Le comte de Montlozier à M. de Serre
Clemiont (Puy-de-Dôme), 18 juin 1850.
Monseigneur,
J'aurais assurément des choses plus importantes à vous écrire sur votre loi des élections, sur les débats de l'Assemblée et la nouvelle crise orageuse dans laquelle vous vous êtes trouvé ; j'aurais sur tout cela de nouveaux hommaiies de félicitations et d'admiration à vous présenter; j'aurais surtout des craintes à vous témoigner sur l'effet de tant d'agitation sur votre santé. Ce n'est pas de toutes ces graves et importantes considérations que j'ai en ce moment à vous occuper : c'est d'une place de notaire dans la petite ville de Pont-du -Château, près Clermont. Je puis vous assurer que le candidat qui se présente a droit à vos bontés. Il réclame la préférence sur un autre compétiteur. Je crois et je sais qu'il la mérite ; je vous envoie toutes les pièces qui justifieront cette assertion.
M. Bertrand, médecin-inspecteur des eaux du Mont-Dore, a vu Votre Excellence. Il m'a dit de
i.S6 CORRESPONDANCE.
nouveau et affirmé que ces eaux vous seraient favorables. Ces eaux sont à trois lieues de mon petit •établissement. Comme je serais heureux de vous y voir et de vous y donner du bon lait de mes troupeaux! Si vous venez, vous en ferez prévenir sans doute l'inspecteur et le préfet. Veuillez aussi m'en faire dire un mot. Cette fois, amenez avec vous tous vos enfants ; vous ne sauriez croire combien Tair pur des montagnes leur sera favorable. Ce sont au surplus des montagnes toutes particulières, et un pays qui n'a rien de commun avec aucua auti-e pays.
Je remets à une autre fois la suite de mes réflexions politiques. Vous n'avez encore qu'un armistice, il vous faut une victoire.
Agréez, monseigneur, l'assurance de mon tendre et profond respect.
Comte DE MONTLOSIER.
8â8. — Le comte d'Arroe * à M. de Serre.
Quimper, le ^ juiu 18âO.
J'ai été d'autant plus vivement touché, mon cher de Serre, de l'avis que vous me donnez, que j'y ai trouvé une nouvelle marque de cette amitié (jue vous
* Voyez t. I®^p. 119.
ANNÉE IMa MT?
voulez bien me conserver et qui m'est bien plus précieuse pour elle-même que pour les biens que jç lui dois. J'ai voulu bien souvent vous écrire, me réjouir avec vous de vos succès, vous exprimer ma sincère admiration, vous demander une règle de -conduite dans les circonstances difficiles où nous nous trouvons, et puis au moment de prendre la plume je disais comme Horace^ :
Quum toi sustîneas et tanta negotîa soins,
in publioa commoda peccem,
Si longo sormoiie morer tua tempora.
Si je m'étais trompé, si, au milieu des grands objets qui vous occupent, il vous restait quelques instants qui ne fussent réclamés ni par vos devoirs ni par vos affections de famille, je serais bien heureux de l'apprendre et je ne resterais pas, comme je l'ai fait> un an sans vous donner des nouvelles de votre ouvrage.
Je ne puis en conscience me reconnaître les torts dont on m'accuse; je n'ai point, il est vrai, multiplié les rapports sur les bruits absurdes, sur tous les on dit ridicules qui se répandent et se renouvellent sans cesse. Mais aucun autre événement n'a eu lieu, aucun incident de nature à faire connaître la situation de l'esprit public, quelque peu important qu'il fût d'ailleurs, n'est survenu dans ce département sans que j'en aie fait part au ministre et même sans que j'aie été moi-même sur les lieux, soit pour y
< Horat. Epist. II, 1 1-/1.
X88 COIIRESPONDANCE.
donner des ordres, soit pour reconnaître par mes yeux l'état des choses : je citerai en exemple les désordres de Brest en novembre 1819 et dans le mois où nous sommes.
Quant à un changement de département, je vais vous exposer bien franchement ma position et ensuite vous prier d'être l'arbitre de mon sort.
Adieu, mon cher de Serre. Ma femme ^ et ma belle-mère, qui partagent toute ma reconnaissance, désirent beaucoup n'être pas oubliées de vous, et moi, je vous offre, avec mes vœux pour le rétablissement d'une santé précieuse à tant de titres, Fassurance d'un dévouement et d'un attachement bien
sincères.
D'Arros.