M. de la Boulaye à M"^ et à M. de Serre
Paris, jeudi 30 mars 1890.
Je vous remercie, belle et chère Excellence, de votre lettre du 22. Remettons sur pied notre valet de chambre qui m'a toujours paru un excellent garçon, et qu'il vienne prendre exemple de moi au Vaudeville. Il verra comment on s'évanouit sans se croire mort.
Le temps est superbe. Hier la promenade de Longchamps, dont je n'ai vu que le début en me rendant à la Chambre, a été favorisée du plus beau soleil; mais elle a dû se ressentir du fatal événement. Peu de toilettes sans crêpe; peu de joies pures.
Louise va partir pour la promenade. Marie est
* Le baron Romain-Joseph de Brigode, n^ à Lille le S18 février 1775. Auditeur au Conseil d'État en 1803, il représenta le département du Nord au Corps législatif de 1805 à 1810, et à la Chambre des députés de 1815 à 18S3, puis de 1^ à- 1837 : il siégeait sur les bancs de la gauche. En 1837 il fut élevé à la pairie. Il mourut à Enghien-ies-Bains le 5 août 185/i. 11 avait été nommé chevalier de la Légion d'honneur en 181 1 et officier en 1881.
â.j6 CORRESPONDANCE.
guillerette. Eugène et les grands parents se portent bien. Le baron * voltige dans la maison.
Le Roi va très-bien ce matin.
Profitez, très-cher ami, du beau temps, humez le bon air, refaites des poiunons et attendez, pour revenir, qu'il y ait quelque clarté jetée sur nos élections. Nous allons bientôt y regarder de près. On a du temps avec des gens qui ne marchent qu'à journées d'étapes et qui séjournent à chaque article ; nous n'en sommes encore qu'à l'article 7 de la loi sur les journaux. Finirons-nous aujourd'hui ?
J'ai vu hier les de Broglie. Même bonne amitié, même bonne grâce de leur part, même ténacité de la mienne. Mais...
Mais on revient toujours A ses premiers amours.
On dit maintenant que la position est bien changée, qu'il ne s'agit plus d'élections, que l'on aurait tout à craindre de toute espèce de loi. On ne voit pas que tout cela ne change rien aux dangers de la loi actuelle, que la loi nouvelle eût amené toutes les fureurs dont on 'gémit, et qu'en somme il ne s'agit que de ceux qui ne veulent pas des Bourbons et de ceux qui en veulent. Tout ne s'aperçoit pas tout d'une vue dans le jeune ménage. Il faut les aimer, car ils en sont dignes, et les observer, car ils sont jeunes.
M. le duc de Richelieu vous aime et vous honore. Le terrain est solide.
« AI. d'Eckstein.
Vous en savez plus long que nous sur ces insurrections italiennes.
Au revoir, bien chers amis.
On attend Sainte-Aulaîre sous huitaine.