‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 2)Chapitre 134 sur 241 · M. de la Boulaye à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. de la Boulaye à M. de Serre

Paris, mercredi Ift «vril 1890.

Samedi la commission des pétitions, je v<eiix dire des électkms , avait arrêté de rejeter le projet du gcovemonent et de députer MM. Laine, Royer et Foy vers le président du Conseil pour lui déclarer : 1* oette détermination; 2^ qu'il y avait quelque 'dbose à faire ; 3^ qu'on indiquait trois nouvelles hases de discussion. On était bien dans l'intention de ne s'^Qgager que coâdltionnellement ; mais Boyer tenait à son idée, l'une des tnois , de foire élire, dans les arrondissements par les éleet^irs, un oertain nombre de leurs finères, qui, réunis au cheflieu, y auraient choisi les députés. Royer écrivit le dimancbe à M. de Richelieu. J'emportai la lettre le soir et je l'envoyai lundi matin. Réponse subite et rendes-vous pour le mardi. Mais lundi, après la séanee, la oommission assemblée, Foy et Courvoisier ayant reçu les ordres de la gauche, calcul fait de i'impoftance pour ie parti d'établir la discussion sur une loi de quarante et tant d'articles, on revint sur la délibératkm du samedi, et l'on décida que l'on s'excuserait le plus polimmt possible de ne point accepter le roidez-vous. Royer vint chez M. le doc de Richelieu le lundi soir p(»1eur de ces douces paroles. Je les laissai causer et je sus ensuite par

Sgji CORRESPONDANCE.

M. le duc de Richelieu ce qu'il savait bien que je savais d'avance. Royer est rapporteur; il n'est paspressé de paraître et sait bien que le gouvernement ne le laissera pas parler, et je l'ai engagé à se faire,, du moins, un mérite de sa lenteur. Pendant tout le cours des travaux de la commission, Royer n'a cessé de mè vanter la raison, la tolérance, l'envie, le besoin de conciliation des Foy, des Daunou, etc. Il a triomphé en fin de cause sur la proposition unanimement votée d'entrer en conférence. Maintenant il faut en rabattre; il faut reconnaître qu'on ne transige pas avec un parti qui a levé Tétendard de la révolte, qui veut vaincre et qui se croit sûr de la victoire ; il faut avouer que l'on sert, que l'on est subjugué lorsqu'on ne combat pas ; mais quels pénibles aveux ! Nous n'en sommes pas là.

Vous jugez bien la position. Vous seriez ici que vous ne verriez, que vous ne diriez pas mieux. On revient sans cesse sur ces vieilles généralités : la nécessité est la reine des maîtres et des sujets, il faut la subir ; on ne peut pas changer l'état de la société ; les lois ne sont rien ; le gouvernement est tout. Mais qu'entendez-vous par le gouvernement? leur dis-je ; des honmoies sans doute. Où sont-ils, ces sauveurs des peuples, ces arbitres de nos destinées? Les lois ne sont rien? Pourquoi donc armezvous vos ennemis de lois avec lesquelles ils vous détruisent? La nécessité? Je la reconnais, mais déjà si puissante, ne la rendez donc pas plus terrible encore; ne la convertissez pas en fatalité, n'en faites pas une cause de mort.

Où croyez-vous que Ton arrive après beaucoup de discussions de ce genre? A créer seize gentilshommes de la chambre, à faire dix à douze ministres, à briser toute relation avec le côté droit et à bien pis encore. Ça fait pitié, et je n'ose pas le dire. Il ne s'agit pas, au surplus, dans tout ceci, des opinions d'un seul homme, mais des opinions de plusieurs.

Voici une lettre pour la belle Excellence. Je suis à ses pieds, et je serre vos mains dans les miennes.

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