TALLEYRAND AU PRINCE LÉOPOLD
Monseigneur ,
Je viens de lire à l'instant la réponse que Votre Altesse Royale vient d'adresser aux députés belges ; je vais l'expédier à Paris. Mon Gouvernement sera sans doute charmé de la conclusion d'une affaire aussi difficile et aussi compliquée ; mais je regrette vivement que notre ministère ne trouve pas dans votre discours ce qu'il faut pour diminuer les préventions du public français. J'avais supplié Votre Altesse Royale de ne pas se montrer uniquement attachée à l'Angleterre, dans la réponse qu'elle devait faire aux Belges; et je
entendu que ce sera au Congrès des représentants de la nation à adopter les mesures qui, seules, peuvent constituer le nouvel État et, par là, lui assurer la reconnaissance des États européens.
« Ce n'est qu'ainsi que le Congrès me donnera la faculté de me dévouer tout entier à la Belgique et de consacrer à son bien-être et à sa prospérité les relations que j'ai formées dans les pays dont l'amitié lui est essentielle, et de lui assurer, autant qu'il dépendra de mon concours, une existence indépendante et heureuse.
« Marlborough-House, le 26 juin 1831. »
vois avec beaucoup de peine, dans votre intérêt même, Monseigneur, que vous avez omis au dernier moment la phrase conciliante, utile et prudente que Votre Altesse Royale avait permis à l'ambassadeur de France de lui remettre par écrit, que je lui ai rappelée hier au soir, et qu'elle m'avait promis d'y insérer.
Quand il s'agit de faciliter le présent et d'assurer l'avenir, il faut éviter avec soin de blesser et la vanité et les préjugés.
Je suis avec respect, Monseigneur, etc.
Talleyrand.
Portland Place, le 27 juin 1831.
TALLEYRAND AU COMTE SÉBASTIANI
Londres, le 27 juin 1831.
Monsieur le Comte,
J'avais remis au prince Léopold deux ou trois phrases qui devaient être placées dans sa réponse aux députés belges, et qui, je crois, auraient produit un bon effet. Il m'avait promis de les insérer, et cependant je ne les y ai pas trouvées. J'en ai été fort mécontent, et j'ai écrit immédiatement au prince la lettre dont j'ai eu l'honneur de vous envoyer hier une copie.
Ce matin j'ai reçu une réponse que je joins ici, parce qu'elle contient des explications dont on pourra tirer parti dans un temps ou dans un autre K
» Le prince Léopold fit la réponse que voici à la lettre du prince
de Talleyrand :
« Marlborough-House, le 27 juin 1831.
a Mon cher Prince,
« Ce que j'ai dit par rapport à l'Angleterre est simplement la relation d'un fait historique passé. J'avais bien désiré dire quelque chose de plus positif sur la France ; mais j'ai mis les mots que vos collègues disaient venir de vous dans le projet de la Conférence.
tt Mais sentant la nécessité de faire quelque chose de plus après mon discours, j* ai invité toute la députation de s'exprimer, en mon nom, ojîciellement et fortement, sur une chose dans le Congrès qui m'était d'une grande importance;
« Que je savais que quelques journaux signalaient le présent arrangement comme hostile à la France, que rien ne pouvait être plus faux; que des relations très intimes avec la famille régnant actuellement en France avaient existé depuis de longues années ; qu'il n'y avait que peu de pays que je connaissais mieux que la France, y ayant beaucoup habité depuis ma jeunesse, et que loin d'être hostile contre elle, je la considérais une alliée aussi importante qu'utile pour la Belgique.
u Ceci ne peut manquer d'être connu amplement, quand ils seront arrivés, et d'être imprimé de suite. Je pense que vous devriez communiquer ce que je viens de vous dire à votre Gouvernement, auquel je suis sincèrement reconnaissant pour toutes les marques de confiance et de bienveillance dont il m'a honoré.
K Je dois ajouter que les députés m'ont prié de donner quelques mots d'explication au Régent; qu'il était indispensable de dire au Congrès que son adoption des articles me suffirait à moi pour l'empêcher de croire que mon acceptation véritable serait soumise à l'adhésion de la Hollande.
« Agréez l'expression de mes sentiments les plus distingués et les plus sincères.