‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 2)Chapitre 114 sur 241 · M. da la Boulaye à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. da la Boulaye à M. de Serre

Paris, dimanche S avril 18S0.

Je reçois, cher ami, votre lettre du 25. Louise a reçu la sienne ; Marie n'en exige pas. Enfants, bonne et nourrice, tous se portent bien. Parlons d'affaires. *

Je me suis tiré comme j'ai pu du rapport et comme j'ai pu du résumé. Nous avons eu 27 voix de majorité. Je ne sais qui vote ou ne vote pas; mais j'ai peu de confiance lorsque certains journaux donnent des éloges qu'on laisse passer.

Pendant que je vous engageais à écrire à M. Pasquier, il vous adressait une fort longue lettre.

Nous discuterons et repousserons demain, si nous le pouvons, la proposition de Benjamin sur un nouveau mode de délibération, puis les comptes, puis les douanes, puis les dépenses du budget. La commission des recettes, sous l'influence de M. Louis, est effroyable.

Quelle violence dans nos débats ! dites-vous. Ajoutez quelle astuce ! quelle insolence ! quelle mauvaise foi ! C'est un spectacle nouveau depuis la Révolution. Jamais la minorité n'a provoqué, n'a insulté la majorité en face ; jamais on n'a calomnié le lendemain la résolution de la veille; jamais les subtilités de l'esprit n'ont eu plus d'audace; jamais on

n'a promené, d'une manière plus barbare, le scalpel sur le corps politique : je croyais assister à la dissection d'un vivant.

A^ous verrez cette association pour secourir les victimes de la tyrannie ^ . Les factieux ne se taisent plus ; rien ne gêne leurs mouvements ; ce qui se murmurait se proclame. On a discuté le choix du successeur

Que les nouvelles lois aient jeté de l'huile sur le feu, je le conçois, mais le feu n'en eût pas moins été terrible. On ne se laisse pas impunément arracher une prochaine victoire; il y a si longtemps que j'entends dire qu'on doit, à toute occasion, mettre l'ensemble du gouvernement en question! Tuer les Bourbons par des lois libérales, premier système ; les tuer et le gouvernement représentatif tout ensemble par la violence, la complication et l'interminable longueur des discussions, et les retranchements au budget, et les atteintes portées au crédit public, second système. Nous en sommes là. On va manœuvrer. Il faudra bien que vous nous reveniez. Vous n'assisterez pas de si loin à nos funérailles.

Les événements de Cadix vous feront frémir. Déjà la Junte, et vous en jugerez par ses proclama-

*Les journaux de ropposîtion venaient d'annoncer qu'une souscription était ouverte et une association formée pour secourir les victimes de la suspension de la liberté individuelle. « Cette loi, remarque M. de Viel-Castel, devait rester à peu près sans application. A peine, pendant sa durée, un très-petit nombre d'arrestations eurent-elles lieu en dehors des formes de la légalité ordinaire. » (Histoire de la Resiauratiorit t. VIII, p, /i55.}

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tionSy est contrainte à se justifier. Cette révolution militaire, qui peut contrarier les projets des Anglais Sur TAmérique méridionale et qui menace le Portugal, donne beaucoup d'émoi aux consuls britanniques, et, comme vous le dites avec raison, les premiers mouvements sérieux! en France mettront de nouveau l'Europe en feu.

A demain, mes biens chers amis. Dès qu'il y aura quelque chose d'arrêté sur la loi d'élection, je vous le dirai. Déjà M. Pasquier vous expose les diverses combinaisons.

Je vous aime bien, rendez-le-moi.

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