‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 2)Chapitre 106 sur 241 · M. de la Boiday e à M. et il W^ de Serre · texte numérisé non relu

M. de la Boiday e à M. et il W^ de Serre

Paris, mardi 'US mars 1820.

Cette journée, mes chers aiTjîs, est la première du printemps ; le temps est doux : c'est l'appel du printemps à la végétation. Louise a reçu ma visite

dans le jardin Les petites santés sont parfaites ;

les vieilles santés sont bonnes.

Je reçois votre lettre dû 8 et l'incluse. "J'y réfléchirai demain, et je la remettrai probablement dans deux jours. Vos paroles ne seront pas perdues; je les recueillerai si d'autres les négligent.

Ce que je vous ai annoncé hier est advenu peu d'heures après mon pronostic : Courvoisier a fait l'arrière-garde sur l'article l""" de la loi ; mais ce dont je me méfiais et que je ne croyais pas devoir se manifester si nettement, c'est l'association de la Bourdonnaie au triumvirat doctrinaire. Lisez attentivement Ze -Moniteur d'aujourd'hui : vous verrez la Bourdonnaie se séparant de son parti, et Corbière, contenu jusqu'ici, entrer en campagne contre Royer et Camille. Guizot rentre en grâce et sera le diplomate du parti. Ces messieurs pensent qu'on ne peut pas établir le gouvernement représentatif avec les éléments qu'offre le côté droit, qu'il faut faire du centre gauche sa pierre angulaire, consacrer de plus en plus l'égailité révolutionnaire,

et, sous son ombre, combiner un despotisme libéral qui trouve et prenne partout ses agents. Ils ne voient pas que le centre gauche n'a de forces réelles que par la gauche, d'où sortent des lois plus ou moins attentatoires à l'autorité et dont les doctrines populacîères peuvent seules atteindre partout.

Les dangers du côté droit sont d'une autre nature; mais un parti qui n'a pas pour auxiliaires la haine du pauvre contre le riche, le bonapartisme, les remords de la mauvaise conduite et l'aversion des Bourbons, un parti suspect, peu nombi-eux, froissé par ses fautes et manifestant des dispositions à profiter de ^expérience me paraît mille et mille fois préférable. L'autorité royale pourra toujours le contenir, tandis que l'autre ne sera satisfait et contenu que par l'usurpation.

Je vous remercie de vos bonnes amitiés.

Belle Excellence, hâtez-vous de guérir ce pied foulé et d'en tourner la pointe vers un bon et solide ami, qui commence à se lasser de ne voir que vos talons.

Eugène va bien .

Je vous embrasse tous trois.

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