M. de Serre à sa mère
Nice, 2 SLVTii 1830.
M. de la Boulaye m'a écrit, chère maman, que vous aviez été un peu malade ; mais le lendemain il m'a mandé que vous alliez mieux. J'espère que cela n'aura pas de suite. Soignez-vous bien, chère et excellente maman ; conservez-vous à votre pauvre fils.
C'est aujourd'hui Pâques, et nous avons un beau ÎQur ; avec du soleil et point de vent, on est comme en plein été ; tout germe et toutes les feuilles s'épanouissent. Il faut se lever matin pour se promener avant l'ardeur de midi. Aussi faisons-nous depuis quelques jours des courses à cheval avant déjeuner; quand je dis courses, je ne vais plus qu'au pas, m'étantmal trouvé d'une allure plus vive. Ou bien, comme ce matin, je me promène entre deux rangs de jeunes cyprès sur la terrasse qui termine le jardin et borde la mer, un livre à la main que je quitte souvent pour mes rêveries. Je repasse dans ma mémoire mes promenades semblables sur cette terrasse de Pagny où voiis veniez souvent me rejoindre. Ne pensez pas que de tels souvenirs et les sen-
timents qui les ont produits s'affaiblissent : des jours aussi heureux et aussi purs ne s'effacent pas de la mémoire. Ce qui était en germe s'est développé ; de grands objets, des pensées profondes et trop souvent douloureuses, des devoirs effrayants me réclament et m'absorbent. Je n'en suis pas moins toujours le même. Mais tous nous sommes ou trop blâmés ou trop loués. On m'écrase en ce moment par les espérances exagérées qu'on place en moi. Quel secours à de si grands maux que la faible voix d'un convalescent ! Toutefois, chère maman, adressez à Dieu vos bonnes prières : que pour quelque temps encore il prête un corps à mon âme, l'expression à mes pensées et le souffle à mes paroles. Il m'est témoin que je n'en veux user que pour sa gloire, pour le salut du Roi et de mon pays.
Je compte sous peu aller faire une tournée dans le voisinage français, à Grasse, à Hyères, à vingtcinq ou trente lieues d'ici. Envoyez toujours mes lettres au ministère, elles me parviendront. Je gagne ce que je puis de temps pour retrouver à Paris le beau temps et la chaleur; mais j'y veux être pour la loi des élections.
Au revoir, chère maman; je vous embrasse du meilleur de mon cœui:. Faites toutes mes tendresses à mon père.
C'est une semaine de réparations, et je paye mes dettes : voilà une réponse pour Thérèse. J'ai reçu de bonnes nouvelles d'Hyacinthe,
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