VI INTRODUCTION
C'était la politique que Danton avait remise en honneur en rapportant, par le décret du 13 avril 1793, le décret du 19 novembre 1792 qui avait inauguré la politique contraire'.
C'était la politique que Talleyrand, ancien coopérateur de Mirabeau, conseillait dans sa correspondance diplomatique de Londres, en 1792, quand il sollicitait de l'Assemblée législative le vote d'une loi proclamant
* D'après le Logolachî/graphe (n» 106, 17 avril 1792, séance de
la Convention du samedi 13 avril), Danton aurait dit : « Nous
touchons au moment où il faudra dégager la liberté, — pour mieux la conserver, — de tous ces enthousiasmes. Je m'explique : dans un moment d'énergie, — et certes, ce moment était beau, — nous avons rendu un décret qui porte que nous ne traiterons jamais qu'avec les peuples qui auront un gouvernement de concordance avec nos principes. Si nous tenions à la concordance de ce décret, nous serions obligés d'aller donner des secours à des patriotes qui, à la Chine, voudraient faire une révolution
« Eh bien, citoyens, donnons nous-mêmes l'exemple de cette
raison : décrétons que nous ne nous immiscerons point dans ce qui se passe chez nos voisins, mais que la nation s'abîmera plutôt que de souscrire à toute transaction. Notre souveraineté! notre République! »
« La Convention nationale déclare, au nom du peuple français, qu'elle ne s'immiscera en aucune manière dans le gouvernement des autres puissances ; mais elle déclare en même temps qu'elle s'ensevelira plutôt sous ses propres ruines que de souffrir qu'aucune puissance s'immisce dans le régime intérieur de la République et influence la création de la Constitution qu'elle veut se donner.
« La Convention décrète la peine de mort contre quiconque proposerait de négocier ou de traiter avec des puissances ennemies qui n'auraient pas préalablement reconnu, solennellement, l'indépendance de la nation française, sa souveraineté, l'indivisibilité et l'unité de la République fondée sur la liberté et l'égalité. »
(Décret du 13 avril 1793.)
11 est intéressant de constater en passant que des relations suivies
INTRODUCTION. vi
nettement le principe absolu de non-intervention de la France dans les affaires intérieures des autres États '.
L'expérience de la Révolution, du Directoire, du Consulat et de l'Empire n'avait pu, d'ailleurs, que le confirmer dans les tendances qui, au fond, avaient toujours été les siennes, bien qu'il eût été trop souvent l'instrument trop résigné d'une politique opposée.
Au lendemain de la révolution de Juillet, et en présence des révolutions qui éclataient de toutes parts, deux voies s'ouvraient au gouvernement nouveau. Fallait-il inaugurer hardiment la Sainte-Alliance des peuples, utiliser au profit de la France populaire et d'une Europe nouvelle le mouvement révolutionnaire qui ébranlait tous les trônes^?
n'auaient pas cessé d'exister entre Danton et Talleyrand quand ce dernier était à Londres en 1792 et 1793.
On est fondé à croire que les conseils de Talleyrand n'ont pas été sans influence sur l'orientation nouvelle imprimée alors par Danton à notre politique extérieure. — Voir les très curieuses recherches de M. Robinet sur la diplomatie de la République, Danton émigré.
* Voir La mission de Talleyrand à Londres en 1792, Introduction, p. XXIII. — Librairie Pion, 1889.
^ M. de Metternich lui-même en convient, quand il parle dans ses Mémoires « de l'influence extraordinaire que la révolution de Juillet avait exercée sur les esprits bien au delà des frontières de France ; influence, ajoute-t-il, bien autrement décisive que ne le fut et que ne pouvait l'être celle de la révolution de 1789. » Voir Metternich, Mémoires et documents, t. V, p. 52. — Librairie Pion.
a Les cours absolutistes tremblaient, et, dans l'effarement de la première heure, le vieux roi de Prusse s'écriait : « Si les Français « ne vont que jusqu'au Rhin, je ne bouge pas. » A. Debidour, Histoire diplomatique de V Europe, t. I, ch. viii, p. 275.