‹ Correspondance diplomatique de TalleyrandChapitre 3 sur 22 · II INTRODUCTION · texte numérisé non relu

II INTRODUCTION

La révolution belge, née du contre-coup de la révolution de Juillet, brisait dans Tune de ses parties principales l'œuvre de la coalition, qui avait constitué le royaume des Pays-Bas « comme la plus forte machine de guerre placée sur notre frontière et sur ses points les plus vulnérables » .

L'Europe, signataire et garante des traités de 1814 et de 1815, allait-elle se désintéresser d'un événement qui consommait la séparation de la Belgique de la Hollande?

Allait-elle, au cas où la séparation deviendrait inévitable, procéder à une nouvelle répartition de ces provinces soustraites de fait au sceptre de la Maison de Nassau, sans tenir aucun compte de cette nationalité qui venait de revendiquer courageusement son droit à l'indépendance et à la liberté ?

La France pouvait-elle rester inerte en présence de ce qui allait se passer sur sa frontière la plus découverte, la plus rapprochée de Paris? Au lendemain du jour où elle venait de rappeler à la branche aînée des Bourbons que « les Gouvernements existent uniquement pour les peuples * » , pouvait-elle condamner le peuple belge qui venait de suivre son exemple ?

La paix dépendait, en réalité, de l'abandon par l'Europe du principe d'intervention , affirmé si récemment avec une raideur intransigeante par l'Autriche, et qui avait été appliqué par la Monarchie française dans

' Voir le mémoire de Talleyrand à Louis aVIII, dalé de Gand. Correspondance inédite de Talleyrand et de Louis XVIII. Congrès de Vienne, p. 468. — Librairie Pion, 1880.

INTRODUGTIOM. m

les affaires d'Espagne. Cet abandon obtenu, n était-ce pas la reconnaissance du Gouvernement nouveau, issu de la révolution de Juillet? n'était-ce pas le maintien de l'indépendance de la Belgique? n'était-ce pas, par voie de conséquence, la reconnaissance implicite du droit nouveau des nations à disposer de leurs destinées?

Au Congrès de Vienne, Talleyrand avait joué du principe de la légitimité, habilement invoqué, il serait plus juste de dire, inventé par lui, pour limiter la victoire de la coalition et conserver à la France, comme minimum, les frontières de l'ancienne monarchie '.

Par un chef-d'œuvre d'habileté qui n'a jamais été surpassé, il avait su, en pratiquant, avant qu'on l'eût inventée, la politique des mains nettes, mettre aux prises tour à tour les intérêts rivaux des nations et des rois, en opposant le droit des couronnes solidarisé dans une théorie séduisante avec le droit des peuples, aux âpres convoitises de nos vainqueurs.

* « Vous aurez remarqué que, dans le protocole du 19, on ne cite que le traité de 1814, qui a été aussi heureux que les circonstances pouvaient le permettre pour notre pays, car les ennemis au bout de six semaines avaient quitté le territoire français. L'ancienne France était agrandie, ses limites rectifiées à son avantage, et par la possession d'une grande partie de la Savoie, Lyon préservé n'était pas, comme aujourd'hui, si près d'être une place frontière; le musée Napoléon était intact, les archives françaises restaient enrichies de celles de Venise et de Rome. On n'a pas parlé du traité de 1815, auquel je n'ai rien à réclamer, puisque j'ai donné ma démission pour ne pas le signer. Mais je dois convenir cependant qu'il a été suivi de quinze ans de paix. »

{Talleyrand à Séhastiani. — 24 février 1831.)

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