VIII INTRODUCTION
Fallait-il, au contraire, chercher la transaction entre la monarchie de Juillet et TEurope officielle?
L'état d'esprit des nations du continent n'était pas sans offrir des chances pour la politique révolutionnaire' ; et la récente histoire semble prouver que les grandes hardiesses ne sont pas toujours téméraires.
Mais la politique de transaction se justifiait par ce fait décisif que les puissances elles-mêmes qui avaient composé la Sainte-Alliance ^ étaient disposées à transiger.
Les temps n'étaient plus les mêmes qu'en 1792, ni en France, ni chez les autres nations européennes ; en 1791, les cabinets étrangers étaient allés jusqu'à refuser de recevoir l'exemplaire de la nouvelle Constitution française, présenté par les ambassadeurs de Louis XVI; en 1830, sous l'influence des mouvements populaires qui pouvaient exposer les couronnes, on les voit, au contraire, avec mauvaise humeur, mais en somme avec rapidité, reconnaître le nouveau gouvernement. C'était donc le cas pour Talleyrand de se souvenir du mot de Mirabeau : « Rien ne s'achève pendant la guerre. »
> Voir A. Debidour, Histoire diplomatique de l'Europe, t. I, passim.
* A la mort de Castlereagh, l'Angleterre s'était détachée de la Sainte-Alliance; elle était revenue, avec Canning, à une politique exclusivement défensive; elle s'était éloignée surtout de Metternich, et si quelque accord subsistait entre les Cours de Londres et de Vienne, ce n'était plus que sur la question grecque, par opposition à la Russie.
INTRODUCTION. ix
La paix paraissait donc préférable à Talleyrand. A cette politique qui, selon lui, « devait avoir pour elle la majorité de tout ce qui raisonne sur la terre * w, il fallait un point d'appui. On ne pouvait alors espérer le trouver qu'en Angleterre. C'est ce que développe Talleyrand dans sa dépêche du 27 novembre 1830.
«L'Europe est certainement, en ce moment, dans un état de crise. Eh bien ! l'Angleterre est la seule puissance qui, comme nous, veuille franchement la paix; les autres puissances reconnaissent un droit divin quelconque, la France et l'Angleterre seules n'attachent plus là leur origine. Le principe de la non-intervention est adopté également par les deux pays; j'ajouterai , et je le compte pour quelque chose , qu'il y a aujourd'hui une sorte de sympathie entre les deux peuples.
« Mon opinion est que nous devons nous servir de tous ces points de rapprochement pour donner à l'Europe la tranquillité dont elle a besoin. Que quelques Etats soient ou ne soient pas disposés à la paix, il faut que la France et l'Angleterre déclarent qu'elles la veulent, et que cette volonté, émanée des deux pays les plus forts et les plus civilisés de l'Europe, s'y fasse entendre avec l'autorité que leur puissance leur donne.
« Quelques-uns des cabinets qui marchent encore sous la bannière du droit divin ont, en ce moment, des velléités de coalition ; ils peuvent s'entendre, parce
» Lettre à M. Thiers. Londres, 22 octobre 1832.