‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 2)Chapitre 200 sur 241 · M. Pasqtder à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. Pasqtder à M. de Serre

Do la Chambre, quatre heures du soir.

Jeudi [15iuinl820j.

Mon cher ami,

Froc la Boulaye me dit que vous êtes un peu enrhumé du cerveau ; surtout soignez bien cette petite incommodité, ne laissez pas tomber ce rhume sur la poitrine. Ne prenez pas en mauvaise part cette petite recommandation ; c'est que réellement je tiens à vous plus que jamais, et mon amitié apprend chaque jour à vous apprécier davantage.

J'ai reçu votre lettre d'hier. Je vais écrire à Ma- Jll. 31

kS» CORRESPONDANCE.

randet\ l'idée me parait excellente. Cette affaire des élections est actuellement notre grande affaire. Quand nous nous verrons, ce devra être le principal sujet de nos conversations et de notre délibération.

J'ai, comme vous^, évité, pour mon budget, la retenue du vingtième, mais j'ai laissé sur le champ de bataille 150,0CX) francs, que j'avais demandés en augmentation, et il y a de ma faute dans cette perte; il paraît que si j'avais insisté davantage j'aurais eu le dessus*.

Tout dans la correspondance indique que notre situation est bonne et fort bonne ; mais il ne faut pas la laisser gâter; dans ce pays, quand on n'avance pas, on recule. Nous avons bien des petites choses à faire pour avancer; l'essentiel est de conserver nos amis, de leur donner courage et de leur montrer qu'il fait bon à marcher avec nous. Mais sur tout cela écrire est trop long. II faut beaucoup penser chacun de notre côté, et puis nous nous communiquerons nos idées.

Mille et mille amitiés.

Pasquieh.

« Voyez t. II, p. AS.

* Dans la sëance du l/t juin, M. de Serre avait pris la parole sur les dépenses du ministère de la Justice. — Voyez les DisconrSy 1. 11^ p. ai6-2â3.

• Voyez les Discours de M. Pasquîcr, t. II. p. 363-377»

ANNÉE 18S0. im

S36. — Le duo Decstzes à M. de Serre.

La Grave, ce 15 juin 18â0.

Honneur à vous, cher ami ! je suis ravi de la conclusion inespérée que vous avez obtenue. Vous avez une loi bien meilleure qu'il n'était permis de l'espérer, et avec une majorité imposante qui rend le triomphe deux fois plus utile.

-Je regrette beaucoup les 500 francs. Si vous avez pu les obtenir, vous regretterez de ne pas l'avoir fait. Les partis ont trop d'intérêt maintenant à travailler les arrondissements, et vous verrez avec quelle facilité ils obtiendront des succès dans un assez grand nombre. Je comprends que les intérêts personnels ont été un obstacle pour le vote, mai^ vous auriez peut-être pu y remédier en donnant plus d'extension, et en ajoutant au domicile politique la naissance dans le département, l'occupation de fonctions publiques durant tant d'années, et siu*tout la possession actuelle des fonctions législatives, et reconnaissant à tout cela le même effet qu'au domicile politique pour l'élection sans je payement des 500 francs.

J'ai vu aussi avec beaucoup de peine que vous avez laissé mettre les Conseils généraux dans cette affaire, non pour la chose en elle-même qui est fort indifférente, mais pour les principes et les consé-

quences : si les Conseils généraux mettent le nez clans la politique, je ne sais pas où cela pourra nous mener.

Quelqu'un m'écrit que vous auriez pu obtenir, à la fin de la discussion, la quinquennalité ou septennalité. Je me suis dit : Ils ne l'ont pas pu ou n'ont pas cru qu'ils le pouvaient, car ils n'y auraient pas manqué. Si vous l'aviez obtenu, mon cher ami, je crois que vous auriez rendu le plus grand service qu'homme ait jamais rendu à son pays. On y reviendra, mais quand on le pourra, et certes je conçois qu'on y regardera à deux fois. Ce sont de ces questions, les questions de Charte, qu'on n'agite qu'une fois; aussi, lorsqu'elles sont en discussion, faut-il les emporter pour n'y plus revenir.

J'espère que vous voilà tout à fait sorti des mouvements et que vous aurez pu pénétrer au fond des choses. Il y a, sous tout cela, d'autres gens que ceux dont les journaux nous donnent l'arrestation ; et la correspondance de G. était un fil qui, s'il ne vous a pas échappé, a dû nécessairement vous donner la clef de ce labyrinthe.

Je compte partir à la fin de cette semaine, et j'espère vous trouver en bon état. Tout le monde m'assure que vous soutenez les fatigues de la tribune à merveille. Je vous engage bien à rentrer maintenant dans votre coquille et à vous réserver pour les occasions indispensables : votre santé est aussi utile à l'État qu'elle est chère à vos amis.

Je vous arriverai avec un bon et gros rhume, qui n'cmpecherapasque jene sois en état devons donner

ANNÉE 1820. i485

encore une bonne dose de santé, ce que je ferais d'aussi

bon cœur que je vous embrasse.

Votre ami,

Decazes.

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