‹ Correspondance du cardinal Mazarin avec le maréchal d'AumontChapitre 12 sur 70 · I.e Cardinal Mazarwi · texte numérisé non relu

I.e Cardinal Mazarwi

Fontainebleau, le 5 octobre 16:

.\/. de Villequier.

Archives Je Monaco, fonds J'Aumont.

1 l.cs Espagnols avaient mis le siège Montglat, i que quoiqu'il y eut deux

devant Dixmudc 1 vrnbrc. Ils i mille hommes dedans, ils forcèrent

ouvraient la tranchée le 5 octobre et • Clanlcu de capituler. .. • Mémoires de

• battirent si rudement la place », dit Montglat, Pedtot, t. I., p

Monsieur,

Vous aurez veu par les depesches que vous a portées le sieur de Comminges a part ce qu'il vous aura dict de vive voix, les sentiments que la Reyne a pour vous et combien Sa Magesté se confié en vos soings, un vostre valeur et en vostre expérience; en mon particulier, je suis très persuadé qu'il ne tiendroit pas à vous que il ne se fist quelque chose de considérable et que vous n'avez pas moins de desplaisir de voir que l'on demeure sans action pour la peine que vous scavez que j'en reçois, que pour n'avoir pas de matière d'accroistre vostre gloire par de nouveaux effectz de zelle et courage. C'est une créance que me donne l'amitié que vous aves pour moy, à laquelle je vous prie d'estre asseuré que je corresponds avec autant d'estime et de tendresse qu'il se peut, et me remettant, du reste, à la conférence que j'ay eue avec M. l'evesque d'Auranche1, dont je ne doute pas qu'il ne vous informe, je demeure, Monsieur, vostre très affné serviteur,

Le Cardinal Mazarini.

Fontainebleau, le 10 octobre 1647.

M. de Villequier.

Archives de Monaco, fonds d'Aumont.

1 C'est Roger d'Aumont, frère d'An- dix-sept mois. (Gall. Christ., t. XI, toine, promu évêque d'Avranches depuis p. 5o3).

Monsieur,

Le sieur du Plessis-Beilière ' est arrivé, qui ma rendu votre lettre du 5e du courant et m'a entretenu de lestât ou il a laissé toutes choses de de

Je ne crov pas que les ennemissoient plu* en estât de former aucun desseing, tant à cause de la saison advancée que pour le peu d*infantcrie qui leur reste et il seroit plustosl à désirer qu'a craindre qu'ils s'engageassent au blocus de Courtray -' puisqu'y ayant à présent dans cette place tous les homnu munitions

nécessaires avec la personne de M. de Palluau ils acheveroient indubitablement par là de ruiner leur armée qu'il leur seroit impossible de remettre pour !a campagne prochaine.

-t pourquoy on vous envoyé les ordres pour mettre les troupes en quartier d'hyver. Néantmoins si contre les apparences vous voyés quelque entreprise des ennemis preste a csclorrc ou que vous eussiés lieu d'exécuter quelque chose de rostre c vous différerez l'exécution desdis ordres jusqu'à ce que vous jugiés qu'il n'y ayt plus rien a craindre ny a espérer de part ny d'autre.

Je VOUS prie surtout d'avoir grand soing de la conservation des troupes, leur asseurant qu'elles seront bien traictées dans les quartiers qu'on leur a destines et de faciliter par votre authorité l'establissement de celles qui doivent hyverner dans von

' Jacquei de Rougi, marquis du Plcssis- Bcllière, maréchal de camp depui commandait alors dans Armentièr, Lettres du Cardinal .S/.Jj.irin, t II, ;

* L'entreprise ici prévue s-, l eut lieu en effet, mais plus tir I rocnccmcnt de février. Une premu

taque fui .cment repoussée, mais

l'ennemi revint en mai, pendant que Palluau pii au siège J'Yprcs, et

emporta facilement la place qu'on avait '.' • \nt de Sfontglit, -, t. !.. | :

vernement. Les finances du Roy sont si épuisées qu'il faut que les provinces suppléent a ce deffault et fassent un effort pour contribuer a la subsistance des troupes et je ne doute point qu'en cette occasion vous ne donniés une nouvelle marque du zèle que vous aves toujours faict paroistre pour le service de Sa Majesté.

Si vous désirés que l'on augmente votre régiment de quelques compagnies, vous n'avés qu'à me le mander et j'en feray faire aussitost les expéditions. Il a si bien servy que c'est la moindre marque que Sa Majesté puisse donner de la satisfaction qu'elle en a. Je me remet du reste à ce que M. Le Tellier vous escrit plus au long sur toutes choses et je demeure de tout mon cœur, Monsieur, vostre très affné serviteur,

Le Cardinal Mazarini.

Paris, le 1" novembre 1647.

Depuis cette lettre escrite on a jugé plus à propos d'envoyer tous les ordres pour les quartiers à M. le mareschal de Ransau afin qu'il en use comme il jugera bon estre, ayant mandé icy qu'il estoit en doute que les ennemis voulussent encore tenter quelque chose de son costé et il vous depeschera aussitost le sieur de Lespine qui luy porte lesd. ordres pour vous les communiquer.

Je souhaiterois bien que vous puissiés enlever quelque quartier des ennemis ou entreprendre quelque autre chose sur eux conjointement avec Castelnau1, le vicomte de Lamed2 et M. de La Tour3 comme vous m'en donnés quelque espérance par votre lettre. Je suis asseuré que vous n'y oublierez rien.

Le sieur du Catelier4 est' arrivé de Catalogne qui nous a

1 Jacques de Castelnau, marquis de 3 Philippe de Torcy de La Tour, maré- Mauvissière, maréchal de bataille depuis chai de camp et gouverneur d'Arras la journée de Fribourg, mort maréchal de depuis 1641.

France à la bataille des Dunes, en i658. 4 Le sieur du Catelier, Catellier, ou

2 François, baron, puis vicomte de Castellier, un des agents de Mazarin. (Cf. Lamet ou Lameth, maréchal de camp Lettres du Cardinal Mazarin, t. II, depuis 1646, cammandait alors, à l'armée pp. 199, 201, 2o3).

de Flandre, un corps de cavalerie. (Lettres u Cardinal Mazarin, X. II, p. 494).

apporté la nouvelle de la levée pour la seconde fois du siège de Constantin ' ou les ennemis ont donné trois assault inutilement et avec perte de grand nombre de leurs soldai et Je t r> >i ^ pièce-. de canon. Il adjouste qu'ensuite M. le Prince présenta la bataille au marquis d'Ayetone- qui par galantine luy auroit envoyé dire qu'il souhaiterait bien d'avoir l'honneur de le voir avant qu'il revint en France et que l< . ant faict mine de vouloir

combattre pendant tout un jour s'estoient sourdement retires la nuit avec leur avant-garde et leur corps de bataille, de sorte que M. le Prince n'ayant trouvé Le matin que l'arrière-garde qui n'avoit pu encore se retirer, la lit charger, tailla en pièces huit cens hommes et prit tout le bagage jusques a la vaisselle d'argent et aux chevaux de main du marquis d'Ayetone qu'il luy rcn\ après par courtoisie.

I .e> armes du Roy prospèrent aussi dans le Milanoisd'où Ton nous mande que nous pouvons espérer au moint d'establir nos troupes en quartier d'hyver dans le cœur du pays.

Les affaires de Naples sont dans une plus grande confusion que jamais et Don Juan d'Autriche a esté contrainct de remonter sur ses vaisseaux, lue armée navale est allée de ce costé-là et il y a apparence que de façon ou d'autre ce sera avec un heureux succez, celle des ennemis n'estant pas en estât de l'oser attendre. Toutes ces prospérités qui rcstablisscnt hautement par tout la réputation des armes du Roy nous font d'autant plus souhaiter d'avoir d'aussi bonnes nouvelles du coslé de Flandres qui nous estanl plus proche semble nous toucher plus sensiblement que les autres.

M. /(• Marquis de Villequier.

Archives de Monaco, fonds d'Aumont.

' Constinti, prOT. Je Tarragonc. (Cf. * Guillaume Raimond de Moncadc,

•<m du C.irdinal A/jfjrin, t II, marquis d'Ayeton, gouverneur général de

la Catalogne. <:t Ihii , t. II. pp. ^33-

Monsieur,

Je dois response à quatre de vos lettres des 11, 16, 23 et 27 du passé que je commenceray en vous tesmoignant la satisfaction que Leurs Magestés ont du zèle et de l'application avec laquelle vous agisses, du soing que vous avés pris de bien pourvoir à la seureté de toutes les places, de l'establissement que vous avés faict des troupes dans les garnisons et généralement de tous les ordres que vous avés donnés de delà, qu'Elles ont entièrement approuvés et sont très persuadées qu'estant sur les lieux vous continuerés à faire toutes les choses et prendre les résolutions qui pourront davantage contribuer au bien de leur service. Vous me feres bien la faveur de croire que je ne perds pas d'occasion de leur suggérer et faire bien valoir la façon dont vous vous y portés en toutes rencontres, puisqu'il n'y a personne qui s'intéresse davantage en tout ce qui vous touche et qui aye pour vous de plus véritables sentimens d'estime et d'affection que moy.

Je ne doute point que la course que vous avés faicte auxfaulbourgs de Saint Amand \ ne produise un bon effet et que l'exemple des tdeux villages, qui ont esté brûlé intimidant les autres, ne facilite beaucoup les contributions de Courtray et de La Bassée.

L'on nous escrit que les ennemis faisoient des pontons et des eschelles à Armentières. Je croy que le meilleur moyen pour les empescher de nous faire du mal, c'est de leur faire appréhender que nous ne les voulions attaquer et quand on despenseroit quelque petite somme à faire aussi pour cet effect des pontons et des eschelles, je ne la tiendrois pas mal employée.

Je suis bien aise de ce que vous me mandez des régimens de

1 Saint-Amand-les-Eaux, chef-lieu d'un Valenciennes, au confluent de la Scarpe double canton du département du Nord, et de l'Elnon. à douze kilomètres au nord-nord-ouest de

24 LE! 1 1 v J : S DE MAZARIN

Stret' et de Bussy. Ce sont deux corps dont je fais beaucoup d'estime aussi bien que de ceux qui les commandent et dont je veui prendre soing, et pour cet effect on commencera à donner de l'argent pour les remettre au plus tust en bon estât ; j'avois seulement appréhendé que plus vous sériés, plus vous auriez disette pour les fourrages.

On songe à faire des régimens de dragons. Tout le monde estant demeuré d'accord dans le Conseil que l'on ne s'est pas bien trouvé des compagnies particulières, cela empesche que l'on ne puisse entendre à la proposition que vous faictes de mettre présentement sur pied cent mousquetaires a cheval.

Je seray bien aise devoir augmenter votre régiment et vous prie d'en eserirc a M. Le Tellicr. Il est advantageux au .service du Roy de reformer les corps qui sont faibles et d'augmenter ceux qui seroient aussi bien et sont aussi effectifs que le vostre.

J'ay esté marrv d'apprendre le différend qu'a eu M. le marquis de Piétines1 avec le sieur de Colambert', on adonné des gardes au premier et on taschera d'accomoder l'affaire dont je ne veux pas entrer icy en discussion. Je vous diray seulement en passant que l'on est fort mal satisfait du sieur de Colambert pour le peu de cas qu'il faict des ordres qu'on luy envoyé; on a depesché quelqu'un pour s'informer si la chose est ainsi qu'on nous l'a raportée. Car en ce cas il scroit mal aisé que Leurs Majest puissent souffrir son procéder que je ne doute point que vous ne COndamnassiés le premier, puisque vous faictes tous les jours paroistre de plus en plus que VOUS n'avés point de plus grande i«>n que de vous conformer entièrement à tout ce qu'on

thaicte de vous pour le service du Roy.

Je VOUS prie de avoir avec les sieurs de La Tour4, Paluau,

telnau et les autres gouverneurs voisins, s'il y auroit moyen

treff. (Cf. Lettres du Cardinal de de roi j Boulogne-sur-Mcr depuis le ïi

Kichetieu, t VIII, p mars i638.

1 Antoine de Brnuilly , marquis de ' On a déjà vu que l.a Tour com-

nurcchal de camp depuis 1646. mandait à Arras, Palluau à Courtrai,

baron de Colcmbcrt, lieutenant Castelnau à La Bassec.

par force, par négociation ou par argent, de remporter quelque advantage sur les ennemis et de m'en escrire vous asseurant que vous ne manquerés de rien de possible pour cet effet.

L'on faict embaler des habits pour donner à l'infanterie qui s'est retirée de la campagne, qui avec les souliers et tout ce que l'on baille coustent plus de deux pistolles la pièce et à la vérité si avec cela et les cinq sols par jour et le pain que l'on donne, elle ne se met en bon estât, il ne faudra plus en rien espérer. Je vous prie d'y tenir la main et de faire bien cognoistre aux officiers que le Roy aura grand sujet de se plaindre d'eux et de faire quelque démonstration si, la campagne prochaine, les régimens ne sont en meilleur estât qu'ils n'ont esté par le passé, puisque on donne plus de deux fois autant aux officiers qu'ils n'ont eu cy devant et que par le règlement qui a esté faict ils auront encore moyen de trouver leur compte dans les recrues s'ils se résolvent a bon escient.

Je vous prie de faire scavoir dans les garnisons a tous les officiers que l'on envoyera le payement des pensions à ceux qui en ont aux lieux où ils sont, afin que personne ne vienne a la Cour si ce n'est ceux qui doivent travailler aux recrues.

On vous envoyé une lettre du Roy a Castelnau pour le faire obeyr a Etherre1 en cas que vous le jugiés a propos. En me remettant du reste a la depesche de M. Le Tellier, je demeure de tout mon cœur, Monsieur, vostre très affné serviteur,

Le Cardinal Mazarini.

Fontainebleau, le 4e décembre 1647.

Adresse :

A Monsieur,

Monsieur le Marquis de Villequier, lieutenant général dans les armées du Roy, en Flandre.

Double cachet rouge aux armes du cardinal ; lac de soie rougeâtre.

Archives de Monaco, fonds d'Aumont.

1 Estaires, à sept kilomètres à l'est de Merville, sur la Lys.

aumont. 4.

Monsieur,

J'ay receu votre dernière lettre en chiffre du 16' courant qui me donne un nouveau sujet de louer le zèle avec lequel vous agisses' et les soings que vous prenés d'informer souvent M. de Paluau1 de Testât des ennemis et des autres choses nécessaires pour le service. Ce qui importe le plus à présent est de bien concerter avec luy le passage de ses recreues à quy la retraite de Beck1 donnera je m'asseure beaucoup de facilité. Mais comme je me suis entretenu fort au long là dessus et mit toutes les autrechoses avec le sieur Le Rasle4, je croirais faire tort à sa capacité si je ne me rcmettois ù ce qu'il VOUS en dira de vive \oix ;i quoy je VOUS prie de donner entière créance et de me croire tOUSJOOn avec toute l'estime et la passion imaginable, Monsieur, vostre I

ail serviteur,

Le Cardinal Ma/arisi.

Paris, le 19" feb. 1648.

Je vous prie de prendre bien garde à P.cthune par ce que j'ay advis que les ennemis pourraient bien y avoir quelque de<seing.

M. le Marquis de Villequier.

Archives de Monaco, fonds d'Aumont.

1 Allusion au coup de main sur les faubourgs de Lille, exécute le 1'' janvier, par Villequicr. s. n» 8, p

1 J'ai déjà dit que cet officier supérieur était alors gouverneur de Courtrai.

3 Beck, général allemand au service de

i pagne, avait inquiété considérablement les frontières pendant la campagne précédente [Cf. Lettres du Cardinal Mj- T.inn, t II, pp. 4S0, 492, 4 ,

' I r Kasle. ingénieur militaire dont il

est frequemmcnfqucsiion dans la corres.

pondanec du Ordinal. (Lettres du Cardinal Matf arin, t.Il.p. 48' .t IV,p, 471., etc. — CL item. J- Ûontglat, Petit ■• ; I . p. 16). — Il avait été blesse d'une mousquetade au siege de Thionvillc, i l'attaque de la contrescarpe [Sferc. fr., t. XXV, fol tue d'un coupde canon devant ■.t-Venant en septembre i653. [Lettres, du Cardnul .W.irjrin, t. VI, p Sa).

Monsieur,

Je n'ay pas eu moins de joye d'apprendre que le Rasle avec les recrues soient heureusement arrivées a Courtray ' que j'avois auparavant d'inquiétude pour la seurete de leur passage. Quoi que votre modération vous empesche de me parler des soings extraordinaires que vous y avés apportés, je n'ay pas laissé de les scavoir d'ailleurs et de les exaggerer de bonne sorte a Leurs Magestés. La deffaicte du convoy2 qui allait de Lisle a Ipre3 m'a aussi donné matière de leur faire remarquer que vostre zèle et vostre vigilance ne vous laissent eschapper aucune occasion de leur service et d'accroistre la gloire de leurs armes. Vous ne douteres pas, je m'asseure, que ce ne soit avec un extrême plaisir que je vous rens ces petits offices si vous me croyés aussi passionément que je le suis, Monsieur, vostre très aff né serviteur,

Le Cardinal Mazarini.

Paris, le 208 mars 1648.

M. de Villequier.

Archives de Monaco, fonds d'Aumont.

1 Cf. Le renfort de quinze cent hommes 3 C'était un convoi de sel et d'autres

naguère conduit à Courtray, avec la dé- provisions.

jaite d'un convoy des ennemis par le 3 Ga\. 1648, n° 39, p. 340. — Ypres

sieur de Villequier. (Ga%. 1648, n« 38, investi le 12 mai 1648, fut prise par le

p. 329). prince de Condé le 29 suivant.

Monsieur,

J'ay receu la lettre que m'a aporté le gentilhomme que vous m'avez depesché exprès, lequel ayant de plus entretenu de vive voix, il ne me reste plus rien a adiouster a ce qu'il vous dira de ma part que de nouvelles protestations de mon estime et de la tendresse avec laquelle je corresponds aux marques d'affection que vous me donnez. On a faict mettre en charge monsieur votre fils' et je vous prie de croire qu'en tout ce qui sera de vos intcri ou de vostre satisfaction, vous m'esprouverez tousiours véritablement. Monsieur, vostre très affné serviteur.

Le Cardinal Ma/arini.

Saint-Gcrmain-cn-Laye, 5 octobre il

Copie dans le Recueil des lettres françaises de Majarin (Archives: du ministères dei all.urcs etran. .4, fol. 187), analysée par Chérucl (t. III, p. io63|.

Monsieur,

Je ne doute nullement que le desplaisir que vous avez de la perte d'une si belle occasion et de si grande importance que celle de Cambray ne soit encor au delà de ce que vous me tesmoignez*, ce sont des coups que l'on sent mieux qu'on ne les

1 Louii-Marie-Victor d'Aumont de ' <".'cst en allant au secours de Ville-

Chappcs avait depuis le 2 3 septembre quicr, qu'une fausse attaque occupait en

1647 la survivance de la charge de • capi- ce moment, que le maréchal de camp,

taine des gardes du corps du Koy. • comte de Makstcin, avait dégarni de

l aco, fonds d'Aumonti. ses cavaliers allemands les lignes à ira-

peut exprimer. Il faut tascher à s'en consoler, en faisant quelque autre chose ou nous soyons plus heureux, vous estes trop capable d'y contribuer pour ne pas continuer a servir, et vous avez aussy trop de zèle pour vous en vouloir dispenser. J'y prens interest en mon particulier, afin d'avoir tousjours matière de faire valoir vos services auprès de Sa Majesté et de vous tesmoigner de plus en plus que je suis, Monsieur, vostres très affné serviteur,

Le Cardinal Mazarini.

Compiègne, 8 juillet 1649.

Copie dans le Recueil des lettres françaises de Majarin ("Archives du ministère des affaires étrangères, France, t. 867, fol. 4), analysée par Chéruel (t. III, p. 1124).

Monsieur,

J'ay receu les deux lettres que vous avez pris la peine de m'escrire des 3 et 6 du courant. J'ay esté très aisé de voir que les officiers du régiment de la Reyne vous désirassent pour les commander, j'employeray très volontiers mes offices auprès de Sa Majesté pour le luy faire trouver bon et je m'asseure que je n'y auray pas peine. Mais il faudra que vous fassiez aussi traicter la chose de vostre part avec M. de Vitry en sorte qu'elle se fasse de son consentement. Pour les quatres compagnies du régiment de Sainte-Colombe1 il ne tiendra pas aussi a moy que vostre gouvernement n'en soit deschargé. Mais vous scavez que cela n'est pas entièrement à ma disposition et qu'il dépend princi-

vers lesquelles le secours put, dès lors, régiment de cavalerie de chevau-légers

entrer dans la place. D'Harcourt dut dont une compagnie avait été conservée

renoncer, conformément aux instructions pour être jointe au régiment de Villequier.

qu'il avait reçues, à continuer le siège II s'était distingué, comme je l'ai montré

(4 juillet). plus haut, pendant la campagne de 1648. 1 M. de Sainte-Colombe , chef d'un

3o I KTTRES DL MAZARIN

paiement Je l'authorité de Son A. R. a laquelle il sera bon que vous en escriviez un mot. M. le comte d'Harcourt me mande qu'ayant eu le mesme advis que nous que les ennemis allaient à La Mothe aux Bois1, il prenoit la marche du costé de Béthune avec résolution de leur donner combat s'il les y pouvoil attirer. Je ne vous dis rien la dessus sçachant assez que vous n'avez pas besoing d'estre excité et qu'il ne tiendra pas a vous qu'on ne profite de cette occasion pour achever la campagne par quelque belle action et me remettant du surplus a ce gentilhomme, je demeure, Monsieur, vostre très aft"' serviteur.

Le Cardinal Mazamni.

Paris, le i Ie octobre 1647.

M. de l'illequier.

Archives de Monaco, fonds d'Aumont.

Monsieur.

Tous les advis que nous avons et qui me sont encore présentement confirmés de Bruxelles, sont que les ennemis ayant manqué leur dernière entreprise sur Dunkcrquc et Mardik'se préparent à les attaquer par les formes. Ce qui a faict juger à propos à Leurs Majestés pour pourveoir à la seureté de ces places d'envoyer dix compagnies des gardes françaises Je ce costé la. lesquelles tont plus de mil hommes. On haste ai

1 La Moitc-nux-Hois, fort dont Gassion I Espagnols venaient, en effet, de

lit emparé sur l'ennemi ipn-s la prise faire une reconnaissance en force vers

de Bcihunc au commencement de sep- Dunkerque, le long de la mer. (Gtff.

tembre 1645. 'Mémoires de Nontgiat, iCv., a» 33, p. îog. — Cf. n* 36, p. 334,

Petitot, t. L, p. 16)1 fut reprise après n° 43, p 3911.

C de Cambrai [Ibid., t. !.. p. 1

AU MARECHAL D'AUMONT 3i

autant que Ton peut, la marche des régimens de la Marine et du Piedmont dont le premier, qui est encore composé de plus de mil hommes devoit partir d'Orléans le 23 ' et l'autre estoit desjà party d'Auxerre pour prendre la route d'Amiens2. Hz ont ordre tous deux d'aller droict du costé de la mer, si ce n'est qu'ilz en reçoivent de vous de contraires en tout ou en partye. Il faut néantmoins laisser passer le régiment de la Marine par ce qu'estant a mon nepveu je seray bien aise qu'il serve auprès de M. d'Estrades3. Je scay que vous veillés toujours si soigneusement à tout ce qui peut regarder le service du Roy qu'il serait superflu de vous prier de contribuer tout ce qui dépendra de vous pour la conservation desdites places et comme commandant les troupes qui sont à la frontière et comme ayant un gouvernement voisin d'on vous pouvez donner diverses assistances audit sieur d'Estrades avec lequel je vous conjure d'establir une parfaicte intelligence, et pour le bien du service, et par ce que c'est une personne entièrement dans mes intérêts. Cependant je demeure de tout mon cœur, Monsieur, vostre affné serviteur,

Le Cardinal Mazarini.

Paris, le 27e febvrier i65o.

M. de Villequier.

Archives de Monaco, fonds d'Aumont.

■ Lettres du Cardinal Mazarin, t. III, 1607, d'abord page de Richelieu, puis

P- 498- agent de Mazarin qui l'emploie à diverses

3 Dans une lettre de Sens du 9 mars missions en Angleterre, etc., ambassadeur

i65o, dont Chéruel ne donne qu'un extrait, auprès des Etats généraux des provinces

Mazarin parle du mauvais état du régi- réunies (1646), et gouverneur de Dun-

ment de Piémont. kerque (mars 1649).

5 Godefroy, comte d'Estrades, né en

Monsieur,

J'ay reçeu les deux lettres que vous m'avez escrites des

dernier febvrier et 3' dece mois ou j'ay veu l'estat Je nus places' et

les préparatifs que font les ennemis. On a envoyé M. de Croisy à

Bethune et le comte de Broglia; part aussi demain pour La Rassée

ou l'on faict aller encore le régiment de Roqueby. Toutes les

autres troupes qui vous sont destinées sont en marche et on les

hastera le plus qu'il se pourra; on donnera ordre aussi pour les

munitions. Enfin on n'oubliera rien pour vous mettre en estât de

faire recevoir un afTront aux ennemis s'il/ attaquent quelque

place de votre costé \ Cependant je m'a>seure que vous aurez

Pceil a tout avec vostre vigilance ordinaire el que vous este bien

persuadé que je suis autant qu'il ^e peut. Monsieur, vostre très

serviteur,

Le Cardinal Mazarim.

Paris, le 6 mars i65o.

M. Je Villequier.

Archives de Monaco, fonds d'Aumont.

' « Je vois par les despesches de M.

• de Villequier et par d'autres, que j'ay

• aussy de la frontière, » écrit ailleurs Mrario : • comme tout y est dégarny. ■

Lettres du Cardinal .Wjr.irm, t. 111, p. 496).

* François-Marie de Broglia ou Broglio !j Gafttff emploie les deux formes), comte de Hcvcl, gouverneur de I.a Massée, après Castelnau, s'est fait tuer, en a l'Age de 5o ans.

1 Mazann redoute cependant dans le même temps que • les ennemys voyant t un grand corps du costé de la mer, ne « prennent la résolution de rebrousser t chemin et d'entreprendre quelque chose « vers Arras ou Saint Quentin. » (Atf., t III, p. 496), et il demande qu'on 7 envoie des gardes françaises et suisses.

Monsieur,

Je ne puis m'empescher de me plaindre un peu de ce que je

reçois si rarement de vos nouvelles. J'en tire pourtant un bon

augure puisque ne m'escrivant rien c'est une marque que tout

va bien et que les ennemis demeurent encore en repos ou dans

l'impuissance de nous nuire. Mais en cas qu'ilz s'assemblassent,

je scay assez quelle est votre vigilance, pour ne douter point que

vous n'ayez l'œil à tout et que vous ne jettiés a temps du monde

dans les places qu'ilz pourroient attaquer. Sur quoy je vous diray

en passant que Navailles1 me mande que le lieutenant de Roy de

Bapaume luy a escrit que sa garnison estoit très forbue et que cela

exposoit la place à quelque péril. Vous y donneres l'ordre que

vous jugerés a propos. Cependant je vous prie de m'escrire plus

souvent et de me croire parfaitement, Monsieur, vostre très

affn<! serviteur,

Le Cardinal Mazarini.

Dijon, le 17e avril i65o.

M. de Viilequier.

Archives de Monaco, fonds d'Aumont.

Monsieur,

J'ay receu la lettre que vous avez pris la peine de m'escrire du 28e du passé, ou j'ay veu le soing que vous avez pris de jetter des troupes dans les places auxquelles les ennemis pourroient

' Philippe de Montaut-Bénac, marquis gouverneur de Bapaume (Lettres du Carat Navailles, maréchal de camp, alors dinal Ma^arin, t. III, p. 3, t. IV, p. 484).

aumont. 5.

songer. Comme on est encore dans l'incertitude de ce qu'ils veulent faire, il faut avoir l'œil également a tout et vous devez prendre vos mesures en sorte que vous puissiés accourir du co de Guise ' et de celuy de la mer, selon ce que vous apprendrez de leurs mouvemens. Je fais haster autant que je puis les troupes qui doivent aller a la frontière et je fais pourveoir ce qui est nécessaire pour VOUS former un équipage d'artillerie. Je VOUS prie cependant de voir un peu si, en cas qu'on ne jugeai pas devoir aller a Condé, nous ne pourrions point songer à nous emparer du Quenoy ' qu'on nous mande que les ennemis ont résolu de desmolir. .le croy que vous ne manquerez pas d'entretenir la correspondance qui est nécessaire pour le service du Roy avec les autres qui commanderont des troupes sur la frontière. Je vou trop obligé de l'advis que vous me donnez touchant

ma personne, ce m'est une nouvelle preuve de vostre amitié que l .iv reccue avec tout le ressentiment que je dois. Je >eray ravv d'avoir occasion de vous le tesmoigner et qu'on ne peut estre plus que je suis, Monsieur, vostre très afif* serviteur,

Le Cardinal Mazarini.

Paris, le 7« may i65o.

M. Je \~ilL'quier.

Archives de Monaco, fonds d'Aumont.

1 Otns une lettre de Dijon |i3 avrili, ' l.c Quesnoy, ville du département du

écrite a I.a Ferté Saint-Nectaire le i3 Nord, chef-lieu d'un double canton, .1

avril précedenr, Maxario parlait déjà de vingt-six kilomètres nord-ouest d'Arras,

faire jetter du monde dans Guise, par sur un coteau qui domine la Rhônelle,

Villcquicr, de Pcronne.-- Il ( ; nncourt, afiluent de droite de l'Escaut. Lettres, t. III, p. 53

Je suis obligé de vous remercier du soing que vous prenés de m'informer de toutes choses avec tant de ponctualité. Je n'ay rien a respondre à vos trois dernières lettres des 2, 4 et 6 de ce mois. Je vous prie seulement d'observer toujours de près les mouvemens des ennemis et qu'encore que vous ne voyés pas apparence qu'ilz entreprennent rien du costé de la mer, il ne faut pas laisser de prendre garde particulièrement a cette place pour vos intérêts. Asseurés vous que je n'ay pas besoing d'estre sollicité pour en prendre soing, puisqu'on ne peut estre plus puissamment que je le suis, Monsieur, vostre très affné serviteur,

Le Cardinal Mazarini.

Paris, le 14* may i65o.

M. de Villequier.

Archives de Monaco, fonds d'Aumont.

Monsieur,

J'ay vu, par la lettre que vous m'aves escrite du 14, le désir que vous avés de venir faire icy un tour de cinq ou six jours; j'en ay aussitost parlé à la Reyne qui le trouve bon, pouveu que vous jugiés que cela ne puisse préjudicier au service du Roy. Car on a advis de tous costés que les ennemis se mettent en campagne et il seroit fascheux pour le bien des affaires de S. Magesté et mesme

pour vostre intercst qu'il/, entreprissent quelque chose de vostre costé pendant que vous sériés absent. C*est à vous à faire reflexion la dessus et à prendre ensuite votre résolution. Cependant encore que vous laissiez M. de Navailles à Arras. je croy qu'il faudra qu'il aye encore quelqu'un qui ayt soing des troupes à la campagne, particulièrement après qu'elles auront passé la Somme. Et comme il y a longtemps que Ton a destiné M. le comte de (irancey ' pour servir cette année dans l'armée de Flandres, je luy escris de se mettre en estât de survenir en diligence du o> d'Amiens et j'ay cru qu'il estoit bon que vous en fu--siés informé. Je me remets a vous entretenir plus particulièrement de toutes choses à ma première lettre et à vousasscurer de vive voix qu'on ne peut estre plus que je suis, Monsieur, vostre très aff serviteur,

Paris, le 17 mai i65o.

Le Cardinal Mazakim.

M. de Villequier,

Archives Je Monaco, fonds d'Aum<>nt.

Monsieur,

J'ay esté ravy de scavoir par Navailles la passion que vous aves d'avoir lieu de faire quelque belle action, je n'en ay point esté surpris sachant avec quelle chaleur vous aves toujours recherche les occasions d'aecroistre la gloire des armes du Roy, d'autant plus que la vostre particulièrement s'y trouve attachée. Je ne doute point que s'il s'en présente quelque conjecture

1 Jacques Rouxcl de MeJavy, comte de avait etc gouverneurde Gravelincs, après Gnncejr, maréchal de camp depuis 1 636 la prise de cette ville; en 1(144 et plut tard, maréchal de France |i65il,

favorable, vous ne respondiez advantageusement aux grandes

espérances que Ton a de vous. Je me remets du surplus à la vive

voix dudit sieur de Navailles, particulièrement asseuré sur Testât

que vous deves faire de l'estime et de l'affection, Monsieur, de

vostre très affné serviteur,

Le Cardinal Mazarini.

Compiègne, le 10 juin i65o.

M. de Villequier.

Archives de Monaco, fonds d'Aumont.

Monsieur,

J'ay tesmoigné au filz de M. de Bussy-Lameth1, le désir que j'avois de l'obliger et par son propre mérite et par la considération de son père, mais particulièrement parce que vous m'escrivez en sa faveur, je luy ay offert de luy donner une compagnie dans mon régiment. Mais il ne s'en est pas contenté et il vouloit outre cela de l'argent pour monter la sienne, ce que l'on ne peut faire dans l'impuissance ou nous nous trouvons. J'aurois souhaité de luy pouvoir procurer une satisfaction toute entière pour vous faire paroistre en cela le cas que je fais de vostre recommandation et a quel point je suis, Monsieur, vostre

très affné serviteur,

Le Cardinal Mazarini.

Compiègne, le 22 juin i65o.

M. de Villequier.

Archives de Monaco, fonds d'Aumont.

1 Antoine de Bussy-Lameth, maréchal de camp depuis 1646.

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