‹ Correspondance diplomatique de TalleyrandChapitre 8 sur 22 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

qu'ils ont un principe commun ; ce principe s'affaiblit, à la vérité, dans quelques endroits, mais il existe toujours; aussi, lorsque ces cabinets-là se parlent, ils s'entendent bientôt. Ils soutiennent leur droit divin avec du canon; l'Angleterre et nous, nous soutiendrons l'opinion publique avec des principes; les principes se propagent partout, et le canon n'a qu'une portée dont la mesure est connue.

« L'Europe se trouve partagée entre ces deux manières de gouverner : ce sont, aujourd'hui, celles qui la régissent. Les forces sont à peu près égales entre le principe qui fait mouvoir les armées russes et autrichiennes et le principe qui, agissant par l'opinion, est sûr de faire mouvoir des forces au moins égales. Ce dernier rencontrera de nombreux alliés dans les pays qui lui sont opposés , et son antagoniste ne compte guère parmi les siens que le faubourg Saint-Germain. »

Aussi, dès le lendemain de la révolution de 1830, à laquelle il était loin d'être étranger, quoi qu'il en ait dit, Talleyrand comprit et fit comprendre que sa place était à Londres, bien plus encore qu'au ministère des affaires étrangères.

Il arrive à Londres le 25 septembre. Mais comme l'accueil qu'il y trouve diffère de celui qu'il y a reçu en 1792 î Le canon annonce son arrivée, le fils du vainqueur de Waterloo, alors premier ministre, vient audevant de lui pour lui offrir une garde d'honneur; les autorités de la ville lui font visite.

Reçu par le Roi d'Angleterre, il lui adresse le dis-

INTRODUCTION. xi

cours qu'on trouvera reproduit intégralement dans ce volume. « L'Angleterre, au dehors, répudie comme la France le principe de l'intervention dans les affaires intérieures de ses voisins , et l'ambassadeur d'une royauté votée unanimement par un grand peuple se sent à l'aise sur une terre de liberté... »

La Conférence une fois réunie, ses premières paroles sont : ce Messieurs, je viens m'entretenir avec vous des moyens d'assurer la paix'. » Il avait pris possession de son ambassade le 25 septembre, et il pouvait écrire à Paris, le 3 octobre, qu'il avait réussi à assurer le concert des puissances; le 6 octobre, que l'Angleterre ne répondrait à la demande de secours du Roi des Pays-Bas qu'après entente avec la France. Le 8 octobre, il pouvait ajouter que la Prusse agirait de concert avec l'Angleterre ^.

A l'âge de soixante-seize ans, après quinze années d'interruption de vie publique, il déployait une activité d'esprit, une puissance de travail^ à laquelle on ne sau-

* Plus lard, il écrira : « Mon langage à la Conférence est toujours celui-ci : a Nous ne voulons pas la guerre, mais nous sommes prêts a à la faire, et nous ne la craignons pas. »

[Talleyrand à Séhasliani. — 13 juin 183L)

' Le 11 octobre 1830, il écrit au Département :

« Ce qui n'était que probabilité relativement à la détermination de l'Autriche dans la question belge, est devenu certitude. Elle agira comme je vous ai mandé et comme je vous confirme qu'agira la Prusse, et la Prusse agira comme l'Angleterre. Nous apprendrons probablement bientôt que la Russie s'est arrêtée à une même résolution. Les puissances de l'Europe viennent ainsi, l'une après l'autre, se placer derrière la Grande-Bretagne. »

' « L'ambassadeur de France, écrivait l'envoyé sarde le 27 no-

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