DEUXIEME PARTIE
LETTRES DU ROI, DE LA REINE RÉGENTE, DE GASTON D'ORLÉANS, DE CROMWELL, DE LE TELLIER ET DE LOUVOIS1 AU MARÉCHAL D'AUMONT.
Le courrier que nous avons despeché vous a porté des ordres qui vous auront bien faict congnoistre que nous avons eu les mesmes advis que vous m'aves donnés par la vostre du vingt troisième du courant, de la marche du comte de Fonsaldaigne2 vers le Neuf Fossé3 et qu'on a faict tout ce qui se peut pour prévenir les desseings qu'il pourroit avoir sur le Boullonnois4 sy bien que je n'ay rien a adjouster par celle cy, sinon pour vous dire que la
1 Toutes ces pièces, sans exception, « le comte de Fuensaldagne avoit jette font partie du fonds d'Aumont. (Archives « une armée pour faire quelque diversion, de Monaco). « que sur le dessein de combattre ce
2 Fuensaldagne. « comte, s'il se trouvoit dans l'occasion
3 Le Neuf-Fossé, canal d'environ dix- a de le faire avec avantage. Il ne feit huit kilomètres de longueur qui relie « pourtant pas long séjour en cette pro- Aire-sur-la-Lys à Saint-Omer. « vince, ayant appris que le général
1 « huict mille hommes com- « espagnol s'estoit retiré sur le seul bruit
<t mandez par le duc d'Angoulesme », « de son approche et d'ailleurs que Dom
dit la Mercure françois (t. XXV, p. 61), « Francisco de Mello s'estoit joint au
« parurent, en ce mesme temps sus la « général pour marcher conjointement
<t frontière du pays d'Arthois, tant pour « au secours de Thionville qu'ils pen-
« la défense du Boulonnois, dans lequel « soient sauver. »
LETTRES DU ROI, DE LA REINE, ETC
Royne se repose entièrement pour la conservation des places et du pays que vous commandez sur vostre prudence, activité et bonne conduitte et que Sa Majesté s'en promet tout ce quelle peut désirer du plus fidèle serviteur qu'ayt le Roy dans son royaume. On fera partir au plus tost le fond qui a esté faict pour rentretenement de vostre garnison pendant le présent quartier a raison de cinquante hommes par compagnie et sy M. de La Tour vous envoie vos dix compagnies qui sont dans Arras comme on luy a escrit, on vous envoyera un fonds pour les faire payer proportionné à la force à laquelle vous les aurez mis, cependant vous avez faict fort prudemment de retenir les deux cens hommes qu'on avoit demandé pour Thionville, lesquelz vous serviront très utillement en cette occasion sy les advis qu'on nous a donné se trouve bons. Faittcs estât que je suis de tout mon cœur, Monsieur, vostre très humble et très ail"' serviteur,
A Paris, ce ixv* juillet 1643.
Le Tellier
M. de Vittequier,
Monsieur,
On doit à vostre prudence et bonne conduitte la prompte retraite des ennemis dans leur pays, aussy vous puis-je assurer que la Royne en a lesmoigné beaucoup de satisfaction, comme M. l'abbé Daumont vous pourra faire sçavoir. On peut juger qu'ils avoient plus de desseing de nous obliger de diminuer les forces que nous: avons devant Thionville. pour avoir lacillité d'y jetter du secours, que de faire des conquestes a nos despens,
Cependant pour peu qu'ils nous donnent de patience, ils perdront
1 Michel Le Tellier, nommé secrétaire d'Etat le 11 avril 1643.
AU MARÉCHAL D'AUMONT i37
Thionville ' et nous serons en estât de nous deffendre du mal duquel ils nous menassent présentement. Quand a vos dix compagnies, outre ce qui en a esté escript de la part du Roy à M. de La Tour, monsieur le duc d'Angoulesme luy a encores envoie ordre de les donnera M. de Manicamp a condition de luy remplacer du régiment de Virvins'. Je ne vous puis dire ce qu'il en aura faict n'en ayant pas eu encores de nouvelles.
Mais bien vous puis je assurer que je suis de tout mon cœur, Monsieur, vostre très humble et très a affné serviteur,
Le Tellier.
A Paris, ce xxvin" juillet 1642.
AI. de Villequier.
ex
Monsieur de Villequier,
Il est si importent au service de Leurs Majestés que nous puissions avoir au plus tost douze belandres ny trop grandes ny trop petittes, avecque les voiles et aparaux, chacune garnie de deux ancres et de deux cables et de cinquante ou soixante planches, que ie vous despesche ce porteur en toutte diligence pour vous conjurer de toutte mon affection de vouloir donner les ordres nécessaires pour arrester touttes celles qui se trouveront dans l'estendue de vostre charge et de les faire partir sans aucune perte de temps. J'ay donné charge au sieur de Villemontée3 de pourvoir à ce qui sera nécessaire pour cette dépense et de vous prier de croire que vous ne me pouvez donner des preuves de vostre affection en une occasion qui ne soit plus agréable ny qui
' On sait déjà que Thionville suc- de Villenauxe et de Montaiguillon, maî-
comba, en effet, le 10 août suivant. tre des requêtes (1626) et intendant (i63t),
3 Venins. mort eveque de Saint-Malo. {Lettres du
3 François de Villemontée, seigneur Càr'dmal Majarin, t. VII, p. 600, etc.)
AUMONT. l8.
i38 LETTRES DU ROI, DE LA REINE, ETC.
touche plus sensiblement, Monsieur de Villequier, vostre bien bon amy,
Gaston.
Du camp devant Gravclines, ce 10 juin 1644.
Adresse : A M. de Villequier.
Petit cachet, cire rouge, aux armes de France; lac de soie bleue-pâle.
Monsieur de Villequier,
J'ay envoyé l'ordre au commis Ju trésorier de l'artillerie Je faire conduire en mon armée le fond-* destiné pour le pavement des travaux et autres despenses. Kt comme il importe que la voiture s'en face seurement et que j'ay SCeu <.]ue VOStre compagnie de chevauz-legers pourrait ser\ir utilement a cet effect j'ay bien voulu vous prier de luv donner les ordres nécessaires pour le taire escorter depuis Boulogne jusqu'à Calais, en sorte qu'il n'en puisse avoir aucun inconvénient. C'est ce que je me promets de vos soings et de vostre affection accoustumée et que vous me croyiez toujours, Monsieur de Villequier, vostre bien bon an
Gaston.
Du camp devant Gravclines, ce 16 juin 1(44'.
Adresse :
A Monsieur.
Dtieur de Villequier, gouverneur de Boulogne et ) qais.
' Mime lettre pour le commit de l'extraordinaire au sujet de la monstre. \ ; camp devant Grmrelioet, 2 A' juin !■
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Monsieur de Villequier,
J'ay eu advis par le sieur de Lermont1 que les ennemis sont aux environs du village de Cormet2 et tesmoignent avoir desseing d'attaquer Ardres, ce qui m'oblige de vous depescher en diligence et vous prier de toutte mon affection de vouloir jetter dans cette place le plus grand nombre d'infanterie qui vous sera possible et sans aucune perte de temps pour prévenir cette entreprise. Vous voyez combien il importe au service de Leurs Majestés que cette place puisse estre bien munie et je me promets de vostre affection accoustumée que vous y satisferes sans remise, puisque la mesme vous est entièrement acquise et que je suys parfaitement, Monsieur de Villequier, vostre bien bon amy,
Gaston.
Au camp devant Gravelines, ce jeudy matin, à une heure, 16 juin 1644.
M. de Villequier, gouverneur de Boulongne.
1 Jean de Bouex de Lermont qui s'était se signala par plusieurs faits d'armes signalé en défendant le fort de Leucate, d'une grande audace {Merc. fr., t. XXV, en Roussillon, avait été récompensé de p. 69), et fut tué sous les murs de Coursa belle conduite par le gouvernement trai le 5 juin 1644 (Mémoires de Montd'Ardres où il succéda à Saint-Preuil glat, ap. Petitot, t. L. 24). (déc. 1637). Il occupa fort activement ce 2 Cormette (Pas-de-Calais), poste difficile pendant huit ans et demi,
;<tq LETTRES DU ROI. DE LA REINE, ETC.
Monsieur de Yillequier,
Il est si important au service de Leurs Majestés d'avoir en ce camp le plus grand nombre de fassines qu'il se pourra, que celles qu'en fait faire a Guynes' n'estant pas suffisants, j'ay bien voulu vous conjurer de vouloir donner les ordres nécessaires pour en faire faire cent milliers dans les bois de l'estendue de vostre charge-' et les faire voiturer jusques sur la mer. .le vous promets que j'envoiray une personne pour les recevoir et paier ce qu'elles coupleront tant pour la façon que pour la voiture en sorte qu'il n'y puisse avoir, aucun retardement ny subject de plainte. C'est la prière que je vous fois de tout mon cœur et de re que je conservera? le souvenir des preuves que VOUS, m'avez données de vostre affection en une occasion qui me touche si sensiblement et que je VOUS en feray paroistre mon ressentiment en toutes celles qui s'offriront, estant parfaitement, Monsieur de Yillequier. vostre bien bon amy.
Gaston.
Du camp devant Gravclines, le 18 juin 1644.
Monsieur de Villequier, gouverneur de Boulongne*.
1 Guines est a proximité d'une forêt 3 Mcm. Je Puytégmr, cd. cit., t. Il,
domaniale assez importante. p. 27.
1 Forétl de Boulogne, d'Hardelot et de Dcsvrcs.
Monsieur de Villequier,
J'ay une telle incertitude du desseing qu'ont les ennemys de nous venir attaquer en conformité de vos advis que des cette après disner mesmes ils ont paru et sont venus aux escarmouches, ce qui m'oblige de vous depescher en toutte diligence pour vous prier de toutte mon affection de faire partyr incontinent, la présente receue, touttes les trouppes que vous pourres mettre ensemble pour se rendre au plus tard et sans aucune perte de temps en ce lieu ou elles séjourneront seullement jusques a ce que les compagnies des gardes et les autres trouppes qu'on m'envoye y soyent arrivées. Je ne vous conjure point de les y conduire estant trop asseuré que vous voudrez vous trouver en une occasion si importante a la réputation de cet estât et qui m'est si sensible que j'en conserveray chèrement le souvenir et vous en tesmoigneray mon resentiment en toutes celles qui s'offriront de vous faire connoistre que je suys parfaitement, Monsieur de Villequier,
vostre bien bon amy,
Gaston.
Du camp devant Gravelines, ce mercredy au soir 22 juin 1644. M. de Villequier, gouverneur de Boulongne.
H2 LETTRES DU ROI, DE LA REINE, ETC
Monsieur de Villequier,
Je vous prie de m'envoyer le plus tost que vous pourrez la plus grande quantité de pieux que vous aurez et quatre cens mousquete de vos magasins, j'en ay besoing pour des régi mens de cette armée et il faut que j'en prenne des gouverneurs des places n'en ayant peu trouver ailleurs. Je vous promets de vous en faire bailler d'auttres ou la somme qu'il conviendra pour en achepter, avant que je parte d'icy. Je m'asseure que vous le ferez volontiers pour l'amour de moy, mais outre ce le service de Leurs Majesté/ s'y rencontre. Il v importe aussy que VOUS teniez prest six OU sept cens hommes pour venir garder quelque poste icv en cas que les ennemis veuillent entreprendre de secourir cette place comme j'en ay quelque advis : s'il m'est confirmé je le vous manderay afin que VOUS Fassiez acheminer icv lesditS sept cens hommes. Je suis de toute mon affection, Monsieur de
Villequier, vostre bien bon amy,
Gast« Au camp devant Gravclincs, le |6« juillet 1644.
M. de Villequier, gouverneur dé Boulongne.
CXV1 Monsieur de Villequier,
Je vous escripvois il y a deux OU trois jours que VOUS tin six ou sept cens hommes prestS pour venir en cette armée lorsque j'aurois advis que les ennemis pourraient entreprendre quelque chose et maintenant que je suis ad vert v certainement qu'ils le
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doibvent faire de jour a autre je vous escrips cette lettre pour
vous prier de venir en cette armée avec le plus d'infanterie et de
cavalerie que vous pourrez rassembler dans vostre gouvernement,
mais j'ay bien plus besoing de gens de pied. Je m'asseure que
vous serez très ayse de vous trouver en cette occasion, c'est
pourquoy je vous conjure de partir des que vous aurez receu cette
lettre car si les ennemis veulent faire quelque chose, ils n'ont plus
de temps à perdre1. Je suis très véritablement, Monsieur de
Villequier, vostre bien bon amy,
Gaston.
Au camp devant Gravelines, 19 juillet 1644.
M. de Villequier.
Monsieur de Villequier,2
Encores que je vous aye escript ce matin par un de mes gardes de vous rendre en cette armée avec le plus d'infanterie et de cavalerie que vous pourrez assembler et que je ne doubte point point que vous ne fassiez pour cet effect toute sorte [de] diligence, l'advis que j'ay eu depuis que les ennemis prétendent nous attaquer de jour à autre me faict vous despescher encores cet autre garde en diligence pour vous prier de partir aussy tost qu'il vous aurai cette lettre et d'emmener avec vous tout ce que vous aurez de cavalerie et d'infanterie.
Je suis, Monsieur de Villequier, vostre bien bon ami,
Gaston.
Au camp devant Gravelines, ce 20 juillet 1644.
M. de Villequier.
1 Huit jours plus tard, en effet, Grave- pu rien entreprendre de sérieux contre lines capitulait (28 juillet 1444). Picco- les assiégeants, lomini, très inférieur en forces, n'avait a Autographe.
LETTRES DU ROI, DE LA REINE. ETC
Monsieur.
La Royne ayant résolu de faire démolir Lena avant que les troupes se mettent en campagne l'année prochaine, et voulant neantmoins que toutes les choses nécessaires pour cet etlect-là yeat prestes de bonne heure, en sorte qu'aussitost que le temps de l'exécution sera venu, on puisse, en peu de jours, y mettre la dernière main. Sa Majesté donne dès a présent les ordres nécessaires pour cet ellect a M. de Castelnau et m'a commandé de vous adresser la lettre du Roy qui sera accompagnée de ces lignes, laquelle contient si particulièrement son intention sur ce subject que je n'y puis rien adjouster.
Je vous en adresse une autre. Monsieur, a laquelle a donné lieu la plainte qui est venue a Sa Majesté que celuy qui commande au Monthulin' envoyé faire uses et pillages daM les villages du pays ennemy qui contribuent a Hedin et rend p;ir ce moyen les hahittans d'iccux impuissans de paver les taxes qui sont laites sur eux. soit en argent, soit en fon rages, d'où il arrive un autre inconvénient auquel il n'importe pas moins d'aporter remède, qui est que les dits habittans se voyant ainsy traicte/ habandonnent leurs maisons et s'en vont prendre partv dans les troupes des ennemis. C'est pourquoy Sa Ma detiend expressément au commandant de Monthulin et a ccluv d'Ardres, de quy on a tait les mesmes plaintes, de plus faire de courses dans les villages qui se sont soubmis a la contribution que Sa Majesté fait lever, nv d'en exiger aucune chose. I t Sa Maje té sçachant bien que cela ne s'est pas tau par vostre ordre, elle B'asseure que vous tiendrez d'autant plus volontiers la main
rteresse qui dominait Pcsvre<, ainsi qu'on l'a dit. et qui fut rasé* en 1678.
AU MARÉCHAL D'AUMONT i45
a en empescher la continuation. Pour moy je vous suplie de
croire que je suis tousjours, Monsieur, vostre très humble et très
affné serviteur,
Le Tellier.
A Paris, ce xime novembre 1647.
M. de Villequier.
Monsieur,
Vostre voyage vers Sainct-Amant ' augmentera nos contributions pendant l'hyver et le soing que vous avez pris du ravitaillement de Saint-Venant et de Lilers mettra ces places hors de nécessité. Nous avons traicté avec le sieur Marchand2 pour y mettre des vivres pour six mois dans la hn du courant, mais le sesiour des troupes que commande M. le vicomte de Samer a donné tant de terreur aux voicturiers qu'il n'a pu satisfaire. Il ne manque pas d'y donner ordre si tost que chacun se sera retiré dans le lieu de sa garnison pour le quartier d'hyver.
Je feray tout ce que je pourray pour celuy que vous me recommandez pour la lieutenance qui vacque au régiment de Picardie, mais comme on a résolu de donner les lieutenances qui vacqueront aux mousquetaires qui servent comme officiers refformez je prevoys qu'il y aura difficulté à l'obtention de la grâce que vous desirez.
La proposition que vous faictes de garder un poste pour empescher que les ennemis ne fassent contribuer vostre gouvernement a esté fort approuvé, mais il faut, s'il vous plaist, Monsieur, que vous preniez la peine d'escrire a M. de Rantzau, que cela n'empeschera pas que les villages des ennemis ne fournissent les fourrages nécessaires pour la subsistance de la cavallerie qu'on logera dans les places du costé de la mer.
* Voy. plus haut, p. 23. 2 Cf. Lettres du Cardinal Ma^arin,
t. III, p. 3ôo.
i4'"' LETTRES DU ROI, DE LA REINE, ETC.
Quand à Boulogne, vous verrez par Testât que M. de Lcspine VOUS portera que l'on a résolu d'y mettre le régiment escossois de Douglas qui ne sera a charge aux habitans que pour l'ustancille, le Roy lui voulant continuer cet hyver le bon iraictement qu'il a tousiours receu. Et pour le surplus de vostre gouvernement l'on vous en laisse la disposition pour loger vostre régiment de Cavallerie en tel/, lieux que vous estimerez. Mais on désire qu'il en tire sa subeistance pendant le quartier d'hvvcr, ensemble ce qui lui sera ordonne pour ses recreues et que la dispense en régalléc sur tons les lieux qui dépendent de \<>strc gouvernement. On en use de mesme en une partie des provinces du royaume. Messieurs des finances n'ayant pu dans la nécessite présente trouver d'autres moyens pour mettre les troupes en meilleur estât de servir qu'elles n'ont esté la campagne passée, .le \ envoyeray un project de la dc>pense qui sera a l'aire pour cela, et seray tousiours, Monsieur, vostre très humble et très a!i'" serviteur,