Le comte Siméon à M. de Serre
Paris, 19 avrU 18^0.
Mon cher collègue,
Les deux succès que nous avons eus sur de mauvais terrains rendent plus difficile celui qui nous reste à obtenir. On a tout à fait dépopularisé et déconsidéré le gouvernement. L'audace, on peut dire l'insolence, de la gauche est au comble ; la Chambre en a peur, et, si les Chauvelin, les Bignon et les Manuel ne font pas les délibérations, ils commandent dans les discussions. Il est évident que leur dessein est de les prolonger de manière à lasser plusieurs députés qui ont le désir et le besoin de retourner chez eux et de nous faire perdre ainsi la majorité. S'ils n'y réussissent pas, ils ont un autre but : celui d'obliger, à force d'insolence, le gouvernement à dissoudre la Chambre avant qu'il y ait une loi d'élection.
M. Portai vous a envoyé la nouvelle loi que nous avons présentée; il a fallu renoncer à tout ce qui changeait des dispositions de la Charte et faire peu d'articles.Vous trouverez dans le Moniteur l'exposé des motifs; il est inutile que je vous les développe
ici. Si une loi peut être adoptée sur les élections^ c'est x;elle-ci ; une meilleure ne passerait pas. J'espère que vous serez en état de venir la défendre. Cela est bien nécessaire, car, malgré le talent de AI. Pasquier qui va toujours croissant, nous sommes bien peu pour répondre à quinze ou vingt orateurs de l'autre côté et aux amendements qu'ils multiplient à plaisir. Nous avons été forcés d'abandonner beaucoup de choses qu'on obtiendra avec une meilleure Chambre. Le fruit de notre loi doit être, si nous l'obtenons, d'écarter les exagérés de tous les partis et de nous donner des hommes modérés. Il faut s'attendre à un amendement qui peut être dangereux, celui qui exigerait que tout député qui acceptera pendant sa mission une place du gouvernement cessera aussitôt d'être membre de la Chambre, à moins qu'il ne soit réélu.
Adieu, mon cher collègue. Je renouvelle mes vœux pour votre prompt rétablissement et votre aussi prompt retour. Nous avons besoin de vous. Mille respects à M"*"* de Serre.
SiMÉON.