M. de la Boulaye à M. de Serre
Paris, vendredi SA mars 18%.
La discussion sur les journaux prend un violent caractère. Vous me verrez injurié, ne m'en aimez pas moins.
Notre Royer est sur les charbons ardents : sa ligure exprime le trouble de son âme. C'est un galant homme; mais je pense, comme vous, qu'il a trop sucé le lait de la Révolution ; il en a des nausées dès que certaines cordes vibrent à son oreille. Très -puissant pour ameuter les opinions, pour exciter les craintes, pour irriter l'opposition, il faiblit dès qu'il faut se mettre à sa tête et la conduire. A droite, à gauche, on s'empare de ses idées ; je les vois poindre et se dénaturer selon les bouches par où elles passent. Déjà ce ministère-ci est, selon nos doctrinaires, frappé d'une maladie mortelle ; déjà ils lui voudraient des successeurs. Ils ont désiré M. de Richelieu, mais autrement encadré, comme si le due pouvait s'accommoder de tous les cadres.
Je crois que notre discussion se terminera au-
jourd'hui et que je répondrai demain. Je suis excédé de tous ces discours. Celui de M. de Salis ^ est plein d'esprit.
Sans adieu, chers et bons amis. Ménaeez-vous.
M. de Puymoisson et tant d^autres me parlent
souvent devons. Je vous entretiens dans les bonnes
pensées.