‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 2)Chapitre 158 sur 241 · M. Germean à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. Germean à M. de Serre

Paris, 22 avril 1830.

Monseigneur,

L'événement du moment est la pétition de M. MadicT de Montjau, qui sera probablement i^pportée mardi prochain, et sur laquelle Topposition fonde de si grandes espérances. -La commission proposera sans doute le renvoi au ministère, et ses conclusions ne seront probablenaent contestées par personne, puisque le ministère lui-même le désire et va prendre de là occasion de demander à M. de Montjau la preuve de ses allégations, notamment en ce qui concerne les deux circulaires prétendues ^ chose qu'on ne pouvait guère faire avant de connaître officiellement la pétition. Mais, si les conclusions du rapport ne sont pas contestées, on ne s'attend pas moins à

^ « Il dc^nonçait un gourernement secret, siégeant à Paris, et qui, après Tassassinat du duc de Berry, avait adresse à ses affîli<fe de Nîmes deux circulaires portant les numéros 3h et 35, dont la première contenait ces mots significatifs :

u Ne soyez ni surpris ni affliges; quoique l'attentat du 13 n'ait (i pas amené' sur-le-champ la chute du favori, agissez comme s'il « était déjà renversé ; nous l'arracherons de ce poste, si l'on ne u consent pas à l'en bannir. En attendant, organisez-vous : les « avis, les ordres et l'argent ne vous manqueront pas. » (Histoire du gouvernement parlementawc , par M. de Hauranne, t. V,. p. 501.)

Tun des plus beaux scandales qu'ait fournis cette session, qui est déjà riche en ce genre.

Je crois devoir transmettre à Votre Excellence sur M. de Montjau quelques détails qu'elle sera sans doute bien aise de connaître.

Ce conseiller est jeune encore, et fils d'un M. Madier de Montjau \ actuellement conseiller à la Cour royale de Lyoa, qui est dans des opinions tout à fait contraires à celles de son fils. On répand que le père et le fils sont tous deux positivement /bus, et il n'en est rien ; ce qui est vrai, c'est que le père a toujours été un homme fort singulier; membre de l'une des premières assemblées de la Révolution , il monta un jour à la tribune, armé d'un énorme gourdin, et s'exprima à peu près en ces termes : « Je vois, messieurs, que nos séances, qui ont commencé par des personnalités, se continuent par des invectives, et pourront bien se terminer par des violences et des coups; dans ce cas, messieurs, je le déclare, voilà l'argument dont je me ser-virai. » Et il brandissait son gourdin.

* Noë- Joseph Madier de Montjau, né à. Bourg-Saint-Andéol ea 175/i. D'abord avocat au Parlement de Toulouse, il futenvoyë aux Etats-Oënëraux par le tiers de la sënëchaussde de Villeneuve-de- Berg, et siëgea sur les bancs de la droite. Lorsque vint la Terreur, il put se cacher. En 1795, les électeurs de l'Ardéche le députèrent au Conseil des Cinq-Cents, et il continua de se montrer partisan de la royauté : il n'échappa aux persécutions de fructidor qu'en se réfugiant à Barcelone. Il vécut dans la retraite sous le Consulat et TEmpire. En 181/«, il fut anobli et décoré, et, en 1815, il fut nommé conseiller à la Cour royale de Lyon. C'est là qu'il mourut en 1830. — Voyez la Nouvelle biographie générale (Didot), t. XXXII, p. 623.

M. de Montjau le fils fut longtemps dans les mêmes opinions que son père, seulement avec plus d'exagération ; son changement date de son mariage : quoique catholique et de ceux qu'on appelle à Nîmes les vieux catholiques^ il épousa une protestante; c'est, dit-on, la famille de sa femme qui Ta en partie conduit à l'exagération où il est venu. Il est, à ce qu'il paraît, destiné à porter dans tout l'effervescence de son esprit. Je joins ici la brochure de Jay sur sa pétition que vous avez vue, monseigneur, dans la Bibliothèque historique.

Je mets également sous ce pli une nouvelle Minerve déguisée sous le titre de Galerie et une Bibliothèque historique qui a pour titre : Nouveaux aperçus historiques. Ces faibles déguisements, qui ne trompent personne, ont éveillé l'action du ministère public : Tune et l'autre sont saisies, et toutes les brochures destinées à éluder la loi sur les journaux éprouvent le même sort.

La censure, d'abord fort indulgente, devient un peu plus sévère et le deviendra davantage encore à mesure qu'elle verra qu'on essaye davantage de lui échapper et d'éluder ses défenses. La commission de censure a déjà fait une fois le rapport que lui prescrit l'article 10 de l'ordonnance du V avril dernier, et la commission de surveillance de la censure, composée de neuf magistrats, se réunit ce soir pour la première fois au ministère de la Justice, pour s'installer et prendre connaissance du premier rapport de la censure. Les censeurs marchent bien ensemble et de bon accord.

3W CORRfiSPONDANCE.

Votre Excellence remarquera sans doute dans le Constitutionnel d'aujourd'hui Tannonce de deux ourrages contre la loi des élections, Tun par Charles de Rémusat^ , l'autre par M. Auguste de StaëL

J'ai l'honneur devons offrir, monseigneur, l'hommage de mon respect.

Germe AU.

Je n'ai pu envoyer encore à M"** de Serre le nouveau roman de Walter Scott Voici, par compensation, un nouveau roman de Charles Nodier*.

< Le comte Charles de Rëmusat, né à Paris le lli mars 1797, mort en celte même rille le 6 juin T875.

M. de Rëmtisat nous ëcrÎTait le 90 avril 1866 : a ...«.Je ne suis pas tout à fait indigne du présent que vous m'avez fait. Personne ne peut relire avec un plus profond intérêt les discours de votre illustre père. Ils me reportent à des souvenirs qui me sont fhers «t présents. Je n'onUie pas que ses bontés ont accueilli nui jeunesse, et je me souviens non moins vivement des sentiments d'adniiration aveclesquels jeTai tant de fois entendu dans les plus beaux jours peut-être de la tribune contemporaine »

La Revue des Deux-Mondes contient quelques lignes de M. de Rémnaat snr M. de Serre. — Voyez, dans la livraison du l**" mai 1865 y l'article intitulé : la Monarchie canstiiutionM^lle de Icl Restauration.

* Cliarles Nodier, né à Besançon le 39 avril 1780. Il devint, en 18S3, bibliothécaire de l'Arsenal, et, en 1833, membre de l'Acadé^ nie française. Il mourut i Paris le S7 janvier 18Ui, laissant la réputation d'un pliilologse spirituel et d'un romancier trés-original. 11 s'était montré, sous la Restauration, ardent royaliste. Sa vie a éié écrite par M. Francis Wey. — Voyez aussi Charles Nodier^ Épisodes et saavenirs de «a rie, par W^ Mennessier-Nodier. Paria, 18G7.

ANNÉE If^. 399^

785 — M. de la Boulaye à W^^ de Serre.

Dimanche, 23 avril 1830.

C'est à VOUS que je m'adresse aujourd'hui, belle Excellence. Le temps est magnifique, les lîlas de votre jardin m'embaument; c'est une journée de dame. Le grand-papa, qu'un petit mouvement d'indisposition a fatigué hier au soir, est bien ce matin. La santé de M"** de Serre se soutient. Vos fillettes ne laissent rien à souhaiter

La première heure du mois de mai aura sonné ou sera près de sonner lorsque cette lettre vous parviendra. Nous commençons à trouver l'absence longue, et, si vous n'y prenez garde, nous songerons à marier vos filles. Ce que notre garde des Sceaux me dit de sa santé, ce que vous en dites vous-même n'est pas aussi consolant, aussi satisfaisant que je le voudrais.

Revenez cependant; les circonstances commencent à l'esîger. On va se hâter de mettre en discussion cette nouvelle loi d'élection. M. Laine en sera probablement rapporteur,, et son rapport se fera, je crois, samedi prochain.

Sans adiea; le courrier ne part pas aujourd'hui. Nous recauserons demain. Aujourd'hui je vais sur

AOO CORRESPONDANCE.

les hauteurs de la Malmaison réfléchir à la vanité

des grandeurs humaines.

Mille tendres respects.

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