AVEC LE
Circulaire aux agents diplomatiques étrangers
Paris, le 11 septembre 1814.
Monsieur,
J'ai l'honneur de vous prévenir que le roi ayant daigné me confier une mission extraordinaire au congrès de Vienne, a chargé, par intérim, du portefeuille du département des affaires étrangères, M. le comte de Jaucourt qui, pendant mon absence, aura l'honneur d'entretenir avec vous les relations habituelles que mon éloignement de la capitale me donnera le regret de ne pouvoir cultiver en personne; et je vous prie de vous adresser à lui pour les communications que vous aurez à faire au ministère des affaires étrangères, ce qui, toutefois, n'empêchera pas celles que vous pourriez juger convenable de me faire directement. Je suis assuré d'avance que vous accorderez à M. le comte de Jaucourt l'estime et la confiance qu'il mérite à tant de titres, et que de vos rapports avec lui résultera constamment une satisfaction réciproque.
J'ai l'honneur d'être... votre très humble, etc.
Signé : Talleyrand. î
Paris, le 17 septembre 1814.
Le duc de Wellington ayant eu la politesse de me pré\^nir du départ d'un de ses courriers pour Munich et Vienne, j'en profite, mon prince, espérant que vous trouverez ainsi de mes nouvelles à votre arrivée. Comme j'ai indiqué cette occasion à Mme de Lav(al), je pense qu'elle m'enverra un mot. Au reste, vous pouvez être sûr qu'elle va sensiblement mieux, qu'elle a repris sa vivacité, son intérêt pour toutes choses et toute son activité d'esprit.
Nous avons eu conseil hier vendredi 16, où M. Louis (1) a présenté au roi, en soQ'conseil, la loi sur tes boissons, elle m'a paru bien divisée, modifiée suivant les circonstances, c'est-à-dire d'après des promesses un peu hasardées et des besoins impérieux. Comme les faiseurs l'ont discutée dans les bureaux, que M. Louis et Bérenger (2) se sont mis d'accord avec eux, elle passera avec une grande majorité. M. de Montesquiou (3) n'était pas à ce conseil, à cause d'une courbature accompagnée de fièvre. M. Ferrand (4) qui y était s'est trouvé si souffrant, si prêt de tomber en faiblesse, que le roi l'a fait sortir avec l'attention d'ordonner à M. de VitroUes (5), de lui donner le bras, il était
(1) Louis (Joseph -Dominique, baron), homme d'Etat français, né à Toul, le 13 mars 1755, mort à Bry -sur-Marne, le 26 août 1837. Ami et protégé de Talleyrand, qui l'appela au ministère des finances (3 mai 1814). Après les Cent- Jours, Louis XVI 11, qu'il avait suivi à Gand, lui rendit son portefeuille (8 juillet 1815).
(2) Bérenger (Jean, comte), né à Mens, près de Grenoble, le 8 avril 1867, mort vers 1845. Sous l'empire, il fut successivement conseiller d'Etat, comte de l'empire, directeur de la Caisse d'amortissement. Sous la Restauration, il fut directeur général des contributions indirectes.
(3) Montesquiou-Fézensac (François-Xavier-Marc- Antoine, duc ,de), né au château de Marsan (Gers), le 13 août 1756, mort au château de Cireysur- Biaise (Haute-Marne), le 5 février 1832. Abbé de Beaulieu,près de Langres. 11 émigra après le 10 août 1792. Ministre.de l'intérieur (13 mai 1814- 19 mars 1815), il se réfugia en Angleterre pendant les Cent-Jours.
(4) Ferrand (Antoine-François-Claude, comte), magistrat et publiciste, né le 4 juillet 1751, à Paris, où il est mort le 17 janvier 1825. 11 émigra en 1789. Sous la Restauration, il fut nommé ministre d'Etat, directeur des postes (1814), pair de France et membre de l'Académie (1816).
(5) Vitrolles (Eugène d'Arnauld, baron de), homme d'Etat français, né
d'une pâleur mortelle. J'ai envoyé chez lui ce matin, il était mieux à ce que l'on m'a dit. Le général Beurnonville (1) avait été si alarmé de son état qu'il m'a parlé tout de suite du remplacement du ministre de la marine; il m'a dit qu'il y pensait pas pour lui, mais que toute la marine militaire le pressait de former une demande, que le public jetait les yeux sur lui. Il désire que vous fassiez de même et que vous pensiez un peu à la convenance qu'il y aurait à le désigner.
La séance des pairs, ce matin 17, a eu pour objet d'entendre le rapport du duc de Plaisance sur le budget. Il conclut powr, et la commission ne lui aurait pas laissé la liberté de faire autrement, mais il l'attaque indirectement, il fait les objections et les laisse sans réponse; il cajole l'armée, il sépare l'arriéré de la solde et des traitements militaires des engagements de toute autre nature, il s'inquiète pour ceux-là. Pour rassurer le public et le tirer d'une inquiétude qu*il ne partage pas, il propose d'imprimer, à la fin de chaque mois, le nombre des obligations délivrées, et à qui nominativement et, par suite de l'opération, leur extinction. On imprimerait préliminairement le travail des liquidations au fur et à mesure qu'elles s'opéreraient. Outre l'avantage d'une garantie si nécessaire, M. Le Brun (2) y voit le grand avantage de la censure exercée par le public d'après la notoriété acquise sur les hommes, le genre de leurs services et la
au château de VitroUes, le 11 août 1774, mort à Paris, le 1« août 1854. Pendant les Cent- Jours, il reçut la mission de soulever le Midi, fut arrêté à Toulouse et emprisonné. Délivré après Waterloo, il devint ministre d*Etat (19 septembre 1815).
(1) Beurnonville (Pierre Riel, marquis de), maréchal de France, né le 10 mai 1752, à Champignolles, près de, Bar-sur- Aube, mortà Paris, le 23 avril 1821. Ministre de la guerre (1793), membre du gouvernement provisoire (1814,) puis ministre d'Etat et pair de France. Créé maréchal à la seconde Restauration.
(2) Le Brun (Charles-François), duc de Plaisance, né à Saint-Sauveur- Lendelin (Manche), le 19 mars 1739, mort à Saint-Mesmes (Seine-et-Oise), le 16 juin 1824. Représentant de Seine-et-Oise au conseil des Anciens (1795), prince et archi trésorier de l'empire (1804), duc de Plaisance (1808). Le Brun adhéra à la Restauration et fut nommé pair de France (1814). Pendant les Cent-Jours, il fut grand maître de l'Université. Exclu de la Chambre des pairs après la seconde Restauration (1815), il y fut rappelé en 1819.
nature de leur créance. Au surplus la responsabilité du ministre arrive en rondeau pour répondre à tout ce à quoi il n'y a pas de réponse. La commission était mécontente du rapport et blâmait beaucoup M. le duc de Plaisance de s'en être chargé.
Je vous ai écrit, mon Prince, par M. Formont et cette lettre vous parviendra à Strasbourg. Lundi M. la Besnardière (1) se mettra en route, les Noailles me persécutent pour que je leur déclare le titre de M. Alexis de Noailles (2), le roi, (m'a dit M. de Poix) (3), a bien voulu l'annoncer à la duchesse de Duras, en ce cas, lui ais-je dit, je vous en fais mon compliment.
Le courrier de lord Wellington part demain matin de bonne heure, il est tard, je n'ai pas votre heureuse faculté de ne jamais vous coucher et je ferme ce sec et assez insignifiant entretien. Si mes yeux me refusent le service, ma tête est bien pleine, mon Prince, de vous, de vos succès et de votre retour.
Jaucourt.
Paris, le 17, à une heure.
Paris, le 20 septembre 1814.
C'est vous, mon cher Prince, qui nous occupez ainsi. Je ne peux à cet égard rien ajouter à vos ordres, et vous jugerez si nous les avons exécutés d'après vos intentions. Votre courrier ne pourra partir que plus tard parce que je n'aurai, je pense, la
(1) La Besnardière (Jean-Baptiste de Gouy, comte de), diplomate français, né à Periers (Manche), en 1775, mort à Paris, le 30 avril 1843. Entré au ministère des Relations Extérieures (1796), chef de la deuxième division politique (1805), chef de la division du Nord (1807). TalleyrandTemmena au congrès de Vienne; créé comte à son retour.
(2) Noailles (Louis- Joseph- Alexis, comte de), né à Paris, le 1« juin 1783, mort à Paris, le 14 mai 1835. Conspira contre Napoléon et fut emprisonné en 1809. Il figura au congrès de Vienne comme plénipotentiaire français, en 1814, fut élu député de l'Oise, nommé ministre d'Etat et membre du conseil privé (19 septembre 1814.)
(3) Poix (Philippe-Louis-Marc- Antoine de Noailles, prince de), né le 21 novembre 1752, mort à Paris, le 17 février 1819. Emigré en 1791, il rentra en France en 1800, et vécut oublié. En 1814, il accourut auprès de Louis XVIII qui le nomma lieutenant-général, pair de France et capitaine des gardes. Il suivit le roi à Gand en 1815.
signature du roi qu'à son retour de promenade, les expéditions ne se trouvant prêtes qu'à cinq heures.
Hier, au conseil, j'ai remis au roi une lettre du roi de Saxe. Elle était accompagnée d'un long compte-rendu de sa conduite politique et des événements qui souvent l'ont maîtrisée. Je garde •ici ce mémoire, car vous lui en ferez faire probablement de meilleurs et vous le placerez, je l'espère, pour le bien général, dans une position moins pénible et moins embarrassante.
Nos rapports avec lord Wellington sont un peu difficiles, il est d'une rigoureuse persévérance dans ses prétentions. Il nous convient d'attendre les décisions que vous allez porter et lui, veut toujours marcher très activement d'après ce qui est signé, il est dans le positif.
La loi sur la liste civile, qui n'est encore qu'une proposition faite à la Chambre des députés et amendée à celle des pairs, sur cet article du traitement des princes pour l'année 1814, porté d'abord par les députés à quatre millions et par nous à cinq, fort mal à propos, car cela dérangerait le travail du budget, est revenue à la Chambre des députés et notre amendement y a trouvé les mêmes difficultés que MM. Garnier (1) et autres avaient présenté chez nous. Il n'y avait là ni esprit d'opposition ni humeur ni aucun sentiment de malveillance : l'abbé (2) en a gratuitement supposé et a déclaré que rien ne pouvait se faire qu'en bureaux, qu'il fallait que les ministres y fussent, etc. Il m'a paru que sa confiance dans son talent d'orateur lui faisait désirer de se placer en point de comparaison, et qu'il marche sans s'arrêter vers la première influence. Il s'en fait un cas de conscience et s'est assurément convaincu lui-même que le bien du service du roi y était fort intéressé. C'est dans ce principe qu'il a jeté en avan^ qu'il était nécessaire que les journaux fussent placés dans
(1) Oarnier (Germain), homme politique et économiste français, né à Auxerre, le 8 novembre 1754, mort à Paris, le 30 octobre 1821. Administrateur du département de Paris (1791), préfet de Seine-et-Oise après le 18 brumaire, sénateur (1804), pair de France (1814).
(2) L'abbé de Moutesquiou, ministre de l'Intérieur.
la main de M. Royer CoUard (1) et ressortissent de son ministère.
Il a commencé avec véhémence et finit avec colère. Le roi a dit : « c'est une question! Convient-il mieux que ce soit de votre ministère ou de celui de la police? «l'abbé a repris avec impatience et a plaidé sa cause par toutes les raisons que vous devinerez : convenance, dignité publique, impartialité, etc. Le roi a dit : « mais il y a des raisons pour l'autre parti et je veux les entendre. » Alors l'abbé a dénoncé le ministre sur sa partialité dans la question de la liberté de la presse, sur ses menées et puis, revenant à sa question, il a dit : « les journaux sont un mystère d'iniquités en pensions, en charges de toute espèce, il faut que le roi le sache. »
Le roi, avec fermeté, a repris raSi vous êtes bien informé, le directeur général a tort, mais je l'entendrai.» J'ai dit de tout cela ce que je devais à M. Burguet qui est venu me voir. D'après ce qu'il avait entendu dire, les allégations de l'abbé ne sont pas fondées, et quant au fond, le roi en jugera. Mais il me semble qu^ les motifs que présente le directeur général acquièrent de la force par les circonstances; il n'est pas douteux que le ministère qui tient toute l'administration du royaume, s'il a les trompettes publiques dans sa main, ne fera entendre que ses louanges. La police est le seul ministère qui n'ait pas le droit de parler de lui, il agit sur tous près de tous, il peut leur nuire, il peut les servir, mais il est en butte à tous les soupçons, à toutes les injures et peitt-être véritablement est-il le seul qui ne puisse trouver sa force que dans la justice, précisément parce qu'il n'a d'exercice quft dans l'arbitraire.
Le roi a dit quelques mots sur le discours relatif à la loi sur les boissons et ces mots ont été judicieux, convenables et politiques, î- M. le duc d'Angoulême, à qui sa conscience rappelle un peu ses promesses hasardées,- veut ce qui est impossible, que le roi cède aux vœux des Chambres. (Tout cédera à la nécessité et l'on ne peut parler qu'en son nom dans cette affaire comme dans beaucoup d'autres.)
(1 ) Conseiller d'Etat, directeur général de la librairie et de rimprimerie à la chancellerie.
Mon cher ami, sans le roi cela irait bien mal!
Le chancelier m'a encore demandé si j'irais loger aux Affaires étrangères. J'ai répondu assez haut pour être un peu entendu que cela ne me paraissait pas trop à propos, que je serais chez moi dans cinq ou six jours et que j'aurais, à ce que j'espérais, l'honneur de l'y recevoir. Il donna à dîner à lord Wellington qui réunit toute la diplomatie à diner jeudi.
Le ministre de la guerre nous a parlé d'une nouvelle organisation de l'Ecole militaire, son projet a été réduit à la conservation de ce qui existe.
'4 Portez-vous bien, mon cher prince, la santé et le soleil sont des biens dont on ne parle pas, mais sans lesquels rien n'est dans le monde. Je désire que les affaires puissent dépendre de vous, j'aurais confiance dans le bonheur de notre France.
Je mets mon respect aux pieds de mon général et ma tendre
amitié à sa disposition.
Jaucourt.
Ce 20 septembre.
Sans date.
Nous sommes parfaitement tranquilles, et nous l'étions peu d'heures après le départ du courrier et vous ne le serez peut-être que quand vous aurez reçu nos lettres, de ce jour. Toujours est-il que votre réponse nous sera probablement fort utile, car j'ai peine à croire que ron ait fait une telle levée de boucliers, pour ne rien tenter de plus.
Ce n'est, mon cher ami, qu'avec une sorte de chagrin et de timidité, que je m'asseois devant cette petite table où je vous ai vu si souvent, et d'où les affaires se conduisaient avec tant de supériorité et se feront en votre absence avec tâtonnement et incertitude. Hier, lord Wellington est venu me parler des limites, lesquelles d'après le traité s'arrêtent en deçà du duché de Bouillon. Il demandait que les autorités administratives se retirassent, que, comme l'établissement des douanes, elles revinssent en arrière. Quelques politesses, une lettre à l'abbé de Montesquiou, lui demandant de prescrire aux commissaires de commencer leur tra-
vailtout de suite par cette partie de la frontière, etc., ont suspendu les instances de M. l'ambassadeur, qui m'a paru très pressant.
L'affaire du duché reste donc encore dans les mêmes termes où vous l'aviez placée, et M. de la Besnardière, que j'ai fait revenir à cette conversation, vous en rendra compte plus en détail.
Milord Wellington m'a parlé aussi relativement à la traite des nègres à laquelle il mettra assurément le plus de gêne et de restriction qu'il pourra. Je vous tiendrai au courant de tout et vous me pardonnerez les inutilités à cause de cette bonne intention.
Hier, nous nous sommes réunis chez le chancelier, les personnes d'habitude et le nouveau venu. Si le ministre de la guerre ne m'avait pas dit que ce dîner n'était pas le plus insignifiant auquel les mêmes personnes se fussent trouvées, j'aurais pensé que l'on attendait pour parler que je fusse absent. M. de Mont, a dormi et ronflé ou écouté dérisoirement. Le pauvre Ferrand a posé sa tête sur ses genoux. Le chancelier a parlé, fait des propositions d'abord, sur une justice prévotale dont le projet de loi sera donné mercredi et fait par Beugnot (1). Ensuite sur l'état des dettes du roi faites dehors. Cet état sera fourni par M. le comte de Bla(cas) et renfermera, si l'on en veut présenter le détail, les sommes employées aux armées, c'est-à-dire à tirer sur les troupes françaises. Tout ce qui est entretien, dépenses personnelles, etc., semble devoir être bien reçu, à en juger par ce qu'ont dit ceux à qui l'on a parlé. Mais cet emploi particulièrement blesse.
A ce sujet, j'ai fait quelques observations sur le peu de prévoyance, d'habileté et surtout de sincérité avec lesquelles on se conduisait envers les Chambres, que l'on ne saisissait l'opinion publique par aucun point, qu'il n'y avait ni écrit utile, ni communications sincères, etc. Le chancelier est un parfait honnête homme, un très bon serviteur du roi, chaque mot qu'il dit le prouve. Mais il fait de son mieux et ce n'est pas assez, ce me semble. En tout il ne sort rien de là, que des calculs particuliers. On
(1) Beugnot (Jacques-Claude, comte), préfet de la Seine-Inférieure (1806), sous la Restauration, il fut ministre de la police puis de la marine. Pendant les Cent-Jours, il suivit le roi à Gand.
a parlé de retenir sur les traitements des juges et membres en général de la judicature, pour faciliter des retraites, et donner plus de liberté pour mieux remplacer. L'abbé s'est réveillé pour trouver cela mesquin et peu convenable. Louis, pour qui tout est chiffre, l'approuvait. Cela a été repoussé cependant et en effet il y avait parcimonie et inconvenance.
M. Formont me presse, je termine ma lettre, croyez, mon cher ami, que je porte à ceci le sentiment qui nous animait au 30 avril, mais les temps de crises et de dangers donnent bien de l'avantage. Il était plus aisé de placer cent sénateurs au pied de la potence que de faire ici un ministère uni et solidaire.
Agréez mon inviolable et bien tendre attachement.
' • Jaucourt.
Ma femme vous embrasse, vous dit mille tendresses et vous écrira.
Paris, le 27 septembre 1814.
Nous n'avons rien dans notre travail journalier de bien important, l'extrait qui vous sera envoyé samedi offrira peut-être un peu plus d'intérêt.
M. Alexis de Noailles est arrivé avant-hier au soir, tout ce qi i s'appelle Noailles et les co-agissant se sont mis en mouvement sur la question de savoir s'il partait, s'il ne partait pas, ce qu'il est ou ce qu'il sera et lui-même qui est venu hier au dîner (Tarnbassadeur d'Adrien de Montmorency (1), m'a fort pressé pour savoir le moment de son départ. A tout cela j'ai répondu : M. le prince de Talleyrand a fait ce travail avec le roi. M Alexis de Noailles trouvera à Vienne tout ce qui le regarde, quant au moment de son départ, j'en recevrai ici les ordres du roi ou de Vienne, le prince de Talleyrand me fera connaître ce que je dois faire à cet égard. M. Alexis de Noailles m'avait annoncé une lettre,
(i) Laval (Anne-Adrien-Pierre de Montmorency, duc, puis prince de), pair de France, né à Paris, le 29 octobre 1768, mort le 16 juin .1837. En 1814, Louis XVIII lui accorda le titre de prince. Il fut nommé ambassadeur en Espagne et resta à Madrid pendant les Gent-Jours.
si elle arrive je la mettrai dans mon paquet. J'oublie de vous dire que j'ai mis M. de Blacas à portée d'entendre tout ce qui se passait relativement à ce petit tracas et qu'il en parlera au roi s'il y a lieu comme la chose le comporte. Je vous reporte, mon prince, les marques de bonne intelligence que me donne en toute occasion-le comte de Blacas (1).
L'affaire des journaux me semble décidée et fort raisonnablement. Beugnot en aura la surveillance, la haute direction en appartiendra à M, de Blacas et l'on va s'occuper de leur donner une existence moins insipide. Ils ne seront animés par aucun détail relatif à votre voyage. Beugnot, à qui j'ai écrit, suivant votre désir, vous laissera arriver à Vienne dans une simplicité parfaite et sans autre circonstance que votre passage tel ou tel jour. Celui de votre arrivée me semble bien accéléré, vous serez arrivé fatigué et nous avions compté sur le voyage pour vous reposer.
11 parait que M. Brulart (2) est parti pour la Corse; M. le comte de Blacas te croit au moins, mais il n'a pas mis M. Fera en rapport avec lui et celui-ci; toutefois, M. Fera reste désigné comme consul de Civita Vechia et rien n'est cbangé à cet égard.
On a fait des contes de toute espèce sur l'entrevue d'une dame et d'un jeune enfant à l'île d'Elbe; le faitestqueMme de Waleslta y a été et n'y est restée que peu d'heures.
Le ministre de la guerre s'obstine à croire qu'il y a dans l'ile une garnison de trois mille six cents à quatre mille hommes. Nous n'avons ici de détails, et ils sont conformes, que de six cents à huit cents hommes de gardes et autant au plus de corses ou autres ramassés de côté et d'autres. A la vérité le comte
(1) Blacas d'Aulps (Pi erre -Louis -Casimir, comte, puis duc de), oé à Aulps, en Provence, le 10 janvier 1771, mort à Goritz, le 17 novembre 1839. Confldent in^me et conseiller de Louis XVIII, il fut nommé à la première Restauration, ministre de la maison du roi.secrétaire d'Etat, grand maître de la garde-robe et in tendant -général des bâtiments de la couronne. Pendant les Cent-Jours, il accomp^na le roi à Gand.
(2) Brulart (Louis-Ouérin, chevalier de), lieutenant-général, né à Thionville,le22 mal 1352, mort à Paris en décembre 1829. Emigré (1791), servit sous Condé et lut, sous l'empire, un des agents les plus actifs du parti royaUste,
du Pont (1) est informé par un officier arrivant de ce pays.
Le conseil d'hier n'a offert aucun intérêt, il n'y a eu que de la belle conversation, point de rapports, point de finances ni d'intérieur. Le roi a fait les frais et le charme de cette conversation.
L'abbé a écrit au roi relativement à M. Dumas (2) en motivaut la nomination sur l'insuffisance de celui qui y est, la capacité de celui qu'il propose, l'utilité d'un secours nécessaire dans la Chambre des députés, etc., etc., mais tout cela, d'après ce que j'ai su de MM. Dambray (3) et de Blacas,ne changera pas la bienveillance du roi, et, d'ailleurs, M. Ferrand dit tout haut que le travail lui devient chaque jour plus facile et qu'il est au-dessus de sa besogne. J'en dirai autant si vous nous dirigez et si vous voulez bien penser que nous attendons instructions, directions et conceptions du cabinet que vous allez occuper dans votre maison de Vienne.
Mme des Bassyns m'a parlé une demi-heure du désintéressement de son mari pour lequel cependant elle solHcite le payement de frais de voyages arriérés. Son mari va revenir enchanté de ses succès; elle pense qu'elle va l'accompagner dans sa longue et importante mission. Dites-moi un mot de ce payement pour lequel vous êtes, dit-elle, un peu difficile.
Mme Bourgoing vous recommande instamment son fils, vous entendrez parler de cela par M. de la Besnardière auquel elle écrit.
Lord Wellington est parfait, amical, communicatif dans tous nos rapports, hors sur la traite, sur Hambourg, sur r argument de Bordeaux. Vous aurez là une arme pour ou contre dans cette
(1) Dupont de FEtang (Pierre-Antoine, comte), général de brigade (1798), général de division et comte de Tempire (1808). Il signa la capitulation de Baylen (23 juillet 1808), et fut, pour ce fait, destitué et emprisonné. Ministre de la guerre le 3 avril 1814, le portefeuille lui fut enlevé le 3 décembre suivant.
(2) Dumas (Guillaume-Mathieu, comte), général et homme politique français, né à Montpellier, le 23 novembre 1753, mort à Paris, le 16 octobre 1837. Général de division (1805), comte de rempire(1810). Rallié aux Bourbons en 1814, employé par Napoléon pendant les Cent- Jours, disgracié à la seconde Restauration.
(3) Charles-Henry Dambray, chancelier, garde des sceaux de France.
0RRE6P0NDANCE DU COMTE DE JAUCOtlRT
la traite, car c'est leur cheval de bataille. Je dois voir iants d'Hamboui^ et je me rendrai compte de cette e pour Bordeaux, il y a d'assez fortes compensations, mitié m'autorise à mêler mes petites affaires à celles d'un
intérêt. Mme de J... est déjà dans notre nouvelle maison, demain et le premier je me flatte d'y donner à diner. nnes des affaires étrangères avec lesquelles et à l'aide ( je conçois que je puisse être ici deux, mais sans vous, inons jeudi chez le comte de Blacas. Je pense que le jrès ce sera chez moi. J'offre mes hommages les plus ax à mon ministre et les plus dévoués et les plus tendres
ami que j'ai toujours trouvé si bon pour moi. il veut être lieutenant-général malgré tout le monde, ; demain chez le ministre de la guerre, la première quese savoir s'il a jamais été maréchal de camp.
Jaucouht.
.) a fait un garçon dont la famille est en possession
ier,
s, te 27 septembre.
rdeau, toute réflexion faite, est heureux et satisfait, [ue son consentement parviendra par quelque moyen à ic de Berry.
lue d'Orléans m'a dit hier, en me parlant de vous ije rmé que vous me donniez la marque d'amitié de m'aver- )art de vos courriers, j'écrirai au prince de TaUeyrand.
Paris, 1" octobre 1814.
auquel j'ai soumis la note que j'avais faite au sortir ,e de lord Wellington, m'a dit de vous l'envoyer, mon
y ajoutant mes réflexions s'il y avait lieu. J'ai demandé ! jugeait à propos que je prisse particulièrement ses
gît du maréchal de Castellane. . , .. ,
ordres, il m'a répondu non; c'est entendu comme cela. Les réflexions que je pourrais ajouter à cette note ne pourraient naître que de l'usage qu'on peut faire de conditions restrictives dans une chose dont l'intérêt est opposé et très grand de chaque côté.
Il y aurait de ma part plus que de l'imprudence à présenter une opinion sur le prix que l'on peut exiger pour le sacrifice que désire la nation anglaise, ni sur l'importance de ce sacrifice, ni sur le plus ou moins d'étendue que la puissance et la passion du gouvernement anglais, dans cette grande affaire, laissera à l'exercice de la traite des nègres, etc.
M. Ferrand, dont je vous envoie une réponse faite à une note adressée par vous, n'est pas lui-même de l'avis de sa note. Comme ministre de la marine, il plaidera pour la traite et pour tous les sacrifices à faire en faveur des colonies. Comme ministre d'Etat, il ne tiendrait pas le même langage; en effet, il me semble que la marine doit se condamner à une laborieuse obscurité, qu'elle doit tendre à se rétablir par un régime sage et salutaire et laisser, pour longtemps encore, toutes les entreprises coûteuses et remarquables.
J'ai l'honneur de vous envoyer l'extrait que j'avais fait pour le roi, de la correspondance longue, épineuse et toute jésuitique^ passez-moi le moi, de M. de Pressigny (1). En ma qualité de protestant j'aurais bien des choses à dire; comme votre délégué, je ne me permets aucune observation.
M. Ferrand se croit le portefeuille de la marine lui-même; Dumas, qui sort d'ici, le suit pas à pas pour voir s'il ne lui échappera pas. Le dernier dîner fait jeudi chez le comte de Blacas a été honoré de la présence de l'abbé. Il m'a paru fort occupé et Louis un peu préoccupé des événements. Louis parait alarmé de ce que le ministre de la guerre, au lieu de se renfermer dans les limites de son budget, les dépasse et craint de ne pouvoir y rentrer! Le départ des députés, l'époque de leur retour, la disposition de l'assemblée qui, ainsi qu'une grande partie de celle
(1) Pressigny (Cortois de Pressigny), évêque de Saint-Malo, ambassadeur extraordinaire à Rome (1814.)
des pairs, ne veut former son opinion que d'après la présomption qu'elle a que ce que l'on propose est plus ou moins constitutionnel, tout cela le tourmentait et le rendait assez maniable. Mettre les ministres dans l'assemblée, augmenter le nombre des députés, déclarer l'assemblée formée pour un espace de cinq ans, renouveler alors en totalité, voilà ce qui a été mis sur le tapis avec la bonne foi de l'inquiétude et la confiance de la crainte. Les libelles, les mauvais écrits de Nuhès et autres coquins ont été un sujet de conversation qui m'a paru plus inquiéter que la chose ne valait. Pour moi je vois avec peine que les honnêtes gens n'écrivent pas, que le peu d'esprit qui parait n'est mis en action que par des gens d'intrigue et de faction.
Le conseil d'hier a été rempli par des projets peu importants du ministre de la guerre, par les tabacs du ministre des finances! J'avais en portefeuille un rapport fait par M. Fleury (1) avec talent et connaissance de cause, sur les avantages de la franchise de la ville de Marseille. Mais Louis aguiche la discussion du conseil et voudrait ne pas l'y faire paraître : il voudrait donner d'une main et retenir de l'autre ce qui est bien loin de valoir un refus.
Le roi m'a demandé si j'avais eu de vos nouvelles, je lui ai dit que j'avais su les détails de votre soirée à Munich et il y a pris intérêt.
Voulez- vous savoir que Mme de Rochelambert vous fait parler et promettre en votre absence! que la nièce de Malouet, Mme du Bouzet, sollicite le départ de son mari, que M. Sourdeau (2) est enchanté maintenant d'aller à Tanger, que Durand (3) Fr, voudrait partir, que La Boulaye (4) est ici, que les demandes de
(1) Fleury (le comte Joly de), conseiller d'Etat honoraire (1814),ancien procureur général du Parlement de Paris.
(2) Sourdeau, consul général et chargé d'affaires du roi à Tanger(Maroc), en 1814.
(3) Durand-Molard (Martin), publiciste français, né à Chatillon-les- Dombes en 1771, mort à Nantes en 1831. Secrétaire général de la Martinique (1802-1807), il occupa de nouveau ce poste sous la Restauration (1814- 1827); ne s'agirait-il pas plutôt ici de Durand-Mareuil, ami personnel de Talleyrand?
(4) La Boulaye, premier secrétaire de légation à Gonstantinople (1814).
consuls et vice-consuls sont en raison inverse du nombre à accorder; que je renvoie tout à votre bienheureux retour; que les envoyés de Hambourg vont repartir n'emj)ortant de moi que des phrases polies et des assurances d'intérêt de la part de lord Wellington» ce qui pourrait leur valoir davantage. Si vous ne voulez pas savoir ces inutilités, jetez ma lettre. Je n'ai en ce moment rien de plus présent à l'esprit. Vous savez que l'attachement dévoué et la confiance admiratrice dont je suis rempli pour vous ne s'en éloigne jamais, croyez-le, mon cher prince, et usez de cela comme d'une propriété.
Jaucourt.
Mme la duchesse d'Orléans m'envoie un paquet pour le prince Léopold avec prière de vous le recommander.
On est trop bien, trop poli, trop convenable, dans ce palais-là et l'on en parle trop!
Le 1 octobre 1814.
P.-S. — Mme de Jaucourt commence à jouir de sa gloire dans son appartement qui est joli. Mon cuisinier a eu une attaque au moment d'entrer chez moi, cela n'est pas de bon augure.
Lord Wellington a eu une soirée à la suite de celle de Mme de Duras. Mme de Staël part de Clichy pour faire rage constitutionnelle. Mme Récamier se croit en mesure de rouvrir sa maison et lord Wellington veut bien y aller. Voilà un supplément d'inutilités.
Sans date.
J'ai reçu par le lieutenant-général Morin (1), qui revient de Pétersbourg, une dépêche de M. le comte Juste de Noailles (2),
(1) Morin (G.-Marie), né à Lyon en 1768, mort à Paris, en 1835. Commissaire du gouvernement à Parmée d'Helvétie (1799). En 1814, il contribua, comme agent royaliste, à la révolution du 31 mars.
(2) Noailles (Antonin-Claude-Dominique-Juste, comte de), puis prince de Poix, né à Paris, le 25 août 1777, mort à Paris, le 1«' août 1846. Ambassadeur accrédité par Louis XVIII à Saint-Pétersbourg en 1814.
que j'aurais l'honneur de vous envoyer si elle pouvait vous offrir un autre intérêt que celui de vous prouver que M. le comte Juste de Noailles correspondra d'une manière utile et très conforme à la nature de ses importantes fonctions.
Le général Morin m'a dit que quelques préventions établies avant son arrivée avaient cédé à sa conduite prudente et adroite. On l'avait annoncé comme un jeune homme frivole et léger appartenant seulement à la faveur et à la haute et puissante protection du ministre; mais son excellente tenue, la dignité de ses manières a plu à la cour et à la ville et lui a concilié tout le monde.
Le départ du général Pozzo di Borgo(l)me fournit, mon prince, l'occasion de vous écrire et j'en profite pour vous envoyer un détail, raccourci cependant, de la visite itérative de lord Wellington. Je vous avoue que, pendant le cours du congrès et de votre absence, un homme moins considérable nous serait plus commode ; les petites affaires me semblent prendre dans sa tête la place des grandes et l'occuper tout autant. Répondez-moi, car je redoute fort d'être entraîné malgré moi dans cette misérable affaire de la banque de Hambourg.
Je joins à ma lettre dictée une lettre que j'ai fait faire à M. Bourgeot, elle sera adressée en ce qui est relatif à cet objet, à tous nos correspondants et imitée pour ceux de la division du Midi.
Je désire vivement que cela entre dans vos vues, c'est un prélude à la direction que nous donnerons à ce qui nous sera relatif. Dans les journaux, l'article qui rapporte l'événement de Washington qu'il aurait été difficile d'arrêter n'a pas blessé ou du moins n'a été suivi d'aucune plainte de la part de l'ambassadeur qui, sur ce point, m'a parlé fort libéralement.
Indiquez-moi donc quelques bons faiseurs, ceux que je trouve
(1) Pozzo di Borgo (Charles-André), diplomate célèbre, né à Alata, près d'Ajaccio, le 8 mars 1764, mort à Paris, le 15 février 1842. Proscrit (1793), il fit partie du gouvernement séparatiste de la Corse. En 1796, il s'enfuit en Angleterre d'où il passa à Vienne puis à Saint-Pétersbourg, où le tsar le prit à son service. En 1814, il fut adjoint comme commissaire général au gouvernement provisoire. Ministre plénipotentiaire de Russie à Paris, il prit part au congrès de Vienne.
sont des misérables dont le nom salit l'ouvrage et, ce qui est encore pis, dont le talent ne nous convient pas beaucoup.
Je joins encore une lettre de M. Keidel, sa conversation m'a paru avoir assez d'importance pour en faire note et j'ai trouvé plus simple de la faire écrire par lui. Si vous trouvez que cela en vaille la peine, vous me renverrez sa lettre dont je n'ai pas le temps de garder copie.
Ces dames (1) vous baisent les mains et moi, mon prince, je vous embrasse de tout mon cœur et comme l'homme qui vous est le plus dévoué.
Jaucourt.
Lettre de Talleyrand à Jaucourt
Menne, le 3 octobre 1814.
Monsieur le comte,
J'ai reçu les lettres pour Constantinople que vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer par le dernier courrier. Je les remettrai au Prince de Metternich ou au comte de Nesselrode, en le priant de les expédier par l'occasion la plus prochaine.
J'ai reçu également les extraits de correspondance de la division du Midi. Vous trouverez ci-joints d'autres extraits de lettres qui me sont venues directement et pourraient n'avoir pas été adressées au ministère. Je garde les originaux pour suivre les affaires dont il y est fait mention avec les personnes que le canton de Berne envoyé à Vienne pour surveiller ses intérêts. Je joins ici seulement une lettre chiffrée en partie, dont je vous prie de me faire connaître le contenu, s'il présente quelque intérêt.
La chancellerie de Vienne a fait remettre à l'ambassade un paquet de lettres du Levant, interceptées pendant la guerre.
(1) Les dames habituées du salon du prince de Talleyrand sont Mmes la princesse de Vaudémont, la duchesse Dorothée de Courlande, la comtesse Tiskiewicks, la vicomtesse de Laval, la duchesse de BaufTremont, la princesse Kinski, depuis comtesse GoUoredo, et la comtesse de Jaucourt.
Je VOUS les envoie; veuillez les faire classer dans les divisions
auxquelles elles appartiennent.
La lettre de Smyrne, qui est ci-jointe, est pour la division des
consulats.
J'ai l'honneur, etc.
Signé : Le prince de Talleyrand.
Jaucourt à Talleyrand
Paris, le 4 octobre 1814.
J'ai remis, mon Prince, votre lettre au roi, dimanche, jour de son arrivée dans son cabinet des ministres, après la messe. Il m'a demandé si vous êtes en bonne santé, et sur ma réponse, il a élevé la voix et a dit très haut : Bien, très bien, j'en suis charmé. Dans cette circonstance votre santé, qui sûrement tient fort au cœur du roi, a bien quelque poids dans ses affaires. Il m'a remis hier lundi, au conseil, sa réponse que je mets sous ce pli.
M. de VitroUes est venu flairer si je lui confierais quelque chose à mettre dans le Moniteur, me disant qu'il suivrait à merveille la direction que je voudrais lui donner, et comme je lui ai répondu que sans user de son obligeance, je pourrais adresser quelque article s'il y avoit lieu à M. Chauveau, il m'a fort naturellement répliqué que M. Chauveau ne mettait rien sans qu'il le vît et le retouchât, que de onze heures du soir à une heure, tous les jours il faisait ce travail, que quelquefois, comme pour l'article relatif à la mort de la reine des deux Siciles, il montrait les morceaux au roi, et conime je lui reprochais que celui-là avait été fait avec assez peu de mesure, il m'a dit que le roi lui-même avait daigné le corriger. Je vous mets au fait de ce petit tracas pour la suite, car pour moi je ne serais pas trop d'avis d'user du Moniteur, dont le caractère officiel a une importance gênante et dont la surveillance vitroUique est fort désagréable. Au reste, j'en ai dit ce que j'ai cru nécessaire à M. de Blacasqui, je crois, à votre considération, me marque de la confiance. Le conseil du roi a fini après des débats sur la proposition de la section du commerce pour la
franchise de Marseille en reculant la ligne de douane, et celle de Louis de laisser les douanes à la mer, mais avec l'entrepôt réel et l'entrepôt fictif. Le roi a déclaré qu'il fallait rendre à Marseille son ancienne franchise sauf à pourvoir par des règlements adaptés aux circonstances et parer aux inconvénients qui pourraient naître de ce rétablissement. Le roi m'a appelé et m'a dit : Vous manderez cela au prince de Talleyrand, cela lui fera plaisir. . Hier j'ai pris les ordres du roi sur ce que le baron de Vincent (1), nommé par sa cour ministre plénipotentiaire, n'ayant pas reçu de nouvelles lettres de créance, ne se trouvait pas en règle et ne pouvait pas paraître aujourd'hui mardi à l'audience à moins que le roi ne le permît. Le baron de Vincent était venu amicalement m'en parler et m'avait dit franchement que c'était un oubli de M. de Metternich. Le roi a voulu lui montrer de la bonté, et a permis qu'il fît sa cour, sauf à se mettre en règle. C'est ce dont je l'ai instruit par une lettre hier au soir, en attendant que je le voie aujourd'hui. Il me semble qu'il est bon que vous ayez connaissance de ce petit détail dont au reste le ministre de Vienne instruit M. de Metternich. Le général Pozzo di Borgo avait eu l'honnêteté de venir me dire qu'une lettre de M. de Nesselrode lui donnait les plus fortes espérances sur l'heureuse et prompte issue du congrès et l'instruisait des bonnes dispositions mutuelles.
J'ai épuisé le compte-rendu des» affaires courantes, voici où nous en sommes pour le dessous de ces mêmes affaires; cependant et par transition, je vous demande qui je puis employer pour écrire sous notre influence. Je ne connais personne. Vos chefs de division, gens de mérite et d'esprit, n'ont pas la tournure ni l'habitude de ce genre d'écrit.
M. Mornard (2) avec qui j'en ai causé, car je le crois plus au fait de votre cabinet particulier que personne, ne m'a pu aider. J'ai rendez-vous avec M. Beugnot ce matin pour lui parler des journaux en général, et pour tâcher de trouver par lui ce qui
(1) Vincent (baron de), ministre plénipotentiaire d' Autriche (1814).
(2) Mornard, chef de section de la chancellerie au ministère des affaires étrangères ^î 81 4).
pourra nous être utile. Nous aurons à combattre la disposition de Paris, pour faire dire du bien des Anglais : il y a un sentiment de répulsion; la gloire de Wellington déplait, on lui cherche des torts, des manques d'égards et cela dans les salons comme dans la rue. Il s*en est aperçu et l'a dit. C'est sur cela particulièrement que nous allons travailler. Déjà il en a été question à la conférence de dimanche. A cette conférence, il m'a semblé que M. de Montesquiou et M. de Blacas s'entendaient mieux. Hier la même chose m'a frappé au conseil, soit que l'opinion commune sur la franchise de Marseille les eût rapprochés, soit qu'ils se soient lassés d'être en froid.
Acette conférence il a été question comme de coutume de l'esprit pubUc. M. Beugnot nous a dit qu'il avait fait arrêter la nuit (de samedi à dimanche) les libraires et colporteurs vendant cet abominable extrait d'anciens Moniteurs, où se trouve la déclaration du roi à l'occasion de l'affaire Favras (l),le portrait du roi par le misérable Montgaillard (2), fait pour plaire à Buonaparte, et d'autres morceaux exécrables. Beugnot s'attendait à être dénoncé à la Chambre des députés et pour moi, je lui en avais fait mon compliment; mais il parait que par plus de réflexion ceux qui voulaient faire cette levée de boucliers se sont ravisés, car hier mardi ils ne l'avaient pas encore entreprise. M. Beugnot nous a déclaré que pour marcher dans un système de vigueur, il fallait que le ministère fût solidaire et l'autorisât, qu'il nous ferait connaitre jeudi, par un rapport, où l'on en était de l'impression de l'ouvrage de Carnot qui s'entreprend à Mortagne, qu'il y avait ici un foyer, que très probablement la saisie des presses et des ouvriers de Mortagne feront découvrir les
(1) Favras (Thomas Mahi, marquis de), agent politique, né en 1745, à Blois, pendu en place de Grève, le 19 février 1790.
(2) Montgaillard (Jean -Gabriel-Maurice Roques, comte de), agent politique français, né au bourg de Montgaillard, près Villefranche-en-Lauraguais, le 16 novembre 1761, mort à Ghaillot le 8 février 1841. Il fut successivement républicain, royaliste, bonapartiste. Attaché au cabinet secret de Napoléon (1804-1814), il rendit des services importants. Louis XVIII le garda à son service, mais le fit surveiller.
AVEC LE PRINCE DE TALLEYRAND %i
meneurs d'ici, mais qu'il fallait alors arrêter plus ou moins arbitrairement, qu'il le ferait autant que cela serait utile mais quand les ministres se seraient liés à cette démarche tous et d'accord. A cela, M. Louis et moi avons dit : avec l'appui des Chambres, tout cela est fort bien et cet appui il faut l'avoir par la confiance, et la confiance vous échappe par votre faute. Les Chambres sont très bien disposées, mais méfiantes et c'est vous qui les rendez telles. Le discours de M. Ferrand était très mauvais. Celui que l'on a répondu à ce coquin de Nuhés, très mal conçu, les acquéreurs de biens nationaux se coalisent, se préparent à travailler les élections et à se faire nommer. Leur fortune en dépend, on veut les dépouiller si l'on ne peut de leur bien, du moins de leur honneur. L'assemblée des députés crée majorité à la constitution, union contre les ministres qui veulent la miner, la détruire par les règlements, les ordonnances, etc., etc.
Vous serez forts, vous serez soutenus quand on vous reconnaîtra, quand on vous proclamera constitutionnels.
A ces réflexions j'ajoute que le sens dans lequel est fait le grand morceau qui paraît aujourd'hui dans le Journal des Débats me semble excellent, fait dans un bon esprit, dans une mesure convenable; en cela il diffère essentiellement de celui intitulé, je CToiSy'Censeur royal, ou je ne sais quoi dont l'épithète est Royal, que je fais chercher pour vous le faire parvenir aussi, mais j'observe que pour tirer* parti d'articles comme celui très constitutionnel du Journal des Débats, il faut qu'il puisse être inattaquable, c'est-à-dire que la marche du gouvernement y soit conforme, que les actes du ministère s'y rapportent en tous points. Si vous jugez que j'ai raison, donnez-vous la peine de faire écrire dans ce sens, soit à moi, soit au comte de Blacas, soit au ministre de la police.
A midi le roi a reçu les lettres de créance de M. le général Fagel (1), ministre plénipotentiaire du prince souverain des pro-
(1) Fagel (Robert), diplomate hollandais, né en 1772, mort en 1856. Après la Restauration, il devint ministre du roi des Pays-Bas à Paris et fut maintenu dans ses fonctions jusqu'en 1854.
Î3 COHRESPONDAHCE DU COMTE DE JAUCOUBT
vinces unies. Le roi en lui répondant s'est servi de ta désignation des Pays-Bas. Je ne suis pas resté à l'audience pour venir ici présider à l'envoi de nos dépêches et voir le travail de nos divisions. M. de La Live (1) prétend que vous lui avez reconnu un traitement de vingt mille francs par an par la cumulation de deux traitements de chacun dix mille francs dont il remplit les fonctions et qui doit, dit-il, lui assurer les vingt mille francs. Je pense qu'en tout état de cause, comme il n'a pas le sol, ce serait, une chose nécessaire de lui donner un acompte qui ne se rapportera pas à une proportion déterminée.
Tous nos yeux, tous nos vœux se portent sur Vienne, c'està-dire sur vous, chacun suivant le genre de son intérêt et de ses désirs. Pour nous, pour moi surtout, je ne séparerai jamais votre nom du bonheur et de la gloire de mon pays, pas plus que mon tendre attachement de 'a haute opinion que j'ai de tout ce que vous avez fait et ferez pour le bien de notre France et du roi.
Je dine aujourd'hui chez l'archevêque, il me semble en coquetterie pour vous d'après cela.
Mille hommages
J AU COURT
Paris, le 4 octobre 1814.
P. -S. — Vous croyez bien que je parlerai à M. Beugnot de l'article du journal sur la destruction des établissements de Washington, non que l'article soit mauvais, mais déplacé.
J'ai pris des informations sur l'envoi des journaux, il vous est fait, à ce qu'il me semble, assez mal. M. Reinhard (2) reconnaît qu'il devrait le faire, mais déclare qu'il n'en est pas chargé. Je suis convenu avec lui et M. Mornard que ce dernier ferait l'envoi des journaux français. Vous les recevrez tous par le courrier de samedi,
(1) La Live (dp), introducteur des ambassadeurs (1814).
(2) Reinhard (le baron), conseiller d'Etat, directeur des chancelleries au ministère des affaires étrangères (1814).
Paris, le 8 octobre 1814
La réunion de jeudi n'a pas eu beaucoup plus, de résultats qu'à l'ordinaire. On a parlé de M. Dumas pour le ministère de la marine; l'abbé a persuadé à M. Ferrand qu'il ne voulait réellement pas garder le portefeuille. Ce portefeuille lui tient cependant bien à cœur : il se résout dans les diverses dispositions que l'abbé de Montesquiou fait de lui et pour lui et puis il s'attendrit à l'idée de cette pénible séparation. Pour dire la vérité, le choix de Dumas a des avantages. Sa ligne d'opinions le met nécessairement en rapport et en contact perpétuel avec nous plus que l'on ne le croit, plus qu'il ne le croit lui-même.
Lorsque l'abbé et M. Louis ont eu fini, je me suis joint à eux pour rendre justice à Dumas, et j'ai terminé par dire que je me croyais autorisé à assurer que vous verriez ce choix avec plaisir.
Il me semble que je suis resté, par rapport à vous, dans la mesure qui oblige M. Dumas à la reconnaissance, et qui laisse aux ministres leur indépendance. Le silence qu'a gardé M. le comte de Blacas a indigné l'abbé qui, lorsqu'il a été sorti, s'en est pris aux prétentions qu'il ne dissimulait pas et surtout à cette ridicule et impertinente habitude que l'on se faisait d'aller chez lui le dimanche. Que quand le roi, dans la faveur qu'il lui montrait, mettait une telle mesure que les plus frondeurs n'avaient rien à blâmer, M. de Blacas affichait des airs de favori qui comprometr taient sa dignité et son caractère. M. Dameron, qui avait de très bonne foi débattu la chose et dit le pour et le contre, en sa qualité ancienne d'avocat général, a cependant paru pencher pour M. Dumas et hier, après le conseil, m'a dit : je crois que ceci se terminera parce que le roi prendra M. Dumas. On met sur les rangs M. du Bue (1), mais il est si colonial que Louis s'y opposera de tous ses moyens. Beurnonville nous dit à tous qu'il ne demande pas le ministère parce que l'on ne doit jamais demander un
(1) Bue (Louis-François, du), né à la Martinique en 1759, mort à Paris, le 12 décembre 1827. Nommé intendant de la Martinique par Louis XVIII (1814).
ministère, mais qu'il y est propre. On a arrêté et très raisonnablement envoyé devant les tribunaux un écrit contre-révolutionnaire avec M. Foulon, archi-parlementaire; le bon de la chose est qu'il paraît que l'impression n'est pas de son fait, que c'est Rœderer (1) qui, dans sa religieuse fidélité de constituant, a fait imprimer l'ouvrage pour publier en même temps les très bonnes notes qu'il y a jointes. On en prendra deux au lieu (Tun. Carnot paraît en effet se soustraire à l'accusation d'impression et Bêcher rester éditeur du manuscrit qui, au reste, est devenu modéré quoique assez perfide. Beugnot et moi avions tant dit qu'il fallait faire rafle de tout, que les préventions anciennes ont cédé à la mesure de V impartialité. Notre réunion est encore et restera toute tiraillée, et le décousu des personnes et des vues semble se prolonger au-delà, dans le monde, et même dans le peuple. Oh, divine puissance d'un roi légitime héritier de tant de droits, de gloire, de souvenirs dont l'existence est comme on le dit de Dieu : il est parce qu'il est! Que notreFrancereprennesousce seul appui, mon cher prince, sa place et ses droits, par votre sage et judicieuse tête! J'ai remis au roi, dans son cabinet, à une heure, votre lettre et celle que le duc de Dalberg (2) a signée pour la correspondance. Il m'a donné la marque de bonté de me lire quelques lignes de la vôtre. Il me semble convaincu que si vous ne réussissez pas tout ce qu'il désire, vous réussirez à tout ce qui est nécessaire, juste et utile pour la France. Au conseil, il a été question de l'exécution de la loi qui permet
(1) Rœderer (Pierre-Louis, comte), homme politique, littérateur, historien et économiste français. Procureur général syndic du département de Paris (11 novembre 1791). Au 10 août 1792, il engagea Louis XVI à se réfugier au sein de l'Assemblée. Conseiller d'Etat (1799), placé à la tête de la « direction de l'esprit public » (mars 1802), membre du Sénat (14 septembre 1802). Pendan^t les Cent- Jours, il fut nommé pair de France. La deuxième Restauration lui enleva ses fonctions.
(2) Dalberg (Emmerich- Joseph, duc de), né à Mayence,le 30 mai 1773, mort à Hernsheim, le 27 avril 1833. Vint à Paris comme ministre badois et acquit l'estime de Talleyrand. Après 1809, il vint à Paris et adopta la nationalité française. Nommé par Napoléon duc et conseiller d'Etat (1810), il suivit la fortune de Talleyrand. En 1814, il fit partie du gouvernement provisoire et fut ensuite délégué au congrès de Vienne
AVEC LE PRINCE DE TALLEYRAND 2o
la vente des forêts jusqu'à concurrence du gage livré parle budget. M. le duc d'Angoulême s'est élevé contre toute disposition semblable! On lui a prouvé que son opinion ne pouvait plus influer sur une chose décidée législativement. Mais il a insisté, disant qu'il s'opposerait autant qu'il pourrait à l'exécution. Vous jugez que Louis a eu à répondre et a répondu. On sent perpétuellement des influences extérieures auxquelles l'union la plus forte, la plus constitutionnelle pourrait seule résister et cette force-là, nous sommes bien loin de l'avoir. Le marquis d'Osmond ( 1 ) part lundi dix et reçoit, je crois, aujourd'hui, les ordres du roi. Les événements d'Espagne, dont je vous fais rendre compte par M. Roux (2), pourraient rendre la présence du prince de Laval utile à Madrid et le roi penche pour son départ.
M. d'Agoult (3) y est arrivé. Je suppose que le ministre de la guerre vous fait connaître les mesures qu'il a prises pour séparer les pauvres Espagnols réfugiés de la bande de Mina (4) et couper les communications. Un peu de bonté pour eux aurait été un moyen plus efiicace. Les pauvres Urquiso, Assensa, O'Farill (5) me poursuivent de lettres et de visites, assurément la France n'aurait pas en eux des ennemis et la pitié seule parle en leur faveur.
Le comte de Talleyrand (6) est venu à Besançon faire sa cour à Monsieur, comme il vous l'a mandé Mais ce qu'il ne sait peutêtre pas, c'est que le* pays de Vaud a député vers Monsieur, à Lyon, que ces députés ont montré leur désir pour leur indépendance, que Monsieur leur a dit : « tant que votre sort n'est pas décidé, je n'ai rien à vous dire. Mais ce que je puis vous faire
(1) Osmond (marquis d'), ambassadeur à Turin.
(2) Roux, chef de la division du Midi au ministère des affaires étrangères (1814).
(3) Agoult (comte d'), premier secrétaire d'ambassade à Madrid.
(4) Mina (Francisco Espoz y), chef de partisans espagnol, né à Idozin (Navarre), en 1784, mort en 1835. En 1814, il prit les armes contre Ferdinand VII, tenta vainement de s'emparer de Pampelune (25 septembre 1814), et dut se réfugier en France.
(5) Urquiso, Assensa, OTarill, ex-ministres de Joseph Bonaparte en Espagne.
(6) Talleyrand (Auguste comte de), ministre de France en Suisse (1814).
observer, c'est que vous nous mettez dans un mauvais voisinage. »
A quoi ceux-ci ont répondu : « c'est un reproche que Votre Altesse
Royale n'aurait pas à nous faire, si nous formions un canton
séparé et indépendant. » Vous n'aurez que par le premier courrier
les détails sur Mina et les pays en fermentation. J'ai envoyé
chez le ministre de la guerre deux fois, je n'ai pas sa lettre de
communication.
Je vous offre toute ma personne telle qu'elle est, mon prince,
et la mets de nouveau à votre disposition.
Jaucourt.
Paris, le 8 octobre.
Extrait d'une lettre de M, le prince de Talleyrand à M. le comte de Jaucourt
Vienne, le 8 octobre 1814.
Monsieur le comte.
J'ai l'honneur de vous envoyer plusieurs lettres de M. le comte de Talleyrand qui m'ont été remises par un des députés de la Suisse. Les affaires de ce pays et ses intérêts se trouvent tellement compliqués par les circonstances, qu'il serait difficile de suivre à son égard une discussion qui eût une certaine fixité. Il est nécessaire de laisser se développer les événements, et de reconnaître les intentions des autres puissances avant de rien faire dans un sens ou dans l'autre. Jusqu'à présent les instructions de M. de Talleyrand et de M. de Mallet (1) sont encore les seules bases d'où l'on doive partir. Il serait sans doute plus commode au premier d'avoir quelque chose de précis qui réglât la conduite à tenir dans toutes les occasions; mais cela est impossible pour un pays comme la Suisse, où la situation politique actuelle varie à chaque instant. Il faut d'ailleurs de l'uniformité, et il est essentiel d'avoir toujours un même langage. Beaucoup de députés suisses sont ici; je ne crois pas qu'ils aient eux-mêmes adopté une
(1) Voir p. 57.
marche régulière. Ils sont peu d'accord entre eux et l'on ne *peut encore bien juger de leurs vues.
Il me semble que, d'après la marche que prend M. de Pressigny,il est impossible de leur tracer aujourd'hui des instructions qui ne soient pas exi contradiction avec le langage qu'il a tenu dans ses conférences, qui ont été menées assez loin. Il paraît qu'il prend beaucoup sur lui, il faut le laisser faire et attendre encore une ou deux lettres avant de prendre un parti. Veuillez communiquer ses dépêches à M. l'archevêque de Rheims (1), ainsi que mon observation.
Je croirais aussi convenable d'informer M. de Laval, s'il n'est pas parti, ou M. d'Agoult, que nous ne prenons à Rome aucune part aux intrigues qui peuvent être pratiquées autour du roi Charles.
Il me semble que toutes les affaires de Constantinople et celles dont se plaint M. de Vincent, doivent être ajournées au moment de l'arrivée de M. de Rivière en Turquie. Jusque-là les ordres qu'on pourrait donner sur tout objet éprouveraient peut-être des diflîcultés d'exécution. Je crois que c'est dans ce sens qu'il faut parler à M. tle Vincent, à qui il faut dire et non pas écrire que les altercations survenues entre M. l' Internonce et M. le général Andréossi (2) ont été pour quelque chose dans le rappel de ce dernier.
J'ai l'honneur, etc.
Signé : Le Prince de Talleyrand.
Jaucourt à Talleyrand
Paris, le 11 octobre 1814.
Je ne peux plus ajourner l'affaire de la banque de Hambourg. Le lord Wellington a cru devoir en parler à M. de Blacas, celui-ci
(1) Rheims (Alexandre- Angélique de Talleyrand -Périgord, archevêque, duc de), commandeur de l'ordre du Saint-Esprit, grand aumônier du roi (1814).
(2) Andréossi (Antoine-François, comte d'), général et écrivain, né à Castelnaudary le 6 mars 1761, mort à Montauban, le 10 septembre 1828. Ambassadeur à Londres (1802), puis à Vienne (1812) et à Constantinople (1814).
a ajouté à ce que j'avais eu l'honneur de dire au roi beaucoup de choses et hier le roi m'a indiqué qu'il serait bien aise qu'il fût pris un parti. Comme l'affaire touche bien autant le ministre des finances que nous, je me propose de donner, d'ici à deux jours, à dîner aux députés et à M. le ministre des finances. J'appellerai à ce dîner M. Bourgeot et M. Reinhart et notre affaire à nous finira par la reconnaissance du principe. Savoir que nous sommes obtenteurs ou, par la décision définitive, que nous ne le sommes pas. Dans le premier cas, l'on conviendra que les conditions du remboursement seront réglées d'après les instructions que j'attends de vous et, d'après les mesures adoptées, par le ministre des finances.
Le marquis d'Osmond est parti, il s'arrête deux ou trois jours à Chambéry, chez le général Boigne (1), son gendre, qui est compris dans la liste des lieutenants-généraux au service de France; indépendamment du plaisir qu'en éprouve le marquis d'Osmond, la chose est d'un bon effet dans ce petit pays de Chambéry où ce général dépense cent mille écus par an, et exerce une grande influence. Le marquis d'Osmond aurait désiré tme lettre du roi, il l'a même solHcitée; il a représenté qu'à la considération nécessairement attachée à la personne d'un ambassadeur du roi, il joindrait une bien autre influence si le roi, par un mot écrit de sa main, lui donnait une preuve particulière de sa confiance, le roi lui a répondu : «j'y penserai. » Et il est parti hier matin sans l'avoir reçu. Au conseil, le roi, à qui j'ai dit que le marquis d'Osmond était parti mais s'arrêterait chez son gendre deux jours, ne m'a rien répondu, seulement que c^ était bien. J'ai remis en même temps à Sa Majesté la lettre de M. de Pressigny dont je joins copie dans l'extrait du travail de la division du Midi. Le roi n'a fait aucune observation, mais il m'a dit : il faut que le prince de Laval parte
(1) Boigne (le général Benoît Leborgne, comte de), né à Chambéry, le 6 mars 1741, y mourut le 21 juin 1830. Après avoir été au service de la France, puis de la Russie, il passa dans l'Inde et s'attacha au service du rajah Sindiah, dont il organisa Tarmée à Teuropéenne. Revenu en Europe avec une fortune immense, il se fixa d'abord eu Angleterre, puis revint à Chambéry.
et il vaudrait mieux qu'il fût parti. Le même extrait de la même division porte à votre connaissance le compte-rendu, par les généraux de Cœur et Thouvenot, sur les troubles d'Espagne en Catalogne, même dans le royaume de Valence. Le roi lie certainement la connaissance qu'il a de ce qui se passe à Rome relativement au roi Charles, relativement aux jésuites, au concordat, à ce qui a lieu dans le conseil du roi Ferdinand et aux mouvements suscités par les Cortès et le parti des Libérales, enfin à ce qui se passe dans le gouvernement à Turin, avec le départ de son ambassadeur pour Madrid. Vous êtes si utile et si nécessaire où vous êtes qu'il ne faut pas vous désirer ici en conscience, mais il faut regretter que vous ne puissiez pas causer en toute intimité avec le roi dans cette circonstance. Envoyez-moi des instructions pour le prince de Laval si vous jugez que je puisse leur donner un effet utile, adressez-les-lui si vous n'y voyez pas d'inconvénient, et si vous jugez qu'il puisse vous bien entendre, et surtout si vous jugez, mon cher prince, qu'il convienne de tracer un plan de conduite dans des circonstances embarrassées où tant d'intentions, tant de difficultés connues et imprévues peuvent le croiser et le rendre hasardeux.
Le lord Wellington s'est plaint que nous n'eussions pas encore arraché au ministère de la marine une déclaration adressée au commerce afin d'excepter de la traite des nègres les pays spécialement désignés par les articles secrets, en tout avec des formestrès respectueuses et, si j'ose le dire, très affectionnées pour le roi, il s'est plaint que l'on ajournât toutes choses, que l'on se couvrit des conférences de Vienne dans des choses qui étaient tout à fait indépendantes de ce qui s'y passe. Notre règle unique étant ici le traité de Paris et le genre d'affaires du Congrès étant tout à fait différent de celui des affaires d'ici.
Le conseil du roi s'est occupé d'une loi sur la surséance à accorder aux débiteurs de Saint Domingue, le projet en a été présenté par le chancelier.
Puis d'une commission créée à l'effet de vérifier et approuver le travail des liquidations et créances à faire passer, dans ce qui
compose l'arriéré des différents ministères! Vous apercevez pour lequel ou plutôt contre lequel cette commission est nommée. Elle se compose de M. Dejean (1), l'ancien ministre, président, M. Corvetto (2), M. Félix, commissaire des guerres (je crois) le plus hautement exprimé du ministère de l'intérieur, et en général du conseil.
Mon voisin de gauche au conseil m'a beaucoup parlé, pendant la séance, de la route rétrograde que suivait l'opinion, des inquiétudes qu'il en éprouvait, de la disposition d'esprit de l'abbé si difficile, si épineuse.
En général, on se dit que Beugnot et lui sont seuls contrerle reste du ministère, on sent que le départ des Chambres rendra cette position plus fâcheuse, car leur présence rend l'apparence de l'union du moins politique. La nomination du ministre de la marine reste en l'air! Dumas s'en tourmente, l'abbé s'en indigne et dans cette position on est venu me parler de m'en charger. Je me suis bien gardé, comme vous le croyez bien, de me laisser aller à une pareille proposition quand je ne reconnaitrais pas mon insufisance, quand ma mauvaise santé ne me le rendrait pas impossible. Je ne me placerai sûrement pas dans le conseil du roi comme le point de démarcation entre un parti et l'autre. Ajoutez-y que M. de BlactfS ne m'en a pas dit un mot.
La chose qui nous occupe, en idée spéculative, c'est de mettre
•les ministres dans l'assemblée. L'assemblée y est fort disposée,
mais avec des arrangements, comme d'augmenter beaucoup le
nombre des députés, de ne mettre de droit que les ministres et
(1) Dejean (Jean-François-Aimé, comte), général français, né à Castelnaudary, le 6 octobre 1749, mort à Paris, le 12 mai 1724. Ministre de la guerre (1802-1809). A la première Restauration, il fut nommé pair de France. Pendant les Cent-Jours, il fut fait grand chancelier de la Légion d'honneur.
(2) Corvetto (Louis-Emmanuel, comte), homme d'Etat né à Gênes, le 17 juillet 1756, y mourut le 23 mai 1822. Après la réunion de la Ligurie à la France (1805), il fut nommé conseiller d'Etat (1806), fonctions qu'il conserva sous la première Restauration, abandonna pendant les Cent-Jours, et reprit à la chute définitive de l'empire. Nommé ministre des finances (25 septembre 1815).
de laisser à l'élection la chance d'y placer les directeurs généraux, conseillers d'Etat, etc.
Je donne à dîner à quelques bonnes têtes pour en conférer ici et je vous ferai connaitre le résultat de notre conversation.
Hier ma maison a eu" pour inauguration l'honneur de réunir la société intime qui vous dédie ses vœux et ses sentiments.
Le duc de Laval a tout approuvé grâce à sa particulière bonté pour M. de J..., le cuisinier ne me convient cependant guère, mais je n'en trouve pas! Boucher y réfléchit, en attendant il daigne me prodiguer ses conseils et ses bontés. On croit que c'est vous plaire et l'on s'empresse pour moi dans votre maison, au ministère et partout où votre autorité se fait sentir.
Adieu, je m'en remets à votre sagacité pour étendre ce que j'indique pour aller plus loin que moi dans ce que je dis et même dans ce que je sais* Gomme l'on disait de Fox qu'il savait mieux la chose que l'on venait de lui apprendre que la personne même de qui il venait de la savoir.
Le marquis de Marialva (1) m'a beaucoup parlé, à dîner, de la nécessité de marier M. le duc de Berry. Vous ne croyez pas que ce soit au profit de notre alliance avec la Russie.
Nous croyons pouvoir féliciter le général Pozzo de se trouver avec vous et nous aimons à croire qu'il vous le doit.
Je mets à vos pieds mon griffonnage, mes hommages et mon
tendre attachement.
Jaucourt.
Ce 11 octobre.
Talleyrand à Jaucourt
Vienne, le 12 octobre 1814.
Monsieur le comte,
La reine Julie (2) m'a adressé la lettre que j'ai l'honneur de vous envoyer. Elle se plaint de quelques inquiétudes que le gouvernement suisse aurait montrées relativement. à elle et à son mari.
(1 ) Marialva (marquis de), ambassadeur de Portugal au congrès de Vienne. (2) Julie Gary, épouse de Joseph Bonaparte.
S'il n'avait été question que d'elle seule, je n'aurais point trouvé de difficulté à lui répondre directement, et je n'en trouverai jamais à faire quelque chose d'obligeant pour elle. Sa manière d'être et sa conduite méritent ces égards qui lui sont personnels. Mais comme il paraîtrait que son mari aurait donné lieu à ces inquiétudes et se serait mis dans le cas d'attirer l'attention du gouvernement suisse et du gouvernement français, je pense qu'il serait à propos de prendre les ordres du roi, d'après lesquels vous en écririez directement à M. le comte de Talleyrand,
Le marquis de Bonnay (1) me demande, par une nouvelle lettre du 27 septembre, la conduite qu'il doit tenir à l'égard des individus qui ont servi dans les armées françaises et que le traité de Paris a fait cesser d'être français. Je lui réponds qu'à la vérité, par un des articles supplémentaires du traité, ces individus n'ont plus rien à attendre de nous; mais qu'eu ^ard à la position dans laquelle la paix les avait trouvés, il y aurait une sorte d'inhumanité à ne pas aider ces prisonniers à rentrer dans leur patrie. Je joins ici deux dépêches de M. de Bonnay, pour les remettre à la division du Nord.
Je vous renvoie plusieurs demandes qui ne sont pas de nature à être décidées dans le moment actuel. Elles pourront être classées dans les cartons, où on les trouvera quand il y aura lieu de s'en occuper.
Je renvoie également comme nulle la pièce relative aux limites d'Espagne. 11 ne doit pas être fait mention d'un conservateur des limites, attendu que cet emploi ne pouvant pas être exercé actuellement, il en résulterait une charge inutile pour le département.
M. Mariolti (2) a bien fait de refuser des passeports aux négociants qui lui en demandaient pour l'ile d'Elbe. Il doit, en général, être très circonspect pour ce genre de passeports.
Agréez, Monsieur le comte, mes remerciements des détails que vous avez la bonté de me donner. Faites en sorte que les articles
(1) Ministre de France en Danemarck.
(2) Consul de France à Livoume.
de journaux soient d'accord avec les actes du gouvernement; on s'aperçoit trop en les lisant que ce n'est pas le même esprit qui les dirige.
J'ai l'honneur de vous renouveler, Monsieur le comte, l'assurance de ma haute considération.
Le prince de Talleyrand.
Vienne, le 13 octobre 1814.
Je vous ai envoyé par le dernier courrier, mon cher Jaucourt, quelques réflexions sur l'esprit dans lequel devraient être faits les journaux, lorsqu'ils parlent des choses qui nous touchent; mais je vous prie d'observer que ce ne sont que des réflexions et non des choses rédigées. Vous sentirez bien que les mots de faibles et (Topprimés ne sont là que pour indiquer l'idée qu'on devra développer dans ce sens. Ils insulteraient et par conséquent ne rempliraient pas l'objet. Ce genre de choses a besoin d'être fait avec beaucoup de tact et, quand on lit le journal du quatre de ce mois, il paraît qu'il y a à Paris des gens qui n'en manquent pas. Le morceau que contient ce journal est vraiment admirable. Je me suis servi plusieurs fois de M. André d'Arbelles (1), pour rédiger des articles de politique. Vous pourriez peut-être l'employer pour cet objet. L'idée principale à développer est que le retour des principes en Europe peut seul ramener le bon ordre et rendre les peuples heureux. La France n'agit et ne peut agir que dans ce sens-là, depuis le retour du roi. C'est là sa force. Le roi est plus imposant, plus fort par lui et les principes que Bonaparte avec ses sept cent mille hommes. Les souverains, par leur langage et leurs principes actuels, ont l'air d'avoir quitté le but de leur armement. Ils s'étaient croisés pour les principes et déjà ils en professent l'abandon. Ils paraissent n'avoir détesté en Bonaparte que ses succès.
Je croirais que la correspondance du département dans le Nord devrait être dans ce sens. Je vous prie d'écrire souvent
(1) Historiographe des Affaires étrangères.
à nos ministres pour que leur langage, comme principes, soit uniforme. Quand il y aura des nouvelles du congrès de quelque intérêt, et sur la vérité desquelles on puisse compter, j'en informerai directement d'ici ceux dont les communications sont devenues faciles par les courriers des ministres des pays auprès desquels ils sont accrédités. Je vous informerai en même temps de ces nouvelles.
Les députés de Hambourg ont passé un mois à Paris à me tourmenter, lorsqu'on traitait de la paix, ils ont été éconduits à cette époque. Je ne crois pas qu'aujourd'hui leurs moyens soient plus forts, malgré l'appui de lord Wellington. Le temps doit avoir fini cette affaire. Du reste, l'argument péremptoire est celui-ci :
M. le maréchal Davoust avait frappé une contribution pour l'entretien de son armée et avait menacé de prendre l'argent de la Banque, si cette contribution n'était pas acquittée. Ainsi la Banque n'aurait pas été enlevée, si Hambourg avait payé cette contribution, les négociants ont préféré laisser prendre la Banque, par conséquent la France n'a rien à démêler avec ce moyen de payement. Ils ont mieux aimé que la Banque fût enlevée, parce qu'ils ont cru qu'un jour ou l'autre ils pourraient réclamer. Ainsi, comme vous le voyez, en principes militaires, si Ton peut parler ainsi, il ne leur est rien dû, ou ce sont eux qui doivent aux actionnaires de la Banque. Dites, du reste, à lord Wellington, que c'est renouveler des questions qui appellent des récriminations de toute espèce. L'oubli et le silence valent mieux que de parler de tous les dépôts de mendicité enlevés dans tous les coins de la France par les alliés.
M. Pozzo est arrivé. Dieu veuille qu'il calme toutes les effervescences qui sont dans la tête de l'empereur Alexandre!
Le député de Dantzick, dont vous me parlez, est ici. Son affaire viendra à la suite des grandes questions du Nord.
Je vous renouvelle, mon cher Jaucourt, l'assurance de mon bien sincère attachement.
Le prince de Talleyrand.
Jaucourt à Talleyrand
Paris, le 15 octobre 1814.
En attendant que je vous rende compte de la séance du conseil qui aura lieu aujourd'hui vendredi, je dois, 'mon prince, vous dire ce qui s'est passé depuis le départ du courrier de mardi. Celui de Vienne que vous m'avez adressé est arrivé le jeudi à cinq heures du matin, à une heure après la messe; le roi a reçu votre dépêche, je la lui ai remise comme à l'ordinaire dans son cabinet, seul avec lui, et même M. de Blacas ayant ouvert la porte de l'intérieur pour venir joindre le roi qui avait donné ses ordres pour aller à Versailles se promener, il s'est retiré et je suis resté seul avec le roi jusqu'au moment où il a voulu partir. Vous connaissez l'exactitude ponctuelle du roi, et vous ne serez pas surpris que l'heure fixée s'étant trouvée très rapprochée, le roi m'ait ordonné de lui laisser la lettre signée de vous et du duc de Dalberg et m'ait congédié. Toutefois, le peu que m'a dit le roi m'a semblé l'expression de l'approbation. Votre réponse au prince de Metternich, que j'avais séparée et mise d'abord sous ses yeux, lui a plu, mais sans sortir du calme qui préside à toutes ses paroles, j'ai pu remarquer qu'il n'était pas aussi content des choses que de la personne.
Le lord Wellington est venu me voir. Sa visite a été amicale, il m'a fallu passer d'abord par l'affaire de la traite sur laquelle la lenteur du ministre de la marine et son empêtrement à me répondre nous donnaient une apparence de mauvaise volonté ; heureusement je venais à l'instant même de faire une lettre à ce sujet pour M. Ferrand et j'ai pu la lui montrer. Cela et le diner que je donne aujourd'hui aux députés de la Banque (avec M. Louis, et auquel je fais venir M. Bourgeat) (1) l'a mis en bonne disposition, et nous avons causé avec assez de confiance. Il m'a dit que dans sa première visite, le lord Castlereagh (2) avait trouvé
(1) Il faut lire problablement Bourgeot, chef de la division du Nord aux Affaires étrangères.
(2) Castlereagh (Henri-Robert-Stewart, marquis de Londonderry, vi*
Sfl CORRESPONDANCE DU COMTE DE JAUCOUBT
l'empereur Alexandre monté à un degré de violence tel, que tout ce qu'il avait pu obtenir, c'est qu'en le congédiant, l'empereur lui ait dit : je penserai à ce que vous avez objecté et nous en reparlerons. Au surplus, le lord Wellington m'a montré un zèle et un attachement pour la personne du roi que je crois très véritable, mais qu'il serait très imprudent de confondre avec ses sentiments pour le pays.
Le dîner que j'ai eu l'honneur de donner jeudi aux ministres, n'a amené aucune conversation utile pas plus qu'à l'ordinaire, l'abbé a un peu dormi, Beugnot a été comme cadenassé.le chanceUer avait ses petits projets en poche; cependant, l'abbé a fait à ma femme des déclarations pour vous, ces déclarations sont répétées par les alentours et je crois assez qu'il irait avec vous plus que vous ne le croyez vous-même. La persuasion oïl il est que nous n'allons pas et qu'il est urgent de concentrer et d'unir ses forces doit l'amener à cette union. D'ailleurs, son antipathie pour M. de Blacas augmente au lieu de diminuer.
Sa petite démarche pour empêcher la réunion du dimanche n'a nullement réussi, il en a été parlé au maître par le chanceUer, qui a répondu: pour cela je ne le céderai pas à M. l'abbé de Montesquieu. Le comte de Blacas est le seul qui soit logé ici, il est naturel de se réunir dans le lieu où tout le monde se trouve déjà. M. Ferrand attend toujours la marine, Mme la comtesse Ferrand dit : je vois bien qu'il faudra que nous allions loger à l'hôtel de la marine. Dumas se restreint à être du conseil d'en haut.({Après tout ce que l'on a dit, l'honneur que le roi m'a fait de placer mon nom dans la ligne de ses ministres, j'éprouverais, dit-il, une sorte de dénigrement si je ne recevais pas cette honorable marque de confiance. » Il croit aussi que l'on pense à lui pour la police et que Beugnot ira se loger à l'hôtel des postes, toutes les diverses
comte), homme d'Etat anglais, né à Mount-Stewart (Irlande),le tS juin 1S69, mort près de Londres le 12 août 1822. Ennemi de la Révolution française. Il fit avorter le congrès de Prague {1S13), entra à la suite des coalisés et prit une part prépondérante au congrès de Châtillon (4 Février 1814), au traité de Paris (30 mai 1814), au congrès de Vienne, au congrès de Paris (1815) et à cîlui d'Aix-la-Cliapelle (1818).
manières de disposer de lui le trouvent résigné, mais il ne se consolerait pas du dénigrement de rester comme il est à présent.
Le conseil d'hier a été occupé par un projet de règlement relatif aux mesures à prendre pour conserver aux gens titrés avec majorât par Buonaparte, privés de leurs majorats par les événements politiques, un rang transmissible, — à autoriser les ennoblis de Buonaparte à obtenir des titres nouveaux, etc. La discussion a fait connaitre que ce qui serait fait dans une intention serait interprété dans une autre, que les amours-propres seraient alarmés, que les gens entachés seraient ou trop généreusement admis ou avec trop de partialité repoussés, etc., etc., on a rappelé l'article de la Charte : « L'ancienne noblesse reprend ses titres, la nouvelle conserve les siens », et l'on a laissé à chacun, au temps, aux demandes particulières à arranger cette affaire.
J'avais vu le matin Mgr le duc de Berry. Il m'a parlé avec véhémence de la démarcation nouvelle de la limite de Landau, de la cession du comté de Daim, de la permission accordée de bâtir jusque sous Landau, c'est-à-dire sur les glacis mêmes. Permission qui a succédé à une défense absolue, et toujours respectée et qui s'étendait à une lieue. Il m'a ditque, suivant lui, le marquis d'Osmond avait apporté à ce travail la négligence la plus coupable ou* la plus mauvaise volonté, il voulait m'écrire et que je vous envoyasse sa lettre avec mes réflexions...
De fait, les généraux, le ministre de la guerre et lui sont d'accord sur les inconvénients, c'est dire trop peu, sur les dangers qui résultent pour Landau, et par conséquent pour Strasbourg, de ce nouvel ordre de choses. Si vous le jugez convenable, je me chargerai de faire un rapport sur cet objet et de vous l'envoyer, mais peut-être sur cet aperçu êtes- vous déjà en état d'écrire un mot à M. le duc de Berry. Le roi, auquel il avait exprimé toute son indignation, l'a fort mal reçu à cet égard et lui a reproché de n'avoir que des idées guerroyantes. Mais cependant, il n'y a rien de plus pacifique que des frontières miUtaires, de bonnes places et des lignes de défense et celles de Weissembourg sont nulles par la cession du comté de Daim.
Si Mgr le duc de Berry vous avait un peu contrarié sur ce point, il vous aurait plu infiniment dans sa manière de voir sur notre situation et sur les inconvénients que notre marche ta tonnée et fluctuante fait ressortir de partout. C'est à cela qu'il faut rapporter la difficulté qu'il y a en ce moment à toucher à quoi que ce soit, à tenter même de mettre les ministres dans l'assemblée, etc.
M. Jourdan (1) des Bouches-du- Rhône sort de chez moi. Il est venu, avec toutes les formes du métier de théologien qu'il va faire dans le ministère de l'intérieur, m'annoncer qu'un comité composé de Mgr l'archevêque de Rheims,de l'évêque d'Alais(2), de M. l'abbé Latil (3), auquel Monsieur accorde sa confiance, s'occupait exclusivement des affaires du clergé. Vous savez sur quelles données il doit travailler et j'aurai à vous rendre compte de ses propositions, à recevoir cotre opinion avant de rien expédier pour Rome à M. de Pressigny, qui me semble disposé à aller moins vite et à être plus soumis au Sacré Collège. Aujourd'hui il y a eu un service dans la chapeUe du palais pour la reine Marie-Antoinette, personne n'a été invité, peu sont admis, tout ce qui l'a connue y serait assurément si cela avait été permis et du moins s'y réunit de cœur et d'intention. Voilà pour un huguenot une déclaration peu orthodoxe, mais bien vraie dans ma reconnaissance pour ses anciennes bontés.
Je ferme ma lettre, j'ai honte d'écrire si mal, mais je commence assez doucement et je finis toujours vite. Il n'en est pas de même de vous, vos dépêches au roi sont peintes. Adieu, mon prince, votre absence sera belle dans notre histoire, mais elle est pénible pour vos amis. Jaucourt.
Paris, ce 15 octobre.
(1) Membre du comité de Tlntérieur au conseil du roi, administrateur général des Affaires concernant les Cultes.
(2) M. de Beausset.
(3) Latil (Jean-Baptiste-Marie-Anne-Antoine, duc de), prélat français, né à l'île Sainte-Marguerite (Var), le 6 mars 1761, mort à Gemenos (Bouchesdu-Rhône), le 1®' décembre 1839. Aumônier du comte d* Artois, il devint, après la Restauration, évêque d'Amyclée in partibus (1816), évêque de Chartres (1817), pair de France (1822), archevêque de Rheims (1824), cardinal et duc (1826).
Talleyrand à Jaucourt
Vienne, le 16 octobre 1814.
Vos lettres du 8 me sont arrivées, monsieur le comte.
Les nouvelles qui parviennent ici d'Italie me paraissent toutes favorables à la mission de M. l'évêque de Saint-Malô. Mais comme il ne faut pas donner à la cour de Rome le moyen de se servir de ses lenteurs, auxquelles elle attache tant de prix et qui souvent ont fait toute son habileté, je vous engage à presser M. le ministre de l'intérieur, de vous mettre dans le cas de répondre aux lettres de l'évêque de Saint-Malô.
J'ai vu ce matin M. de Rosencrantz et M. de Bemstorff, qur tous les deux sont venus me recommander, de la part du roi de Danemarck, et de la leur, une affaire qui intéresse Mmes de Brunswick et de Soyecourt, héritières du prince de Saarbruck. Ils y portent beaucoup d'intérêt et m'ont dit qu'ils ne demandaient que l'exécution d'une décision qui avait été rendue. Gomme je ne suis pas au courant de cette affaire, ma réponse a été que je vous informerais, à Paris, de leur demande, et que sûrement vous vous prêteriez à faire tout ce que la justice pouvait réclamer. C'est une ancienne affaire dont vous trouverez la trace dans quelqu'une des divisions, probablement dans celle du Nord. Ce sera M. Louis auquel il faudra s'adresser sur cet objet; en général je croirais qu'il serait utile que les demandes évidemment justes se sentissent du retour du roi. Mettez-moi dans le cas de répondre ici aux ministres de Danemarck quelque chose sur cet objet.
Je voudrais bien aussi que M. Louis ne dit pas trop, quand on lui parle de liquidation, qu'il a été convenu avec le département des affaires étrangères de faire traîner ce genre d'affaires. Le ministère doit, dans les questions de longueur, être aidé par les autres départements, mais il ne doit pas être mis en avant, parce que, dans ce département, tout est une affaire et peut exiger des explications qui ne se trouveraient pas conformes à la
CORRESPONDANCE DU COMTE DE JAUCOURT Ltion dans laquelle on voudrait être vis-à-vis de telle ou cour.
tte observation est de tous les temps, ms ferez très bien de presser le départ de M. de Laval, il n'y a jes informations à demander de lui, ce qui peut être dans ses notions doit venir plus tard. Nous ne connaissons pas re assez l'Espagne pour être parfaitement sûrs de la direcqu'il est de notre intérêt de donner.
ii l'honneur de vous renouveler, monsieur le comte, l'asace de mon sincère attachement et de ma haute considéra-
Le prince de Talleyrand.
-S. — Je joins ici une lettre que je reçois de M. Isoard, tn auditeur de Rote. Le Pape soutient que les places d'auir de Rote sont inamovibles, je n'ai point d'opinion faite sur 1 question, mais je croyais que la bienveillance que l'on ait dit que le Pape avait pour M. l'évêque d'Orthosia, rait à cet égard toute réclamation de la part de Sa Sainteté; devez avoir au département quelques lettres à ce sujet, sur il vous devez prendre les ordres du roi.
Vienne, le 16 octobre 1814.
Monsieur le Comte, d l'honneur de vous adresser une lettre que je reçois de s Pressigny. Je vous engage à vous faire rendre compte, par nsion du Midi, de l'état où en est l'établissement de la poste aise, que nous avons tant d'intérêt de conserver à Rome, ait utile, pour le service du roi, que cette affaire fût terminée ptement et de la manière dont nous le désirons. Vous rez bien vous concerter à cet effet avec M. Ferrand, dont linistration a un intérêt pécuniaire dans cette affaire. En 'al, dans les questions de cette espèce, où rien n'est encore i, il est bon de ne pas retarder les démarches, les choses
faites entraînant toujours de grandes difficultés après elles, quand il s'agit de les changer.
J'ai reçu une lettre du prince Giustiniani que je vous envoie également. C'est un fort galant homme qui a été ruiné par toutes les mauvaises affaires de Rome; il a tout perdu, et se trouve à présent dans une très fâcheuse situation. Il mérite des égards particuliers, et je vous prie, monsieur le comte, de le recommander à M. de Pressigny pour qu'il lui rende près du Saint-Père, tous les bons offices qui dépendront de lui.
Je n'ai rien à vous mander relativement à la demande de M. de Waltersdorff pour nos liquidations avec le Danemarck. Je ne sais rien de cette affaire qui ne s'est pas traitée sous mon ministère, mais vous trouverez sans doute à la division du Nord les papiers qui vous seraient nécessaires.
Je joins ici une lettre du consul de Bucharest à remettre au bureau des fonds et une lettre de M. Âllard qui demande à représenter, auprès de la commission de liquidation établie en conséquence du traité de Paris, les créanciers de la France pour les villes d'Anvers, Hambourg, Lubeck, etc. Il n'y a pas d'inconvénient, je pense, à le proposer au ministère des finances pour cet objet.
J'ai l'honneur de vous renouveler, monsieur le comte, l'assurance de ma haute considération.
Le prince de Talleyrand.
Jaucourt à Talleyrand
Paris, le 18 octobre 1814.
Il me semble que vos courriers ne vont pas très vite; celui d'hier, arrivé à six heures du matin, avait été huit jours pleins et encore ne justifiait-il pas trop de l'heure de son départ.
L'importance de ses dépêchesjn' entraînant cependant pas beaucoup de célérité, il importait peu que le roi en sût le contenu six heures plus tôt ou plus tard. J'ai remis votre paquet au roi
dans son cabinet, il Ta lu très attentivement, et m'a dit deux ou trois fois : cela est difficile. Je lui ai remis ensuite les pièces et la dépêche signée de vous et de M. le duc de Dalberg; il a été content des modifications et des changements obtenus par vous à la déclaration. Nous l'avons lue ensemble et le roi m'a paru rendre justice, avec un sentiment particulier de bienveillance, à votre persistance, et à la sagesse adroite de votre caractère; il a voulu tout garder. Vous devinez bien qu'un troisième sera admis à cette confidence; mais le roi me reçoit toujours seul. Je me suis laissé aller à quelques réflexions sur ce qu'il me semblait que lord Castlereagh n'ofîrait point une union de principes et de vues bien franche et bien positive. Le roi a défendu son caractère personnel, comme très courageux, mais il n'a pas placé à la même hauteur son caractère politique.
Vous sentez, mon prince, qu'en vous présentant ces détails» je n'ai d'autre idée que de vous faire connaître, autant que je le puis, de quelle manière le roi reçoit et envisage les relations que vous lui adressez, votre position et, s'il m'était possible de deviner, le jugement qu'il porte de ce qui se passe. Pour moi personnellement, je ne me livrerai encore à aucunes réflexions; je n'oserais même avoir aucune opinion sur le fond de^la question. Le rôle de la justice est toujours beau à jouer, il doit valoir au roi de la prépondérance au congrès, ou enfin en Europe, et à vous, mon prince, l'opinion d'un caractère noble et habile. Quand on doit autant aux souverains que le fait le roi, on ne peut, en effet, s'affranchir d'une reconnaissance ou onéreuse ou dangereuse qu'en restant dans la ligne droite de la justice la plus impartiale.
Vous aurez peu de nouvelles de nous; la matinée est remplie par la réception de lady Wellington à une heure et demie, par un grand dîner, par un concert chez M. de Blacas le soir.
Le neveu de Mina a été arrêté par les soins de la gendarmerie . J'avais vu M. de Casa Florès (1), j'avais pris les ordres du roi,
(1) Ambassadeur d*Espagne à Paris.
j'avais écrit au maréchal, au ministre de l'intérieur quand nous avons appris que le plus simplement du monde, les piquets de gendarmerie^ préposés par le général Thouvenot s'en étaient emparés.
L'activité du cabinet de Madrid avait été jusqu'à envoyer un courrier arrivé hier matin... Ce courrier a apporté une dépêche chiffrée de M. d'Agoult. Je l'ai fait lire au roi et elle a été, comme il vous sera facile d'en juger, un bon préambule à la discussion qui a eu lieu au conseil, sur la proposition de l'abbé qui, tout doucement et sans autre préliminaire, pensait que le roi enverrait à la Chambre des pairs un projet de loi, pour continuer aux députés des départements leurs pouvoirs jusqu'en 1820. Cela fondé sur toutes les raisons que vous voudrez supposer, en écartant la véritable que vous devinez, savoir le danger des assemblées, la disposition des esprits et la dangereuse nomination faite parmi les acquéreurs de biens nationaux, les gens de Bonaparte et les jacobins, etc.
On a été loin dans la discussion. Le pauvre Ferrand a passé un mauvais quart d'heure. J'ai dit nettement que tous ces dangers n'existeraient pas si nos fautes n'avaient pas placé le roi hors de la nation et hors de l'opinion et de la confiance des royaUstes constitutionnels. De Solle (1) a été fort vif, le vieux Moncey aussi, M. le duc de Berry vigoureusement, le chancelier a déclaré que la proposition ne serait pas admise à la Chambre des pairs.
L'abbé s'est rejeté sur le ministre de la poUce. Ici les avis se sont partagés. M. de Blacas a dit quelques mots pour le ministère ou plutôt sur la difficulté. L'abbé a dénoncé les commissaires de police, leur conduite perfide et indigne d'un gouvernement loyal et paternel : on a répondu à la dénonciation sur Thureau! J'ai observé qu'un homme de ce talent et de ce danger devait être
(1) Desselle (Jean-Joseph-Paul-Augustin, marquis), général et homme d'Etat français, né à Auch,le 3 juillet 1767, mort à Montluchet, le 4 novembre 1828. Général de brigade (1797), général de division (1799), il quitta le service en 1812 et y rentra en 1814. Sous le gouvernement provisoire, Louis XVIII le nomma ministre d'Etat, comte, pair de France, etc. Rentré dans la vie privée pendant les Cent- Jours, il reprit ses fonctions après la deuxième Restauration.
4t CORRESPONDANCE DU COMTE DE JAUCOURT
à Bicêtre ou dans la main de la police, que l'on devait la faire par la surveillance juste et magistrale des préfets dans les petites villes, dans les campagnes, mais par les âmes damnées dans Paris, etc. Que si le roi m'avait ordonné, ce qu'à Dieu ne plaise, de faire la police, j'aurais eu Thureau et la garde à mes gages... Le sujet et la forme de la discussion déplaisant au roi, à cinq heures, nous avons levé le siège.
\: Le prince de Laval partira à la fin du mois. Le comte de Narbonne (1) ayant manifesté un désir sincère de se rendre en Sicile et la position des choses me paraissant réellement nécessiter un homme revêtu d'un caractère important et de la confiance du roi près des souverains de sa famille, j'ai pris les ordres du roi qui a approuvé le départ de M. de Narbonne.
M. Bresson (2) n'a pas d'objections contre la demande de M. de la Tour du Pin (3), je vous laisse, mon prince, le plaisir de le lui dire.
M. de Solle a montré au roi une lettre de Joseph Bonaparte qui se soumet, en cas que ce soit une volonté absolue, à s'éloigner, h mais pour un temps et sans vendre sa propriété n. Une réponse conforme a été approuvée par le roi et de Solle l'envoie. Jelui ai dit de laisser percer dans le public la bonne volonté des villes à former leur garde nationale et leur nombre.
L'Angleterre, qui n'y pensait pas, provoquée par une lettre que l'abbé nie et que l'on cite à M. de Blacas dans celle que l'on lui écrit, nous renvoie six cents religieuses de toute couleur et de toute espèce, on ne sait où les mettre ni qu'en faire.
Le diner que j'ai donné aux députés de la Banque n'a eu aucun
<1) Narbonne-Pelet (Raymond -Jacques -Marie, comte, puis duc de), diplomate, né à Fontaney (Gard), le 21 juin 1771, mort à Paris, le 31 octobre 1855. Chargé d'affaires à N'aples (1815-1821), pair de France (1815), duc (1817), ministre d'Etat et membre du conseil privé (1822).
(2) Bresson, chef de la division des fonds et comptabilité au ministère des affaires étrangères (1814).
(3) Tour du Pin Gouvernet (Frédéric-Séraphin, marquis de la), né en 1758, mort en Suisse, le 10 février 1837, Préfet à Amiens et àBruselles sous Napoléon; au retour des Bourbons, il fut nommé conseiller d'ambassade au congrès de Vienne, puis envoyé plénipotentiaire auprès du roi des Pays-Bas.
résultai. M. Louis a ferraillé, on a fini par promettre une réponse. Cette réponse se combine de manière à reconnaitre Tinviolabilité du dépôt, sa violation; mais l'impossibilité de se charger de la réparation des torts de cette espèce si multipliés par le dernier gouvernement, si odieux, si révoltants, mais si irréparables! Sans l'intervention de lord Wellington, et la considération que le roi veut bien lui accorder, nous serions bien plus à notre aise. L'affaire de la traite se suit, comme vous l'aurez vu par ma dernière lettre, dans le sens que vous m'indiquez.
Je ne me rappelle rien à quoi je n'aie pas répondu ou dont je n'aie pas parlé; l'heure me presse un peu à cause de la réception de l'ambassadrice. Vous trouvez du temps pour tout parce que vous faites de grandes choses. Je me sens toujours pris parce que je n'en fais que de petites, peut-être aussi parce que les petites sont grandes pour moi.
Agréez, mon prince, mes hommages bien dévoués, bien empressés et à tout jamais.
Jaucourt.
Paris, ce 18 octobre 1814.
Talleyrand à Jaucourt
Vienne, le 20 octobre 1814.
J'ai l'honneur de vous envoyer, monsieur le comte, une allocution du Pape et une lettre de M. l'évêque de Saint-Malô ; il se plaint de ne pas avoir encore ses consuls. Le roi a nommé à Rome M. de Vaux qui est parti pour s'y rendre et n'est pas encore arrivé; M. Dumorey, qui est nommé à Ancône, est en Italie, et va se rendre bientôt à son poste; ainsi, il ne reste que Civita-Vecchia et vous savez qu'on demande pour cette place si M. de Brullart n'aurait pas quelqu'un capable de la bien remplir; quand sa réponse sera arrivée, on y nommera immédiatement. Les affaires de Rome seules pourraient fournir à un peu plus de détails de la part de l'ambassadeur de Rote. Je trouve à cet égard ses lettres moins instructives que je ne l'aurais désiré. Je suppose que
M, l'évêque de Saint-Malô a, avec le département ou avee M. Tarchevêque de Reims, une correspondance qui peut tenir le roi bien au courant des affaires de Rome.
J'ai l'honneur devons renouveler, monsieur le comte, l'assurance de mon sincère attachement et de ma haute considération.
Signé : Le prince de Talleyrand.
Jaucouri à Talleyrand
Paris, le 22 octobre 1814.
Vous vous ferez, sans doute, mon prince, rendre un compte exact de l'affaire d'Espoz y Mina. Vous verrez comment l'irrégularité de la conduite du comte de Casa Florès a reçu plus d'importance par celle du vice-roi de Navarre, le général Espélata, qui a été dirigé par les mêmes passions et un étrange oubli de toutes les convenances.
Nous aurions pu ici, jusqu'à un certain point, fermer les yeux sur les démarches peu mesurées du comte de Casa Florès, couvrir sa conduite de notre bienveillance et son caractère personnel, loyal et bon, m'y avait tout à fait disposé. Mais le corps diplomatique tout entier observait curieusement notre conduite. Paris sait que Mina est un liberalos qui s'est armé, dit-il^ contre les moines, l'inquisition, le ministère, en faveur du roi. Qu'il voulait avec les francs Espagnols, la constitution, non pas telle que l'ont donnée les Cortès, mais telle que l'on la devait attendre du roi. Dans une lettre qu'il écrit du lieu d'arrestation où il était et dont nous l'avons fait sortir tout de suite, il exprime assez noblement sa confiance dans la générosité du roi, dans le droit des gens honoré et respecté en France, enfin dans la pureté de ses intentions.
Paris, d'après tout cela, se prononçait fortement en faveur de Mina. Si je n'avais pas craint que les démarches réitérées, les obsessions de la cour d'Espagne vinssent nous déranger et placer le roi dans la position difficile de refuser constamment l'extradition, j'aurais simplement proposé, dans mon rapport, la mise en liberté de Mina, sur sa parole de ne pas s'éloigner de Paris sans
en instruire le ministre de la police. Mais il fallait faire un peu davantage, d'une part, pour montrer de la déférence pour les ressentiments de la cour d'Espagne, de l'autre pour compenser un peu la sévérité des mesures prises contre M. de Casa Florès, chargé d'affaires d'Espagne. J'ai donc fait prévaloir l'expulsion du territoire français avec l'engagement pris par lui de ne pas aller en Amérique, surtout dans V Amérique espagnole. J'ai fait tous mes efforts, inutilement je vous assure, mon prince, pour que l'on prévînt au moins la cour d'Espagne, et que ce fût elle qui rappelât son chargé d'affaires; le roi, poussé par ses neveux, est resté inébranlable dans sa résolution de l'éloigner sans délai. Je verrai M. de Casa Florès à deux heures et je vous rendrai compte de notre conversation. En attendant, j'avais retenu le passeport qu'il demandait pour son courrier et je fais partir celui pour M. d'Agoult avant de lui remettre le passeport du sien, qui le suivra à peu d'heures de distance.
M. le prince de Laval partira plus tôt, le roi le désire et je l'annonce à M. d'Agoult. Nous avons proposé au roi de porter à moitié la somme des frais d'établissement réglée au tiers.
Il Ta approuvé ainsi que pour M. de Narbonne qui va partir pour Palerme. Le prince de Laval aura 100,000 francs, le comte de Narbonne 30,000.
Vous nous manquez, mais où ne manqueriez-vous pas quand une fois on a pu étabhr un rapport avec vous? Le lord Wellington me disait hier que le ministère ne marchait pas ensemble, que M. Louis lui contestait les choses les plus claires et les plus positives d'après les traités, même celles dont il était convenu avec vous! En effet, il n'y a aucune unité. J'ai vu assez longtemps Al. le duc d'Angoulême, il penche pour mettre M. du Bouchage (1) à la Marine à laquelle il ne croit pas M. Dumas propre! Je ne suis pas entré en discussion sur ce point et j'ai dit du bien de Dumas
(1) Bouchage (François- Joseph de Grate^ vicomte du), homme d'Etat, né à Grenoble, le l^^ avril 1749, mort à Paris, le 12 avril 1821. Ministre de la marine du 21 juillet au 10 août 1792. Il resta éloigné des affaires jusqu'à la seconde Restauration.
sans cependant prendre aucune responsabilité. Mais je l'ai vivement prémuni contre le malheur de nommer dans ce moment-ci M. Ferrand. Je lui ai fait observer que ce serait faire affront à la Chambre des députés où la discussion est vive sur M. Ferrand. Vous lirez le morceau des Débats de M. Mutin/ Peut-être reconnaîtrez- vous, dans le morceau qui suit la déclaration des puissances réunies au Congrès, la touche et la manière de celui qui l'a revu et corrigé, du moins si vous ne la reconnaissez pas, n'en parlez qu'avec révérence.
J'hésite à lancer encore dans les journaux des morceaux politiques. Je crains d'agir à contresens. Vos ouvriers, au moins ceux que je connais, MM. d'Arbelles et Peling, sont peu adroits et surtout peu instruits de l'état de la question. J'attends en vous observant que quand on ne donne pas sa pâture à l'opinion publique et au jugement des gens du monde, ils se jettent dans les conjectures et deviennent les défenseurs de leurs suppositions comme ils le seraient des morceaux qu'ils auraient approuvés.
M. le comte de Casa Florès sort de chez moi. J'ai dû l'informer de la résolution prise par le roi et je l'ai fait avec toute la mesure et la fermeté dont je suis capable. J'avais fait venir le baron Reinhard autant pour qu'il pût aider ma mémoire que pour qu'il donnât, en cas de besoin, les éclaircissements nécessaires sur les fautes de forme et de conduite du chargé d'affaires. Cela n'a pas été nécessaire, le comte de Casa Florès est un galant homme, un homme de cœur, qui s'est borné à détailler les motifs de sa conduite, à faire le récit des événements avec simpUcité, et qui m'a purement et simplement demandé un passeport pour son courrier et un pour lui, aussitôt que je le jugerais convenable. Il est certain que j'ai fait tout ce qui dépendait de moi pour le faire rester en rejetant tout sur l'ignorance des formes, ensuite pour adoucir la mesure en la faisant venir de sa cour. Le roi était vivement poussé par les princes ses neveux. Le conseil s'est jeté dans la question de dignité royale, d'honneur national, et inutilement le chancelier, l'abbé et moi surtout avons-nous plaidé pour les mesures de conciUation et de prudence. Le sacrifice que le roi
faisait aux liens de famille en forçant Mina à quitter le terriritoire français, il croyait le compenser en renvoyant le comte de Casa Florès. Plus de force l'eût rendu plus juste et cependant plus modéré, Mina courrait les champs, M. de Casa Florès en serait témoin et nous serions dignement et constitutionnellement placés.
Je vous embrasse, vous n'aurez pas plus d'humeur que moi.
Jaucourt.
P.-S. — Vous ai-je dit qu'hier à neuf heures, j'étais retourné chez le roi avec un bout de rapport nouveau, que j'y avais fait rentrer l'abbé, le chancelier, et que j'avais inutilement plaidé pour ma proposition?
Ce 22.
Paris, le 24 octobre 1814.
Le roi, à qui j'avais parlé du désir de M. de Rivière (1) d'aller vaquer à ses affaires, à qui j'ai rendu compte aussi de l'opportunité de faire revenir le général Andréossi, de laisser le vieux M. Aussie chargé des affaires, m'avait dit de lui remettre un petit rapport, ce que j'ai fait hier et il l'a approuvé par écrit, ce à quoi je ne m'attendais pas. Je vous ai fait rendre compte, dans ma lettre du chef de la division du Midi, de la marche que nous suivons et je m'arrangerai pour que tout soit autant que possible à votre disposition.
C'est dans son cabinet et seul avec lui que j'ai fait signer au roi les commissions que vous aviez demandées et dans les doubles intentions qui les rendent nécessaires, le roi a fort approuvé vos idées à cet égard. J'avais quelques extraits peu importants à lui présenter de ce Mariotti (2) et des gazettes, cela m'a donné occasion de lui dire quelques mots, il y a pris avec grâce et bonté et j'ai
(1) Rivière (Charles-François de Riffardeau, marquis, puis duc de), gêné rai et diplomate français, né à la Ferté-sur-Cher, en 1763, mort à Paris en 1828. En 1804, il prit part au complot de Cadoudal; condamné à mort, sa peine fut commuée en prison perpétuelle. La Restauration lui rendit la liberté et il fut nommé maréchal de camp, puis ambassadeur en Turquie (1814).
(2) Consul de France à Livourne, voir p. 32.
fini par lui faire lire votre lettre de Strasbourg qui l'a fait rire; il m'a dit: j'en ferai rire aussi le duc de Berry. Ainsi vos plaisanteries ont eu, mon cher prince, un double succès. Cette petite audience a duré une petite demi-heure; le chancelier et M. Ferrand s'étaient fait annoncer et ne sont entrés que lorsque le roi m'a renvoyé, le chancelier a été de bonne grâce pour moi.
Au conseil il y avait eu une scène dont^ l'abbé a fourni le sujet et le dialogue; il a jeté avec assez de brusquerie qu'il fallait cependant que l'on décidât du sort des journaux, qu'il serait indécent qu'ils fussent entre les mains de la police, soit par égard pour la Uttérature, soit par considération pour le public; le roi a dit : il y a des gens qui ne pensent pas comme vous. Gela a enflammé M. de Mont, qui a tout simplement dénoncé Beugnot, pour sa conduite dans la question de la liberté de la presse, sur l'iniquité des pensions, des charges diverses dont on écrase les propriétaires de ces journaux. «Si tout cela est, a dit le roi, on a tort, mais j'entendrai les réponses. » Il y a été répondu quelques mots et le roi, avec un peu d'impatience, a terminé par un petit adage latin qui ditj si tu entends une partie, écoute l'autre. J'ai vu Beugnot aux Affaires étrangères où il est accouru, je l'ai trouvé intimidé et cependant sa position était excellente. Je lui ai envoyé un homme d'esprit de mes amis et des siens, qui a causé avec lui et à fortifié les excellentes raisons qu'il a à donner.
D'abord dans quelle situation se trouvait le ministère : divisé en pays d'Etats générahtés, pays conquis, pays avec des droits, provinces franches, tout cela divisé suivant les temps, les circonstances, entre les différents ministères. Aujourd'hui ce qu'il est : réuni, renfermant les ministères du commerce, de l'instruction, de la librairie, prenant l'homme à sa naissance et le conduisant au tombeau, sans jamais cesser d'exercer sur lui une puissance variée; si à cette continuité de puissance on ajoute celle de fermer la^bouche et de maîtriser l'opinion, le roi lui-même ne saura que ce que le ministre de l'intérieur voudra bien lui dire. Beugnot s'est décidé à ne* pas écrire, à attendre de voir le roi et à faire suivre sa conversation d'un mémoire suivant le besoin.
La loi sur les douanes a été lue hier, le discours d'introduction de la loi sur les boissons, une loi sur les* mérinos, autorisant la sortie sur les laines avec un droit de 15 francs et 30 francs sur la laine brute et sur la laine lavée (!) libre introduction. Aussi l'avantage est en faveur des manufactures et cette loi n'a que l'apparence de la liberté.
J'ai expédié un passeport pour M. le baron et général de Boulnois (1) pour ^e^ affaires en Italie.
Je crois que je ferai, sans cous les écrire, la nomination de M. Pera pour le consulat de Civita-Vecchia, ce consul est désiré par M. BruUart qui part ou est parti pour la Corse.
Je m'attends à envoyer d'ici à deux jours en Toscane, sur la demande de celui qui a fait donner un passeport au général de Boulnois
Le roi n'a pas encore nommé M. Ferrand et l'abbé s'agite pour Dumas, il a annoncé qu'il écrirait au roi à ce sujet. Dumas se met en rapport avec M. le duc d'Angoulême par le comte Et. de Damas (2) avec vous par moi, avec le ministre de la guerre il pourrait arriver. Je lui ai fait écrire la lettre que je vous envoie, afin qu'il eût écrit ses sentiments et contracté des obligations. 11 a le cœur à la constitution, il m'a fait mille assurances de fidélité et de dévouement et il est proposé par l'abbé.
Voilà l'état des choses, mais en ne les envisageant que sous le
point de vue de la solidarité ministérielle, c'est le meilleur que
nous puissions trouver. Quant au talent de faire, il a bien des
moyens et il aura des ressources à l'occasion. Il est pour le moins
marin comme M. Ferrand.
Nos réunions ministérielles n'aboutissent pas à grand'chose,
(1) Maréchal de camp, lieutenant dans les gardes du corps du Roi, compagnie Noailles.
(2) Damas-Crux (Etienne-Charles, comte, puis duc de), général français, né au château de Crux le 10 février 1754, mort à Paris, le 29 mai 1846. Maître de camp (1784), il émigra et combattit dans Tarmée de Condé. Premier gentilhomme de la chambre du duc d'Angoulême (1801), il participa aux opérations de ce prince dans le Midi de la France en 1814, et devint lieutenant-général le 22 août de la même année. Il assista de nouveau le duc d'Angoulême en 1815, fut nommé pair de France (1815), et duc (1816).
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la dernière était chez le ministre de la guerre et a fini par le sommeil de Tabbé et le silence de M-. Louis; le chancelier y a été comme il est toujours, désirant qu'il se fasse de la besogne, en faisant le plus qu'il peut d'un très bon esprit, le pauvre Ferrand comme vous l'avez laissé.
M. de Goltz (1) se tourmente un peu indiscrètement pour des restitutions d'objets d'art, de science, etc. M. de Blacas luiarépondu que pour les objets non exposés aux regards du public, il serait empressé de satisfaire la cour de Prusse. A cela M. de Goltz a répondu qu'il ignorait ce que ces mots voulaient dire... M. de Blacas m'a annoncé amicalement que si je n'y voyais pas d'inconvénient, il le renverrait à moi pour qu'il en reçût l'explication d'après le texte des traités. J'ai fort approuvé cette disposition.
Je ne peux maintenant, mon cher ami, finir cette lettre sans vous dire un mot de cette nomination de M. Bourrienne(2); elle ne sort de la bouche de chacun qu'avec une réflexion critique, et vos amis n'ont à faire qu'à garder le silence, car les avantages de M. Bourrienne comme capacité, adresse,, esprit, etc., tournent à blâme avec le peu de principes qu'on lui suppose.
Mme de Jaucourt vous fait de tendres amitiés, Mme de Laval va très bien. Je pense qu'elle vous dit des nouvelles de société. Un grand dîner où la santé du roi a été portée par lord Wellington, où j'ai porté celle du prince régent et ce soir la cohue de tout Paris sont la seule occasion où j'aurais pu savoir des affaires de société.
Agréez mon tendre et inviolable attachement.
Jaucourt.
Paris, ce 24.
Paris, le 25 octobre 1814.
Je désire que saint Charles, votre patron, illumine les cabinets de l'Europe et mette sur vos lèvres le miel de la persuasion : s'il préside à votre santé il aura déjà fait assez pour vos amis et certes
(1) De Goltz, ambassadeur du roi de Prusse à Paris.
(2) Ex-secrétaire de Napoléon pr, nommé par Louis XVIII chargé d'aiïaires à Hambourg.
il aura fait beaucoup pour le service du roi et le bien du pays.
Je vous envoie copie de la note à moi remise ce matin par le roi, qui m'a ordonné de faire une instruction faisant suite à la première, et corroborant les principes dans lesquels elle a été dictée. Comme je ne l'ai pas lue, que M. Reinhard ne l'a pas ou presque point vue, la note du roi a été notre texte et nous ne nous en sommes pas écartés. Le roi l'a approuvée de sa signature, et plus encore par ce qu'il m'a dit. Il sent vivement la situation de l'Italie, la position dans laquelle notre démarche nous jette. Car le po ds de la guerre, si elle a lieu, tombera presque entièrement sur nous; les armées de l'Autriche s'occuperont du sort de l'Italie et la Bavière et nous supporterons les efforts des Prussiens et de l'empereur Alexandre. Le lord Wellington m'a tenu ici le même langage que le ministre anglais vous a tenu à Vienne, il y a donc des principes établis et non pas seulement des sentiments. Le roi de Saxe n'intéresse guère : on se dit que la Prusse puissante est une rivale utile de l'Autriche, et plus tard une barrière contre la Russie : que l'indépendance de la Pologne est une chose nécessaire et vraisemblable, si elle est réunie en corps de nation. Que peut-être les mouvements de guerre, de quelque manière qu'ils s'opèrent, vont mettre l'Allemagne en révolution et l'Europe en feu. Placé sur les lieux, fort de votre expérience, vous sourirez, mon cher prince, à mes réflexions parisiennes, je les bornerai donc à vous dire que la réunion de nos troupes avec les troupes autrichiennes sera tout à fait contre le sentiment national, contre l'opinion populaire et surtout contre le goût de nos soldats.
M. de Noailles part comme courrier, le roi a permis qu'il mît dans sa voiture le comte de Custines auquel le roi sait gré de son zèle et de son dévouement, lors de l'entrée en France de Monsieur son frère; d'ailleurs même, son passeport ne lui donne ni titre ni qualité. Il va voir Vienne comme un autre voyageur, le roi le sait, voilà tout.
M. de Noailles n'a dit que ce matin son départ et ne Ta pas dit même à toute sa famille; on n'en parlera pas.
J'ai envoyé au comte de Casa Florès hier son passeport, je le
verrai ce matin sans aucune forme diplomatique, il me Ta demandé par un billet après avoir répondu convenablement à la lettre officielle. Je vous donnerai samedi quelques détails sur Mina : la conduite du roi a plu, comme vous pouvez penser, à tout ce qui est ici Libérales, le comte Ferrand, qui se croit naïvement de ce nombre, a été porter la loi qui proroge d'un an la surséance en faveur des débiteurs colons : il compte y glisser quelques heureuses explications sur le passé. J'ai peur qu'il ne s'embourbe encore. Il est fort aisé de n'avoir pas tort avec les assemblées, mais très difficile, une fois mal placé vis-à-vis d'elles, d'en revenir.
Au reste, on le croit in petto nommé ministre de la marine, et je crois que cet in petto est connu de lui.
J'ai vu Beugnot et le verrai encore d'après vos idées, mais l'homme de Lille a un instinct de conservation qui ne le trompe jamais.
Votre correspondance reste dans mon secrétaire et ne sort de celui du roi que pour y entrer, vous pouvez en être assuré.
M. de Marialva me semble disposé à partir pour Vienne. Le chargé d'affaires de Russie (1) m'a parlé du retour prochain du général Pozzo di Borgo et m'a voulu faire croire que tout allait le mieux du monde à Vienne. Je vous envoie liia réponse aux députés de la banque de Hambourg, ce n'est pas affaire finie> nous déclinons la proposition, le duc de Wellington la reprendra.
Il nous chauffe sur les liquidations; M. Louis hier (et je l'ai vu par ordre du roi) m'a dit qu'il n'apportait aucune difficulté à suivre les liquidations : mais les liquidations faites, il s'élèvera une sérieuse difficulté. Les Anglais ont payé intégralement et sans retenir même le dixième imposé sur les rentes, traitements, etc. Si nous leur faisons éprouver une différence quelconque, ils se rejetteront sur la compensation à établir entre les frais des prisonniers des deux pays, il peut par le traité défendre cette prétention et dans ce cas nous serions en débet de quatre à
(1) M. de Boutiakine, intérimaire du général Pozzo di Borgo pendant le Congrès de Vienne.
cinq millions sterLy tandis que la différence du payement intégral des dettes particulières ne nous oblige qu'au rapport de deux millions sterling environ.
Je profite de l'occasion de M. Alexis de Noailles pour vous envoyer trois boîtes, que je vous ai annoncées dès le lendemain du départ de M. de La Besnardière, données, savoir la plus belle et une autre à Votre Excellence, la troisième à M. de la Besnardière. C'est le roi de Suède qui vous a fait ce cadeau. Vous l'avez tellement peu considéré que vous ne m'en avez jamais parlé ni moi à M. Seymul (l),avec qui depuis je n'ai eu que d'assez mauvaises relations. Vous savez que le comte de Gothorp nous arrive, nous ferons comme pour le Casa Florès, nous fermerons l'écritoire des journalistes. Ma femme ne vous écrira que samedi, l'honneur qu'elle a d'offrir à dîner à la princesse de Talleyrand avec les ambassadeurs l'absorbe.
Agréez mon respectueux hommage.
Jaucourt,
Rappelez moi je vous prie au souvenir du duc de Dalberg et si vous y pensez à celui du général Pozzo.
Paris, ce 25 octobre.
Paris, le 29 octobre 1814.
J'ai fait de mon mieux pour ajuster l'affaire de M. le comte de Casa Florès, au moins en ce qui dépendait de moi. Il part demain dimanche. Je lui avais envoyé son passeport depuis plusieurs jours, mais laissant le moment de son départ à sa discrétion.
Je suis sûr qu'il n'a pas écrit une seule phrase dictée par le ressentiment, qu'au milieu du chagrin que tout ceci lui a causé, il n'a pas perdu de vue l'obligation de maintenir, autant qu'il dépendait de lui, l'harmonie entre les deux cours. Il est disposé à prévenir favorablement le duc de San Carlos (2) sur le choix
(1) Seymul, ambassadeur de Suède.
(2) San Carlos (duc de), plénipotentiaire espagnol au congrès de Vienne,
iSPONDANCE DU COMTE DE JAUCOURT
!javal, à faire remarquer comme une preuve d'un I amical le départ de l'ambassadeur, avant que le fût annoncé d'une manière positive (il l'est, au ment, par une lettre de M. d'AgouU qui l'annonce tant en route le 4 novembre).
■é que j'écrirais à M. d'Agoult et que j'instruirais rince de Laval que le roi verrait sans aucun déplai-
C. lui donnât du service, des emplois, des grades ion existence et à sa considération personnelle; ! inconsidéré et une assez grande ignorance des atiques l'avaient induit à erreur, le roi savait et ^er le comte de Casa Florès, général fort recom-
chai^ d'affaires coupable d'une imprudence, qui m'a paru lui faire plaisir, que je vous informe- ^Is.
ntiellement je vous dirai que M-. le directeur géné- ! n'a pas fait sortir Mina du royaume, mais le met î en France, que je suis même censé l'ignorer et iti qu'il serait toujours en mesure de lui rendre sa ilque part que vint l'ordre de le représenter. J'ai lina, ce n'est au premier coup d'oeil pas plus qu'un
logis vigoureux et distingué d'un régiment de j pourriez à cela me dire que nous comptons entre maréchaux des gens partis de là, mais ici c'est le f d'un corps de douze à quinze mille hommes qui m sous-oflicier.
rouvé votre circulaire, elle va courir toute sa carient, n'ayant pas, m'a-t-il dit, regardé l'envoi de 1 comme l'acquit de sa correspondance. Il ne m'a ondu sur la lettre reçue ou brÛléedeM.Genty (1).
ai parlé d'autre chose et ni lui ni moi n'y avons ai soin de le lui redemander, turrier vous porte une traduction du mémoire en
ici de l'ancien député du département du Hont- Blanc à la srsaire véhément des Jacobins?
réponse à notre lettre adressée aux députés de la banque de Hambourg. J'ai, je vous l'avoue, un peu d'impatience de vous revoir aux prises avec le duc de Wellington. Sa manière incisive et pressante, plus dure que hautaine, sera très bien déjouée par vous et ne fait que m'embarrasser. Je ne sais sur quel terrain me placer et je crains de ne pas me trouver d'accord avec vous. D'ailleurs, je suis, je l'espère, un des plus dévoués et des plus fidèles serviteurs du roi. Mais je ne le suis pas de façon à prendre les assurances d'attachement du duc de Wellington à sa personne, pour l'équivalent de ce qu'il refuse de déférence et de considération à la France et au ministère du roi.
J'aurai l'honneur de vous envoyer mardi ; 1° Le travail de M Reinhard sur la Suisse; 2° un petit rapport sur l'affaire dont vous parle le duc de Luxembourg (1), et la personne du général Mallet (2), la confiance, les façons amicales du marquis de Marialva, qui d'ailleurs va vous aller trouver, m'engagent à penser que quelques rapports établis avec prudence et adresse entre la France et le Brésil seraient profitables et même très nécessaires.
Le comte du Pont a présenté au Conseil hier un travail tendant à mettre l'armée au complet effectif du pied de paix, à passer en revue les hommes renvoyés, mais susceptibles d'être rappelés aux drapeaux. Sur ma proposition on ne fera les revues qu'au chef-lieu d'arrondissement au lieu de celui du département. J'ai eu en vue de laisser plus de vague sur le résultat de l'opération et de ménager les frais de rassemblement. Nul doute que pour reprendre la Belgique et se reporter sur le Rhin, tous les soldats et même les recrues ne courussent; mais dussiez-vous aller à Naples, vous ne pourriez mettre la France en mouvement
(1) Luxembourg (Charles-Emmanuel-Sigismond de Montmorency, duc de), né à Paris le 27 juin 1774, mort le 5 mars 1861. Emigré (1792), nommé maréchal de camp et pair de France à la première Restauration; la seconde le fit lieutenant-général, puis ambassadeur au Brésil (1816).
(2) Mallet (le baron François), général français, né à Genève, le 9 avril 1765, mort près de Paris, en 1839. Pendant les Cent- Jours, il organisa un mouvement royaliste dans l'Ouest. Louis XVIII le nomma gouverneur du Haut- Rhin, puis baron et commandant de la garde suisse. Charges X le fit ieutenant-général.
1 passant parla : aussi les cinquante mille hommes de troupes, le public donne le commandement au lordWellington, sont-ils use de l'éloignement que Paris a pour lui. Paris vous attend quinze jours, le départ des souverains le dix annonce, à ce l'on croit, le départ de lord Castlereagh, et le vôtre. uis est venu hier causer avec moi et nous ne nous sommes 'es qu'à minuit. Vous aurez remarqué que la Chambre des tés, traversée en tous sens par les impulsions du comte de ts, de l'abbé, du Ferrand, même du chancelier, a flni, après ' blâmé le discours insensé du Ferrand par le justifier, en jsant tout ce qu'il regrettait de ne pas proposer. Tant et si que les plus sages ont demandé à entendre M. le ministre mances. Louis est effrayé : 1° de la rognure de soixante mil-
que l'on a faite à son budget (sur le sel, sur les droits réu- ^tc), ajoutant à cela la libéralité insensée avec laquelle on
restituer, le crédit s'en va au diable, et le système avec. Il enu se renforcer avec moi qui ne demande pas mieux que icrifîer les considérations à l'utilité. Nous sommes convenus,
réilexion nouvelle, que demain dimanche on descendra le roi, que l'on détendra les principes, que l'on s'autorisera n nom pour tenir ce langage à la Chambre, que les ministres
tous, afin de marquer la sohdarité du ministère en soi et opinion dans cette question. Louis parlera et l'on poussera é à se montrer un peu.
irdi vous saurez le résultat.
tre lettre, mon prince, répond très spirituellement aux tes de M. le duc de Berry, mais on élève des ouvrages sur lacis de Landau et le fait est certain, et vous aurez à com- ■e le ministère de la guerre, les princes et le roi lui-même qui it mot, mais qui ne trouve pas les plaintes déraisonnables.
duc de Berry m'a demandé si vous me parliez de son ma- . 11 m'a montré un peu d'humeur de la rigidité papiste et ine du roi. Je lui ai répondu que vous ne m'en disiez rien. suppose que la naissance de M. le duc de Nemours lui donne
activité matrimoniale.
Adieu, à mardi, je rassemblerai tout ce qui est en arrière et
vous offrirai un meilleur courrier.
Je vous respecte, vous admire et vous désire avec tous les
sentiments de Tamitié la plus dévouée.
Jaucourt.
Paris, ce 29 octobre 1814.
Talleyrand à Jaucourt
Vienne, le 31 octobre 1814.
J'ai reçu, monsieur le comte, une lettre de M. le prince de Laval. Il me parle des difficultés relatives aux choix qu'a fait le roi de M. Bellocq (1).
Ecrivez, je vous prie, à M. d'Agoult de vous faire savoir d'une manière précise jusqu'à quel point la présence de M. Bellocq a pu être désagréable au ministère de Sa Majesté catholique, car si l'on élève des réclamations sur un jeune homme dont les fonctions consistent uniquement à être interprète et qui n'a pu prendre aucune part aux affaires d'Espagne, il est à craindre qu'on en élève davantage encore sur MM. Bellocq père et Desjobert. A la rigueur, on peut se passer dans ce moment d'un troisième secrétaire et d'après la réponse de M. d'Agoult, vous pourriez faire revenir à Paris M. Bellocq; on s'occuperait ultérieurement de le remplacer. Communiquez ma lettre au prince de Laval, s'il n'est pas encore parti.
J'ai l'honneur de vous renouveler, monsieur le comte, l'assurance de mon sincère attachement et de ma haute considération.
Signé : Le prince de Talleyrand.
Vienne, le 31 octobre 1814.
Monsieur le Comte,
Je vous prie de vouloir bien parler au roi de l'affaire dont vous devez avoir connaissance relativement à M; l'évêque d'Orthosia
(1) Bellocq fils, secrétaire de l'ambassade française à Madrid.
et à M. Isoard. Il vous donnera probablement des ordres à cet égard. M. l'archevêque de Rheims sera sûrement étonné que M. l'évêque d'Orthosia, qu'il nous avait dit avoir à Rome un crédit personnel, n'avait pas pu obtenir son admission à la Rote. Agréez, Monsieur le comte, l'assurance de ma haute considération.
Signé : le prince de Talleyrand.
P.-S. — M. l'archevêque vous remettra deux pièces venues de Rome que je lui ai adressées directement.
Jaucouri à Talleyrand
Paris, le l** novembre 1814.
Aucun courrier ne nous étant arrivé depuis jeudi que nous avons reçu celui du 20, je n'aurai, mon prince, rien à vous envoyer de la part du roi. Votre circulaire approuvée par lui a été envoyée partout, conformément à vos ordres.
Nous avons eu dimanche notre réunion habituelle chez M. le comte de Blacas. M. de Montesquieu y vient actuellement sans difficulté, et d'ailleurs celle-là devait être remplie par deux objets très importants. Le premier était connu, mais non annoncé, votre dépêche au roi et votre lettre au ministre de la guerre, ainsi que l'instruction que j'ai eu l'honneur de vous adresser, conformément à votre demande, nécessiteraient en effet une délibération, puisque les dispositions prises par le ministre de la guerre augmenteront la dépense de trente à quarante millions. Le premier objet était la discussion actuellement en train à la Chambre des députés. Je suivrai les deux choses en même temps, comme elles ont eu lieu dans le cours de cette séance. D'abord, vous saurez que la veille, Louis était venu me voir, me dire que si nous laissions aller la Chambre dans son mouvement expansif en faveur des émigrés, il n'y avait plus de bugdet. Saint-Cricq (1) était venu me voir; suivant lui, il fallait créer de nouveaux moyens, et Berenger
(1) Saint-Cricq, directeur de Tadministration des douanes (1814).
le plus fort de tous, était venu m'annoncer la guerre civile et le sort de la monarchie remis au hasard des événements. Le chancelier s'est présenté préparé. Montesquiou, qui voit mieux et plus loin, abattu, le Ferrand, satisfait de tout le bien qu'enfante son discours, Louis et moi nous animant du regard. Au bout de quelque temps, M. de Blacas a été appelé et est rentré en disant que le roi nous demandait. Le roi a dit qu'il devait à la résolution même, qu'il avait formée de conserver la paix par tous les moyens honorables, de montrer son armée plus respectable; qu'en la mettant au complet du pied de paix, il ne faisait rien d'hostile mais seulement prenait une mesure de sûreté. Il a demandé alors combien ce changement apporterait d'augmentation dans la dépense de son armée : le comte du Pont a répondu de trente à quarante millions. La loi sur les émigrés a été le premier point dont il a jugé à propos de parler, et il a répété sa réponse aux députés de la Chambre dans laquelle il avait dit : « Le roi vous a proposé dans sa sagesse ce qu'il a cru nécessaire, Louis verra avec plaisir ce que la Chambre croira pouvoir faire de plus »; il a ajouté quelques phrases sur le même sujet et dans le même sens. Le ministre des finances a parlé avec respect, assez de convenance et beaucoup de force sur l'impossibilité de faire avec soixante millions de moins, retranchés sur son budget, vingt millions de plus à payer par les amendements mis à la loi et la culbute de tout crédit par la faciUté de créer des rentes, de faire triple service; il a démontré l'impossibilité de suivre son plan; il a développé ses idées et le roi a paru plus fâché que convaincu. Personne nedisait mot, si ce n'est le chancelier qui a murmuré qu'il fallait cependant ne pas décevoir de justes espérances, des droits fondés sur la justice; qu'ici s'arrêteraient les prétentions des émigrés et naîtrait la confiance des acquéreurs de leurs biens. Le roi m'a permis de parler et, en substance, j'ai dit que si notre dévouement, notre amour pour le roi était le même, il y avait grande différence dans nos antécédents, que lorsque le roi, dans sa sagesse, avait formé son conseil d'hommes placés dans des positions différentes, il avait voulu profiter de la diversité de leurs rapports et de leurs
connaissances : que je ne craignais point de dire qu'en traversant les trois salons qui précèdent le cabinet du roi, j'avais mieux connu l'opinion que M. le chancelier avec toutes ses conversations : que l'un des maréchaux les plus distingués m'avait dit que les généraux se rassemblaient et voulaient déclarer que leurs dotations perdues pouvaient aussi bien être imputées sur la dette de l'Etat que les rentes dues aux émigrés, etc., etc., que l'agitation était grande, que s'il était vrai qu'il n'y eût pas un seul parti contre les Bourbons, il était vrai qu'il y avait une grande diversité d'intérêts. Que du moins, du conseil du roi il ne devait sortir qu'une seule opinion faite et formée dans l'intérieur, et unique au dehors, que, puisque le ministre des finances allait à la Chambre parler dans une question difTicile et délicate, nous devions le soutenir, au moins de notre présence, y être presque tous, et prouver par notre présence que nous et lui agissions dans la volonté du roi. Le roi a regardé Montesquieu qui n'a rien dit; il a parlé alors d'une troisième chose peu importante, et nous a renvoyés pour continuer à délibérer en haut. Louis, chez M. de Blacas, m'a dit : « Je compte sur vous demain, pour la Chambre. » Je le lui ai promis, le comte du Pont aussi. Le chancelier m'a dit avec amertume : la consolation d'avoir perdu est d'empêcher les autres d'obtenir. — Pour les mauvais coeurs, lui ai-je dit, mais prenez garde. Monsieur, que les esprits aigris font souvent les mauvais cœurs.
Hier matin, j'ai reçu à huit heures une lettre du chancelier me prescrivant de ne pas me rendre à la Chambre; le même avertissement, je suppose, en d'autres termes, avait été donné à M. le comte du Pont, qui est venu me voir. Le chancelier, après le conseil, m'a dit quelques mots très polis, le roi m'a remis une petite note avec une explication douce et bonne et plus étendue que la chose ne valait. Le conseil a été fort nui et le maréchal Moncey, qui m'a ramené, m'a prouvé par ce qu'il m'a dit, que si je n'avais pas persuadé, c'est que j'avais manqué de talent. M. Ferrand, avec son discours, et les autres niais de défenseurs d'émigrés, font en ce moment un mal qui aura des suites.
Dans le Moniteur, vous verrez que M. Laine (1) a enlevé la parole pour demain à M. Bédoch (2), qui a pris dans la Chambre la première place comme talent et habileté, qui a improvisé trois heures avec éloquence et capacité, maître de lui, de son sujet, plein de ressources et, à ce que l'on dit d'ailleurs, homme de probité.
Je finis tout ce griffonnage par ce mot : que l'on évite de faire nommer le roi le roi des émigrés, car ce renom aurait de funestes conséquences.
M. le duc de Berry est fort occupé de son mariage n'importe avec qui; sur ce point, il a raison. Il est nécessaire qu'il soit marié et qu'il ait des enfants, c'est à vous, mon prince, à le marier pour l'intérêt de la France. On s'obstine à croire que vous serez ici très promptement, à juger votre présence déplacée après le départ des souverains.
Je vous ai rendu compte de toute l'affaire Casa Florès jusqu'à son départ inclusivement. M. le prince de Laval muse et la famille Ty encourage, afin que le retour du courrier nous apprenne ce qu'il a à craindre ou à espérer. J'aiu*ais désiré qu'il étonnât par son arrivée subite, qu'il prévînt les résolutions, qu'il opposât le mérite de son empressement à la rigueur de l'autre affaire, le roi le sentait ainsi, mais en lui disant dans son audience de congé, samedi :py penserai, et en admettant le temps nécessaire pour des préparatifs de voyage qui sont plus ou moins dans la main de celui qui les fait, il m'a ôté la force nécessaire pour déterminer M. de Laval. Il m'a, après deux longues conversations, demandé deux longues séries de réponses par écrit. Je lui donnerai une instruction succincte prise dans nos liens, dans nos rapports, dans nos intérêts. Je motiverai la mesure du renvoi sur la dignité nécessaire et, pour ainsi dire, respective aux deux couronnes, etc.
(1) Laine (Etienne-Henri- Joachim, vicomte), homme d'Etat français, né à Bordeaux le 11 mars 1767, mort à Paris, le 17 décembre 1836. A la Restauration, nommé par Louis XVIII président de la Chambre des députés, il se réfugia en Angleterre pendant les Cent-Jours, puis reprit son poste à la fln de 1815. Il fut nommé ministre de l'intérieur le 7 mai 1816.
(2) Le chevalier Bédoch, député de la Corrèze.
Au reste, j'ai beaucoup causé avec M. Desjoberts (1) et M. Bellocq, et mis M. Reinhard à contribution dans les instructions.
Entre autres choses, M. de Laval m'avait demandé ce qu'il aurait à faire s'il trouvait M. d'Agoult en chemin. J'ai pensé que si M. d'Agoult ne lui remettait rien qui lui fût personnel ou ne l'informait pas d'une mesure prise à son égard, sa présence ne pouvait qu'être utile et nécessaire pour faire finir toutes les difficultés, qu'il ne fallait pas s'arrêter à des démonstrations plus ou moins froides, mais attaquer le duc de San Carlos et le ministère, et qu'enfin il ouvrait dans cette affaire diplomatique une tranchée, et qu'il n'était pas plus permis dans cette occasion qu'à la guerre de ne pas s'y montrer de bonne grâce.
Le roi a fait avant-hier votre éloge, mon prince, a loué votre talent, votre conduite au congrès, et m'a paru dans toute la justesse et la sagacité éminente de son esprit, sur ce sujet.
La duchesse de Courlande, chez qui je passe ma vie, m'a fait l'honneur de me faire dîner, dimanche, avec la princesse de Talleyrand, demain avec M. l'archevêque de Rheims*. Il sera dans une véritable jubilation, le Pape fait tout ce que l'on veut relativement au Concordat; le premier courrier vous portera un petit compte rendu de*cela. Seulement, le pape voudrait que les évêques eussent un peu de^biens fonds. M. Jourdan et sa commission vont, dans un rapport, ajouter aux bonnes raisons données par M. de Pressigny, et moi j'aurai la joie de contribuer à renverser ce concordat, en faveur duquel j'ai parlé comme tribun. C'est une belle chose que de vivre; le temps justifie ou, du moins, dénature tout.
Mille hommages.
Jaucourt.
J'entends l'ambassadeur d'Angleterre.
Paris, ce !«' novembre.
P.-S. — Le lord Wellington sort d'ici; il veut renvoyer l'affaire du duché de Bouillon par devant le lord Castlereagh et vous, puisque nous n'en décidons pas ici; il pense qu'il faut enfin que la
(1) Desjoberts, consul général à Madrid.
chose se traite dans un lieu ou dans un autre par les ambassadeurs au congrès ou les autorités compétentes ici. Comme je vous crois plus de moyens positifs et plus de ressources dilatoires, je lui donne copie de la lettre du général Guilleminot (1), et il va l'envoyer au lord Castlereagh. Je vous en préviens, mon prince, il me presse pour les liquidations et accuse Louis de mauvaise volonté. Nous sommes en bataille rangée sur l'affaire de la banque et en explication sur une affaire relative à la traite des noirs, voilà tout!
Paris, le 5 novembre 1814.
Mon Prince,
Je continue à vous accuser la réception de vos dépêches relatives aux affaires du ministère.
Dans les deux lettres du 16, il est question de différents objets concernant la mission de M. de Pressigny. J'ai eu l'honneur de vous en entretenir ailleurs. On a, dans les divisions, pris note des paragraphes concernant la Uquidation avec le Danemark, les héritiers du prince de Saarbruck, le prince Giustiniani et M. Allard; les instructions générales et particulières qu'ils renferment, nous serviront de règle.
Les raisons par lesquelles vous m'engagez à presser le départ du prince de Laval m'ont paru, ainsi qu'au roi lui-même, acquérir encore plus de force par les derniers incidents; et c'est dans ce sens que j'ai répondu à une lettre par laquelle cet ambassadeur a cru devoir me consulter dans l'hypothèse de différentes mesures qu'il imaginait, que le renvoi de M. de Casa Florès pourrait faire prendre au gouvernement espagnol.
La lettre de Votre Altesse, du 19, qui répond aux observations faites par M. le commissaire pour les limites de l'Est, met le département à l'aise à l'égard d'une concordance qui, en remet-
(1) Guilleminot (Armand-Charles, comte de), général et diplomate français, né à Dunkerque,le 2 mars 1774, mort à Bade, le 14 mars 1840. Général de brigade (1808), général de division (1813). Rallié aux Bourbons, il fut nommé, en mars 1815, chef d'état-major du duc de Berry.
tHBESPONDANCE DU COMTE DE JAOCOUBT
estion ce qui a été décidé par le traité, commençait à ibarrassante. J'apprends, d'un autre côté, que sur les les commissaires respectifs commencent à s'entendre, sieurs empiétements dont s'étaient plaints les nôtres, Iressés.
e du... (?), qui décide la question relative au duché 1, et répond à la fois à la lettre du général Guilieminot servalions qui m'avaient été transmises par le ministre tur, est arrivée fort à propos. Le duc de Wellington, 'un sous-préfet avait été envoyé à Bouillon pour faire îrment d'obéissance au roi, m'avait adressé une note emander des explications. Je venais de les lui donner it lorsque la décision de Votre Altesse m'est parvenue, re valoir encore davantage, je lui en ai fait part imméaprès lui avoir communiqué les observations du général t.
ort ci-joint de M. Chrestien mettra Votre Altesse au tension que le ministre de la guerre prétend donner à la 1 des officiers à attacher à la commission des Umilea M. Chrestien assure que celle des quatre ingénieurs concertée avec votre département : aussi, n'ai-je fait Ficulté de l'annoncer à M. de la Roche-Aymon (1). inistère de la guerre on paraît d'autant plus porté à ïue de nominations, qu'il y a un nombre immense îherchant à être placés. Ces frais inutiles retomberaient îrtemcnt qui, d'ailleurs, ne peut se laisser dépouiller u'il a d'induer sur ces nominations.
îquence, je ne donnerai pour le moment aucune suite e M. le général Dupont m'annonce, et au besoin jelui e vous en ai fait mon rapport et que j'attends votre ela aura d'autant moins d'inconvénients que rien ne
)che-Aymon (Antoine-Charles-Ktienne-Paul, comte de), gênés politique français, né à Paris, le 28 février 1772, mort à Paris, 49. Il prit parti contre la Révolution, fit la campagne de 1792, u service de la Prusse, qu'il quitta en 1812. Louis XVIII le
Schal de camp (181'.) et pair de France (181.5).
presse, et que, selon toute apparence, la commission, des limites d'Espagne n'entrera en activité qu'au printemps prochain. Je crois cependant devoir prévenir Votre Altesse que le roi lui-même m'a nommé M. de Missi, colonel du génie, qu'il voudrait attacher à cette commission, et que parmi les officiers proposés par le ministre de la guerre se trouve un frère de M. Roux, chef de la division du Midi. Ces deux officiers devront sans doute obtenir la préférence.
Plusieurs ministres m'ont engagé à écrire à Votre Altesse en faveur des Portugais venus volontairement en France, et qui, aujourd'hui, éprouvent des difficultés pour retourner chez eux. Veuillez, mon prince, vous intéresser à leur sort auprès des ambassadeurs de Portugal qui se trouvent actuellement à Vienne.
Agréez, mon prince, les assurances réitérées de ma très haute
considération.
François J au court.
Paris, le 5 novembre 1814.
Mon Prince,
Lorsque l'armée française se fut emparée de Lisbonne en 1808, M. le général Junot qui la commandait et qui établit aussitôt en Portugal une autorité militaire fît dresser un acte d'adhésion au nouvel ordre de choses et le fît porter à Bayonne par une dépulation. Il eut soin, dans le choix qu'il fit de ses membres, de désigner ceux dont le séjour en Portugal lui aurait paru contraire au système et à l'action du gouvernement français : ce fut dans ce sens qu'il s'en exprima, lorsqu'il prévint de leur mission le ministre des relations extérieures, et il demanda que ces députés fussent retenus en France.
On put, dès lors, les regarder comme des bannis dont l'exil était couvert d'une apparence de mission et, par égard pour leur caractère ostensible, le gouvernement français leur accorda des secours, mesure d'autant plus nécessaire qu'on les avait fait partir précipitamment de Lisbonne, en leur laissant espérer un prompt retour, et sans leur donner le temps de rassembler leurs ressources.
CORRESPONDANCE DU COMTE DE JAUCOURT es députés portugais demandèrent souvent l'autorisation irner dans leur pays; mais le gouvernement français ne le point. Quelques circonstances facilitèrent la rentrée de s d'entre eux; les autres sont restés en exil, ne pouvant aucuns fonds de leur pays et n'obtenant en France que urs insuffisants et irréguliers qui ne pouvaient pas même ? à leurs premiers besoins.
>sition où ils se trouvaient ne leur laissait aucune action, influence sur la marche des événements en Portugal, fernement du prince régent n'avait à leur imputer ni attiré les armées françaises en Portugal, ni d'avoir contout ce qui avait été fait depuis leur départ. On pouvait roire, quoiqu'ils n'aient point cessé de se conduire en àvec réserve, qu'ils formaient des vœux pour le retour de gouvernement de leur pays, puisque l'établissement du . était devenu la cause véritable de leur exil, nation où ces réfugiés se trouvent les rend dignes d'in- ] parait convenable qu'ils ne soient pas abandonnés, il si de ne pas les laisser à la charge de la France et de cherintéressant à eux leur gouvernement, à leur faire recou- ■ patrie et les biens qu'ils ont perdus.
suis entretenu de leur position avec M. le marquis de Maest porté à les recommander à l'indulgence de sa cour, et Altesse veut bien lui en parler aussi avec le même intérêt, ns doute disposé à agir encore plus positivement en leur
honneur d'envoyer à Votre Altesse un état de MM. les portugais.
comte d'Ega, dont le nom s'y trouve joint, ne faisait rtie de cette première députation. Il a quitté le Portugal capitulation de Cintra du mois d'août 1808, et il a pu e moins étranger aux événements antérieurs; mais le de sa position intéresse, et Votre Altesse voudra sans comprendre dans ses recommandations.
'ici le gouvernement portugais n'a pas repoussé, comme
l'Espagne, tous ceux qui étaient sortis du royaume avant le rétablissement de son autorité. Le nombre des réfugiés actuels est peu considérable et leur prolongation de rigueur n'aurait pas le même prétexte du maintien de l'ordre et de la paix publique.
Je suis avec la plus haute considération, mon prince, de Votre Altesse, le très humble et très obéissant serviteur.
François Jaucourt.
Cette lettre est annoncée par la mienne au prince, même date, même courrier.
Le 5 novembre 1814.
Paris, 5 novembre 1814.
Nos courriers sont, en effet, comme des tortues. J'ai fait dire que l'on repousserait toutes les prétentions des aspirants, s'ils ne se montraient pas plus dignes de tout l'honneur qu'on leur destine, mais je crois que le profit ralentit beaucoup la marche de l'honneur et qu'ils encombrent leur carriole de tout ce qu'ils peuvent y faire entrer.
Le baron de Vincent avait eu hier des nouvelles du 28; les vôtres sont du 25, et même du 24. Lord Wellington, chez qui j'ai dîné hier avec tous les ministres de France, avait également des nouvelles postérieures aux nôtres : toutes ces nouvelles, du moins ce qui en a transpiré m'a fait grand plaisir. Je les regarde comme une heureuse annonce d'un changement favorable dû à votre persistance et à votre sagesse. Déjà des morceaux du Courrier et d'un autre papier nous rassuraient sur les idées violentes annoncées par les autres et précédemment par ceux-là même; mais ce qui m'a paru d'une toute autre importance, le duc de Wellington, dans sa conversation, m'a exprimé nettement que si vous vous entendiez avec lord Castlereagh, comme il paraissait que de part et d'autre on en avait l'intention, il n'y avait nul doute que l'empereur Alexandre ne fût complètement repoussé dans ses prétentions extravagantes, et même à ce qu'il espérait, sans troubler la paix. Les phrases très mesurées du baron de
CORRESPONDANCr: DU COMTE I)K JAUGOURT
Vincent étaient dans le même genre. J'ai profité de votre décision formelle relativement aux limites, pour jeter un peu de bienveillance mutuelle dans nos rapports créoles et indiens; quant à la banque d'Hambourg, le mépris que cette affaire vous inspire me fait sentir encore davantage la différence et la distance immense qu'il y a entre un pauvre pastiche de ministre comme moi et le premier diplomate du congrès Européen comme vous. Au reste, M. Ferrand, qui tire avec sa béquille les portes de la marine et lui-même, a donné assez imprudemment un rendez-vous à lord Wellington pour parler de tout ce qui est relatif à la traite et aux colonies et m'a proposé d'y venir, ce que je ferai dès que votre courrier sera parti. J'y mènerai M. Reinhard : primo pour me renforcer, ensuite pour discuter la valeur et le sens des articles du traité. lime semble que les étrangers de toutes parts ne nous conçoivent pas dans des calculs, pris hors de nos affections, de trouver tant de danger à laisser agrandir la Prusse. Cette puissance obéira d'autant moins qu'elle sera plus forte et sera une barrière d'autant plus qu'elle pourra défendre ses droits; au reste, je ne me permettrais pas même cette réflexion, si je ne voulais en prendre occasion pour vous parler de la sensation que fait l'ordre donné par le roi de ramener sous les drapeaux une partie des absents, jusqu'à concurrence du pied de paix. On s'en étonne et, dans le ministère, cette résolution spontanée du roi a paru plutôt l'effet d'une bonté protectrice, de l'entraînement qui a augmenté les charges du ministère de la guerre, que le produit de vos dépêches. On s'est persuadé, dans le ministère et dans le public, que vous ne vouliez que des démonstrations en paroles et par écrit et non pas une véritable mesure qui coûtera quarante milhons, qui paraîtra un peu menaçante, qui fera arriver peutêtre plus de monde dans la Belgique, etc. Notre prince le plus guerroyant m'en a parlé sur ce ton et, pour cette fois, en blâmant la facilité qui a fait payer une armée inutile et qui a diminué le nombre des soldats au profit des officiers rentrés. Il a déclaré que si cette mesure avait été présentée au conseil du roi, il s'y serait fort opposé, pensant que des lettres et des instructions suffi-
raient et que toute dépense était très fâcheuse. M. Louis se détermine à jeter ses obligations. D'après son projet, ses effets à lui se soutiennent; il les fait à 5 pour 100, mais la rente fléchit, la disdiscussion sur la loi des émigrés y a contribué; le rejet de l'article 16, proposé dans l'intention de prouver que l'Assemblée et même le roi ne proposeraient plus rien au-delà, a été repoussé par le faible raisonnement que l'Assemblée ne pouvant pas lier ses successeurs ni les autres pouvoirs, l'article était inutile et cela a fourni matière à une éloquence toute dans le système du comte Ferrand. Ainsi la porte reste ouverte et les plus avisés se concertent pour prendre l'initiative.
Les généraux du côté de Bayonne ont reçu demande itérative de M. d'Espeleta de livrer le neveu de Mina et ses huit camarades. Le ministre de la guerre recevra, j'espère, l'ordre du roi de les faire mettre en liberté. Le comte de Blacas voyait à cela l'inconvénient de déplaire davantage. Assurément, je trouve que Ton s'est cabré un peu outre mesure contre le pauvre et excellent général Casa Florès, mais la grandeur, la force, la générosité, pour dire plus enfin, la simple justice ne peut pas laisser de doute sur ce qu'il y a à faire envers les réfugiés.
D'autres étrangers plus intéressants sollicitent votre intérêt et je vous envoie un rapport en leur faveur. Ce sont les Portugais venus en France par le savoir faire de Bonaparte. Le marquis de Marialva ne s'est nullement refusé à vous en parler et tiendra la parole qu'il nous a donnée de le faire, mais il voulait que j'eusse l'honneur de vous en prévenir et, outre ce peu de mots, j'attends un rapport qui vous mettra au fait de leur position et de leur sort.
Le prince de Laval a si bien fait qu'il se trémousse encore »de tous les côtés pour savoir des nouvelles d'Espagne, et qu'il attendra le retour du courrier de M. d'Agoult pour partir. 11 veut que je trouve son retard tout simple; assurément, je le trouve indifférent dès qu'il n'est pas parti tout de suite, mais son départ précipité aurait eu, je crois, le meilleur effet, expliqué les faits dans le premier moment et prévenu les résolutions violentes
:0RRK8I'0NDANCK DU COMTE i»K JAUCOURT
es je ne crois pas), mais qui sont possibles. Il veut que je
I qu'il n'est pas encore parti et ce qu'il y a de mieux, lyant demandé au comte de Blacas un mot particulier )ur le roi Ferdinand, j'ai pressé M. de Blacas et il m'a e lui faire avoir cette marque intime de bonne amitié *oi.
s cette lettre pour me rendre à la marine, car
II rendez-vous me presse. On me fait ici des déclarations s que je vous transmets. L'abbé de Montesquiou vous aeut-être plus qu'il ne dit, mais souvent très sincère-
incelier, qui ne voit que les afiaires, me disait : M. le ! Talleyrand va venir ici pour dix jours et retournera, jrail pas mal.
je pense que vous brûlez mes gribouillages sans les jrès les avoir devinés.
tavez que vous n'avez pas de plus fidèle serviteur que
5 novembre.
Paris, le 8 novembre 1814.
Mon Prince,
lonneur de vous rendre compte d'une conférence qui a Eimedi dernier avec le duc de Wellington, chez M. Ferï laquelle j'ai assisté.
ibassadeur, informé de la répugnance que nous avions à ' à sa proposition de donner à des croiseurs anglais le rrêter nos bâtiments négriers soupçonnésdecontrebande, immuniqué un autre projet d'après lequel ce seraient nos )âtiments en station sur la côte d'Afrique, qui se cbarde la visite et de l'arrestation. Cette proposition ayant :ée par M. Ferrand, il s'est élevé une seule diUîculté reladistance de la côte où l'arrestation pourrait avoir lieu, jection de la carte, le duc de Wellington a consenti de le grâce aux modifications qui lui ont été proposées, et
AVrCC LE PRINCE DE TALLEYRAND
j'espère d'être en état d'envoyer à Votre Altesse, par le chain courrier, la rédaction définitive do cet arrangement.
Dans la même conférence, il a été question des difTici qu'éprouve M. Dcsbassyns à Londres, au sujet du rétabl ment de quelques avantages commerciaux dans l'Inde, que . accorde la convention de 1787. Le gouvernement anglais n de nous fournir à l'avenir les trois cents caisses d'opium que recevions par an, à un prix déterminé qui nous laissait un b flce de près d'un million; il propose des compensations, con par exemple, de payer un prix plus élevé les sels que nou Tournissons, ou bien même d'aftermer nos salines. Mais, en nier lieu, les commissaires anglais ayant annoncé à M. Det syns qu'on avait résolu de faire traiter cet objet à Paris p duc de Wellington, tous nos agents à Londres pensent qi gouvernement anglais clierche à lier celte question à cell la traite des nègres, et à mesurer les facilités qu'il nous accor dans l'Inde, sur celles que nous montrerions nous-mêmes à ei dans ses vues sur la traite. Le duc de Welliiigton n'avait [ reçu encore d'instructions à ce sujet; M. Desbassyns, de son demandait à revenir à Paris, après avoir concerté, avec les ■ missaires anglais, les bases éventuelles de l'arrangement l'opium et les sols.
J'ignore si M. Ferrand a déjà pris à cet égard une détermini définitive; mais il me semble que nous devons éviter cet a game de deux affaires très distinctes.
Un autre objet encore a été traité dans cette conférei M. Ferrand avait consenti à différer le départ de notre armei pour Cayenne, sur les représentations faites par M. le Che^ Britfl (1), qui soutenait que les ordres pour la remise de cette nie ne pouvant arriver directement de Rio-Janeiro à Cayen devenait nécessaire de ne faire partir nos expéditions qu'apr inter\'alle indispensable pour nous donner la certitude de trc le gouvernement de cette colonie prêt à nous mettre en posses
(1) Chargé d'aOaires du Portugal'
COBRKSI'ONnANCE DU COMTIO DE JAUCOURT
de Brilo prétondait même qu'au ministère des alTaires étran- Bs, on était convenu que, par cette raison, notre expédition pourrait partir avant le mois d'avril de l'année prochaine, rendant, M. Ferrand, frappé des inconvénients politiques et imerciaux qui résulteraient de ce retard, et se fondant sur tiele 10 du traité du 30 mai, par lequel l'Angleterre s'est diroclent engagée à noua faire restituer la Guyane, a proposé, ime moyen d'abréger les délais, d'envoyer à Rio-Janeiro un so qui, de là, porterait les ordres de remise directement à fenne, et de faire partir nos expéditions six ou sept semaines es le départ de l'aviso, intervalle jugé nécessaire pour que les res de remise pussent les devancer à Cayenne. jS duc de Wellington a offert d'envoyer un aviso de la marine [laise. De mon côté, je suis convenu avec M. Ferrand de proer à M. de Brito, avec lequel j'aurais une conversation à ce et, l'envoi d'un aviso français. Ce chargé d'affaires, en m'apnant ce que j'ignorais, que le Portugal avait protesté contre le lit que s'était arrogé l'Angleterre, de stipuler en son nom par 'ticle 10, a, par des raisons nautiques, insisté de nouveau sur ^possibilité d'abréger les délais, et a même mis en doute si le nce régent, en envoyant en Europe la ratification du traité, 'errait en même temps les ordres de remise, qui devaient nécesfement partir pour Cayenne, soit de Lisbonne, soit de Londres ' le canal de M. de Funchal; ou si, pour donner ces ordres, il ttendrait pas qu'il eût eu connaissance de l'échange des ratiitions effectuées. Le résultat de cette conversation a été que ir envoyer notre aviso, nous attendrions l'arrivée de la ratiition que M. do Brito promet pour la fin de novembre; et que de Brito écrirait, dès à présent, à M. de Funchal, afin d'aecéîr l'envoi des ordres de remise. Si, contre toute attente, ces Ires ne sont point envoyés par le prince régent en même temps 3 la ratification du traité, il faudra alors, ce me semble, ister à ce que, soit M. de Funchal, soit les gouverneurs du Porfal, prennent sur eux de donner ces ordres au nom du prince, et e l'aviso qui précédera nos armements soit chargé de les
AVEC LK PRINCK DE TALLICYRAND 75
porter, sans passer à Rio-Janeiro, ce qui, si les allégations de M. de Brito sont fondées, nous ferait retomber dans tous les délais que nous voulons éviter.
J'ai l'honneur de vous réitérer, mon prince, les assurances de ma très haute considération.
Fiïinçois Jaucoubt.
Paris, le 9 novembre 1814.
Votre courrier n'étant arrivé qu'hier à neuf heures du matin, le roi, auquel j'ai porté vos dépêches à midi et demi, a jugé à propos de ne faire partir le nôtre qu'aujourd'hui. Je suppose que son intention est de vous écrire. J'ai fait mettre avec l'approbation du roi la déclaration toute nue dans le Moniteur. Il est cependant nécessaire d'alimenter un peu la curiosité publique et à cet égard nous ne sommes à portée de rien faire. Vous savez mieux que moi, mon prince, que quand on ne fournit pas au public les motifs de sa conversation, il les cherche de lui-même et met des suppositions à la place des idées raisonnables que l'on lui aurait fournies facilement.
Vos dépêches nous démontrent avec quelle habileté et quelle adresse vous prenez une position que l'on tendait à vous refuser. Vous avez pris très heureusement, ce me semble, l'initiative sur les formes à suivre et par là vous vous préparez une plus grande influence dans la discussion du fond, mais dans cette discussion quel sera votre auxiliaire pour défendre les droits du roi de Saxe? C'est ce qui occupe, c'est ce qui inquiète; on est encore d'humeur assez guerroyante, mais lo roi de Saxe n'inspire d'intérêt qu'à la seule famille des Bourbons, et dans la France entière on ne lèverait pas un soldat pour sa cause. La hgne du Rhin, la Belpque, la seule place de Luxembourg ferait bondir des recrues, mais, croyez-moi, on n'est nullement touché d'une politique désintéressée qui armerait pour l'intégrité de la Saxe et la balance de l'Europe telle qu'elle était en 1792. Il parait de temps à autre des morceaux bien fails dans le Times et le Courrier, ils sont fournis, je pense, du
nRKSPONDAMCri; DU COUTI
lord Casllereagh, ils ne v etire parti culîère de Londrc:
a quitter le ministère, on a; e l'électorat d'Hanovre en 18 assez vives avec le print iète du ministère. On ajout ■eagh, et dans ce cas M. C J3 affaires étrangères. M. Ac it, que j'ai vu hier et que j ' plus longtemps et pour ca : de croire que M. Canning vo ieule fois, mon prince, que [lexions sur les afTaires qui uvoir dire dans vos mains,
que savons-nous et sur qu î chez Monsieur, il m'a sen 3 que j'ai eue avec lui, qu'i ige. li a trouvé l'esprit de tte déclaration est plus le i
naturelle d'être content, ( a. Je ne le crois pas non pi it du royaume, cela rejaillit n, il est revenu à parler de \ rouvé entièrement décidé à ■ uses dans les petits senti n issance d'un jeune prince d< r! Quoiqu'il en soit, MonsU elque chose sur la prince [Im'a dit: «ce qui arrête, c' l'on ne veut pas se départii 3i on mettrait tant de prix pas à leurs résultats. M. d nièce du roi de Saxe? Voi 'eat-à-dire après avoir pris Monsieur, que si en effet il
UNCE DE TALLETRAND 77
ait indispensable de prendre les ordres au roi, mais que pour savoir de vous, mon prince, ce que l'on devait penser du caractère, de la tournure, de la figure, enfin de tout ce qui est personnel à cette princesse, votre désir de plaire à Monsieur était plus que suffîsant. Vous jugerez donc, mon prince, si vous devez me mettre à portée de satisfaire sa curiosité, et s'il convient que vous me fassiez une réponse à ce sujet.
Nos affaires ministérielles dans nos réunions particulières vont de même : il y a là M. Louis qui, sans nui doute, présente les intentions les plus franches et les plus constitutionnelles, moi qui marche dans le même sens et puis le reste va à ses intentions, à ses espérances et se berce plus ou moins entre ses souvenirs et la nécessité.
Si ces messieurs savaient décidément ce qu'ils veulent, on leur dirait ce qu'ils peuvent, mais ce n'est pas le cas, ils veulent faire croire à ce qu'ils ont de puissance et cacher leur intention. La nomination de d'André (!) est bonne, car celui-là du moins joue avec les cartes qu'il a dans les doigts.
11 me semble, mon prince, que vous ajourneriez furieusement le départ de M. le prince de Laval, si pour le faire partir vous vouliez que nous attendissions la réponse de M. d'Agoult au sujet du jeune Bellocq.MaisBellocqpèreetM.Desjobertssont un sujet de difficultés bien plus considérable et ceux-là sont encore ici sous la main.
Ils donnent aussi au prince de Laval beaucoup plus d'appréhension; au reste, nous attendons maintenant le retour de notre courrier de Madrid et M. de Laval ne partira qu'après. 11 désirait ardemment que nous prissions ce parti et il a résulté assez naturellement du calcul du temps et de la longueur du voyage. Je l'ai servi dans ce sens auprès du roi qui a bien voulu lui donner une lettre intime de sa main.
(1) A la Direction générale de la Police. Dandré (Antoine-Balthazar. JosephiT André), homme politique français, néà Aix en Provence, le 2 juille . 1759, mort à Paris, le 16 juillet 1825. Conseiller au parlement d'Aix, il fut élu député aux Etats Généraux. Il émigra en 1792, et.'passa en Angleterre.
M. Mariotti, dont VOUS me paraissez, mon prince, écouter plus favorablement les projets que je ne le fais, a reçu ses mille cinq cents francs par mois suivant vos ordres. On lui complète à deux mille francs son traitement par mois, suivant votre intention, et l'on lui fait même dix mille francs pour ce moment, ce qui augmente de six mille francs ce qu'il aurait touché si Ton se fût tenu aux mille cinq cents francs accordés, et de deux mille la somme de deux mille francs par mois que vous lui allouez par votre lettre du 1**' novembre. M. Bresson vous rend compte de cette affaire qu'il a mise en règle et je lui écris pour stimuler son zèle en lui disant que l'on lui donnera de l'argent si cela a un but d'utilité au moins probable. Vous aurez vu la baisse de notre rente à 72 pour 100; il n'en faut pas chercher la cause ailleurs que dans la discussion relative à la remise des biens des émigrés, laquelle s'est terminée par la suppression d'un article nécessaire, mais qui avait révolté le Ferrand. M. Reinhard va me présenter des dépêches convenues pour que vous soyez informé de notre relation avec la marine dans l'affaire de l'opium et surtout pour Cayenne. Nous cherchons à lever les difficultés que le temps amènerait à la reddition de la Guyane s'il fallait attendre les trois mois après l'échange des ratifications. Sur ce point le duc de Wellington ne demandait pas mieux que d'être très bien, mais sa bonne volonté n'eût été rien moins qu'un gage d'amitié entre la cour du Brésil et nous.
Plus je vois de grands intérêts réunis, plus il y a en ce moment d'action au Congrès, plus je me flatte que votre honorable retour sera prochain; il me semble que les souverains partant, les grands points en litige sont décidés et le reste naturellement abandonné au duc de Dalberg et à M. le comte de la Tour du Pin.
Je désire vivement ce retour pour votre situation intérieure. Je suis convaincu, si vous le voulez, que vous aurez un rôle utile et grand à jouer ici et que le roi aura encore plus de confiance dans votre manière de voir. Tous à vous de cœur et de confiance.
Jaucourt.
Paris, ce 9 novembre 1814.
Je VOUS envoie une lettre de S. A. R. Mme la duchesse d'Orléans pour le roi de Bavière, une de Mme la duchesse d'Orléans
pour vous, etc., etc.
Paris, le 12 novembre 1814.
Vous aurez un assez stérile courrier aujourd'hui, mon prince, les nouvelles viennent de vous, déjà le roi a répondu à vos dernières dépêches, nous ne pourrions donc que reparler de ce dont nous avons parlé mercredi dernier.
Les lettres particulières sont toujours un peu plus hasardeuses, elles nous annoncent l'affaire de la Saxe comme terminée et votre retour comme très prochain. On le supposait d'abord la conséquence d'un peu de mécontentement, on le juge à présent le résultat naturel de la fin des grandes discussions. Il n'est pas fort important que vous sachiez cela et, d'ailleurs, vous êtes informé par des personnes qui savent à fond les ouï-dire. Je ne fais donc que vous prouver, mon prince, ce que je viens de vous annoncer, que le courrier serait de peu d'intérêt.
Je ne vous enverrai que mardi le détail de toute l'affaire Casa Florès. J'ai reçu une longue dépêche du duc de San Carlos, qui, comme l'observe le duc de Wellington par l'intermédiaire duquel elle m'a été remise, est une très belle pièce pour être sortie du cabinet de Madrid. Ce matin j'ai reçu, par le retour de mon propre courrier, une lettre de M. d'Agoult peu intéressante et peu explicative, le duc de San Carlos a voulu certainement éviter d'employer le couvert du comte d'Agoult, il a retardé probablement le départ de ce courrier et fait partir en diligence celui que Casa Florès avait employé et emprunté au lord Wellington. Pour aujourd'hui, il me suffira de vous dire que le duc de San Carlos est modéré, qu'il insinue plutôt qu'il ne propose de renvoyer de nouveau le comte de Casa Florès comme chargé d'affaires! Qu'il établit son grand ressentiment sur le refus d'extradition, qu'il nous demande au moins de garder à vue les Mina, enfin qu'il déraisonne sur la question des traités, sur les obUgations des souverains entre eux, suj:* la nature et le caractère des crimes, etc., etc.
ONDANCE DU COMTE DE JAUCOURT à merveille avec le lord Wellington sur les écrira dans le même sens que moi, il nous abanns la question personnelle du comte de Casa me sa conduite. Le roi m'avaitordonné.lorsque tte réponse du duc de San Carlos, de faire un 1, je l'ai prié de trouver bon que je convinsse •.s bases de ma réponse et que cette réponse fût îme temps queladépècheduministre de la cour ce qu'il a approuvé, j'éviterai par là le bavar- Lions, des considérations. Le roi ayant daigné li des points importants, jeserai très lort et je u'er mon ministre que cette affaire finira assez
ival, entre nous, a annoncé sa conduite comme 1 fait finesse sur Hnesse pour ne pas partir. Il a i'il pouvait retarder son départ. J'y penserai, L il m'a objecté cette réponse! Il a demandé un }ur le roi Ferdinand de la main du roi et puis il l'intennédiaire de M. le comte de Blacas, et je te de Blacas; enfin il est arrivé au point de ne dre le retour du courrier que deux à trois jours, ré un zèle et une ardeur extrême et les dames 1 le voyaient s'élancer dans un gouffre. Dieu l'a sut les bonnes femmes! S'il était parti allaire arrivé sur les épaules du courrier, il aurait eu : la dépèche du duc de San Carlos, le mérite de iccès d'avoir ramené et concilié les esprits. Il
en toute sécurité, mais je crois qu'il aura perdu ms qui ne se trouvent que rarement. tlacBS me montre confiance et assez d'amitié, T un peu de croyance aux bruits très répandus icoup d'affaires dans les bureaux et surtout
du département de la guerre. Monsieur m'en s fort en l'air, mais je crois voir que l'on reçoit aressions. On parle de M. DessoUe, on reparle
AVEC LE PRINCi: DE TALLEYRAND «!
de M. le maréchal Suchet et Monsieur regarde, non sans raison, le maréchal Soult comme le plus fort et le plus capable de tous; il a eu le bon esprit de se montrer à Monsieur comme un homme convaincu et dévoué. Au conseil, il a été question d'ancien payement dû et suspendu par M. Ouvrard (1) et le roi a fini éC après la discussion, par dire : « Ce n'est pas tout d'être pendu, il faut être payé. » Ce qui est très bien pour le roi mais très mal poiu* M. Ouvrard. Or, Paris entier dit que Douairière et Ouvrard est même chose. M. Louis, d'un autre côté, lui, parle responsabilité et compte-rendu à faire trembler! Voilà sa position dont il lui sera facile de se tirer si tout cela est exagéré.
D'un autre côté, le comte Ferrand a renoncé à la marine en faveur de sa santé. Le comte Beugnot se laisserait aller à la marine en faveur de d'André. — Voilà deux hommes qui ont été tués dans les rues ces deux nuits-ci, pour donner matière à parler sur la police! — Dumas s'agite si comiquement que nous prétendons que l'on dit que les chevaux fleur de pêcher sont fort à la mode, attendu qu'il en a deux qui sont à toutes les portes. Ils ont été avant-hier deux fois à la porte du ministère de l'intérieur, autant chez le chancelier, une seule fois chez moi, il faut ménager tout le monde. Cependant l'abbé et M. de Blacas s'entendent assez bien. Nos conversations ne sont pas si nulles, l'abbé se pique de se montrer uni à vos opinions, à vos intentions. Faites de ces commérages ce que vous voudrez et venez reprendre votre portefeuille que vous trouverez rempli de ce que vous y mettrez. Je donne à dîner, je tapisse un peu sur la rue pour ne pas vous faire trop de honte, voilà tout.
Je mets aux pieds de votre haute diplomatie mon petit tran-
Iran bureaucratique.
Jaucourt.
Paris, ce 12 novembre.
(1) Ouvrard (Gabriel- Julien), financier français, né près de Clisson (Loire-Inférieure), le 11 octobre 1770, mort à Londres, en octobre 1846. Là fortune énorme qu'il fit comme munitionnaire lui attira, avec l'empereur , des démêlés qui le forcèrent à déposer son bilan (1807). Pendant les Gent- Jours, il redevint le banquier de Napoléon.
Paris, le 16 novembre 1814.
Mon prince, l'honneur d'adresser à Votre Altesse les nouvelles pièces » à l'affaire de M. de Casa Florès, et celles qui concernent ructions que vous avez demandées pour la cession d'une du pays de Gex.
premières sont au nombre de cinq :
a traduction de la lettre du duc de San Carlos au duc de fton; a traduction de la lettre que le duc de San Carlos m'a
a copie de ma réponse approuvée par le roi en son conseil
li dernier;
n résumé de l'affaire, lu au conseil, pour mettre au courant
■ur;
a copie de la lettre de M. le comte d'Agoult.
votre lettre du 31 octobre vous m'avez fait entrevoir que
ouvernement espagnol montrait une répugnance décidée
attaché à l'ambassade M. Bellocq fîls, comme ayant été yé dans l'administration des biens confisqués en Espagne Ire de Napoléon, on pourrait le rappeler et le placer ailleurs. e duc de San Carlos n'avait parlé de ces griefs & M. d'Agoult ins une conversation confidentielle, et ce dernier en avait ent écrit au pnnce de Laval, sans en faire mention dans respondance avec le département. Ce n'est que par le
du courrier qu'il a annoncé que l'inculpation faite à llocq fils était entièrement sans fondement, parce qu'il t jamais été employé dans une administration pareille; |ue les préventions contre lui n'en subsistaient pas moins, t dans certaines coteries très influentes. Dans cet état ses, comme il parait certain que M. Bellocq père et M. Desfont réellement^exercé des emplois de cette espèce, j'ai qu'il était prudent d'écrire à ces deux agents, qu'avantde uer leur route de Bayonne à Madrid, ils feraient bien
d'attendre des instructions ultérieures, soit de ma part, soit de la part du prince de Layal.
Les pièces relatives à la cession d'une partie du pays de Gex sont au nombre de cinq, savoir :
1° Le rapport que j'ai fait au roi hier au soir;
2° Une notice concernant le même objet, rédigée dans la divi* sion du Midi;
3^ La copie d'un écrit de la main du roi devant servir de bases aux instructions;
4<» Une carte d'une partie du Jura, sur aquelle M. Chrestien a tracé une ligne pour donner au roi une idée approximative de la portion de territoire qu'il s'agirait probablement de céder;
5° Les instructions.
Je vous prie d'agréer, mon prince, les assurances réitérées de
ma très haute considération.
François de Jaucourt.
Paris, le 16 novembre 1814.
Vous concevez, mon prince, avec quelle impatience nous attendons le premier courrier, puisqu'il est probable qu'il nous donnera un peu de certitude sur votre véritable position, déjà celui du 7 porte un caractère de confiance très remarquable. Vous avez, mon prince, couru des bordées devant la rade, mais enfin rien n'a pu vous forcer à vous en éloigner et je vous vois prêt à y entrer avec tous les honneurs de la guerre, cela nous comblera de joie. Vous allez croire que ce commencement de lettre est du général Dumas, à cause de cette jolie métaphore nautique, point du tout; tout de liège qu'il soit il reste sur l'eau, mais il y dort et je vois toujours les choses en même état. Seulement Mme Ferrand, en annonçant que le ministère de la marine tuerait M. Ferrand, a désigné Dumas pour consoler le roi et tous ceux qui ne voyaient que M. Ferrand qui pût y être utile. Mais parlons de nos affaires. J'ai porté au roi votre lettre et toutes les pièces que je devais mettre sous ses yeux. Comme vous désiriez prompte réponse sur l'échange à faire de portion^du
pays de Gex contre une meilleure portion du Porentrui ou autre partie de l'évêché de Bâle, j'ai proposé au roi de ne faire partir le courrier que aujourd'hui et à une heure j'irai lui faire signer l'instruction relative à cet échange. Cet échange répugne aux principes et aux sentiments du roi et hier à neuf heures, quand je suis arrivé chez lui, déjà avant de lire le rapport que j'avais fait faire, de jeter les yeux sur le plan ni sur la note rédigée par la division, lui-même il avait écrit ses réflexions et les quatre articles qui les suivent, et il m'a remis ce papier pour servir de texte à l'instruction tout de suite. Toutefois, comme je sens que le moyen n'est pas demandé légèrement, qu'il vous est nécessaire pour nous conserver notre bon voisinage et notre ascendant, j'ai insisté sur la position actuelle de ce pays, sur la nature de l'autorité qui le régit, et j'ai obtenu du roi ia permission de développer dans l'instruction ce considérant, ce qui le rend moins absolu. Vous aurez toutes les pièces et leur lecture avec la lettre du roi ou sûrement il vous en parlera et avec ce petit narré des faits vous aurez, j'espère, une connaissance parfaite de ce que vous pouvez entreprendre sur ce point là, et de ce qu'il veut accorder.
Le prince de Laval est parti ce matin. Vous trouverez tout le détail de cette affaire qui m'a donné de la peine sans compter l'ennui et de laquelle nous sortirons, jel'espère, honorablement et sans échec. L'excellent savoir de M. Reinhard m'a été fort utile, je pense que vous approuverez notre dépêche au duc de San Carlos. Elle a paru au roi et au conseil bien bonne de raisonnement et convenable dans ses formes. J'ai à me louer dans tout cela du duc de WelUngton. Nous avons agi amicalement et d'accord. Je l'ai beaucoup dit au roi et j'ai rapporté une partie de sa condescendance à son attachement pour la personne du roi. Nous ne croyons pas à la nouvelle mise dans les journaux que le général de Casa Florès serait resté par ordre à Lyon, mais nous pensons que l'on sera peu satisfait de notre fermeté. J'adoucis cependant cette rectitude de principes par des égards de toute espèce. Je fais rentrer dans l'intérieur les Mina neveu et consors.
Je fais taire et reculer le fameux Marchena qui a été là comme les oiseaux de proie aux orages. De plus, et pour ceci j'ai besoin de vos ordres, j'ai écrit à MM. Bellocq père et Desjobert de rester à Bayonne jusqu'à ce qu'ils reçoivent une lettre du prince de Laval, lequel, au lieu d'arriver avec eux, ne mènera que M. le comte de Caux (1), par ce moyen M. de Laval pourra annoncer leiu* nomination au duc de San Carlos, si celui-ci qui a déjà diton annoncé des préventions contre ces messieurs parait les conserver et résister aux raisons que M. de Laval lui objectera, pour pacifier toutes choses et mettre d'accord tous les petits ressentiments, je vous proposerai de changer la destination de MM. Bellocq père et Desjobert. Cela assurera encore mieux la conservation de M. Hector d'Agoult qu'il faut garantir avant tout. Je n'ai pas instruit le prince de Laval de la faculté que je lui laisse à cet égard, je l'en informerai par une lettre que je lui adresserai à Bayonne, pour éviter ici les commérages et les pourparlers; car le prince de Laval se trouvant réellement dans une position difficile s'est un peu adressé à tout le monde et, pour savoir, a beaucoup dit. J'ai aussi écrit à M. d'Agoult que s'il envoyait sans perte de temps un courrier à Bayonne qui portât une lettre au prince de Laval sous le couvert du général Thouvenot, lequel y commande, le prince de Laval pourrait l'avoir à temps. Mais, d'un autre côté, le prince de Laval est prévenu d'attendre cette lettre qui devra l'instruire des dispositions de la cour de Madrid et de la situation présente du comte d'Agoult. Le prince de Laval mettra quinze jours pour se rendre à Bayonne, le courrier est parti hier, celui de retour du comte d'Agoult sera aisément revenu alors, ou, au pis aller, comme j'ai dit, le prince de Laval l'attendrait là deux ou trois jours.
Je m'interromps pour aller porter au roi l'instruction qu'il doit signer ce matin.
Le roi a approuvé l'instruction et m'a paru croire qu'elle
(1) Caux (Louis-Henri-Roger de Cakuzac, comte de), diplomate français. Emigré en Espagne en 1791, il fut, à la première Restauration, nommé deuxième secrétaire de légation à Madrid (13 août 1814).
CORRESPONDANCE DU COUTE DE JAUCOURT -ait tout son effet et que la nature des arrangements pour la sse la rendrait indispensable.
^es Polonais nous assiègent, je sais que vous ne les aimez ires, mais si vous les pouviez hair assez pour vouloir vous en )arrasser, M. Bresson et moi vous proposerions de leur lâcher, bloc et pour tous et sans aucun retour autre que celui en logne, la somme. Je ne sais si je la mettrai en toutes lettres en chiffres pour la dissimuler un peu, enfin cinquante mille nos. J'en ai dit un mot au roi et j'ai ajouté que je ne lui pro- ;erais que sur votre acquiescement. Voilà votre bon cœur en , nous verrons ce que cela vaudra aux compatriotes de la ncesse. Mme la duchesse et ma femme sont malades, on ne L que faire de toutes ces femmes-là en votre absence, si votre sence réjouit celles de Vienne, la balance de l'Europe se trouve lomatiqaement égale.
jCS papiers anglais poussent Joachim dehors. 11 est moins 1 dans les nôtres et fort bien dans ceux qui circulent en Italie, i ici deux Napolitains qui, de sa part, me proposent de battre Autrichiens et de mettre leurs drapeaux aux pieds du roi. a ne ferait pas un vilain spectacle. Nous voua désirons tous, is ne vous aimons pas tous de même, mais le besoin nous t d'accord, entre tous je sais le plus votre serviteur et, j'espère, re ami.
J AU COURT
jC courrier part à trois heures et je le presse beaucoup, mais lernier a mis sept jours et douze heures.
Ce 16 novembre.
Paris, le 19 novembre 1814.
e pense, mon prince, que vous jetez mes ^bouillages au feu, le méritent dans leur nature de brouillons et aussi pour la :rté sans réserve avec laquelle ils sont écrits. Le courrier pari jour réglé; comme nous ne savons pas le moment de l'arrivée vôtre et que d'ici à mardi, vint-il aujourd'hui, le roi n'aurait
que deux jours pour vous répondre, j'ai pensé qu'il fallait expédier à l'ordinaire, ainsi à trois heures il se mettra en chemin.
La division du Midi vous envoie une copie de ma lettre & M. de Pressigny, portée par M. Jules de Polignac (1) et quelques détails sur l'état de nos affaires avec Rome. Voici le fond de ce voyage de M. de Polignac. Il y a déjà quelques jours qu'il vint me demander si, avant d'aller à Munich, il ne pourrait pas faire une absence d'un mois et un voyage qu'il ne pourrait plus avoir le temps d'exécuter une fois rendu à Munich; l'état de nos affaires à Vienne, l'absence du roi de Bavière de sa capitale me paraissant rendre cette permission toute naturelle, je lui promis de prendre les ordres du roi. II me dit alors que son projet était d'aller à Rome. Je causai avec lui et je trouvai qu'il en savait sur les affaires du Concordat tout autant que moi. Il ne me fut pas difficile de voir qu'on l'envoyait, qui l'envoyait, et dans quelle intention. Alors je réfléchis que le meilleur moyen de régler sa conduite et de fixer ses idées était de le mettre tout à fait en rapport avec nous, et c'est ce que j^ai fait. Comme il a véritablement beaucoup de sagesse, de suite et d'enchaînement dans sa manière de voir et de se conduire, que, d'ailleurs, il connaît particulièrement M. Perrin, consul nomméàCivita Vecchia, je lui ai donné une lettre pour Mariotti; je l'ai dirigé sur les points les plus importants et je me flatte que, sous ce rapport, son voyage sera assez utile.
Il verra M. d'Osmont à Turin. Je lui vai donné également une lettre pour lui et il entrera ainsi en Italie avec des renseignements qui lui serviront plus ou moins mais qui le mettront du moins à même de mieux observer. Ce voyage-là ne vous semblera pas sans doute devcnr être fait à ses dépens. M. Bresson lui a ouvert un crédit de trois à quatre mille francs à Rome et à son retour il comptera de sa dépense qui sera peu considérable, car il va dans une petite voiture avec un seul domestique et qu'assuré-
(1) Polignac (Auguste- Jules-Armand-Marie, comte, puis duc de), né à Versailles,le 14 mai 1780, mort à Paris, le 2 mars 1847. Envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire à Munich (1814).
tESPONDANCE DU COMTE DE JAUCOURT
ra mettre à tout cela la discrétion que lui impose
'un voyage purement volontaire.
ittre particulière du marquis (l'X)Bmont, il me mande
choses « les regrets qu'occasionne la perte de la
nt par tous les pores; on va jusqu'à prétendre que
iS ne dédommagerait pas Sa Majesté Sarde, lorsque
les stipulations du traité qui laissent les pensions
la charge des pays abandonnés par la France, le acie m'a répondu que le traité n'avait pas été notifié ement. — Cela parait extraordinaire, ai-je répondu, seul de notre réunion dans cette chambre prouve ! du traité et son exécution. L'armistice qui l'a -il pas ramené Sa MajestéSarde dans sesEtals? Au s que soient les principes adoptés par Sa Majesté ière, je vous prie de vouloir bien les énoncer dans la note que j'aurai l'honneur de vous adresser. Cett« , pas arrivée; je conçois qu'elle les embarrasse et Ht attendre les décisions du congrès. Cependant, les I tout genre arrivent en foule; la masse en sera ns que tes ressources soient en proportion. La malatquelle ils ont désorganisé l'administration françfdse ien aujourd'hui du regret, mais il n'est plus en leur
la rétabhr ». Puis, un grand morceau sur ce que Autrichiens, sur les difficultés qu'ils apportent à isuite, il dit : « on croit que c'est aux Autrichiens ribuer le bruit répandu des droitsaccordésàl'archîcontrat de mariage avec la fille du roi, ils laissent Ire, dit-on, qu'ils occuperont le pays jusqu'à l'ou- 1 succession : la manière dont le roi traite M. de
l'opinion publique ne permettent pas d'accorder ces propos. 11 serait néanmoins bien essentiel que Talleyrand eût obtenu à Vienne une reconnaissance 'entuels de la branche Carignan. Ils sont consacrés 8, l'ordre de succession qui l'appelle au trône a consï regardé comme une loi fondamentale de l'Etat.
AVEC LE PRINCE DE TALLEYR Mais comme cette branche n'en a jamais été non plus la tranquillité de l'Europe n'a pli exigé la reconnaissance de ses droits (1). Elle a, à notre influence. M. de Saint-Marsan (2) n'aïu'E tretenir M. le prince de Talleyrand de l'impor sensés de ce pays attachent aux mesures pro[ secousses. Ils pourraient, dans leur nombre, t nement tout à fait absolu une administratic diminuerait les inconvénients aggravés en C( agents qu'il a choisis u. Il me parle ensuite de ci pont, au lieu de fairesongendre, M.deBoigneJ ne l'a fait que maréchal de camp, il n'en mon mais un peu d'étonnement, ce qui provient de 1 que le ministre de la guerre a à promettre Ci parailre à ceux qui ont demandé moins qu'une
Au surplus, je suis trop fidèle à mon poste < ne pas dire de lui tout le bien que mon mini même en toute occasion.
Maconet arrive à l'instant d'après votre lett de renvoyer les lettres de Berlin par lui, et ( qui me presse de vous les faire tenir promptem Maconet sur l'état de sa santé et après avoir pi se préparer, il repartira; l'autre courrier re mardi. Ce courrier de traverse nous avait don d'autant que celui du baron de Vincent, en da apporté, mais annonçait de prochaines nouvelle impatiemment celui de Vienne.
Monsieur m'a fait venir hier chez le général ] les régiments suisses. Monsieur voit beaucoup à
<1) La branche ds CarignaD descendait de Thoma Charles -Emmanuel 1", contemporain de Henri IV.
(2) Saint-Uarsao (Antoine-Marie Atinari, marquis Tiirin, le 10 décembre 1761, mort près d'Asti, le 15 juilli vice du roi de Sardaigne k celui de la France, ministre pi ambassadeur à Berlin (1813). A la chute de l'empire, il Piémont.
RRE8P0NDANGE DU COMTE DE JAUCOURT )te et uniforme de ces corps; mais il a senti, sur ce que trvé que le ministre de la guerre doit être consulté, du i question argent, que ce serait affaire de conseil, sous
Mais en attendant j'ai eu une conversation avec le mann (1) pour arriver à faire un modèle de capituevienne uniforme aux dix-neuf cantons et serve d'ins-
général Mallet.
sz bien que dans tout ceci je rappelleraila convenance et même de s'entendre avec vous. Au reste, il est vrai que itions de Berne, Fribourç, Schwitz diffèrent beau-
tre de la marine n'est pas nommé, ne pense plus que ce soit lui, Dumas se désole. M. du l'est pas mieux placé; pour moi, à qui l'on est arrivé its côtés, j'ai dit que jamais je ne demanderais une uelle je n'entends rien, que si des convenances tout sulières faisaient désirer au roi que je prisse ce minisrais, que j'étais comblé de ses bontés au delà de mes e mon mérite et que je ne demandais rien, que je ( ordres du roi ma personne telle quelle. En effet, il umas pour se donner pour un homme propre à tout. Il mal de nous dans le monde et surtout dans le beau
aime le roi et surtout dans la bourgeoisie, il a été la Comédie- Française. Le duc de Wellington n'est ire et les anglais le sont moins tous les jours. 11 a été i et a couru deux mauvais loups privés à travers les
n'a pas cru avoir à indemniser les cultivateurs, cela ; grande irritation. 1) va renoncer à ce plaisir. M. de ui le roi avait ordonné de le prévenir, s'en est débar-. oi et moi j'ai dit que j'étais prêt à l'en informer pourvu indiqtiât une forêt è lui offrir pour chasse à courre, ts sont bons et je nevoudrais pas les changer pour
CVIII avait chargé ce général de recruter, unjcorps^ en Suisse.
3 que M. d'Agoult nous rend d<
nsuffîsant.
les détails que j'ai sus d'ailli
sndre à une Mme Petit un i
lar faiblesse ou pis encore, il 1
iposer : outre cela, cette Mn
qu'elle est française, avait é içais et des Espagnols bannis , M. de Macanas a une fille j [«onne a été placée si souvent pu s'empêcher de remarquei ; mais les prêtres ont rema în arriver, et l'on a monté ce n'a assuré que la première di:
an, cette perquisition et touti té l'établissement de cent pil noyen de laquelle l'homme se
fois. Cela est expéditif. Mais npt, autant la suite pourra êti î de Laval à Bayonne. Je lui
à garder une réserve impert e se permettre aucune observ )n la conduite du roi. Je l'ei locq et Desjaubert jusqu'à l't ser deviner d'aucune manière i nous gardons bien d'avouer, )nné à dîner hier entre autres 1 de Russie. II m'a dit qu'il ; al Pozzo, qu'il savait cepend ïnneur d'accompagner^l'empei tge en Italie. Je lui ai demai tir irait à Venise. Il m'a dit q !, mais que très probablemen u'à la fm de décembre, ivons parlé du mariage dont
au roi, dont M. le duc de Berry me parle tous lef ne dis pas un mot, ne sachant que dire. Mariezmanière ou d'autre, car c'est dans ce moment son rien ne le distrait. M. Boutiakine m'a parlé de I qu'il y aurait à amener la princesse à une sou 6 l'église romaine, mais de la dignité indispen sang, de trouver, au moins dans son appartement l'équivatent. ,y^
Vous aurez un peu pitié de moi de vous envt détails sur une adaire qui est dans vos combinai: et que vous voyez sous toutes les formes, mais i dans une conversation éloignée plus qu'en préae
MM. Laboulaye, Rivière (1) et tous les autre aussi chez moi, ie zèle du marquis de Rivière ne coi cultes, ainsi il est prêt à partir; cependant j'attet II est sûr que le vieux Aufîrei chargé de tout en f général Andreossi mécontent et peut-être (cela f au moins) malveillant, semble appeler l'homme vont regarder et qui est destiné à relever notre
commerce.i,»:^4y/].^(|^àiâw-;i%lii TiJr^iJ-ï Mais la décision du congrès et son issue influ sur les instructions qu'il y aura à donner à l'ai je ne conçois pas comment il pourrait les recevoii autre que de vous. Cette affaire là, où je trouve vc si indispensable, me ramène à celles de Suisse o l'on a bien besoin que vous interveniez aussi. Co mandé par le dernier courrier. Monsieur s'en oc m'a demandé un précis de notre correspondance; des afTâires, m'a envoyé le vieux Baumann et veut de capitulation qui soit unirorme pour tous les c gMais tandis que Monsieur, le vieux Bachmi Mallet et même le comte Dupont voient tout c« des obstacles de tous les côtés : 1° En Suisse et vo
(1) Le marquis de Rivière, ambassadeur de France ei valier de la Boulaye, premier secrétaire de l'ambassade.
CORRESPONDANCE DtJ CG ;er par ce que vous disent 1 pondance du comte Augus h, que je vous envoie, pré )se peut-être à celte unifon îs contingents; 2" Nos finani ;ause des frais de premier
qui, bien que meilleur, !
de France (la vieille garde s gardes si l'on ne prend } raité de même. J'ai préven vous et je ne m'en déparlin porter la chose hier, et ne l'a ections. Le rapport que je : répondez tout de suite je kintosch s'étalait tout à soi l'avais arrêté à 1748; mais (
mille pages transcrites so est arrivé. Sa bile s'est allu est une incendie. 11 m'a fa est venu avec modération, :>ur plaider en faveur de 1 la sévérité de d'Hauteriv I, mais nous n'avons pas céd( iidérations tous les cabint verains, la fidélité des mir les, etc.
Jair (?) à diner m'a reparlé d ait pas séant pour le retoui rre les petites ou les grand
uterive (Alexandre -Maurice Bla le d'Etat français, né à Aspres 'ans, le 28 juillet 1830. Conseil r (1S05), ministre des affaires él recteur des archives au minis ■■ l'empire, d'Hauterive demai i poste. La Restauration lui coiu
DE TALLEYRÂND SS
libérale de Mme de Staël, mais
se du conservateur des archives.
e l'Opéra-Comique. Ces jours-là
sont des triomphes pour lui. Un l'aime, on s'attache à lui, on s'y
habitue; mais il ne faut pas prendre ce retour des sentiments
pour le retour des opinions. Vous avez beau vous moquer de mes
petitesses représentatives, tenez pour sûr que les fmances et la
constitution sont avant tout.
Votre modération ferme et judicieuse est admirable, mais aussi elle s'arrange à merveille avec notre position intérieure, la nation se jetterait sur ses frontières, mais elle ne se jetterait pas au delà. Je reçois la lettre du roi que j'attendais et je vais faire mes paquets; si votre Altesse Sérénissime veut dire un mot aux courriers qu'elle expédie, elle entrera dans le désir qu'aurait le roi qu'ils ne missent pas vingt quatre heures de plus que les coiuriers anglais. Je ne sais si mes exhortations ont plus de succès sur ceux qui partent d'ici.
Je vous offre, mon prince, l'hommage le plus dévoué, le plus empressé et le plus respectueux.
Jaucocht.
Paris, ce 22 novembre.
Talleyrand à Jaucourt.
Vienne, le 22 novembre 1814.
Monsieur le comte.
J'ai l'honneur de vous adresser plusieurs lettres déchiffrées et non chiffrées que j'ai reçues directement de M.le marquis de Bonnay. Elles renferment des détails intéressants sur les affaires de Norvège, et qui sont de nature à être mis sous les yeux de Sa Majesté. Je joins à cet envoi le déchiffrement d'une autre lettre du marquis de Boonay adressée au ministère.
Des lettres de Constantinople en date des 25 septembre et 1" octobre me sont parvenues ces jours derniers. Je vous prie de les remettre k la division du Midi, pour faire suite aux dépêches de cette mission.
^éez, monsieur le comte, l'assurance de ma haute consiition.
Signé : Le prince de Talleyrand.
Jaucoart à Talleyrand.
Paris, le 27 novembre 1814.
e roi a désiré répondre à votre dépêche en date du 18 et le rrier, au lieu de partir hier samedi, ne se met en route que ce in dimanche 27. Ces petits retards, loin de vous contrarier, i prince, vous feront sûrement plaisir en vous prouvant live exactitude que le roi veut mettre à sa correspondance c vous. J'aime beaucoup que les lettres de M. le prince de eyrand soient longues, m'a dit le roi avant-hier quand je lui émis son courrier, car elles sont toujours très intéressantes rès agréables! Envoyez-nous des notes, nous ferons des mor- IX, mon prince, le mieux que nous pourrons, du moins avec Ique confiance, mais avec la fluctuation de vos espérances, ^-ous assure que je n'oserais pas mettre les journaux en train i un texte de vous, u surplus, je vous envoie un article du Journal de Paris
je ne trouve pas mal, mais que je n'aurais pas fait mettre ju'il est ; ne convient-il pas de vous laisser un peu le maitre foas prononcer après l'événement, et la rigueur de vos prins ne fléchira-t-elle pas plus ou moins suivant les circonstances, s ces grandes déclarations n'auraient-elles pas quelque inconient?Lelord Oxford (1) a été arrêté à peu de distance de Paris
; je ne le sais que par M. le marquis de Saini-EUe, char^ faires, non connu, du roi Murât, qui a insisté ce matJn pour voir et qui m'a dit que l'agent de police, en arrêtant le lord ord, lui avait dit qu'il voulait faire l'examen de ses papiers lant qu'il était en rapport particulièrement avec le marqais iaint-Elie. Je ne suis entré en aucune explication avec lui,
) Descendant du fameux Robert Hasley, comte d'Oxford, ministre de ioe Anne d'Angleterre,
BS CORRESPONDANCE DU COMTE DE JAUCOtIRT
à la torture pour trouver des sujets d'appréhension. Les petites polices dénoncent la grande et la grande n'a pas le courage et la hardiesse de faire arrêter les petites.
Le roi répond à tout par son calme, sa discrétion, sa sagesse et c'est un crime de mettre à l'épreuve toutes ces royales qualités.
J'ai remis à Monsieur l'affaire de la Suisse ensuite d'une conversation avec le vieux Bachmann. Jeluiairemisen niérae temps la lettre que je compte vous envoyer en vous envoyant ce même rapport et j'ai dit et écrit que rien ne pourrait être arrêté sans vous être communiqué et sans que je reçoive vos instructions. Au reste, l'uniformité des capitulations est une bonne chose et c'est à tort que M. le générai Mallet s'en est un peu écarté; pour le reste, c'est au comte Dupont à savoir où il en est pourl'argent que lui coûteront les régiments et surtout celui des gardes. Si Monsieur en parle au conseil, je renverrai à vous pour communication préliminaire et aux ministres de la guerre et des fmances pour les moyens d'exécution. Car l'action en soi est utile et convenable. Monsieur m'a paru avoir quelques préventions contre M. de CastcUa (1) que j'ai cherché à détruire, mais si je ne me trompe. Monsieur ne voit qu'à travers les intérêts de l'aristocratie Bernoise et ce n'est pas avec ces verres-là qu'il jugera la situation de la Suisse,
Le dernier conseil n'a eu aucun objet d'un grand intérêt, M. Louis a proposé une loi pour la Banque de France, il l'a portée d'abord à la Chambre des pairs comme plus éclairée sur les questions de fmances et, en effet, même en votre absence, il y a des principes très bons et très sûrs.
Le lord Wellington marche bien avec nous. Je tâche de détruire les préventions. Je n'ai qu'à me louer de lui, il a en ce moment une petite cause d'humeur que j'ai voulu détruire, mais M. de Blacas ne s'y est pas prêté : ses chasses en plaine avec des chiens
(1) Castella (Nicolas- Antoine- Xavier, comte de Castella do Berleus), né en 1767 à Friboui^ç (Suisse). Colonel en 1806, lors de la formation des régiments suisses au service de la France, il parvint en 1813, au grade de général de brigade. Après le congrès de Vienne, il rentra dans sa patrie. Revenu à Paris, il y mourut le 17 juin 1830.
courants ont excité des plaintes, il y renonce, il veut même donner ses chiens à M. le duc de Berry. J'avais eu l'idée dès l'abord de lui offrir une forêt du roi, je ne sais pourquoi je n'ai pul'obtenir. I^ résultat aurait été le même, seulement nous aurions été polis. Vous savez si bien ce que la politesse peut faire empêcher ou excuser que je n'aurai pas la sottise d'ajouter un mot. Je finis ma lettre, il est deux heures et je ne veux pas manquer de me rendre aujourd'hui chez M. le comte de Blacas. Je mets à vos pieds le respect que m'inspire ce qui m'environne et je vous offre une nouvelle assurance de mon inviolable et tendre attachement. J'ai obtenu un mot aimable du roi pour Mme la comtesse Edmond de Périgord en nommant son chevalier (fe prince de Trautmansdorf) et le bon goût de l'écharpe qu'elle lui donne (1).
Jaucourt.
Paris, ce 27, à deux heures.
Paris, le 30 novembre t SU.
Mon prince.
Monsieur ne s'étant pas encore expliqué sur le rapport que je lui ai fait concernant les capitulations suisses et les modifications proposées par M. le général Bachmann, et la lettre que je me suis proposé de vous adresser pour vous en rendre compte se trouvant également entre les mains de Son Altesse Royale, je la réservepouriecourrierprochainavecl'honneur de vous mettre au courant de cette affaire. Il ne s'agit d'ailleurs que de quelques détails, assez indifférents à l'ensemble de nos intérêts politiques.
J'ai eu hier une conférence avec M. le comte Ferrand, au sujet du projet de convention que M. Desbassyns nous a porté de Londres. Elle réglera d'une manière assez avantageuse pour nous l'indemnité à substituer au monopole des trois cents caisses d'opium qui nous étaient accordées par la convention de 1787. Celte indemnité, qui sera de quatre cent mille roupies par an, sera combinée avec un arrangement relatif à nos salines, dans lequel le gouvernement anglais n'est entré que pour avoir un
(I) En vue de la redoute qui eut lieu à Vienne le 2 décembre.
I prétexte de nous accorder Tindemnité pour l'opium. Cette tran-
saction se trouvant ainsi dégagée de la question concernant la j traite des nègres nous accorde néanmoins tout ce que nous pou-
vions prétendre à cet égard, en vertu de la convention de 1787, i que le gouvernement anglais a refusé de reconnaître comme étant
i encore obligatoire.
Mais de ce refus résultera une autre difficulté qui concerne nos territoires dans le Bengale. En 1792 nous en avions la juridiction, et le privilège de n'être assujettis pour nos exportations qu'à un droit de deux et demi pour cent, tandis que les autres nations payaient un droit de cinq pour cent et davantage. L'article 12 du traité du 30 mai ayant stipulé que nous serions traités à l'instar des nations les plus favorisées, cette assimilation, que l'article présente comme un avantage, semble plutôt devoir nous devenir désavantageux. Il en résulte la question de savoir si l'art. 12 déroge aux privilèges dont nous jouissions en 1792, et il n'est pas douteux que le gouvernement anglais ne l'entende ainsi. Heureusement son intention, d'après ce qui a été annoncé à M. Desbassyns, parait être de réduire à deux et demi ou trois pour cent le tarif des droits pour toutes les nations indistinctement. Le seul intérêt qu'alors nous aurions à défendre serait le maintien de notre juridiction dans nos établissements du Bengale, et la libre exportation de leurs produits. C'est ce cpie M. Desbassyns a été chargé de tâcher d'obtenir, comme supplément à la convention qu'il a concertée avec les commissaires anglais, sans néanmoins que nos demandes ultérieures doivent en empêcher ou retarder la conclusion. M. Ferrand et moi avons pensé que dans les circonstances actuelles, vous ne voudriez pas faire de l'article 12 un objet de discussion au congrès de Vienne et que si M. Desbassyns ne réussissait pas dans cette négociation, elle resterait à reprendre dans un temps plus opportun.
M. Desbassyns a grande envie de signer la convention qu'il a concertée, et M. le comte Ferrand ne paraît pas éloigné de lui accorder cet honneur. Cependant la convention de 1787, dont celle de M. Desbassyns est la conséquence, a été signée par
MM. de Monlmorin et William Eden, personnages plus importants que M. Desbassyns. Je ferai en sorte que cette question reste entière jusqu'à ce que Votre Altesse m'ait fait connaitre son intention à cet égard. Il me paraît, en effet, beaucoup plus convenable que ce soit M. de La Châtre (1) ou M. de Rayneval qui ait l'honneur de signer.
Agréez, mon prince, les assurances réitérées de ma haute considération.
François Jaucourt.
Paris, le 30 novembre 1814.
Le courrier qui devait partir hier mardi ne part qu'aujourd'hui 30, parce que l'autre courrier expédié dimanche se serait trouvé bien rapproché. Je pourrai, par celui-ci, vous accuser réception de la protestation du roi de Saxe, de la lettre par laquelle vous nous instruisez de la réunion de Gênes et de la franchise du port. Le roi, à qui je viens de porter ces pièces, a été très content de la dignité et de la justice qui se montre dans la protestation : il m'a ordonné, conformément à votre idée, d'écrire à l'abbé de Montesquiou en attendant qu'il lui donne ses ordres et je verrai le marquis de Sostegno. J'écrirai aussi au marquis d'Osmond auquel je présume bien que vous adressez vos instructions directement. J'ai pris occasion de ce moment de conversation pour demander au roi la croix de Saint-Louis pour M. de Boigne que le comte Dupont a fait maréchal de camp et qui a besoin de cette distinction. Comme de raison, je m'entendrai avec le comte Dupont là-dessus. Je pense être d'accord avec vous en m'occupant des intérêts de M. d'Osmond qui a, je crois, votre estime et votre confiance et qui me semble mériter l'une et l'autre.
Je vous envoie une lettre de M. Beugnot qui vous donnera la première idée de l'affaire relative au comte d'Oxford, cette affaire s'étant passée de parfaite intelligence entre le duc de Wellington et moi ne peut entraîner aucune suite fâcheuse,
(1) La Châtre (comte de), ambassadeur à Londres (1814).
mais, en général, je n'en ai pas approuvé la nature. Lord Oxford entretenait ici une liaison si intime, si publique en même temps avec les clabaudeurs Bonapartistes et avec les zélés Muratistes que la police ne pouvait s'empêcher d'y regarder. On a saisi le prétexte de la contravention aux règlements de la poste aux lettres, qui défendent aux voyageurs de se charger de lettres, et l'on a saisi celles qu'il portait. A Villejuif, où un agent de la police s'est présenté à sa portière, il a voulu revenir à Paris, il a fait remettre son paquet de papiers cacheté de ses armes. Le paquet a été ouvert en présence de M. Beugnot, on lui a rendu non seulement ses papiers mais même les lettres, hors trois adressées au roi Joachim.
Si le directeur général de la police, qui a été dans cela plus ahuri qu'il n'y avait lieu de l'être, m'envoie le compte rendu que j'attends pour écrire au duc de Wellington, je vous en ferai passer la copie, en attendant je joins ici celle de sa lettre.
Hier M. Desbassyns, arrivant d'Angleterre, est venu avec le comte Ferrand aux affaires étrangères. Nous étions soutenus, le ministre intérimaire de la marine de M. de Lareinty (1) et le ministre intérimaire du portefeuille des affaires étrangères de M. Flury et de M. Reinhard. M. Desbassyns se vante beaucoup du résultat de sa commission, en attendant le détail que je vous adresserai, le résultat est que nous prendrons facultativement l'opium au prix marchand et de l'espèce que nous voudrons, et que la conclusion du marché nous donne un avantage de sept à huit cent mille francs. Comme M. Desbassyns n'avait aucun caractère avoué, il n'a pas pu signer et M. Ferrand voudrait lui faire accorder des pouvoirs, ce qui n'est nullement mon avis : M. de La Châtre, si je suis cru, signera avec lord Buckingamshire et M. Desbassyns sera présent, mais ne signera pas. Je ne fais pas grand cas de M. Desbassyns et je ne crois pas que vous le placiez bien haut dans votre opinion, ainsi je ne vois pas pourquoi l'on lui donnerait une si grande importance. M. Reinhard a concerté
(1) Baillardel de Lareinty, maître des requêtes au Conseil d'Etat» directeur des Colonies.
avec moi une lettre qui, en attendant le compte rendu par écrit que j'ai demandé à M. Desbassayns et que je vous enverrai, vous mettra très au fait.
Par le même courrier, je vous envoie l'ouvrage de M. de Chateaubriand. Je l'ai vu lui-même ce matin. Le succès de son ouvrage lui donne quelque confiance dans celui de sa demande de ne pas aller en Suède et d'être employé ici, chose qui, ce me semble, pourrait entrer fort dans nos vues.
Le roi m'a permis de causer avec lui de l'ouvrage auquel il a daigné prendre part, qu'il a vu avant et pendant l'impression. Il m'a dit avec beaucoup de grâce : « J'y suis pour quelque chose, j'ai corrigé les épreuves. — Sire, lui ai-je répondu, il ne faut pas l'avouer, si Votre Majesté ne veut pas en avoir tout le succès. » Jl m'a paru qu'il était dans l'idée de faire écrire souvent M. de Chateaubriand, et dans ce cas je vous invite à me parler sur ce que vous jugerez à propos de proposer pour lui, car très certainement il ne partira pas. Les matadors de l'émigration le dénigrent et je crois que ce serait le cas de le brouiller avec ces braves genslà, en satisfaisant son ambition qui est très grande toutefois.
Le baron de Vincent a remis hier sa lettre de créance très singulièrement tournée, il me semble que M. de Metternich est en assez mauvaise disposition pour lui.
Le duc de Wellington, à la suite des clabauderies que sa chasse à courre en plaine avait excitées, a donné ses chiens au roi, qui les a acceptés. J'avais proposé à M. de Blacas de lui offrir une forêt royale, mais on a laissé tomber nia proposition, et comme il est fort satisfait de la bonne grâce avec laquelle sa galanterie a été accueillie, il n'y a pas grand mal.
J'ai donné hier un grand dîner à beaucoup de généraux, le général Maison et son état-major, le duc de Plaisance, etc., etc. J'ai été assez content d'eux; dire qu'ils soient sans regrets, sans humeur, ce serait trop, mais ils aiment le roi et tous conviennent qu'il faut revenir à l'état militaire de 1792 et non à celui de Bonaparte. Sûrement la noblesse militaire jalouse la noblesse héréditaire, le roi et surtout les princes peuvent seuls dissiper
CORBKHI'ONIIANCIC ÙU C 3S, d'abord en concevant ioménil, ni M. de Laval, ni nt les armées, ensuite en \f s, enfin à leur société. Si ecrètes qui les entourent ir Suchet barricadait sa mt 'au. M. Beugnot s'en plair si; mais s'il avait du cœur ( police de Monsieur, celle 3 de Rheims, etc.
1 mon hommage tendre, n
s vu plusieurs fois M. Maie ;ausé avec M. de Marialv us parlerait de M. Malet paré à concourir aux dési vos vues; toutefois, je vou nversation entre M. Reinh uel servira de base aux i t et déterminera le carac
js envoie aussi une copie pas ma faute si nous som nés précédentes lettres et jourd'hui il serait ridicule -qui s'est retardé le phis< banales auxquelles on no r précaire, c'est à dire « je [.
ien de prêt, mais j'attends ourrier sera ici dans huitjo
ménil (marquis de], avait se:
(d«l, royalisto ultra.
h de division aux afTaires étr^
AVKC Lh: l'RINCK Di; ÏALLIiVP — M. de Laval enfin nous a rendu un mauvais ainsi. Maintenant il n'est plus possible de le l avant recevoir réponse à ma grande répon; Carlos, laquelle sera faite par M. de Cevallos(l l'esprit d'un ministère poussé par un parti i inquiet de ses rapports passés et peut-être bie sa conduite présente,
Provisoirementje mande à M. de Laval de s' il a dû y trouver une lettre de M. d'AgouHsu mandé à ce dernier. Il me semble que vous av assez à votre disposition pour le faire écrire utilt
Je vous envoie une lettre relative à la Marti fais joindre un extrait produit d'une entrevu et moi. C'est M. Reinhard qui le fait.
Vous recevrez le morceau analogue à cel adressez, il est approuvé par le roi et va pa circulaire est partie. J'y ai joint l'ouvrage de M hautement loué et avoué par le roi comme en à ses idées.
Le maréchal Marmont, par inquiétude d'et zèle, par je ne sais quel motif, s'est alarmé s d'aller à l'Odéon au spectacle. Il a communiq tissements que l'on lui donnait, il a demam venir le général Maison (2) et le général Desso fait; mais le roi tout tranquillement leur a dit affaire est de me garder, la mienne est d'al comédie. » Beugnot avait répondu non seule mais de la tranquillité la plus parfaite. Le mo s'est trouvé dans les propos exagérés et ridii Fressinet (3). Or Fressinet ce même jour ad
(1) Neveu par alliance du prince de la Paix, minisi gères d'E.spagne.
(2) Maison (Nicolas- Joseph, marquis), maréchal c brigade (1S05). général de division (1812). maréchal de Nommé gouverneur de Paris, pair de France (1814).
(3) Fressinet (le baron Philibert), générai de div
PONDANCE DU CO
t d'une fièvre qui se de Bacciochi, to I temps-là, avait p : officiers battant ont l'une est teni
pris au pied de 1 ciété. Cependant le Elit, on s'en honon es effets naturels < ivais récils parviei puit des faits et en "ifions de notre che principes au nom d irnent les choses,
et la France une
is davantage, nous i Saxe, le duc de \ !t en avant les déi is, mandé quelques
qui a mis dans la quiétude et l'agitai
figure, mais comm El liberté, elle aime .
ienfaitrices du mo utres lettres, mais I as verrez par les
la guerre, de Beug
veut faire une re omination m'a étc . de questions sur 1( le s'était évanouie ^clarations pour '\
ffr^v^*--
manière à ce qu'il pût croire que personne plus que lui ne pouvait vous paraître propre à entrer dans un ministère solidaire; d'André vous plaira et Beugnot aussi. Je ne sais qui a poussé le général Dupont aussi vivement, les princes l'ont beaucoup dénoncé; au reste, M. de Blacas vous en parle.
Demain parait dans le Moniteur le morceau que vous avez demandé, il me semble très bien, le paragraphe sur le roi est charmant; le roi, à qui j'ai dit qu'il était fait par M. Reinhard, m'a chargé de lui en exprimer son contentement. Vous ne l'aurez que par le premier courrier, nous n'avons que la minute, la copie est au Moniteur.
Je me hâte de fermer les paquets parce qu'il est trois heures, que je veux aujourd'hui dimanche aller aux Tuileries d'où je sors, car je n'ai vu le roi qu'après la messe, demain je verrai M. le duc d'Orléans et je lui parlerai de M. de Bauffremont (1). Nous allons suivre l'affaire de Mme la duchesse de Brunswick, mais vous ne savez peut-être pas que cela est très considérable. Adieu, vous savez que personne ne jouit plus que moi d'être votre serviteur et ne vous offre une amitié plus vraie.
Jaucourt.
Ce 4, à trois heures.
Paris, le 7 décembre 1814.
Le dernier article de ma dernière lettre sera le premier de celleci, le renvoi du général Dupont. Tout le monde déclare que la nomination du maréchal Soult était inattendue, et que le renvoi du comte Dupont semblait ou différé ou même révoqué. Monsieur à son arrivée avait porté des plaintes. Le sujet de ces plaintes était surtout l'état de dénuement des régiments, il y avait été pourvu et Monsieur en a témoigné au comte Dupont sa satisfaction. Au reste, le roi l'a rassuré sur ses dispositions en
(1) Bauffremont (Alexandre-Emmanuel-Louis, prince de), duc et pair de France, né à Paris le 27 avril 1773, mort le 22 décembre 1833. Il émigra à répoque de la Révolution. Rayé de la liste des émigrés, il rentra en France, fut créé comte par Napoléon (1812), et pair de France par Louis XVIII.
CORRKSPONIIANCE DU COMT
ur et le cordon de commandeur reçu seul et qui, comme vous même, est un gage de bienveil uc de Dalmatie m'annonce une courrier vous la porte et je le I puisse partir. Peut-être vous i tout ce qui s'est passé, mais je n' nformé que les Serent (1), par l mt beaucoup agi et que leur z e du maréchal en Bretagne.
rt demain un morceau pour le ] i la copie que je fais remettre loge, qui me semble en faire le j iné à le faire remettre quand tile pour nous. Le langage de :ent, celui de l'ambassadeur de )rable pour la France, l'opinioi e succès s'établit, en revanche lote chiffrée de M. de Caraman ent. Je ne pense pas que ce I des remerciements, mais dans p euples de Saxe et de Prusse mêr (diront l'aveugle ambition qui 1 le d'une demande qu'il fait au DUS cachet volant. Cette demai ille francs pour trois ans, époqi endu ce qu'il a acquis en Piémi Lie de son canal. Je ne sais si i ministre ou comme ami placé is je m'en occuperai.
rac la «lucliesse de Sérent. femme d HT de la duchesse d'AngouIême.
iraman (Louis-Charles-Vktor, marq diplomate, né en 17G2, mort en 18 puis ambassadeur à Vienne (1815), cj
vait aux droits et à l'indépendance des nations, accordait sans lerve ce qu'il pouvait faire dépendre de ses rapports de bonne litîé et de famille.
Le général Alava a été mis en liberté, il le doit à la crainte une émeute.
Des arrestations nombreuses se succèdent, desfamillesentières nt conduites à l'inquisition, les libéraux sont toujours pourivis. Le plus grand mérite ne garantit de rien; on cite parmi i détenus M. Mendimata Ibas Navarre, qui a rendu des séries, etc., etc.
Dieu merci, me voilà dehors de cette Espagne. J'ai vu, comme vous le désirez, M. le duc d'Orléans.îIaététrès ibarrassé et le dit embarras provenait évidemment du désir faire ce que vous désirez et des difficultés qu'il y trouve, frère l'oncle, etc. M. de Grave (1) est venu chez moi de sa part 'en parler, il m'a nommé des personnes déjà inscrites et quelles-unes ayant des droits particuliers. J'ai insisté plus fortement dit que je ne vous écrirais pas que je n'eusse reçu une réponse pmelle... On reçoit ce soir au Palais-Royal et j'en parlerai de luveau.
Le roi a parlé de lui-même du départ de M. de Rivière. La ïulaye et lui-même auraient désiré vous attendre, mais je ne évois de moyens de différer que pour un mois et je vous crois op avant dans tous les intérêts pour espérer si tôt la fin de vos linea. Le pauvre Dupont se serait très bien trouvé que vous ssiez ici, mats bien d'autres intérêts s'en seraient utilement ssentis. Vous ai-je mandé que Mme de Blacas avait chuté, l'elle avait fait craindre par ses douleurs de reins unplus grand alheur, que son père à côté d'elle avait euunpetitosdel'épaule ssé, tout cela marche ou marche sans qu'il y paraisse; il n'en
(1) Grave (Pierre- Marie, marquis de), général et homme politique franis, né à Paris, le 27 septembre 1755, mort à Paris, le 16 juin 1823. Ministre la guerre (1792), émigré. Rentré en France en 1804. il tut nommé général brigade en 1809. Louis XVIIIle nomma lieutenant-général (23 août i8U) ài la seconde Restauration, le fit entrer à laChambre des pairs (17 août 15).
sera pas de même pour Morellet (1) à quatre-vingt-huit ans sortant de l'Odéon, son fiacre, le cocher à bas, lui dedans, part, les chevaux ont le temps de verser la voiture sur la borne avant que le cocher puisse les arrêter et le pauvre abbé a été abimé, mais non estropié, il sera sur son lit très longtemps et à quatre-vingt-huit ans longtemps, c'est peut-être toujours.
Je pense que vous aurez été content de l'article mis à la suite de celui de la Gazette universelle indiqué par vous.
Cela me semble avoir fait un effet excellent; si vous nous y invitez, nous continuerons. Voici Mgr l'archevêque de Rheims qui m'honore d'une visite qui me force à terminer ma lettre.
Mais non sans vous offrir mon hommage.
Jaucourt.
Ce 7.
Talleyrand à Jaucourt
Vienne, le 7 décembre 1814.
J'ai l'honneur de vous renvoyer quatre lettres de M. le général Andréossy, la copie que vous m'aviez adressée d'un rapport au roi sur le palais de Hollande à Constantinople, deux dépêches de Zurich, le déchiffrement d'une dépêche de Stockholm que je crois utile de mettre sous les yeux du roi, une dépêche en clair de Stockholm, et le déchiffrement d'une dépêche de Copenhague.
Dans ce moment, où l'on s'occupe ici des affaires de Suisse, mais où elles ne sont guères avancées, il me parait convenable que dans votre réponse à M. le comte de Talleyrand, vous approuviez la réserve dans laquelle il annonce qu'il se tient relativement aux discussions qui divisent les différents cantons, et que vous l'engagiez à y rester. On ne peut encore prévoir quel sera le résul-
(1) Morellet (l'abbé André), littérateur français, né à Lyon le 7 mars 1727, mort à Versailles, le 12 janvier 1819. En 1785, il entra à TAcadémie française. La Révolution Tayant privé de ses revenus, il la prit en haine. Rentré à rinstitut en 1803, il fut, en 1808, désigné par le Sénat comme député de la Seine au Corps législatif.
llî CORRKSPONDANCE DU COMTE DE JAUCOURT
tat du travail de la commission suisse. Cependant les plénipotentiaires qui la composent paraissent généralement s'accorder à porter, aussi peu qu'il se pourra, atteinte à ce qui existe, tout en cherchant à satisfaire, autant que les circonstances le permettront, aux prétentions qui ont le plus le caractère de la légitimité. Pour nous, nos efforts tendent à défendre les intérêts et les droits du canton de Berne, et en même temps à assurer la tranquillité. En attendant que ces affaires s'arrangent, je pense qu'il n'y a point d'inconvénient à continuer les négociations relatives aux capitulations. Je crois que ce qu'il y aurait de mieux à faire serait de se conformer le plus possible aux premières instructions. Mais cette observation de ma part doit être regardée plutôt comme un vœu que comme une direction.
Je n'ai point répondu aux dépêches de M. de Rumigny (1). Je vous prie de vouloir bien y répondre. Je lui ai seulement écrit pour l'engager à se mettre en correspondance avec M. le marquis de Bonnay (2) et à le tenir informé de tout ce qu'il peut être utile qu'il sache de ce qui se passe en Suède.
En accusant à M. le marquis de Bonnay réception de sa dépêche, je lui ai envoyé la copie de la note que j'ai adressée le 1®' octobre aux ambassadeurs d'Autriche, de Russie, d'Espagne, d'Angleterre et de Prusse au congrès. Quoiqu'il ne me l'eût pas demandé, j'avais appris qu'il désirait la connaître, afin de pouvoir parler phis en connaissance de cause des principes qui y sont exposés. 11 ne pouvait être qu'utile qu'il fût en état de le faire.
M. le comte de Caraman, dans une lettre particulière qu'il m'a écrite, me rappelle que son fils, après avoir servi sans traitement pendant trois années en Hollande, avait été envoyé en Amérique où il jouissait d'un traitement de quatre mille francs porté sur les frais de la légation, mais que ce traitement avait cessé de lui
(1) Secrétaire de la Légation française à Stockolm.
(2) Bonnay (François, marquis de), né le 27 juin 1750, mort le 25 mars 1825. Député de la noblesse aux Etats Généraux (1789), il émigra (1791), ne rentra qu'en 1814, fut envoyé comme ambassadeur à Copenhague et à Berlin, puis élevé à la pairie en 1815 et nommé ministre d'Etat.
être payé du moment de son retour. Je lui réponds en lui renouvelant la promesse que je lui avais déjà faite.que son fils s'era replacé aussitôt que l'occasion s'en présentera, et qu'en attendant il conservera son traitement de quatre mille francs et en touchera les quartiers arriérés. Je vous prie. Monsieur le comte, de vouloir bien prendre les arrangements nécessaires pour que ce traitement lui soit en effet conservé et payé.
Recevez, Monsieur le comte, l'assurance de ma haute considération.
Le prince de Talleyhand.
P. -S. — Votre dernier courrier, parti le dimanche, n'est arrivé ici que le mardi, tard dans la matinée. Tous ces courriers surnuméraires ne présentent pas une grande sûreté. Les anciens sont vieux. Je viens d'en choisir quatre nouveaux et je l'annonce à M. Bresson aujourd'hui. Ma maison est pleine de surnuméraires dont je dédre me défaire.
Vienne, le 1 décembre 1814, Monsieur le comte.
Le prince de Metternich vient de m'adresser une note où il réclame, en exécution du traité de Paris, la remise entre les mains de l'Autriche de tous les papiers qui, en 1809, ont été enlevés de Vienne, que ces papiers concernent ou non les Etats Autrichiens. Je lui ai répondu dans le sens de la lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire le 30 octobre. Sa note portait que les réclamations des Etats intéressés ne devaient pas empêcher la France de faire la remise des archives à l'Autriche, puisque l'engagement pris par le traité la mettrait à l'abri de tout reprochede leur part. J'ai réponduàcet argument que la France ne croyait pas pouvoir opposer aux réclamations de ces Etats la clause d'un traité qu'ils n'ont pas signé, mais qui, l'ayant été pour eux et en leur nom, ne pouvait pas avoir été fait contre leurs intérêts. J'ai ajouté que depuis longtemps des ordres avaient été donnés pour que les papiers concernant les pays appartenant ou destinés à la monar-
m CORRESPONDANCE DU CCI
chie Autrichienne fussent remis; qui en avaient retardé la remise, et que prie, Monsieur le comte, de vouloi si cette remise est maintenant effeci
Le prince de Melternich cite dans additionnels secrets au traité du 30 pu vérifier si la citation est exacte, additionnels secrets aux diiïérents arriver que j'eusse besoin de ces arti bien ra'envoyer une copie des arti< peuvent se trouver dans chacun des st des articles additionnels patents aux Portugal et la Suède. Les articles adc autres traités se trouvent dans les e?
apportés ici.
Recevez, Monsieur le comte, l'assi
Signé : Le pr
P.-S, — Je vous enverrai par le de la note du prince de Metternich manque aujourd'hui pour les faire.
Jaucourt à Tal
J'ai fait rapport au conseil de la qui j'espère est, ou sera très incess; ma lettre au prince de Laval par lai [aire valoir comme un procédé parti port avec les liens qui unissent si l'envoi d'un ambassadeur au mili incertitudes de la cour de Madrid su crit au prince de Laval de nous év {l'onqui, quelque utile et bienveillant
AVEC LE PRINCE DE TALLEYBAND drait k présent déplacée. Enfin je l'ai invité à faire suppri toute réplique à notre dernière note, toute discussion devant ■ terminée par sa présence même. Le roi a paru croire que la cl était finie et a bien voulu me dire qu'elle lui paraissait no ment terminée. Ce qui ne l'est pas, c'est le choix de leur am! sadeur, ici on veut que ce soit le duc de San Carlos qui voud fort s'éloigner, ou M, de Fernand Nunès que ses intérêts et goût amèneraient ici de Londres où il est. Voilà, comme di le prince Henry (1), en parlant delà guerredeGenêve,unetem| dans un verre d'eau, vous avez à traverser d'autres orages. ^ nous plaisons à penser et à dire, mon prince, que déjà et, ( qu'il arrive, vous avez gagné une bataille diplomatique. Il maintenant placer votre caducée sur la Vistule et la froni de la Saxe. Tout ce que vous ferez, ce me semble, sera m difRcile que ce que vous avez fait, mais peut-être paraitra glorieux. Je ne sais si d'André vous écrit, je suppose qu'il a d* congé à un marquis de Saint-Elie, chambellan connu et ch d'affaires caché et méconnu de Joachim, lequel avait farc poches du lord Oxford de papier. Vous avez vu que sans rap de dates et uniquement pour le plaisir de mal faire, le géi Boulnois a été volé et dépouillé près Fondi, la certitude esl quise que cela s'est fait par ordre. Toute l'affaire des lettres est restée entre M. Beugnot, M. d'André qui en a hérité et le c( de Blacas. Le diner de jeudi s'est prolongé tard, i'arrivéede\ courrier, en me forçant à aller à dix heures chez le roi, fait quitter la conférence, le comte de Blacas m'a dit hier qi aifait été fort intéressante et que déjà l'on s^apercevait de fluence de l'homme qui vient d'y paraitre. On m'assure Monsieur est pour beaucoup dans le choix qui en a été Peut-être un jour tel qui se féhcite aujourd'hui de Cinfii qu'exerce sa présence se tourmentera de l'y voir. Pour moi, je à sa capacité, à la force de sa tète et de sa conduite et à sa faite indifférence sur la forme que peut ou doit avoir un goi
{1} De Ligne?
6 C0HRE6P0NDANCE DU COMTE DE JACCODRT
îment, pourvu qu'il lui donne l'exercice d'une grande autorité; y a avec cela, en effet, de quoi exercer de Tinfluence. Vous rece- -ez une lettre de lui par ce courrier-ci, mais j'augure qu'ellen'eat le de pur compliment.
Je n'ai pas perdu de temps pour finir l'affaire de M. MuUer, ous nous croyons toujours autorisés à lui donner le titre de )nsul : 1" parce que c'est ainsi que vous le dites; 2° parce que '.. le duc de Coigny (1) est venu m'accabler d'un M. de Gestas ae son attachement pour le roi rend capable de toutes les places , surtout de celles que vos promesses lui assurent à Rio Janeiro; ", M. de Gestas ne voulant pas être consul, les démarches du iic de Coigny près du roi ne nous entravent pas dans cette nomiation du général MuUer, qui désire, lui, furlout être consul.
Je pense que le retour de la dame de nos amies qui a été à la impagne et qui re^nt lundi, nous donnera les moyens de ivoir un peu ce qui s'est passé pour le changement du ministre e la guerre, pour moi j'ignore autant que M. le comte Dupont li-même les reproches que l'on a eu, ou cru avoir à lui faire, e suis bien convaincu que le renvoi de l'un décidé, M. de Blacas
contribué à la nomination du successeur. L'on m'a dit ce matin ne le vicomte de Chateaubriand aurait la chancellerie de la légion d'honneur, M. de Blacas, auquel j'en avais parlé pour moi, vec cette condition toutefois d'un travail avec le roi, m'avait dit ue l'on la réduirait à une insignifiance incompatible avec les roits qu'il a bien voulu me reconnaître et qu'il place beaucoup lus haut que moi. Car je n'ai que bien peu de prélenlions et 'est plus par respect humain que par aucun sentiment d'intérêt ersonnel que je ne voudrais pas retomber dans l'inutilité des ersonnes assises autour de la table du conseil du roi.
Le maréchal Oudinot y est revenu, on travaille l'opinion contre
(1) Coigny (Marie -François- Henri de Franquetot, duc de), maréchal de raiice, né à Paris, le 28 mars 1737, mort à l'hôtel des Invalides, le 19 mai J2i. Lieutenant-général (1780), pair de France (1787), député aux Etats énéraux (1789), il émigra (1791). Rentré en France avec les Bourbons, tut nommé pair (1814) et maréchal de France (1816).
les opérations de M. Louis, soil que le déplacement d'un ministre ait éveillé l'intrigue, soit que les embarras que l'on a mis à la marche de son système aient relevé les efforts des mécontents; on débite qu'il a perdu la confiance du maître (ce que je ne crois pas) celle des plus près de lui, etc. Nous ne nous affermissons pas dans les principes d'un gouvernement représentatif, de la solidarité des ministres et de l'espèce d'autorité et d'indépendance ministérielle dans laquelle la responsabilité n'est plus qu'une entrave et un obstacle à tout service public. Adieu, mon prince, je vais à la Chambre où M. le maréchal Macdonald va développer la proposition de payer jusqu'à la somme de deux mille francs toutes les dotations et majorats donnés aux militaires. 11 a lié cette mesure à celle de payer une pension ou donner une rente aux émigrés rentrés avec le roi, du moins auxquels elle serait nécessaire. Vous avez très bien fait de me dire un mot sur la Suisse, ce mot va suspendre la grande activité de Monsieur et de son général Bachmann.
Jaucourt.
Ce samedi 10 décembre
Paris, le 14 décembre 1814.
Toutes nos affaires ici dépendent beaucoup des vôtres et votre succès, mon prince, plus ou moins complet, influe sur notre position, d'abord en agissant sur l'opinion publique et ensuite sur nos relations de toute espèce; le comte de Blacas a fait ce changemerU'Ci qu'il n'avait pas préparé. M. Dupont a succombé sous les attaques multipliées de tout le monde. Mais quand M. de Blacas a vu qu'il fallait employer son crédit tout entier à le contenir, il a mieux aimé s'en servir pour le remplacer et c'est ce qu'il a fait : une fois ayant contribué à attaquer le système de douceur de M. le comte Dupont, il a pensé qu'il fallait suivre son plan et ôter en même tems de la Police et de la Guerre deux hommes dont la faiblesse avait à peu près les mêmes inconvénients et les mêmes résultats. La Police, par l'agitation des malveillants, la Guerre, par les murmures et l'insubordination de beaucoup d'of-
KSPONDANCE DU COMTE DM JAUCOURT
a proposition du maréchal Soull, le plus ferme et ;ux, de là d'André, décidé, capable et de beaucoup ère que M. Beugnot; mais les historiettes de Beuémoire infatigable d'un homme lié à toutes les
Révolution étaient à conserver, et la marine le ,ée de voir et d'être vu, on l'y a mis tout naturellejp disent que l'abbé a sur l'oreille, le fait est qu'il tutionnel, c'est l'ancre de miséricorde, il vante les ;, il reconnaît que la probité et le talent se trouvent éunis parmi ceux-ci, que les préfets du retour du grand mérite du jour où toute la nation se couvre les lys; mais cela ne l'a pas empêché d'envoyer un ter dans les départements qui déplait à tout le :quel il n'y a pas trace du mot ni des termes de la <a Chambre des députés en a murmuré et proposé est actuellement soumis à la Chambre des pairs. i sont contre l'usage toujours scabreux des serments
qui nous est envoyé, mais en blâmant plus fort employé, ceux qui en veulent ne sont pas d'avis n qui leur semble très déplacé, et enfin ils ne
de rappelerles sottises du ministre de l'intérieur, on de la liberté de la presse, soit dans celle-ci. fait Boissy Porcher et ce fou de Lanjuinais. Le X s'est élevé avec sa parole d'honneur contre ses l'a combattu en lisant les Bulletin des lois et il )nfondu, parce que d'avance ce qu'il dit est jugé nce.
ïaubriand s'occupe beaucoup de rester ici. Le roi, sire, il avait pensé à le faire nommer chancelier d'honneur, mais Monsieur ayant désiré avoir la
pour M. de Vitrolles, ensuite pourM.de Bruges (i), înfm décidément. M. de Chateaubriand s'en plaint, que l'on pousse Monsieur contre l'abbé Louis en
AVKC LE PRINCK DE TALLEYRAND oiïrant gens qui prennent son système suivant son noncent positivement la conservation des forêts, par la possibilité de rendre les bois du clergé. Donnez-a une paix sage et durable, toutes les ébullitions p calmeront ou resteront-de bien petite importance; mi texte d'agitation sera suffisant pour en produire. I Goltz a diné hier chez moi, très aftligé de partir pt place à M. de Humboldt dont le frère est arrivé ch< Mme de Staël; celle-ci toute gentille pour vous et ui main pour donner au public une juste idée du méi vrage de M. de La Rocca. Vous auriez mieux tiré parti cette circonstance, moi j'ai pris la note, c'est ce qu pas faire. M. le ministre de la marine s'est chargé de compte d'une conférence qui a eu lieu entre lui, M. c M. Reinbard et moi avec le duc de Wellington, au sujt ragement, de l'exclusion ou de la permission à prescr raerce pour la traite. Je suis étonné de n'avoir pas sa elle vous arrivera par le prochain courrier. Je pense ( entrant pour beaucoup dans vos rapports particuliei Castlereagb, nous devons éluder ici toute décision et gement définitif. Si j'avais une opinion, elle serait i en faveur de la renonciation à la traite avec tous le que nous pouvons avoir ou équivalents.
Je ne crois pas que M. Beugnot s'éloigne de cette voir et je ne présume pas que le conseil du roi, à com lui, y mette non plus d'opposition.
Je fais faire extrait des pièces et rapport à Votn l'affaire le décalur (î). Vous condamnerez peut-être nos ( cependant c'est après mûr examen et longue délibt surplus, si l'ambassadeur d'Angleterre crie bien for1 temps de s'arrêter, mais l'Angleterre s'arrête si peu d cédés sur nos côtes, à la Martinique pour la reddit dans laquelle vous verrez qu'elle met une ruse tout à I à nos intérêts! Vous êtes assez bon, mon prince, pour quelques éloges, je ne les mérite pas et je ne pourraisn
CORRESPONDANCK DU COMTE DE JAUGOURT
ter. Ce ministère ne peut être fait que par celui qui en a la ée, tout s'y lient et une politesse ou une négligence sont en ort avec la chose même quand tout autre ministre a fermé i^abinet, il est libre et afTranchi de toute son affaire jusqu'à ce
se remette à sa table.
! vous admire donc, c'est par où je finis en vous demandant roire que j'attends votre arrivée avec une impatience qui ille causes et dont la plus forte n'est pas l'amitié que je
ai vouée.
Jaucourt.
onsieur suspend l'affaire des capitulations entre le général imann et lui, mais elle se suit par le général Mallet et le Le deTalleyrand; comme à l'ordinaire, la question de savoir sn remet un régiment des gardes françaises ou non comle l'autre.
i maréchal Soult veut, lui, deux régiments étrangers pour vGit les étrangers qui embarrassent.
Ce 14 décembre 1814.
Talleyrand à Jaucourt
Vienne, le 14 décembre 1814.
Monsieur le Comte, ai adressé hier à lord Castlereagh une lettre sur la nécessité lécider au congrès la question de Naples et sur la manière L il me semble qu'elle peut l'être en satisfaisant à la fois à . les devoirs, à tous les intérêts et à toutes les convenances, pensé qu'il était utile que M. le comte de La Châtre connût |ue j'ai écrit à lord Castlereagh, afm qu'il pût parler à Londres i le même sens. Je lui écris en conséquence à lui-même et je învoie une copie de ma lettre au ministre anglais. Le tout :i-joint. Je vous l'adresse sans le fermer pour que vous puisen faire prendre copie avant de faire parvenir le paquet à
AVEC LE PRINCE DE TALLEYRAND \2i
sa destination. Vous voudrez bien l'expédier par courrier extraordinaire.
Je ne parle pas à M. le comte de La Châtre de la négociation qui avait été entamée au sujet du pays de Gex. Vous jugerez peut-être utile de lui en écrire et de lui faire connaître les raisons pour lesquelles nous renonçons à l'échange projeté fie ce pays.
Recevez, monsieur le comte, l'assurance de ma haute considération.
Le prince de Talleyrand.
Jaucourt à Talleyrand
Paris, le 18 décembre 1814.
Le courrier est arrivé dans la nuit du jeudi au vendredi et j'ai remis au roi ses dépêches après la messe. Comme elles étaient volumineuses et qu'il était bien aise d'y répondre à loisir; je n'ai pas fait partir le courrier de retour hier samedi, mais seulement aujourd'hui dimanche. Le roi approuve qu'à l'avenir on laisse un jour d'intervalle entre celui où il recevra vos lettres et celui où il vous enverra ses réponses; par le nouvel arrangement, celui que vous aviez laissé à suivre en partant, et qui fixait le dépari au mardi et au samedi se trouve changé.
Le roi m'a paru très content de la suite, de la persévérance et du succès de votre négociation, mais peu de nos progrès en général. Il a eu l'extrême bonté de me faire part de la conversation des deux empereurs et, quoi qu'il m'ait dit avec satisfaction : voilà cependant un peu de fermeté de la part de l'empereur François, j'ai cru voir qu'il n'avait pas encore de confiance dans la conciliation à laquelle vous voulez amener l'empereur Alexandre, en lui remettant les conditions de la réunion de Gênes au Piémont. J'ai pris la liberté de provoquer son opinion sur cette constitution en lui adressant l'hommage d'un éloge sur la nôtre. Il l'a lue avec soin avec réflexion et il m'a dit : «j'y trouve une grande faute. C'est la non-réélection, cet intervalle de quatre ans ne peut avoir que des inconvénients...» Je lui ai rappelé les tristes
m CORBJCSPONUANCK DU COMT!; DE JAUCOURT
et affreux résultats de cette résolution de notre première assemhlce et nous avons, si j'ose m'associer ainsi au roi, fait pendant un moment des réflexions sur l'intérêt des nations, Tappuï donné par les Chambres à l'autorité royale, en un mot, sur la représentation nationale, qui m'ont convaincu que la philanthropie philosophique du héros du Nord est bien loin de la sagesse et de l'élévation d'âme de Louis XVIII. Dieu nous le conserve!
Vous savez que la session sera terminée le 30. Mais les Chambres seront-elles ajournées ou le roi clora-t-il la session. C'est ce qui n'est pas encore décidé. L'abbé me parait pencher pour la simple prorogation au 1" mai.
Je vous ai mandé ce que j'avais recueilli et ce que J'en concluais pour le renvoi de M. le comte Dupont et la nomination du maréchal. Je reste dans les mêmes idées, les nominations sont faites par M. de Blacas, le renvoi par tout le monde. Le maréchal va vite et fort, vous verrez ses ordonnances dans le Mordtear. Le scalpel d'une main et la truelle de l'autre, c'est ainsi qu'il prétend se montrer et qu'il s'annonce hautement. Il a eu le..., au dernier conseil, une petite altercation avec l'abbé au sujet d'une réunion de quatre cent mille francs détournés dans l'université pour les reporter à La Flèche dont l'établissement souffre, l'abbé a ergoté comme un diable, le maréchal a dit quelques bonnes raisons, puis, quand la discussion a été épuisée, sans trop s'embarrasser de ce qui en résultait dans l'opinion du roi et des membres du conseil, il a dit au roi : je pense que Votre Majesté voudra quej'aiei'honneur de lui représenter ce projet de règlement. Le roi a répondu affirmativement, il s'est un peu enfourné dans l'affaire de M. Exelmans. Vous savez que dans le nombre des lettres arrêtées dans la voiture du comte d'Oxford, il s'en est trouvé une delui au roi Murât tout à fait insensée. Ce pauvre Exelmans a si mauvaise tète, l'esprit si mal ordonné que l'on ne peut pas le juger comme un autre. Cependant ceci se trouvant accompagné de mille mauvais propos, le maréchal l'a fait venir, lui aadressédesréprimandes menaçantes, lui a ensuite ôté son inspection et lui a ordonné de se rendre à Bar, son domicile, où il touchera sa demi-
AVEC LK PRINCE DE TALLEYRAND i23
solde de non-activité! Exelmans a d'abord voulu résister sur ce que son domicile est, dit-il, Paris, puis se voyant presser, il veut aujourd'hui donner sa démission et rester. Je verrai ce matin chez M. de Blacas et je saurai ce que l'on veut faire, mais il convient de mettre de la fermeté et d'avoir le dessus.
M. Roux vous mande dans l'extrait de sa correspondance que le marquis d'Osmond penserait à un emprunt, etc., les idées de d'Osmont, qui va jusqu'à me fournir le banquier Boucherat, l'un des plus fripons qui existent, sont bonnes pour faire juger la situation des finances du pays, mais elles sont inexécutables. Je n'en ai même pas parlé au roi. Louis, à qui j'en ai dit quelques mots, m'a envoyé promener sur le simple énoncé et il a raison. Au reste, le marquis Alfieri n'a entendu rien dire de tout cela, il n'a pas non plus connaissance de cette correspondance de bricole qui va de l'île d'Elbe en Toscane, de Florence à Chamberry, à Lausanne, en Franche-Comté, à Paris.
J'ai écrit tout cela à d'André, le zèle de la maison du Seigneur brûle tout le monde, moi j'aime encore, tout vieux que je suis, le danger, mais j'ai un souverain mépris pour les inquiétudes, tous les gens à agitation me sont insupportables. Sans vous offenser, le comte Auguste de Talleyrand en tient. Il me fait une espèce de paquet Ais-à-vis le soi-disant conseil du canton de Vaud qu'avec un peu de raison il aurait dissipé. Ceci entre nous deux, car je ne vous en aurais pas même parlé si je ne sentais qu'il faut que vous sachiez cela au cas qu'il ne revienne quelque chose à vos envoyés de Suisse et par eux à vous. Soit que Mme Désirée Bernadotte (1) ait mandé de belles assurances d'intérêt de ma part à sa sœur Mme Julie Bonaparte, comtesse actuelle de Survilliers (2), soit que M. le comte de Survilliers ait pris sous son bonnet toutes ces belles choses, soit que le comte Auguste de Talleyrand, ne démêlant pas l'intérêt que le pays accorde à un propriétaire établi
(1) Bernadotte (Désirée Clary, Mme), fille d'un riche négociant de Marseille et belle-sœur de Joseph Bonaparte, épousa Bernadotte en 1798.
(2) Bonaparte (Julie Clary), épousa, le 1««" août 1794, Joseph Bonaparte, qui, après la seconde abdication de Napoléon, passa en Amérique sous le nom de comte de Si^rvilliers,
m CORRESPONOANCE DU COMTE IIK JAUCOURT
avec sa femme, ses entants, sur sa propriété et la crainlfi qu'inspire l'ambassadeur de France, se soit trompé aux apparences et n'ait pas senti que le lieutenant du petit conseil du canton de Vaud, dans le district de Sols, où se trouve Joseph, avait concerté avec lui sa démarche. Il est arrivé que le lieutenant a écrit au président du petit conseil que le roi (c'est Joseph) racait chargé de lui dire qu'il recevait l'assurance de M. de Jaucourt, chargé, etc., que ce qui s'était passé (que j'ignore) était un mésentendu et qu'il pouvait compter n'être troublé en rien de la part de la France, etc., sur son séjour à Prangins.
Le comte Auguste sur cela m'écrit qu'il a reçu le député de ce canton et qu'il présume qu'il ne doit plus faire de démarches pour engager le gouvernement de Lausanne à éloigner Joseph. J'ai écrit au comte Auguste de Talleyrand, j'ai remis à sa surveillance de vérifier ce que l'on me mandait sur les correspondances de Chamberry, Lausanne, etc. Je l'ai assuré que je ne prétendais nullement ralentir son zèle et qu'il aurait pu penser que si j'avais écrit, M. Joseph aurait cité ma lettre et que si je n'avais pas écrit, M. Joseph pouvait me faire parler à sa guise, qu'au reste je ne séparais pas Mme Joseph de l'intérêt protecteur que mérite la vertu, ni M. Joseph de la surveillance active que mérite son nom, quelque soit l'individu qui le porte. Je suis honteux en pensant que voilà une page pour cette niaiserie.
Au surplus, pour tâcher de laisser Joseph seul en butte aux mesures d'une police nécessaire, j'ai fait écrire à sa femme qu'elle ferait une chose utile à ses intérêts de venir habiter Mortfontaine avec ses enfants.
J'oubliais de vous dire que j'ai fait donner la croix de Saint Louis au général de Boigne, gendre du marquis d'Osmond.
M. de Narbonne partira dans les premiers jours de janvier sur une frégate. Le marquis de Rivière dans le commencement de février sur un vaisseau de ligne. Les Serent, sans que je puisse deviner pourquoi, et surtout Mme de Narbonne avaient mis dans la tête du roi de faire partir M. de Narbonne sur le ec Rivière en accélérant son départ. Il m'a fallu de
AYEC LE PRINCE DE TALLEYBAND U5
l'adresse pour remettre les choses dans leur ordre naturel et je voudrais, je l'avoue, que La Boulaye pût vous voir avant son départ.
De grâce, mandez-moi un mot de réponse sur ce que je vais vous dire. Le chancelier s'intéresse à M. d'Ormesson, fils du constituant, il m'en avait écrit puis parlé, j'avais ajourné à votre retour, mais par procédé, par embarras pour vous comme moi, je lui ai dit que je verrais ce que l'on pourrait faire.
II veut l'attacher à une ambassade et consent qu'il soit dernier avec un titre tel quel. M. de Rivière avait un peu promis. J'ai déclaré que cette ambassade avait toute sa légation.
Le roi m'a parlé de M. de Gestas. M. Bresson m'a montré tant d'inconvénients que je me fais faire un rapport en opposition.
M. Maller va partir.
V'oilà tout notre courant, donnez-nous des choses plus intéressantes, venez jouir de vos succès et rapportez-nous votre bonne santé et votre bonne amitié, la mienne pour vous, mon prince, est inviolable,
J AU COURT
P.-S. — Une lettre de Mme la duchesse d'Orléans, une boite couverte de toile cirée cl mille remerciements et éloges pour votre utile et intéressante intervention.
Deux lettres de Mme la duchesse d'Angoulème.
Paris, le 20 décembre 1814.
Mon prince.
J'ai l'honneur de vous transmettre deux pièces relatives à la discussion sur les limites dans lesquelles M. le duc de Welhngton désire que la traite au nord de la ligne soit prohibée par l'arrêté du ministère de la marine dont le projet lui avoit été communiqué. Ces pièces se rapportent à la conférence dont M. Beugnot vous a rendu compte, je les transmets à ce ministre par une lettre dont j'ai l'honneur de vous adresser copie.
COBRESPONDANCE &(I COMTE DE JAC'COURT i roi a lu hier, avec une surprise qui sera partagée par votre sse, la lettre ci-jointe de M. d'Agoult, et le billet de M. Ceval- Comme M. le prince de Laval ne peut tarder de nous donner nouvelles de son arrivée et de sa réception à Madrid, je me iG aujourd'hui à vous communiquer la lettre que je lui ai e en apprenant son départ de Bayonne et que le roi a •ouvée.
. le général Mallet, après nous avoir envoyé le projet de la tulation conclue avec les cantons de Zurich, Thui^vie, Saint- , Schaffhouse et Bâle, nous prévient aujourd'hui qu'il est renu, le 13, des articles d'une capitulation avec les cantons 'aud, d'Argovie et des Grisons, pour un régiment de ligne et
compagnies des gardes qu'ils fourniront entre eux, à une ou £ compagnies près, pour lesquelles un autre canton y accédera, capitulation pour Zurich, à quelques faibles avances près, a i de base à celle-ci. Mais tandis que le travail des capitula- 3 particulières avance, on tient toujours ici, soit à l'êtator des gardes suisses, soit au ministère, à l'idée d'une capituin générale. M. le duc de Dalmatie vient de demander encore
sujet, entre les chefs des deux ministères chargés de cette ie, une conférence à laquelle MM. Bachmann, Castella et e baron Dennlée (1) doivent assister. Ce ne sera qu'après cette érence, pour laquelle j'ai désigné M. Roux, et qui ne ralentira lucune hypothèse le travail des capitulations particulières,
je pourrai vous rendre un compte précis des modifications m demande qui soient faites au premier projet des capilums, remis à M. Mallet sous vos auspices et sous ceux de
gréez, mon prince, les assurances réitérées de ma haute conration.
François Jaucourt.
I Intendant général delà maison du Roi, inspecteur en chef aux revues.
AVKC LE PRINCE DE TALLEÏRAND 1Î7
Paris, le 24 décembre 1814.
Il est impossible à un membre de la Chambre des pairs et du conseil du roi de manquer la séance de ce jour, l'heure s'approche et ma lettre d'aujourd'hui ne sera qu'un bulletin.
Vous entendez parler par tout le monde de l'aventure de M. le général Exelmans. Je ne vous dirai rien du fonds de l'affaire qui, du reste, se réduit à des propos insensés de M. Exelmans soufflés par M, de Flabaut {l)et Al.Girardin(2),à la perte de son inspection, à sa mise en demi activité, au redoublement des murmures, à l'envoi à Bar, lieu de sa naissance, à son refus, à son arrestation, à sa désobéissance, à sa résistance avec pistolets, sabre et rasoirs, à sa fuite par dessus les murs, à sa pétition, ou plainte adressée aux Chambres, rédigée, assure-t-on, par le républicain Constant, etc.
Mais à travers tout cela, au milieu des brusqueries, du ton décidé, tranchant et malhonnête, de notre maréchal, je lui trouve de la faiblesse, du tâtonnement. Le maréchal Moncey a vu le général Exelmans et, quoi qu'il n'ait pas pu désarmer son obstination, il m'a dit: si j'avais eu cette aiïaire à ma disposition, j'aurais eu l'épée du général et il aurait gardé les arrêts de rigueur. Le maréchal Moncey lui a proposé Bâillon pour lieu d'exil, le maréchal Soult n'a pas approuvé, et a ordonne Sotssons et de là continuation sur Bar. Le général Bclliard (3), le général La Marck le maK'chal Oudinot non contre la mesure, mais contre la personne, se sont élevés vivement. Jeudi, les ministres dînaient chez moi, votre courrier étant arrivé, j'ai été chez le roi; à mon retour, à onze heures, j'ai trouvé le maréchal, M. de Biacas, d'André en conciHalnile. L'abbé avait fait une sortie terrible
(1) Voir p. 156.
(2) Oirardin (Alexandre-Louis- Robert, comte de), lieutenant-général, né à Paris en 1776, mort à Paris en 1855. Général de brigade le l*' juillet 1811. Nommé général de division pendant la campagne de France, il se rallia à la Restauration, lui resta fidèle pendant les Cent-Jours. Premier veneur de Charles X.
(3) Belliard (Augustin -Daniel, comte). En 1814, à la première Restauration, Ijouis XVIIl le nomma major général de l'armée et pair do France.
sur le maréchal, l'accusant d'étourderie, de maladresse, de faiblesse et, ayant déconcerté le maréchal qui n'était point remis, quand je suis arrivé. Mais on va bien sur l'affaire, mais mal dans sa disposition générale. Le comte Dupont dit tout doucement à tout le monde : j'ai sans bruit et sans scandale mis Davoust chez lui, Vandamme (1) hors de Paris, l'un et l'autre l'ont absorbé et je vois que la punition d'un général à la douzaine met l'armée et Paris en rumeur. Vous aurez un compte rendu par le premier courrier. Aujourd'hui, à la Chambre des pairs, la commission des pétitions fera son rapport; lundi, à celle des députés, même cérémonie. Mardi, vous serez informé de l'issue de cette affaire et de notre position avec l'armée qui a déjà aujourd'hui un côté fâcheux, c'est d'avoir mis à découvert des mécontents et des opposants.
J'ai parlé au chancelier. J'attendrai le lord Wellington, le roi m'a paru satisfait de la rupture de cet échange. Le départ de M. de Narbonne sera fixé à partir le 7 de Toulon. J'ai repris ses instructions et je les fais porter plus fortement sur les points indiqués dans votre lettre.
J'ai communiqué à M. le duc de Berry, avec une lettre explicative, les lettres du général Guilleminot et j'avais fait ressortir le soin que vous apportiez à cela. Il m'a écrit hier ces lignes pendant le conseil. Mariez-nous ce jeune guerrier-là, car s'il n'est pas un peu enchaîné par les douceurs de la vie, il n'en reverra que les hasards.
Le général Pozzo m'avait écrit par le duc de Richelieu (2). Entre M. de Rochechouart et lui, ils m'ont perdu ma lettre de chez le duc de Richelieu aux affaires étrangères. J'ai mis tout en
(1) Vandamme (Dominique-René), comte d'Unebourg, général français, né à Cassel (Nord), le 5 novembre 1770, mort à Cassel, le 15 juillet 1830. Général de brigade (1793), général de division (1799). A la deuxième Restauration, il fut banni et ne put rentrer en France qu*en 1819.
(2) Richelieu (Fernand-Emmanuel-Sophie-Septimanie du Plessis^ duc de), homme d'Etat, né le 25 septembre 1766, à Paris, où il est mort le 17 mai 1822. Premier gentilhomme de la chambre. Il émigra (1789), entra au service de la Russie, devint gouverneur d'Odessa (1803) et de la nouvelle Russie (1804). Revenu en France à la Restauration, il fut nommé ministre des affaires étrangères (26 septembre 1815).
mouvement pour la retrouver, le duc de Richelieu- y a fait ce qu'il a pu; bref, la lettre ne s'est point retrouvée. Je vous prie, dites-le au général, et combien nous désirons le revoir depuis le maître qui me l'a dit, Monsieur, jusqu'aux petits personnages.
L'affaire Casa Florès ne va nullement bien. On a dit à M. d'Agoult que l'on s'attendait que l'ambassadeur apportait des répations, que la plus convenable serait de me désavouer, de faire revenir le comte Casa Florès qui serait reçu en sa qualité et immédiatement rappelé, s^il en faut croire M. d'Agoult, qui ne m'a pas paru avoir percé jusqu'aux, arrière-pensées. Le duc de San Carlos a toujours part à cette affaire et est d'accord avec M. Cevallos. Le roi est irrité et quand je lui ai dit en riant hier : « on peut donner les étrivières à un ministre chargé par intérim, cela ne tire pas à conséquence,» il m'a répondu en riant aussi, mais avec assez de colère : « Je sais bien à qui il faudrait les donner. » J'écris au prince de Laval, je renforce ce que je lui ai déjà dit sur le procédé loyal et peut-être trop franc qui a décidé le roi à l'envoyer dans l'état actuel des choses. Je l'informe d'une petite aventure arrivée à Marseille à deux Espagnols dans laquelle je me hâte de leur donner gain de cause, etc., mais je finis en lui prescrivant de ne rien céder sur le passé.
Au reste, mon cher prince, si tout ce que vous ne faites pas allait aussi bien que ce que vqus faites, ce serait merveille; le roi en est convaincu, il aime à s'associer à votre travail, à trouver ses plans et sa manière de voir d'accord avec ce que vous faites, et je me persuade que vous trouverez, à votre retour, des sujets personnels de satisfaction.
Pour moi, que le zèle de la maison du Seigneur dévore, je désire que vous pensiez beaucoup à notre état ministériel, financier et constitutionnel, à établir à tout prix un ministère. Portez votre pensée pénétrante et judicieuse sur l'avenir, la part que le roi a à la confiance est grande, mais nous rentrons dans le vieux adage des frondeurs : le roi a de bonnes intentions, mais... et les mais rendent souvent nulles les bonnes intentions.
Si l'on vous a mandé que le duc de Richelieu a été ici mal pour
ao CORRESPONDANCE 1
oua, ne le croyez pas, je suis sûr du contraire. Je ne sais pas au aste la mesure de l'intérêt, mais ceUe de la louange a été fort onvenable. Il s'applique à louer le caractère, les intentions, les entiments de l'empereur Alexandre, et il blâme cependant sa olitique. La mienne est que sans vous, mais surtout sans vous e cœur et d'esprit, nos affaires iront mal (1). Je vous offre mon hommage bien dévoué, bien tendre et bien ncêre.
Jaucourt.
Ce 24 décembre.
Le courrier pour M. de La Châtre partira lundi.
Paris, le 2S décembre 1814.
J'avais prié M. Crawford (2) àdiner avec vingt-cinq personnes et I hasard a fait que le dîner s'est trouvé placé le lendemain de la ouvelle de ta signature de la paix conclue le 24, à Gand, entre Angleterre et les Etats-Unis, Lord Wellington me l'avait fait ire le soir même et me l'a annoncé chez la duchesse de Courinde où nous passions la soirée. Suivant moi, le duc de Welling- >n a beaucoup influé sur la conclusion de la paix. Je n'en connais as les conditions exactement, M. Crawford m'a dit seuiement
statu quo ante bellitm. Quant aux frontières, le duc de Wellingm a dit que l'Angleterre s'était réservé le droit de visite sur s bâtiments américains pour en enlever les matelots anglais Ëserteurs. Dès que je serai plus amplement informé, jevousen indrai compte. Sans doute, il sera parti un courrier de Gand our lord Castlereagh. Le mien a été retardé d'un jour, le rot ^ant approuvé hier 27, quand je lui ai appris cette nouvelle, Lie j'attendisse la lettre qu'il m'a adressée ce matin pour vous.
Je vais aller lui porter vos dépèches arrivant à l'instant même
(1) Cela n'empêcha pas Richelieu de se trouver à poiat pour recueillir la cceasioQ de Talleyrand (1815).
(2) Crawford, ministre plénipotentiaire des Etats-Unis à Paris.
AVEC LE PRINCE DE TALLETRAND de Vienne, par votre ooiurrier parti le 20, et je n pour expédier les paquets pour Vienne.
Rivière, suivant vos ordres, va se préparer, et i j'avais pressé la marine, il pourra s'embarquer vers 1 vier si cependant aucun accident ne survient à sa si confie qu'il s'est battu il y a trois jours, qu'il a r d'épée au-dessus de la hanche droite; il avait cru pi la saignée, mais les maux de tête ont forcé à y reven & moins, comme je dis, de choses extraordinaires, il dans quinze jours et pourra partir dans trois semaine
Des gens en rapport étroit avec Vienne m'ont di moode, également fatigué du prince Metternich, v< remplacer par M. de Stadion fl), que vous y coopéi changement ferait marcher beaucoup mieux les affi indécision et sa futilité ralentissaient. Il est peut-< vous sachiez que cela circule ici dans la diplomatie.
J'ai l'honneur de vous envoyer des extraits et co courant. M. d'Osmont voudrait l'impossible, que h tagée eût en même temps séparés ses intérêts. Le roi ne se console pas de la perte de Chambéry. Il y a ui humeur insupportable dans nos rapports. Quand j' le marquis Alfîeriquelqueteraps, j'en suis content, m et il m'en a montré quelques-unes, le placent dî odieuse; hier, il a fini par me dire : « Que voulez-vous, des malades, traitez-nous comme tels! 11 est bizarn ce soit dans sa famiUe que le roi trouve le plus de d'opposition. »
Vous sentez que je ne perds pas l'avantage que n réunion de Gênes, la rupture des arrangements p Genève et l'intérêt que vous avez mis à défendre h Carrouge- Quand vous serez ici, vous vous jouere;
(1) Stadion (Johann-Philipp-Kar), comte de },célèbrehomi chien, né le 18 juin 1763, mort à Bade, le 15 mai 1824. E Pétersbourg, il négocia l'entente entre l'Autriche et la Rusi du 6 novembre 1S04), d'où devait sortir la troisième coaiilioi
91, pauvre diable, l'absurde entêtement de l'Es-
peurs noires de la Sardaigne me tracassent beau-
de nos affaires : la session se tenninera le 30, à ce r simple prorogation annoncée par les ministres. s députés a donné un peu de peine à l'abbé dans a Cour de cassation, et il a perdu des points que las douteux. 11 a de l'humeur et même du chagrin; si divisé sourdement dans la question d'Exelre de la guerre qui, je le répète, est brusque et ferme ni d'un caractère élevé, a fait un rapport tte affaire. Dans les chefs d'accusation, il a placé mots : Correspondance avec l'ennemi, et plus bas : la lettre de M. Exelmans qui écrit « des milliers arèts à voler h, et ill'a accusé d'espionnage. Quand nu (car le roi a voulu prendre les avis par tête), tous les autres, que j'étais d'avis de l'envoi à un î, mais que je blâmais le rapport, que je ne pou- [u'un rapport approuvé par le conseil du roi fût le pour le moment où j'avais devant moi le porùrea étrangères, je ne pouvais consentir au mot us devions tous concourir à chasser un intrus i de sa place, mais qu'enfin, si le rapport était louvait empêcher Murât d'y voir une déclaration lison suffisante pour prendre des mesures déses- 3 convenait pas, en ce moment du moins, à nos échal m'a jeté le rapport en me demandant d'en tion. M. Ferrand avait été de mon avis et j'ai dit ent au maréchal : « M. Ferrand, qui est à côté de ieux en rédaction que vous et moi et voudra bien lui le rapport. »
. voulu donner tort à M. le maréchal Soult; mais les observations n'étaient pas sans justesse. e duc de Berry a été d'une violence, d'un empursure, demandant la tête du coupable et que le roi
AVKC LE PRINCE DE TALLETRAND
résistât aux mouvements de sa clémence. Le roi a i toujours, calme, digne et judicieux; mais le duc a re violences au diner qu'il donnait.
DessoUe a été hier chez Monsieur pour offrir ses Oudinot et Moncey, qui dînaient chez moi, m'ont la se sont élevés contre le maréchal. Heureusement, pas à ce conseil, car je suis sûr qu'il aurait pris feu, e la retraite de l'abbé sera un échec pour le gouveri soire et votre gloire y tient beaucoup.
Je vous quitte et vais aux Tuileries.
Le roi allait aux porcelaines quand je suis arrivé, de le suivre et a remis à lire ses dépêches à quati retournerai, en attendant, je fais partir le courrier.
Ce matin, nouveau mémoire de M. de CevaUo3{l ce que Casa Florès revienne prendre congé, que l'on vention portant que l'on se rendra de part et d'autrt d'Etat, notamment les gens de la troupe de Mina et M
Malgré l'absurdité de ces principes qu'il étaie de Macchabées et de beaucoup de latin, je crois que n composer, mais il faut que le prince de Laval y me conduite et de l'adresse.
Agréez, mon prince, mon hommage tendre et re! duchesse nous a comblés de vœux plus jolis les uns pour la Noël, comme elle dit.
Jai A 3 heures, ce 28 décembre.
Paris, le 31 déce D'André est là qui écrit sur ma petite table, au ret ries, où nous avons fait ce que vous faites sûremen perdu notre temps et fatigué nos pauvres jambes.
(1) CevallDS (Pedro de), homme d'Etat espagnol, néà San mort à Séville, le 29 mai 1 S36. Ministre des atTaîres étrangères A la révolution d'Aranjuez, il se rallia à Ferdinand Vil, qu'i Bayonne en 1808. En 1814, après le retour de Ferdinand V grande influence qu'il perdit bientôt.
PONDANCE DU COMTE DE JAUCOUBT
le trouve pas tout à redire à une occasion de on amitié, de ma confiance dans votre excellente ude que j'acquiers chaque jour que vous êtes le mettre de l'ensemble à ceci, qui grâce au cours 1 se découd toujours davantage. Je fais donc des vous vous portiez bien, que vous soyez aimé et pour que vous ayez sa confiance et pour que vous a pour le bien du pays et le plus grand avantage
lerry m'a dit ce matin qu'il avait vu le lord Welavaii parlé de Murât, qu'il lui avait faitsentir, tion où se trouvait l'Angleterre, elle devait fixer }; que la fidélité à son' ancien allié était, à ce qui te et politique, etc. Le lord Wellington a répondu ces assertions, en s'engageant à écrire, en s'avani croire M. le duc de Berry, jusqu'à dire qu'il en M, le duc de Berry m'a autorisé à vous écrire nse que quelques phrases de votre part là-dessus obligeance pour lui, feraient un bon effet. Mort' lé de vous faire bien des amitiés, Mme la duchesse 'a parlé de vous, les princes veulent bien vous point de leur politesse banale envers moi et j'en nt. Les afTaires d'Espagne vont comme vous le otte et absurde lettre du marquis de Cevallos. sottise que les princes neveux nous ont fait faire ai^ d'affaires au lieu de le faire rappeler, ainsi : et redit. Je vous fais rendre compte de tout cela lernières dépêches, vous étiez au courant. Avec lurez tout ce que nous savons, mais vous saurez i nous ne savons pas. C'est le meilleur parti à iseil a été décidé par une suite d'objections conlivre l'avis de M. le duc d'Angoulême, que le roi ! au roi Ferdinand une lettré tout à la fois paterchef de la famille, forte, comme du souverain de la ire en raison et en lumières, comme de l'homme le
*' ^^'mgm^^'
AVEC LE PRINCE DE TALLËYRANO plus éclairé de son conseil, ce n'est pas trop dire, mais d Cependant,le roi veut avoir votre opinioi^ écrivez-la-lui moi connaître, si vous n'y voyez pas d'inconvénient, de Laval est en bonne posture, fausse par rapport ai diplomatiques, mais bonne personnellement et même c( bassadeur de famille. On peut donc, ce me semble, preni jours pour se décider sans rien compromettre. Ainsi jourd'hui 31 , j'ai l'honneur de vous écrire, le 7 vous aurï le 9 vous nous écrirez, Je 15 nous aurons votre réponse n'a pas cédé à quelque impulsion, nous serons à temps votre avis ou de nous repentir de ne pas l'avoir suivi; c' je désire qui n'arrive pas.
J'arrange l'afTaire du Piémont dans laquelle d'Osi trop de besogne. Mais je ne suis pas de compétence à chacun le blâme et la louange. Je sais bien la part qu blerait en devoir appartenir à la clique par laquelle n voir encore bouleverser notre ministère soi-disant rei 11 est du moins content dans la personne de M. le cha France, nommé aujourd'hui chancelier de l'ordre du Saî le roi l'a annoncé.
J'ai été clore hier la Chambre des pairs sans mot c forme, peu agréable à la représentation de la nation silencieuse du monde, a paru prudente, calculée pourl'a n'a pas produit un bon effet et encore moins aux dép président Laine a péroré, à défaut de l'abbé, en atten arrivât. Le maréchal plait, mais aussi il est aimable, mots fort spirituels, par exemple, qu'il fera tout pour i la prérogative royale qui est très insuffisante. Il veut él frontières, garnir nos places; il dit tout haut qu'il faut d Dupont le disait tout bas et Louis fermait la bouche i mais le maréchal la lui fermera. Adieu, cher ami. Le je ouvre une année qui devrait n'être pleine que d'espéranc suis pas convaincu qu'elle ne le soit pas de plus que d'im
Jaucoui Ce 31.
e pense que vous brûlez mes lettres même avanl les lise.
Paris, le 4 janvier 1S15.
ons pas eu de nouvelles de vous depuis le 29, il y a huit jours. Vous ne vous flattez pas que le roi vous vous nelui écrivez pas vous-même. Vous n'aurez donc,
que le plus petit ordinaire du monde, notre petit aires, qui se ressent de votre absence et se détraque l doucement.
is de Vallahe (1) a fait difliculté de laisser passer
particulière; d'Osmond s'est un peu pressé, a fait iirrier sur tes épaules du marquis de Vallaise avant fût assez convenue, de là des amours-propres blessés, ililés, de l'infériorité. Cependant, la cour est pénétrée
doit à t'influence de la cour de France et, par consére habileté. Je fais rendre un compte exact de tout Altesse en pensant toutefois que le comte de Saintdû vous donner directement des témoignages de 'Osmond aurait pu finir tout cela. Il aurait bien fait las laisser afiluer chez Mme sa fille et Mme ta marond les petits hobereaux savoisiens qui viennent it, sous la direction du général de Boigne, grossir la
dames et inspirer des inquiétudes aux ministres. is, tes propos, la présence de Finot (2), l'ancien préa donne de l'ombrage, et la défiance piémontaise an de la Savoie partout et même dans l'arrangement .u surplus, je me charge des vapeurs du marquis 1 inquiétudes de Turin. Mais notre démêlé avec t'Estit pas être traité si déhbérêment. Vous aurez envoi
de Sardaigne.
Lntoine-Bernard, baron), né à Dijon, le l" septembre 1780, e 10 janvier 1844. Auditeur au Conseil d'Etat (tS09), deuDt t-Blanc (1810). Sous la Restauration, il occupa les préfectures
)t de l'Isère.
• RBESPOHDANCE DU COMTE DE JAUCODRT que le roi avait déjà écrit une lettre autographe, que i^ait une seconde et qu'elle ne reçût pas de réponse, ce éritable outrage, que si le roi Ferdinand, en reconnaisîté, l'autorité du chef de sa famille, après des témoi- Itipliés de respect même, rentrait dans l'absolu de ses
la position du roi devenait, j'osais le dire, insoutea beaucoup délibéré. Monsieur a ouvert des avis moe duc de Berry, toujours cheval échappé, M. le duc ne judicieux. Le roi s'est rendu à cette considération
déjà écrit et qu'il ne devait pas se compromettre t une seconde fois sans avoir reçu de réponse. n a décidé que j'écrirais, mais quoi, mais comment. e devais faire une guerre de plume, ensuite prescrire, mots, des résolutions absolues, enfin l'ordre à l'ambaspartir à jour nommé si, ce même jour, l'ambassadeur e s'était pas mis en route. J'ai beaucoup causé avec rd sur tout cela, j'ai cru qu'il fallait être bien précis et lans le résumé des événements antérieurs, donner des ératifs au prince de Laval, mais lui laisser les moyens 1, en sorte qu'il puisse se servir de la dépêche en l'indi- .'énonçant enfin, en la montrant suivant les cas. Je lui 3ngue lettre confidentielle très explicative, très appros intérêts mutuels de nation à nation, en sorte qu'il lire des passages, enfin je lui écris pour lui quelques ma main. La dépêche qu'a rédigée M. Reinhard est si on me permet de l'adoucir, je le ferai volontiers, il ùre assez ferme pour n'avoir pas le conseil contre moi. ainsi : « ... Il est un terme où la fierté devient orgueil, eptibilité devient outrage, et où le sentiment de la trône doit l'emporter. Sa Majesté, monsieur l'ambasus ordonne de déclarer au gouvernement espagnol, onnait toute l'étendue des intérêts qui attachent sa >t sa maison à ceux de l'Espagne, et que c'est dans
qu'elle a constamment dirigé la marche de son gou- , la conduite de ses ministres et les travaux de ses plé-
AVEC LE PRINCE DE TALLETRAND nipotentiaires au congrès de Vienne, mais que, du r un ambassadeur de France réside à Madrid, il est in( qu'un ambassadeur d'Espagne réside à Paris. En co Sa Majesté attend, par le retour du courrier porteu dépêche, l'annonce officielle soit du dép2U't de l'an destiné, etc., soit du jour où il se mettra immanquai route. Elle attend, par le retour du même courrier, de Sa Majesté catholique à la lettre autographe... »
Je me suis sauvé, comme vous le voyez, le terme îs rappel du prince de Laval. Ce serait notre dernier i moyen de rupture.
M. le maréchal Soult qui, comme vous le savez, a i par M. de Bruges, se montre tout à fait d'accord en dis principes avec son patron; il m'est revenu qu'il se flat cer le pouvoir si ce n'est les fonctions de premier n dernier conseil, à tort et à travers, sans m'en dire un m un rapport sur Bouillon. Il a dit que nous l'avions a que le premier article du traité, qu'il avait apporté et déclarait que nous retrouvions nos anciennes limite: c'était à tort que j'avais insisté pour taire sortir le n objets militaires, à tort que j'avais laissé le duc de s'immiscer dans cet arrangement. J'ai mis en jeu l'ab ceher en ce qui les regardait, et en ce qui me regarda « le raisonnement de M. le maréchal se réduit à ceci, utile, donc, cela doit être. Ce langage n'est plus de si peut se parler au conseil du roi. Au reste, si M. le mai me faire passer son mémoire et si le roi me l'ordonne, ap joint les documents et pièces relatives, j'enverrai le t prince de Talleyrand qui, je crois, n'en fera aucun lorsque la question de savoir à qui sera le duché de Bi décidée, il sera temps de s'arranger par bon voisinage per militairement le château.nLe maréchal étantparti où le conseil se levait, j'ai dit au roi : » Sire, je ferai un l'affaire de Bouillon, qui éclairera le conseil. »
Je dine demain chez M. le maréchal, mais je me ;
CORRESPONDANCE DU COMTE DE JAUCOURT er de cela. Je me flatte que le rapport que je lirai au condéplaira à aucun des autres ministres et mettra au jour équence de M. le duc de Dalmatie.
re m'a envoyé la lettre qu'il vous écrit. Je savais tout je puis vous assurer que soit calcul, persuasion, intérêt el, ou tout autre motif, il n'est pas possible d'être mieux lus que le duc de Richelieu, il l'est partout et sur tout. 1 nul doute que son désir ne soit d'être envoyé àVienne, me semble d'accord avec tous les calculs et intérêts, rc de Wellington est venu, il est, au reste, plein de patience s de Louis. Il veut suspendre le travail des commissaires, l au lord Castlereagh, lequel doit s'être entendu avec vous, !ponse au lord et la sienne au duc de Wellington amènera lement une autorité d'opinion à laquelle Louis ne devra ster,mais il convient que votre explication soit prompte !, car il est décidé à demander une audience au roi. i, la visite du marquis Alfieri, celle de l'abbé de Montes- [ui m'a parlé de manière à me donner le désir et le regret ; retour et de votre absence, m'ont tenu jusqu'à six heures, lO ma lettre à la hâte, mon prince, vous embrasse et ue tant de sottes et petites tracasseries ne viennent pas nos belles destinées.
Jaucourt.
iris, le 4 janvier 1815.
— M. de Metternicji a des rapports d'argent, d'intrigues i espèce avec la reine de Naples; il agit de concert avec i est très sûr.
Talleyrand à Jaucourt
Vienne, le 6 janvier 1815.
Monsieur le comte,
içu les instructions pourM.le comte de Narbonne que vous la bonté .de m'envoyer. Dans l'état où sont les choses
CORRESPONDANCE DC COMTE bE JADCOURT duc de Dalmatie pense qu'il m'appartient de juger s'il d'ajouter quelque chose à la démarche faite par cetadteur militaire, et que je jugerai convenable de l'informer «rminatîon que j'aurai cru devoir prendre à cet égard, honneur d'adresser à Votre Altesse la traduction de l'ar- [uestion, écrit sans doute par quelqu'un de ces voyageurs Is qui ramassent leurs nouvelles dans les cafés de Paiis. juge, au reste, à propos ni d'approuver ni de désapprouile qui a fait outrepasser ses fonctions à M. le chevalier
et en évitant de répondre par écrit à M, le duc de Dalî lui dirai au besoin verbalement que j'ai invité M. Abel mander au Sénat de Hambourg une plus grande surveilr les journaux qui s'impriment dans sa ville, ire du château de Bouillon, dont le résumé sera envoyé 'hui à Votre Altesse par la division du Nord, sera discutée ïil de lundi prochain et j'aurai l'honneur de vous faire e la décision qui sera prise à ce sujet (1).
Altesse ayant désiré que je m'informasse si le roi n'est s l'usage d'écrire quelques lettres de nouvel an, j'ai fait i recherches, d'où il résulte, que pour cette époque le roi me lettre de protocole à écrire; que plus tard Sa Majesté 1 aux lettres que les cardinaux lui ont écrites conformél'usage, et que ai, quelques fois, les rois de France ont 5 lettres de nouvel an à des princes ou à des princesses nille, ce n'est pas en vertu d'un usage, mais d'une affecsonnelle; que ces lettres à la vérité ont été transmises par tement des affaires étrangères, mais que ce département î étranger et au choix des personnes qui ont reçu cette
de souvenir et à la rédaction des lettres.
z, mon prince, les nouvelles assurances de ma très
snsidération.
François Jaucourt.
duché de Bouillon, contesté par l'amiral anglais Philippe d'Au- 1 prince de Rohan-Ouéméné, attribué à ce dernier par arbitrage. itre cédé aux Pays-Bas contre indemnité.
114 CORRESPONDANCE DU COMTE DE JAtJCOURT
et le chancelier en a perdu contenance. Je crois même que le grand maitre de la garde-robe n'avait pas su la chose, mais qu'elle l'avait été par celui devant qui les ministres ne sont pas du tout ce qu'il faudrait qu'ils fussent et l'écrit avait en vue de les placer dans une autre et meilleure position. La première partie, assez bien faite, établissait leur position respective, la différence de leur vie politique jusqu'à ce jour et la nécessité de leur association sincère aujourd'hui. Mais si l'on sentait les énormes inconvénienta de marcher à l'intérêt particulier de sa position et de ses relalions particulières, on devait tomber d'accord qu'il y avait deui grands objets à considérer, l'intérêt politique commun à tout véritable système d'un gouvernement représentatif, le travail administratif de chaque ministère lié et soumis à l'intérêt ministériel proprement dit, ou plutôt à ce système politique déjà indiqué. Cela reconnu, il fallait maintenant s'entendre sur la marche à suivre. C'était surtout en l'absence des Chambres et avant le retour de la prochaine session qu'il fallait y travailler. Or, voulait-on marcher avec les Chambres, il y avait une série de conséquences à tirer; voulait-on marcher contre, ce qui serait absurde, il y avait cependant encore dans cette supposition un plan à faire.
M. Beugnot, ensuite, présentait, comme un moyen d'action et d'union, un comité des ministres adhérents, présidé par le roi et seulement composé du roi et de ses ministres. Le chancelier est devenu cramoisi à cette lecture. M. Ferrand a d'abord mis en question qu'il y eût la moindre difïérence ni d'opinion ni d'intérêt entre les assistants. Le maréchal a émis de sa tête carrée quelques réflexions judicieuses et assez utiles, fort éloignées de celles que doivent faire naitre sur son compte les nominations qu'il fait. L'abbé, qui est tout constitutionnel, qui voulut s'en aller, qui reste pour l'honneur du gouvernement provisoire et qui, au fait, a plus le sentiment de nos dangers, de nos besoins et de nos ressources que les autres, a parlé assez raisonnablement. M. de Blacas a dit des choses qui, réduites à leur sens véritable et à leur stricte utihté, peuvent faire à la façon de Sterne : zéro.
L'abbé dîne chez moi aujourd'hui avecLaumond(l), Saint-Cricq, Louis et M. Becquey. Beugnot devait y venir, mais il tremble de son courage et a prié du monde à diner pour s'esquiver. Où cela aboutira-t-il ? A rien. A quoi cela aboutirait-il si vous étiez ici? A tout, si vous le vouliez avec votre bonne volonté. Car il y a plus de volontés ou de sortes de volontés que de sortes de vérités.
J'ai eu ici ce matin un rendez- vous qui finit entre M. Ferrand et son confident, moi et M. Roux et le marquis d'Alfieri sur ce diable de courrier. J'espère que la petite ferme bonapartiste de d'Osmond sera efTacée par notre conférence et que j'amènerai un véritable accommodement entre nos bureaux de poste, c'està-dire un affranchissement volontaire et facultatif.
C'est une honte qu'au temps où nous sommes la poste ne soit qu'une ferme et que le moyen de communication du monde civilisé soit soumis au calcul de toutes les corruptions. Vous voyez que la morale me gagne et que vos affaires étrangères se ressentent des nobles principes que prêche leur chef. Je lirai lundi un mémoire en réponse à M. le duc de Dalmatie, une dépêche au prince de Laval, en réponse à la note extravagante de M. de Cevallos, une lettre confidentielle au même, faite pour être lue confidentiellement au duc de San Carlos et au marquis de Cevallos. Que d'efforts, que de travail pour réparer une sottise! Mais voilà ce que c'est que des princes dans un conseil! Tout cela vous sera envoyé. Le duc de Wellington assure que nous finirons par rappeler notre ambassadeur parce que, dit-il, quand le ministère de Madrid a fait une espagnolade, cela est sans bornes. Voyez ce que vous pouvez, mon prince, auprès de M. de Labrador (2), il me semble qu'il vous doit assez pour s'occuper de faire ce que vous désirez et cela nous aiderait. M. le duc de Wellington est de plus en plus mécontent de M. Louis, il veut suspendre toute affaire
(1) Le comte Laumond, conseiller d'Etat, directeur des mines.
(2) Labrador (Pedro-Gomes Havelo, marquis de), dévoué à Ferdinand VII, il raccompagna à Bayonne en 1808. Rentré en Espagne il devint conseiller d*Etat et. plénipotentiaire au congrès de Vienne.
RESPORDAHCE DO COMTE DE JAOCOURT mmissaires et Saint-Léon (1). Il veut le payement lis le veut du tiers seulement. Enfin, il sera diflîcile rcer Louis à céder. Je vous appellerai à mon secours, cela il ne voit que son affaire. Ces messieurs m'ont tant de temps qu'il est cinq heures et que je suis hâter de finir.
lous, mais le départ des souverains me fait craindre, longueurs des courriers, des indécisions. Nous senesse et la force de votre plan qui reviennent sur •e l'Autriche, comme il a été sur la Prusse contre Alexandre, mais que de travail et d'elTortsl Je vous irable et je vous honore comme le peut faire un ittentif, intéressé, sans compter la bonne et franche
Jaucourt.
Talteyrand à Jaucourt
Vienne, le 10 janvier 1815.
•nsieur le comte,
neuf de vous envoyer copie d'une note qui m'a été les plénipotentiaires du prince régent de Portugal Elle est relative à la résolution prise par legouvernegais d'ouvrir les ports du Brésil au commerce de s la condition que l'entrée et la liberté du commerce olonies seront accordées aux navires portugais, en
leur égard les lois prohibitives qui pourraient exis- ]uestion devant être soumise à un examen appro-
connaltre jusqu'à quel point elle s'accorderait avec nos colonies, je vous prie, monsieur le comte, de vous ce sujet avec les ministres de la marine et de l'intéavail qui résultera de vos conférences vous mettra à omettre l'ensemble de la question au roi et de prendre 'dus voudrez bien me les transmettre avec votre rap-
aux Cent Jours en mission secrète auprès de Talleyraad.
AVEC LE PRINCE DE TALLEYRÀNO i47
port à Sa Majesté, afin que je puisse répondre aux plénipotentiaires portugais.
Agréez, Monsieur le comte, l'assurance de ma haute considération.
Signé : Le prince de Talleyrand.
Jaucourt à Talleyrand
Paris, le 5 janvier 1815.
Je sors, mon prince, de l'audience particulière que le roi a accordée à M. le marquis Alfieri, ambassadeur de Sardaigne. L'ambassadeur a exprimé au roi les sentiments de congratulation et de sensibilité de Sa Majesté Sarde et le roi lui a répondu en employant deux ou trois fois votre nom de la meilleure grâce du monde.
Le maréchal Soult va faire passer une revue de la totalité de la garnison et ces jours-ci elle commencera à défiler. Cette décision a éprouvé tant de difficulté de la part des princes que je ne sais cependant ce qui en arrivera. M. le maréchal est fort avec les faibles, nous verrons comment il sera avec les forts. Il m'a chargé d'avoir l'honneur de vous dire qu'il mettait le général Martial (i) à votre disposition. Il m'a dit cela en courant et en regrettant de ne pas vous écrire, et comme je lui ai demandé un mot d'explication, il m'a remis à notre réunion chez le comte de Blacas et m'a assuré, en attendant, que vous étiez parfaitement au fait de cette petite affaira
J'ai dîné hier au Palais-Royal. J'ai rappelé à M. le duc d'Orléans les espérances qu'il m'avait données, espérances, pour dire la vérité, qui s'annonçaient plutôt comme des regrets que comme des promesses. Il m'a demandé de ne vous pas parler de notre conversation, cherchant, m'a-t-il dit, les moyens d'arranger une chose que vous désiriez et à laquelle ses engagements mettaient tant d'obstacles. Les ministres de Wurtemberg, de Hol-
(1) Le baron Martial Daru, inspecteur aux revues.
arck et M. Boutiakine y dinaient. M. de Zeptemeal àM.leduc d'Orléans que le roi de Prusse sur la Saxe, qu'il avait résolu de servir les intéixe en ce sens qu'il obtiendrait un dédommagelui décidément garderait la Saxe. M. Boutiaé des sentiments très conciliants, regrettant aîné l'empereur vers des idées de restauration issurant que son mailre est disposé à des sacri- L à tâche d'établir que l'empereur Alexandre i influence et se décide d'après lui, mais dans être un peu exaltée du bien public.
% cessé, mon prince, de présenter ce véritable
Murât comme un de ces prodiges éphémères rit, après avoir excité la crainte et la surpriseue que je suis encore dans l'idée que, tel que ces i de la nature qui se détruisent d'eux-mêmes ce qui leur résiste, le temps était son plus puis-
pour le dire plus naturellement, le plus heureux
Murât sera de trouver à employer son armée, nquiet, déclarant à tout propos qu'il n'ira pas ine Ile d'Elbe, mais parlant avec confiance de l'esprit public de l'Italie et de soixante mille
s'armer pour l'indépendance, si l'Autriche ne •s engagements. Au surplus, j'écris à l'instant à ma lettre le joindra, je crois, à Toulon. Je l'adresse ime pour qu'elle lui soit remise exactement, itions se trouveront renforcées dans le sens que 'it. Le roi m'a paru très content de ce que vous janvier, en lisant votre lettre particulière où
tout ce qui pourra faire sortir de là une grande lyé H, le roi a observé que nous ferions bien d'en îmes. Vous voyez que vous êtes devenu bien e crains que la duchesse ne se croie obligée à
ipotentiaire de Wurtemberg à Paria.
CORRESPONDANCE DU COMTK DE JAUCOCRT
en ai parlé au roi qui m'a semblé dans mes idées; si vous y lyez des avantages que je n'ai pas l'esprit d'y trouver, donnezaï vos ordres. Adieu, mon prince, je vois tout le monde si bien <ur vous, si étonné de vos progrès, que je ne puis espérer de us montrer que plus de sincérité et d'attachement.
Jaucoubt.
Ce 15, à deux heures et demie.
Paris, le 17 janvier 181S.
Je fais partir le courrier par acquit de conscience, car je n'ai a de lettre du roi près de qui vous êtes en reste et je n'ai rien rou3 dire. Vous aurez su la mort de cette pauvre jeune femme i intéresse parce qu'elle était fort intéressante et parce que i^ènement était si inattendu. Celle du duc de Fleury (1) intésera moins et occupera davantage. Le duc de Loi^es(2),le c de Rohan (3), le duc de la Tremoïlle (4) et un peu le duc de stries (6) se pressent et divisent les nouvellistes, ^ous nous avez échauffés pour le 21 janvier. D'abord le roi voulait que la translation pure et simple avec les honneurs lispensables, cela avait paru sage et très approprié aux ciristances, mais, à mesure que l'on a proposé, le roi a acquiescé maintenant tout le monde ira. Vous aurez les récits de ces
1) Pair de Fraac«, un des premiers gentilshommes de la Chambre dons
naison du roi.
[) Lorges {Jean-Laurent de Durfori-Civrat, duc de), né en 1746, mort
s 1820. Emigré (1791), le duc de Lorges ne rentra en France qu'en 1814.
us XVllI le fit pair de France (1814). Au 20 mars 1815, après le dépari
roi. il se rendit à Bordeaux, auprès de la duchesse d'Angoulême, qui l'en-
aen Angleterre demander des secours. Le duc de Lorges revint en
née avec le roi.
t) Rohan-Chabot (Alexandre Louis- Auguste, duc de), pair de France,
tenant-général, né le 3 décembre 1761, à Paris, où il est mort,le8 fé-
i) Trémollle (Charles-Bretagne-Marie- Joseph, duc de La), général el
ime politique français, né le 24 mars 1764, mort le 9 novembre 1839. Il
gra (1792), servit dans l'armée des princes, puis dans l'armée autrichienne,
int tieutenanl-général en France (1814).
>) Castries (Armand -Charles -Augustin, duc de), né le 23 mai 1756, mort
aris, le 19 janvier 1842. Brigadier (1782), maréchal de camp (1788), pair
lue héi^ditaire (1814).
faire ressortir. Beugnot a, par cette cruelle circonstance, acquis une grande indépendance des fous appelés colons. Cela se liant à la traite, il va jeter des premières vues qui seront discutées entre nos deux ministères et communiquées avec prudence à l'ambassadeur de Sa Majesté Britannique.
J'ai eu ce matin la conversation de M. Thinville qui m'a paru fort mal à son aise dans ses récits, mais ayant assez de raison de croire que nous n'en finirions qu'en faisant voir à portée d'Alger deux ou trois frégates et un vaisseau de ligne. Vous en décidcFez. M. de Voise (1) est au moment de partir et son arrivée nous procurera des connoissances utiles, car vous savez que les deux puissances se battent dans toutes les occasions. Vous ferez justice de la négligence de M. de Labrador qui instruit si mal sa cour que M. de Laval a reçu des plaintes de la mollesse avec laquelle on traitait la royauté de Murât. Pour moi, je ne cesse d'annoncer sa chute et sa confusion et ce ne sera pas ma faute si les lettres d'ici ne portent pas au congrès l'expression de tout notre mépris et de nos déterminations sur ce soldat parvenu.
Adieu, je n'attends quelque chose à dire que de vous.
Je dîne chez M. le comte de Blacas avec le corps diplomatique et sûrement là on sera en admiration de votre habile et heureuse conduite. — Mme Geoffrin disait encore plus d'esprit et l'on ne mourait pas, vous vivrez longtemps, mon prince, et longtemps par le congrès de Vienne et par le traité de Paris. C'est bien le cas de dire et de finir en me nommant votre humble serviteur.
Jaucourt.
Ce 17 janvier 1815.
Talleyrand à Jaucourt
Vienne, le 18 janvier 1815.
Monsieur le comte,
J'ai reçu dernièrement une brochure de M. de Bonald (2), qui m'a paru écrite non pas avec de mauvaises intentions, mais
(1) Devoise, consul général et chargé des affaires du roi à Tunis (1814).
(2) Réflexions sur l'intérêt général de l'Europe, in-8°. — M. de Bonald,
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l( CORfiKSPONDAIfCE DU COMTE DE JAUCOURT
Il roi de remettre le départ du courrier pour Vienne d'aujour- 'hui à demain, 21. J'en avais dit un mot au conseil, au roi; mais i matin le comte de Blacas m'a écrit pour me prévenir que le roi 'écrirait pas et que je fisse partir le courrier sans délai. Il va onc partir, mais jamais vous n'en aurez reçu un si pauvre et si taigre. Ces dames et leurs petites correspondances seront prises u dépourvu; enfm, tout cela tournera au profit de celui qui sera Kpédié au retour du vôtre, je ne pense pas avant quatre ou lême cinq jours. Nous regardons ici comme certain que le contrerojet de lord Castlereagh est l'ouvrage de l'ambassadeur d'Angleîpre et lui a été envoyé d'ici par Londres. Le lord Wellington m'a arlé hier du congrès, de l'obstination de l'empereur Alexandre, e ses espérances sur la Saxe, de manière à me persuader qu'il ist loin de vouloir éloigner l'idée qu'il y ait eu quelque part.
Le roi m'a paru, comme à l'ordinaire, très satisfait du cours de 03 progrès et du succès qui parait possible quant à la Saxe; lais il a dit à Monsieur, avec lequel j'avais écbangé quelques lots derrière le fauteuil du roi et qui m'avait répondu : « et e croyez-vous pas que le prince de Talleyrand va bientôt reveir? » — Mais après ce combat-ci, il nous en restera un autre àlivrer, t Naples donc! » Monsieur a répliqué en bésitant un peu : « Je Pains que Murât ne soit pas cbose si aisée. »
Je dis de même : Murât ne me semble pas cbose aisée. Il est ttaqué d'une maladie mortelle, mais d'une maladie de langueur, I meilleure chance qui puisse lui être offerte, suivant mes très libles lumières, c'est de se battre le plus tôt possible. Si vous ffacez le sentiment que lui portent les peuples dansl'espoir de mr indépendance, si vous l'isolez, si vous faites des Etats fédéés et soumis à des représentations nationales, le grand Joachim 'est plus nécessaire et il devient ridicule; mais jamais ce qui est tile et nécessaire n'est réellement ridicule.
Je n'ai pas le temps ni même l'occasion de développer mes lées : d'ailleurs, vous savez si bien et si fort en connaissance de ause tout ce que l'on peut dire là-dessus, qu'il serait impertinent e vous étaler mes petites réflexions.
routiniers comme moi, le roi qui le veut, mais qui, sur ce point-là, est entraîné vers une erreur toute naturelle. Il se persuade que le ministère, désuni dans ses éléments, est réuni dans sa volonté; que le système marche par sa tête, par sa pensée, et que son autorité comme sa sagesse remettent l'unité où il y aurait diversité d'opinions et de vues, et font l'ensemble que l'on reconnaît nécessaire. On prétend qu'il y a gens s'agitant beaucoup pour offrir d'autres projets que ceux de Louis, mais liés à son plan que le roi ne voudrait pas changer.
La loi sur la banque a passé à de très légers amendements près, et les amendements sont bons.
L'affaire d'Exelmans va son train. L'opiniâtreté de ce général a paru à tous les mécontents une belle occasion de crier, mais je pense qu'hier au soir il a été arrêté et conduit par la force armée hors de Paris. J'ignore sa destination : on vous aura mandé que le maréchal Soult m'avait parlé de M. de Flahaut (1) et m'avait dit que sans la crainte de vous faire de la peine, il prendrait aussi contre lui des mesures de discipline. Je lui ai dit que votre amitié n'était pas partiale, que sûrement vous seriez bien aise que les mesures de rigueur ne fussent pas employées les premières, mais que quand elles seraient nécessaires, vous ne les condamneriez pas. Je vous envoie copie de la lettre qu'il vient de m'adresser, avec la lettre dont lui-même m'envoie copie et qui vous parle du général Guilleminot.
M. de Narbonne va partir pour Palerme dans les premiers jours de février.
Rivière vous verra, j'espère, avant son départ qui ne sera qu'à la fin de janvier.
M. Maller pour son Brésil part en passant par Lisbonne.
J'ai eu des nouvelles fraîches des Etats-Unis, la paix sera, je crois, le prix de l'union qui s'est formée entre les fédéralistes et les autres. Le gouvernement est en bonne position, le zèle patrio-
(1) Charles de Flahaut, fils de la comtesse, remariée ensuite au baron de Souza, amie de Talleyrand, et du comte de Flahaut, guillotiné en 1793. Il eut de la reine Hortense un enfant adultérin qui fut le duc de Morny.