donc, sous ce rapport, un intérêt pressant qui doit les conduire à adhérer aux bases fondamentales arrêtées par les puissances.

Les puissances ne peuvent pas croire que les résultats heureux obtenus par les Belges, qui leur promettent un si bel avenir, et qui les appellent, sans aucune obligation onéreuse, à faire partie de la société européenne, ne soient pas appréciés par les hommes sages et influents de la Belgique, par ceux qui doivent avoir une grande part dans le règlement des hauts intérêts du pays. Si cependant les passions l'emportaient, si les Belges refusaient d'accéder aux bases du protocole du 20 janvier, je dois, Monsieur le Comte, vous annoncer que les puissances sont parfaitement décidées, dans ce cas, à prendre toutes les mesures qu'exige la protection des Etats voisins de la Belgique et toutes celles que

leur commandent aussi leurs engagements et leur dignité.

Vous savez, Monsieur le Comte, que pour donner plus de latitude aux délibérations des Belges, le délai dans lequel ils avaient à se prononcer a été remis au l"" juin prochain. Ce terme ne peut plus être retardé, et la Conférence a décidé de nouveau aujourd'hui que si, à cette époque, leur résolution n'était pas prise dans le sens des propositions des puissances, lord Ponsonby quitterait alors immédiatement Bruxelles, d'après les instructions qu'il a reçues.

Le Gouvernement du Roi ayant sans doute aussi prévu ce cas, dans les directions qu'il a eu à vous donner, je pense que vous jugerez convenable, Monsieur le Comte, de les revoir afin de décider des résolutions que vous aurez à prendre.

Je conserve l'espoir que nous n'aurons pas à regretter que tant de soins donnés aux affaires de Belgique n'aient pas amené les résultats qu'on devait s'en promettre, et je vous le répète. Monsieur le Comte, cet espoir se fortifie par la confiance qu'on prend ici dans votre caractère et dans le zèle qui anime toutes vos démarches.

J'attendrai avec une vive impatience la réception de la première lettre que vous voudrez bien me faire l'honneur de m'écrire après l'arrivée à Bruxelles de M. le colonel Répécaud.

Recevez, etc.

TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI

Londres, le 31 mai 1831.

Monsieur le Comte,

On a reçu ici des nouvelles de La Haye ; mais elles sont arrivées trop tard pour que j'aie pu vous en donner connaissance par le courrier d'hier.

Le Roi de Hollande, en apprenant les dernières résolutions de la Conférence et le projet de cession du grandduché de Luxembourg moyennant des compensations, a montré un grand mécontentement et une volonté assez prononcée de ne pas y souscrire.

Il fait remarquer qu'ayant montré une grande déférence pour les décisions des puissances en adhérant le premier, et il y a plusieurs mois, aux bases de la séparation, les Belges devraient se placer sous ce rapport dans une position analogue à la sienne; il se croit fondé à demander que les protocoles devenus obligatoires pour lui soient enfin exécutés par les Belges ; et jusqu'à ce qu'ils soient rentrés dans leurs limites et se soient soumis aux conditions de la séparation, le Roi de Hollande ne pense pas qu'on puisse lui demander aucun échange de territoire, ni aucun arrangement pour le Luxembourg. Il ne voit même pas quels sont

les moyens de compensation qu on pourrait lui offrir pour le grand-duché * .

Ces informations sont de nature à nous faire penser

* Dépêche du baron Mortier à M. le comte Sébastian*! :

a Berlin, le 31 mai 1831, 3 heures après midi.

« Monsieur le Comte,

« La dépêche que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire le 24 de ce mois, sous le n<* 31, m'a été remise par un courrier prussien avant-hier dans la soirée. Hier, je n'ai pu rencontrer ni M. Ancillon, ni le comte de Bernstorff. Je sors en ce moment de chez ce ministre, qui, quoiqu'il nous ait officiellement annoncé sa retraite, n'en continue pas moins à diriger le cabinet de Berlin. Je l'ai entretenu des instructions que Votre Excellence a bien voulu m'adresser relativement au Luxembourg. Je vais rapidement l'informer de la manière dont cette question est envisagée ici, afin de profiter d'une estafette que j'envoie au Gouvernement de Sa Majesté pour lui transmettre une dépêche que je reçois à l'instant du consul du Roi à Varsovie, avec la prière de la faire parvenir par cette voie.

u Le Gouvernement prussien partage entièrement l'opinion de notre cabinet sur le fond de la question du Luxembourg, c'est-àdire qu'il regarde la cession de cette province en faveur des Belges comme un fait désirable dans la situation des choses; de même que nous, il est d'avis que le Luxembourg soit entièrement détaché de la Confédération, parce que s'il en était autrement, il en résulterait des embarras inextricables par la suite, à cause de la position de neutralité où les cinq grandes puissances ont placé le territoire belge. Toutefois, Monsieur le Comte, la Cour de Berlin regrette que la Conférence ait pris une décision peut-être un peu trop précipitée à ce sujet. Car le Roi Guillaume, qui, d'après les nouvelles reçues ici de La Haye, paraissait lui-même aller au-devant de cet arrangement, a été blessé de l'initiative prise par la Conférence. Néanmoins, comme c'est une affaire de forme qui ne touche pas le fond de la question, le comte de Bernstorff pense qu'il y a lieu de croire que le Roi de Hollande passera sur une mesure que l'impérieuse nécessité des circonstances a dû faire adopter. Quoi qu'il en soit, le cabinet de Berlin est d'avis qu'il est nécessaire, dans

378 AMBASSADE DE TALLEYRAIVD

que nous éprouverons des obstacles à La Haye, mais je ne doute pas, Monsieur le Comte, que nous ne parvenions à les surmonter si les Belges adhèrent aux bases de la séparation. Il serait bon, je crois, que notre

l'intérêt du but que les puissances se proposent d'atteindre, qu'elles fassent reconnaître préalablement aux Belges l'obligation de se conformer au protocole qui a fixé les limites de leur territoire. Celte reconnaissance faite, la Conférence pourra alors employer ses bons offices pour presser l'arrangement du Luxembourg et amener le Roi Guillaume à faire cette cession au Gouvernement belge.

« Le comte de Bernslorff que j'avais vu avant-hier malin, m'avait informé brièvement de l'objet que traite la dépêche de Votre Excellence n" 31. M. de Bûlow lui en avait donné connaissance par sa correspondance. Je ne crois pas inutile d'informer, sans perdre de temps, le Gouvernement du Roi qu'il y a deux jours le cabinet de Berlin s'attendait à ce que la forteresse de Luxembourg serait entièrement détachée de la Confédération germanique, et qu'à cet effet elle serait démantelée. Cette indication m'avait été confirmée depuis par une confidence faite, à ce sujet, à un des ministres accrédités à Berlin et dont le souverain est de la Confédération. Le comte de Bernstorff lui en avait parlé comme d'une chose qui ne souffrirait pas de difficulté. Aujourd'hui, sans avoir l'air d'y attacher la moindre importance, j'ai pu , dans la conversation avec le ministre, en acquérir la certitude. Voici ce qu'il m'a dit à ce sujet : « La Prusse « ne ferait aucune difficulté de voir Luxembourg cesser d'être forte- H resse fédérale. Elle est inutile au système de défense du territoire « prussien, mais on prétend qu'il faudrait dépenser des sommes « énormes pour démanteler cette place, et que les Belges sont hors « d'état de subvenir à cette dépense. »

« J*ai cru. Monsieur le Comte, qu'il était d'une haute importance pour le Gouvernement du Roi de recevoir celle information. Il jugera probablement convenable de faire réclamer maintenant par les Belges la possession d'une ville qui, en cas de guerre, ne serait plus une forteresse placée entre des mains ennemies de la France.

« Je ne négligerai point de faire connaître à Votre Excellence que le comte de Bernslorff m'a entretenu des ouvertures quelle a faites, ainsi que le président. »

légation à La Haye cherchât à vaincre l'opiniâtreté de caractère du Roi de Hollande, disposition qui est encore augmentée dans les circonstances actuelles par l'irritation que lui cause la perte de quatre millions de sujets, par l'affaiblissement de sa consistance politique en Europe, et enfin par l'observation qu'il peut faire que, malgré les pertes qu'il a éprouvées, il a adhéré aux bases de la séparation, tandis que ceux qui recueillent tous les avantages font de continuelles diffi cultes pour les accepter.

Nous devons, je crois, mettre d'autant plus d'insistance à nos démarches auprès du Roi de Hollande, que nous ne pouvons pas douter qu'il ait la volonté de faire la guerre, si les Belges lui fournissent assez de motifs pour que l'agression ne puisse pas lui être reprochée.

Vous avez. Monsieur le Comte, des données sur les forces militaires de la Hollande. Celles de terre montent à environ soixante mille hommes, et celles de mer sont très imposantes, car, outre quatorze bâtiments de guerre qui composent la croisière devant Anvers, il y a encore dans ces parages près de trois cents bouches à feu. On connaît ici le courage et l'impétuosité des Belges, mais on pense que leurs ressources militaires sont bien au-dessous de celles de la Hollande. A la vérité, l'état des finances de ce royaume ne permettra pas de maintenir longtemps sur pied de guerre des forces aussi considérables ; mais c'est un motif de plus pour que les Hollandais souhai-

tent de voir s'engager promptement des hostilités. Agréez, etc.

P. S, — Je viens d'apprendre, dans le moment, que M. de Blacas était arrivé à Londres et qu'il va se rendre à Holyrood.

GXXXVIII

TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI

Londres, le 3 juin 1831.

Monsieur le Comte,

J'ai reçu la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 31 mai, relativement à la lettre que lord Ponsonby, à son arrivée à Bruxelles, a adressée au ministre des afiaires étrangères de Belgique.

Vous avez trop d'expérience des affaires, Monsieur le Comte, pour avoir pensé un moment que cette lettre pût être attribuée à la Conférence; et je ne saurais croire que vous eussiez sérieusement exprimé quelque doute sur la part que j'aurais pu prendre à sa rédaction. Cette lettre n'a pas été préparée à Londres, certainement elle n'est pas de la Conférence ; pour s'en convaincre, il suffît d'une simple lecture. D'ailleurs, la Conférence n'aurait pas pu dire ce que lord Ponsonby

a écrit à M. Lebeau sur les changements qui, dans Tespace d'une seule semaine, se sont opérés dans ses dispositions relativement au grand-duché de Luxembourg. Au surplus, lord Ponsonby annonce lui-même que sa lettre a été écrite avec beaucoup de précipitation, ce qui prouve encore plus qu'elle ne lui a pas été remise avant son départ de Londres.

Il aurait été dans les formes que M. le général Belliard en prît connaissance avant qu'elle fût adressée au Gouvernement belge, et la manière dont lord Ponsonby s'était exprimé ici sur M. le général Belliard ne faisait pas prévoir qu'une telle omission pût avoir lieu; cependant, elle peut jusqu'à un certain point s'expliquer parce que cette lettre était une lettre particulière.

Nous voyons, Monsieur le Comte, par les informations qui parviennent ici de Bruxelles, et que M. le général Belliard rend plus précises par les lettres qu'il veut bien m'écrire, que le prince Léopold est au moment d'être élu souverain de la Belgique, mais que le Congrès mettra à son élection les mêmes conditions qu'à celle du duc de Nemours; qu'en outre, s'il donne une sorte d'adhésion aux bases de la séparation, ce ne sera que d'une manière très indirecte et sans prononcer le mot de protocole ; enfin que le Congrès ne renonce pas à ses prétentions sur Venloo, Maëstricht, et sur le Limbourg.

Il est à craindre qu'en suivant cette marche les Belges ne s'écartent du but qu'ils veulent atteindre, et qu'ils n'éprouvent de grandes difficultés pour déterminer

le prince Léopold à accepter la couronne qu'ils ont l'intention de lui offrir. On peut avoir cette opinion d'après la réponse qu'il a faite aux députés qui sont venus à Londres.

Au reste, il n'y a de difficultés sérieuses que pour Venloo et Maëstricht; car si, comme les Belges l'annoncent, ils étaient propriétaires avant 1790 des cinq sixièmes du Limbourg, et si cinquante-quatre communes disséminées dans cette province appartenaient seulement à la Hollande, ce sont des faits que pourront facilement constater les commissaires démarcateurs. Il semble que des droits aussi bien établis qu'ils paraissent l'être aux yeux des Belges ne devraient pas arrêter leur adhésion aux bases de la séparation, d'autant plus que le protocole du 20 janvier pose un principe d'échange qui s'appliquera nécessairement aux communes hollandaises qui forment des enclaves.

Quant à l'idée de placer dans Maëstricht une garnison mixte ou une garnison étrangère, je ne pense pas qu'elle soit jamais adoptée. La prétention de souveraineté de la Belgique sur Maëstricht est bien nouvelle, celle de la Hollande bien ancienne, car elle date du traité de Alunster, et il y aurait de graves inconvénients à mettre des troupes hanovriennes d^ns cette place, comme M. le général Belliard l'avait proposé.

Ainsi, Monsieur le Comte, les affaires de Belgique présentent toujours des difficultés sérieuses. Cependant la majorité qui ser prononce dans le Congrès en faveur du prince Léopold annonce qu'on sent en Belgique le

besoin de faire cesser Tétat pénible où se trouve le pays; mais l'obstination des Belges à ne pas adhérer ouvertement aux bases de la séparation, et à ne céder sur aucune de leurs prétentions, peut amener les fâcheux résultats que nous avons depuis longtemps cherché à prévenir. Je suis porté à croire que les mesures indiquées à la fin de votre dépêche, combinées avec le départ de lord Ponsonby et le rappel de M. le général Belliard, pourront être la meilleure voie à suivre pour sortir d'une situation si fatigante et si opposée aux vues conciliatoires et pacifiques des principaux Etats de l'Europe *.

Telle est l'opinion qu'expriment les membres de la Conférence que j'ai vus en particulier, en l'absence des ministres qui sont aux courses d'Ascott.

P. S. — Je joins ici une lettre pour Sa Majesté la Reine.

^ « S'il devient nécessaire de recourir à quelque démonstration pour triompher de tant d'exigence, nous ne balancerons point ; il est depuis longtemps dans les instructions de M. le général Belliard de revenir sur-le-champ si lord Ponsonby venait lui-même à quitter Bruxelles, et je lui en renouvelle l'ordre dans mes dépêches aujourd'hui. »

{Sébastiani à Talleyrand. — 31 mai 1831.)

TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI

Londres, le 4 juin 1831.

Monsieur le Comte ,

J'ai reçu la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 2 de ce mois. Elle montre combien le Gouvernement du Roi s'attache à observer avec ponctualité les dispositions adoptées par la Conférence relativement aux affaires de Belgique. Je mettrai ici beaucoup de soin pour faire envisager la prolongation de délai accordée aux Belges par le général Belliard, comme une détermination qui lui est purement personnelle. Je dois supposer qu'il se sera concerté sur ce point avec lord Ponsonby, puisque ses instructions le lui prescrivaient. Cependant j'ai quelque inquiétude à cet égard, parce que le général Belliard, en m'annonçant qu'il prenait sur lui de retarder jusqu'au 10 de ce mois le délai qui était fixé au 1'', ajoutait : « Je pense que lord Ponsonby sera de mon avis. »

Je suis fâché du retard qu'on a mis à l'exécution des ordres que vous et la Conférence avaient donnés, parce que cela nous prive de l'effet probable qui aurait été produit par le départ des agents français

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et anglais \ Les réflexions que leur éloignement aurait fait faire aux Belges auraient pu contribuer à les faire rentrer dans leurs vrais intérêts, au lieu qu'aujourd'hui ils croiront plus difficilement aux menaces.

Le bruit court dans la ville que le prince Léopold a été élu Roi de la Belgique , et qu'il a eu 85 suffrages. Personne n'a de détails plus circonstanciés.

On vient de recevoir ici des nouvelles de Lisbonne, à la date du 26 mai. Je vous les transmets , parce qu'il serait possible que le bateau à vapeur qui les a apportées à Portsmouth né fût pas chargé de dépêches pour votre Département ou pour celui de la marine. L'escadre française a pris trois bâtiments portugais ; le commandant a fait prévenir le commerce, par l'intermédiaire de M. Hoppner, consul anglais, qu'il n'avait pas l'ordre de bloquer Lisbonne , mais qu'il exercerait des représailles sur tous les bâtiments portugais qu'il rencontrerait à la mer. Un embargo a été mis par le Gouvernement de don Miguel sur les navires portugais qui se trouvaient dans le port de Lisbonne : les neutres n'éprouvent aucun obstacle pour en sortir.

Ces nouvelles ne viennent pas du Gouvernement anglais : c'est le commerce de Londres qui les a reçues.

* Le général Belliard avait pris sur lui , malgré les ordres positifs qu'il avait reçus , d'accorder aux Belges un nouveau délai de huit jours pour adhérer aux mesures proposées par la Conférence.

Il avait fait plus , il était demeuré à Bruxelles après le départ de lord Ponsonby, alors qu'il avait reçu l'ordre de quitter cette ville en même temps que lui.

Nous aurons lundi prochain une conférence. Agréez, etc.

/>, S, — Je joins ici une lettre qui est adressée à S. A. R. Madame Adélaïde.

TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI

Londres, le 6 juin 1831.

Monsieur le Comte,

Un courrier anglais, expédié de Bruxelles, a apporté cette nuit une lettre par laquelle M. le général Belliard m'a annoncé que, dans la séance du 4, le Congrès a élu le prince de Saxe-Cobourg Roi de la Belgique, à la majorité de 152 voix contre 44, et qu'une députation de dix membres, présidée par M. de Gerlache, allait se rendre à Londres pour porter au prince le résultat de cette délibération.

Si, comme j'ai déjà eu l'honneur de vous le mander dans ma lettre du 4, les agents français et anglais avaient quitté Bruxelles le 1" juin, ainsi que le leur prescrivaient les instructions de leur Gouvernement et celles de la Conférence, cette détermination aurait probablement produit un effet moral tel qu'il aurait pu dispenser de l'emploi de la force ; mais nous sommes

entrés maintenant dans un autre ordre de faits , qui exige l'examen d'autres questions.

Les nouvelles de Belgique qui avaient été reçues depuis quelques jours, et l'arrivée du courrier de cette nuit, ont donné lieu à une conférence. La conduite de lord Ponsonby, dont, au surplus, les bonnes intentions ne sont pas mises en doute, a été unanimement blâmée comme étant en opposition avec ses instructions, et son rappel immédiat a été décidé ^ Je joins ici copie de la lettre qui lui est envoyée par un courrier qui partira dans quelques heures : elle n'indique pas les motifs de son rappel , parce que la Conférence a pensé qu'en les laissant dans le vague ils produiraient plus d'effet, et que chaque parti pourrait lui attribuer une cause particulière.

Les vues qui unissent si intimement la France aux autres puissances, et les instructions qui, récemment encore, viennent d'être transmises au général Belliard, ne permettent pas de douter qu'il quittera Bruxelles en même temps que lord Ponsonby. Quant à M. Lehon, qui se trouve probablement à Paris en ce moment, je crois devoir vous faire observer que son Gouvernement ayant donné à celui du Roi de justes motifs de mécontentement, il ne paraît pas possible qu'il reste en

* Lord Ponsonby avait omis de communiquer au Congrès et au Gouvernement belge le protocole réclamant une réponse à jour fixe, au l«'juin. On faisait observer qu'il n'y avait pas eu refus officiel de la part du Gouvernement belge, puisqu'il n'y avait pas eu de demande catégorique.

France après le rappel du général Belliard. J'ajouterai, au surplus, que le protocole n° 22, qui avait eu à prévoir une partie des événements qui se réalisent aujourd'hui, a déclaré que dans le cas où lord Ponsonby serait forcé, par la conduite des Belges, à quitter Bruxelles, leur envoyé qui se trouve à Paris serait engagé à partir sans nul retard. Je dois vous faire connaître, au reste, que lord Palmerston en a fait la demande ce matin. La Conférence a passé ensuite à Texamen des mesures que la position prise par les puissances vis-à-vis de la Belgique pourrait les mettre dans la nécessité d'adopter ; mais les plénipotentiaires ont jugé, d'abord, qu'il était indispensable de connaître les intentions du Gouvernement du Roi sur différents points que je vais avoir l'honneur de vous indiquer, et sur lesquels je vous prie, Monsieur le Comte, de vouloir bien me donner des réponses dans le plus bref délai possible.

Le premier de ces points, ou la première de ces questions, a pour objet de savoir quelles sont les mesures coercitives que le Gouvernement de Sa Majesté peut adopter à l'égard des Belges, sans qu'elles offrent pour lui des inconvénients.

Seconde question : Ces mesures consisteront-elles à faire sortir des troupes hors du territoire français , ou à réunir des troupes sur les frontières de la France?

A cet égard, je crois devoir faire observer que, dans mon opinion , il suffirait de rassembler des forces sur notre frontière, d'abord, parce que des troupes ainsi

réunies peuvent toujours entrer, s'il est nécessaire, sur le territoire voisin, et parce que, ensuite, leur seule présence peut produire Teffet qu'on chercherait à obtenir. J'ajouterai que ces troupes devraient être des troupes de choix, placées sous le commandement d'un chef ferme et prudent.

Troisième question : Une escadre française prendrat-elle part au blocus des ports de la Belgique?

Il me semble que si les puissances se décident pour ce blocus, il est convenable que la France y prenne part, et que ses forces agissent de concert avec celles de l'Angleterre. Je crois pouvoir vous rappeler, à ce sujet, que vous aviez eu l'idée de faire concourir ainsi les forces maritimes des deux nations, à l'époque où il s'agissait de faire lever le blocus d'Anvers à l'escadre hollandaise.

Les réponses que vous voudrez bien faire. Monsieur le Comte, à ces différentes questions, me mettront à portée de satisfaire aux demandes que la Conférence pourra m'adresser. Il existe, au surplus, entre les cinq puissances le plus parfait accord de vues et de dispositions, parce qu'elles veulent toutes se maintenir dans la même position et remplir des engagements qui leur sont communs ; parce que la France, l'Angleterre et la Prusse, plus spécialement appelées par leur situation à exécuter ces engagements réciproquement obligatoires, tiennent à mettre en parfaite harmonie leurs déterminations.

Il y a ici un agent du Gouvernement de don Miguel,

qui est venu prier le Gouvernement anglais de s'interposer dans ses différends avec la France. Il lui a été répondu que le Gouvernement ne voulait pas intervenir dans cette discussion, mais que s'il avait un conseil || à donner au Gouvernement du Portugal, c'était de céder aux demandes de la France. Les choses en sont restées là.

Agréez, etc.

TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI

Londres, le 7 juin 1831.

Monsieur LE Comte,

Les ministres de Hollande, à Londres, ont adressé à lord Palmerston deux notes : l'une, pour demander quelle était la résolution prise par les Belges , à Texpiration du délai dans lequel ils devaient se prononcer sur les bases de la séparation ; l'autre, pour se plaindre de la lettre adressée par lord Ponsonby à M. Lebeau, ministre des affaires étrangères à Bruxelles. Ces deux notes ayant été communiquées à la Conférence, il a été résolu qu'il y serait répondu. J'ai l'honneur. Monsieur le Comte, de vous envoyer des copies de ces pièces, auxquelles je joins une copie du protocole n° 25, relatif

A LOMDRES. 391

au rappel de lord Ponsonby. Vous verrez, Monsieur le Comte, par les réponses de la Conférence aux notes des ministres de Hollande , qu'elles ont pour but de maintenir le Roi Guillaume dans la ligne de modération dont il ne s'est pas encore écarté, de calmer l'irritation que lui causent la conduite et les prétentions des Belges, et de lui donner, sur le projet de cession à titre onéreux du Luxembourg, des explications satisfaisantes*.

> Mémorandum pour les ministres des cinq Cours à La Haye :

« Annonce du rappel de lord Ponsonby. Le Roi des Pays-Bas doit être invité à se tenir prêt pour le cas où la rupture des relations de la Conférence avec les Belges amènerait une reprise d'hostilités de leur part.

« Communication de la Conférence avec les plénipotentiaires hollandais.

u En donnant à lord Ponsonby l'ordre de quitter Bruxelles et en délibérant sur les mesures que peut exiger l'exécution des engagements pris par les cinq Cours envers le Roi, la Conférence satisfait à ses propres obligations et aux justes demandes de Sa Majesté. Elle est eu droit d'espérer que le Roi, de son côté, persistera dans sa résolution de ne pas se départir des bases de séparation auxquelles il a adhéré, et qu'il offrira d'utiles facilités pour l'exécution de cet acte.

« La réponse de la Conférence aux plénipotentiaires de Sa Majesté ramène à ses véritables termes la question du Luxembourg. Le protocole numéro 24 prouvait que la Conférence réclamait au préalable de la part des Belges une adhésion aux bases de séparation, sauf à négocier ensuite l'échange du Luxembourg, moyennant les compensations dont le Roi lui-même aurait reconnu l'utilité et la justice.

« Ce principe subsiste, la Conférence n'a pas préjugé les déterminations du Roi, elle n'a pas anticipé sur sa réponse, elle s'est contentée de mettre en avant, comme proposition qui pourrait être faite aux deux parties, l'échange volontaire du Luxembourg contre un juste équivalent ; elle n'est donc pas sortie des bornes de ses

Nous avons lieu d'espérer que ces notes produiront à La Haye l'effet qu'on s'en promet ici , et qu'elles empêcheront de la part de la Hollande toute espèce d'agression.

Il a été convenu, en outre, que les ministres des cinq

attributions, elle n'a lésé aucun droit, elle n'a manqué à aucun égard.

« Les représentants des cinq Cours réuniront leurs efforts pour pénétrer le Roi et le ministère de celte conviction ; ils engageront le cabinet de La Haye à peser les avantages que pourrait offrir l'échange du Luxembourg après que les Belges auraient adhéré aux bases de séparation, et à fixer ses idées sur les équivalents qui lui paraîtraient acceptables.

« Une parfaite unanimité de langage est recommandée aux représentants des cinq Cours. Ils doivent avoir pour objet commun de faire approuver au Roi les décisions de la Conférence, de le maintenir dans la position conciliante où il s'est placé en adhérant aux bases de séparation, d'empêcher de sa part l'adoption de tout autre système qui serait infiniment moins conforme aux intérêts permanents de la Hollande, enfin d'empêcher aussi toute mesure agressive contre les Belges et de démontrer que la Hollande gagnerait à attendre une attaque, puisqu' alors les cinq puissances se trouveraient dans la situation prévue par les protocoles 21, 22 et 23, tandis que si la Hollande prenait l'initiative des hostilités, elle priverait les puissances des moyens d'exécuter ces actes. Le résultat indiqué ici est de la plus haute importance; on ne saurait assez insister sur la nécessité de l'obtenir.

« Sans pouvoir encore faire connaître aux ministres des cinq Cours à La Haye les mesures ultérieures qu'elle pourra arrêter, la Conférence les prévient que ces mesures vont être mises en délibération ; que d'une part elle ne perdra pas de vue la sûreté de la Hollande, et que de l'autre elle avisera aux meilleurs moyens d'accélérer l'adhésion des Belges aux bases de la séparation.

« La politique du Roi est donc évidemment d'attendre l'issue des délibérations dont il s'agit, tout en se préparant à repousser le premier choc si par hasard il avait lieu. »

puissances écriraient aux représentants de leurs Cours, à La Haye, une lettre dont j'ai l'honneur de vous transmettre les bases, et qui a pour but de faire arriver au Roi de Hollande, avec ensemble et d'une manière uniforme, les observations et les considérations qui peuvent le rassurer sur les dispositions des puissances et sur le maintien de ses droits. Je pense que le Gouvernement du Roi jugera utile d'envoyer à M. le baron de Mareuil des instructions puisées dans ces documents.

Je viens de recevoir. Monsieur le Comte, la dépêche que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 5.

J'ai lieu de croire qu'au moment de son expédition, vous n'aviez pas encore une connaissance entière de l'acte qui nomme le prince Léopold Roi de la Belgique, et des obligations que cet acte lui imposerait. On veut l'astreindre à jurer l'intégrité d'un territoire qui n'est pas encore régulièrement déterminé et qui, dans les idées des Belges, doit s'étendre à des villes qu'ils ne possèdent même pas. J'ai peu de doute sur la détermination que prendra le prince Léopold, et je pense qu'elle sera conforme à ce qu'il a toujours répondu aux députés belges qui sont venus ici s'assurer de ses dispositions.

Au surplus. Monsieur le Comte, les Belges auraient dû comprendre que la première chose qu'ils avaient à faire était d'accéder aux bases de leur séparation avec la Hollande, et je remarque, dans la lettre du chargé d'affaires de France à Berlin, que ma manière de voir

sur ce point est aussi celle du cabinet prussien, car M. de Bernstorff lui a dit que, pour atteindre le but que se proposaient les puissances, il était nécessaire qu'elles fissent reconnaître préalablement aux Belges l'obligation de se conformer au protocole qui a fixé les limites de leur territoire. Tous les cabinets envisagent cette question sous le même point de vue.

Quant aux arrangements relatifs au Limbourg, ils peuvent suivre cette reconnaissance de limites, mais ne doivent pas la précéder. Les projets que vous a communiqués M. le général Belliard sur ce point, et sur lesquels il m'a écrit aussi, ont été dès longtemps présentés ici par les Belges et n'ont obtenu aucun succès.

Vous aurez vu par ma lettre d'hier que les dispositions que le Gouvernement du Roi pourra prendre doivent être calculées d'après ses convenances intérieures. J'ai la certitude qu'il lui sera ofiert toutes les facilités qu'il pourra désirer.

Agréez, etc.

P. S. — Vous verrez, Monsieur le Comte, par les pièces dont j'ai l'honneur de vous envoyer des copies, que' personne ici ne doute du rappel du général Belliard, que vous m'avez autorisé à annoncer comme une conséquence du rappel de lord Ponsonby.

TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI

Londres, le 9 juin 1831.

Monsieur le Comte,

Vous m'avez fait Thonneur de me mander, par votre dépêche du 5, que le Gouvernement du Roi désirerait que la place de Luxembourg cessât d'être place fédérale et fût démantelée, et vous ajoutez que les soins de cette négociation me sont confiés \

Je sens toute l'importance de cette affaire, mais je ne pense pas qu'elle puisse se traiter à Londres, parce qu'elle tient aux intérêts particuliers de la Confédération germanique et qu'elle est étrangère aux questions que la Conférence est appelée à examiner. Elle n'a pas d'ailleurs de pouvoirs spéciaux de la Confédération. A la vérité, deux de ses membres entretiennent avec cette Confédération des relations suivies et exercent

* « Le Gouvernement du Roi met un prix infini (et il est facile de le comprendre) à ce que la place de Luxembourg cesse d'être place fédérale et soit démantelée. La France, s'il en était besoin, ne refuserait pas de concourir aux frais de cette disposition. Les soins de cette importante négociation vous sont confiés ; et nous ne doutons pas que, conduite par vous, elle n'ait une heureuse issue. »

[Séhastiani à Talleyrand. — 5 juin 1831.)

quelque influence sur ses déterminations; néanmoins, ils n'ont pas de pouvoirs.

Je pense, Monsieur le Comte, que cette négociation doit se suivre à Berlin ou à Paris, et je vois par la lettre du chargé d'aflaires de France, dont copie était jointe à votre dépêche, que le cabinet prussien paraît déjà disposé à donner son assentiment à la demande du Gouvernement de Sa Majesté : c'est un motif de plus pour continuer de la traiter directement avec lui. M. de Bûlow, avec qui je me suis entretenu en particulier de cette affaire , partage mon opinion et pense qu'il convient d'en laisser la négociation à Berlin.

Vous remarquerez sans doute. Monsieur le Comte, dans les pièces que j'ai eu l'honneur de vous transmettre avant-hier, la manière dont la Conférence repousse les allégations de quelques feuilles publiques qui ont cherché à faire penser qu'elle n'était pas étrangère à la lettre écrite par lord Ponsonby à M. Lebeau. La note adressée aux ministres de Hollande détruit toute espèce de doute à cet égard, s'il avait pu en exister.

Je n'ai pas dû faire connaître à M. le général Belliard les résolutions qui venaient d'être prises, parce que les explications donnent lieu à des interprétations, et que, d'ailleurs, ce n'était que de vous qu'il pouvait recevoir des ordres.

La députation belge qui est chargée d'offrir la couronne au prince Léopold est arrivée hier soir à Londres. Deux commissaires, MM. De vaux et

Nothomb, sont arrivés en même temps : ils ont vu le prince Léopold, et lui ont annoncé qu'ils avaient des pouvoirs, mais sans en indiquer Tobjet spécial. Si ces pouvoirs avaient de Fétendue, ils pourraient donner de la facilité à l'arrangement des affaires de Belgique.

La conduite du prince Léopold est simple et convenable : il acceptera probablement les offres des Belges, si les pouvoirs des commissaires sont de nature à amener des résultats satisfaisants. Les commissaires n'ont pas communiqué ces pouvoirs aux membres de la députation.

Dans une conversation que j'ai eue hier avec le prince Léopold, il m'a énoncé le désir, si les choses s'arrangeaient, que le général Belliard fût accrédité auprès de lui.

On a appris ici, par un bâtiment de commerce venant du Brésil, que l'Empereur don Pedro, n'ayant pu comprimer les efforts d'un parti qui se donne le titre de parti national, s'était vu dans la nécessité de quitter Rio-Janeiro avec l'Impératrice et presque toute sa famille. On ajoute qu'il a abdiqué en faveur de son fils, mais on ne sait pas dans quelles mains il l'a confié. Il paraît que l'Empereur s'est embarqué pour l'Angleterre.

Cette révolution peut avoir de l'influence sur les affaires de Portugal : elle donne ici de l'inquiétude au commerce anglais, qui a des intérêts considérables au Brésil, et les fonds publics en ont éprouvé quelque baisse.

On a reçu à Londres des nouvelles du Portugal, à

398 AMBASSADE DE TALLEYRAMD

la date du 29 mai : elles annoncent que le commandant de l'escadre française avait établi devant le port de Lisbonne un blocus, mais seulement pour les bâtiments portugais.

Il paraît que le Gouvernement de don Miguel, devant renoncer à l'espoir d'obtenir la médiation de l'Angleterre dans ses différends avec la France, a l'intention de réclamer maintenant la médiation de l'Espagne.

Il y a des mouvements populaires assez sérieux dans le Yorkshire et le Northumberland. Le ministère prend des mesures pour les réprimer.

Agréez, etc.

P, S, — Depuis que cette lettre est écrite, j'apprends que la révolution de Rio-Janeiro a éclaté le 7 avril, parce que l'Empereur a refusé formellement de renvoyer son ministère. Le 8, il s'est rendu à bord de la frégate anglaise Warspite^ d'où il a signé un acte d'abdication en faveur de son fils et nommé un conseil de régence. Cet acte a été publié à Rio-Janeiro le 9, et le même jour, don Pedro, accompagné de l'Impératrice, de sa fille et de quelques autres personnes, s'est rendu à bord de la frégate anglaise Polaze, devant faire voile pour Portsmouth. On assure qu'on s'attendait à ce que le conseil de régence ne pourrait pas se maintenir, et qu'une union fédérale ou république serait proclamée dans peu de jours. Les lettres de Riga annoncent que le choléra-morbus fait de grands progrès.

La Banque vient de donner avis à la Bourse qu'elle fera des avances sur dépôt d'effets de commerce ou de billets de l'Échiquier, à raison de 4 pour 100.

TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI

Londres, le 10 juin 1831.

Monsieur le Comte,

Les députés belges ont vu aujourd'hui le prince Léopold, mais ce ne sera que dimanche qu'ils lui présenteront le décret du Congrès qui le proclame Roi des Belges.

Il se répand ici que l'Impératrice du Brésil, la marquise de Loulé et leur suite, se sont embarquées sur la frégate française la Seine, et que le navire la Daphné, qui a apporté en Angleterre la nouvelle des événements du Brésil, est parti immédiatement pour Lisbonne afin d'en informer le Gouvernement de don Miguel.

On pense généralement que le fils de l'Empereur ne sera pas reconnu souverain du Brésil, malgré l'abdication faite en sa faveur. La Chambre des députés paraît s'être saisie du pouvoir, qu'elle a confié à une régence composée de trois de ses membres : MM. de Lima, Caravellas et Vergueiro. Cette régence aurait nommé

un ministère composé de la manière suivante : M. Carneïro de Campos aux Affaires étrangères ; M. Moraes à la Guerre; M. Almeida à la Marine; M. Borges aux Finances, et M. Goyana à l'Intérieur.

Deux autres événements fixent aujourd'hui l'attention publique : une révolution opérée à Bahia, le 9 avril, jour où un semblable mouvement éclatait à Rio-Janeiro, et l'arrivée à Douvres du marquis de Villa Flor, commandant de l'île de Terceira pour la Reine dona Maria. M. de Villa Flor est avec toute sa famille.

L'opinion se déclare ici très ouvertement contre la conduite de l'Autriche à l'égard des Polonais commandés par le général Dwernicki ; et le corps diplomatique y voit aussi une grave atteinte portée au droit des gens. Le Gouvernement anglais a fait faire à Vienne des représentations à ce sujet et se propose de les renouveler. Vous jugerez sans doute convenable de vous associer à ce mouvement.

Agréez, etc.

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