IV INTRODUCTION
Arrivant à Vienne « enveloppé de la méfiance de tous les cabinets « , il était parvenu à l'aide de cet expédient de génie à dominer les conséquences de la catastrophe nationale.
C'est aussi à l'aide d'un principe, le principe de nonintervention, introduit à propos dans les affaires européennes, qu'il réussit, à la Conférence de Londres, à amener l'Europe assemblée à ses propres vues.
M. de Metternich ne s'y trompait pas. Cet homme
d'Etat qui avait trouvé que Charles X, en faisant appeler M. de Martignac, s'était livré au parti révolutionnaire et avait trahi ses devoirs européens, disait dans une dépêche du 21 octobre 1830, adressée à Tambassadeur d'Autriche à Londres * :
« Le principe de non-intervention est très populaire
* Voir Metternich, Mémoires et documents, t. V, p. 46. — Librairie Pion.
« M. de Metternich, loin de regretter de n'avoir pas fait quelques sacrifices à l'esprit du temps, est fâché de ne pas l'avoir comprimé davantage ; il n'y renonce point encore. »
(Talleyrand au maréchal Maison. — 20 novembre 1830, p. 86.)
C'est que la Sainte-Alliance, dont la direction était passée des mains de la Russie dans celles de M. de Metternich, ne s'était pas seulement proposé de maintenir le statu quo territorial tel qu'il avait été fixé par les traités de 1815; elle s'était aussi donné pour mission de maintenir le statu quo social, de faire la guerre aux idées de 89, au système représentatif, de fermer toute issue à la démocratie. Sous la direction de M. de Metternich, la Sainte-Alliance avait proclamé et pratiqué le principe d'intervention dans les affaires intérieures des autres États ; et propagandiste, elle aussi, comme le Directoire et l'Empire l'avaient été dans d'autres vues et pour d'autres idées, elle entendait mettre la force de ses armées au service de ses doctrines, se faire, en un mot, le gendarme de l'Europe.