M. de la Bonlaye à M. de Serre
Paris, lundi 3 avril 182(0.
Nos petites fillettes folâtrent sur l'herbe dans le^ jardin. Elles ont été se promener hier. Tout va bien à la chancellerie. On me rît, on me caresse. Les grands parents sont en bonne santé.
Je vous remercie , cher ami , d'avoir écrit à M. Portalis en faveur du jeune de Jessaint. Vous vous rappelez les promesses faites au père, vous connaissez ses bons sen ices ; c'est la seule récompense que l'on puisse donner à ce galant homme. Il importe au gouvernement de conserver son influence dans le département de la Marne et d'en user. Si le jeune homme était en service ordinaire, je m'occuperais de lui, je le ferais travailler: il y a de l'étoffe et quelque expérience des affaires.
Nous allons nous débattre sur la proposition du Benjamin et sur sa machine à voter, déjà surnommée la Benjamine, On ne peut pas donner, dans tous les cas, à cinquante membres le droit de forcer la Chambre à l'appel nominal ; avec leurs amendements, sous-amendements et leurs lardons de toute espèce, ils rendraient les discussions interminables. Ils n'ont pas songé d'ailleurs à l'article 52 du règlement qui veut que, dans le doute, la discussion continue, et la minorité ne peut pas être maîtresse
de couper, quand bon lui sem])le, la discussion par ses appels nominaux, de la rendre, à son gré, démesurément longue par le même moyen*.
Je crois que le gouvernement va s'expliquer avec la nation sur les circonstances présentes et montrer d'ailleurs quelque énergie On parle de substituer à la Banque le duc de Gaëte^ à Laffitte.
Mille tendresses, m'es bien chers amis.
* Voyez l'Histoire da gouvernement parlementaire, par M. de Hauranne, t. V, p. ii83 et /*83.
* Martin-Michel-Charles Gaudin, fils d'un avocat au Parlement de Paris, ëtait né à Saint-Denîs le 19 janvier 1756. 11 entra, en 1773, dans l'adininistratioii des Finances ; il fut charge, en 1777^ d'une direction ; il devint, en 1791, Tun des six commissaires de la trésorerie nationale, fonction qu'il conserva jusqu'en 1795. Intendant général des postes en 1798, il garda le portefeuille des Finances du 10 novembre 1799 au 1®' avril ISl/i et du 30 mars 1815 au 8 juillet suivant. Napoléon l'avait crée duc de Gaâte le 15 août 1809. Les électeurs de l'Ain se firent représenter par lui de 1815 à 1819. Sur le conseil de M. Roy, Louis XVIU lui remit, le 6 avril 18!^, le gouvernement de la Banque de France, poste qu'il perdit en lS3h. Il mourut à Paris le 5 novembre 18/tl. — Voyez y Essai sur la vie et radm,inistration du duc de Gaëte, par Auguste Portalis. Paris, 18AS.
â70 CORRESPONDANCE.