Le comte de Montlozier à M. de Serre
Clermont, ce 8 juillet 1820.
Monseigneur,
Je ne pourrais vous exprimer la joie que nous avons tous ici de l'espérance de vous voir. Vous avez fait écrire à l'inspecteur des eaux du Mont-Dore
* La comtesse d'Arros était fiUe de Philibert de Papseval, officier d'artillerie.
(M. Bertrand) à l'effet de vous retenir un logement. Je vais aller le visiter afin que, mes soins se joignant aux siens, vous y soyez aussi commodément que la nouveauté de toutes choses dans ce lieu peut le comporter. Je dis la nouveauté des choses, car, quoique ces eaux aient une grande célébrité et une grande antiquité, ce n'est guère que depuis l'an passé, tout au plus deux ans, que les habitants ont imaginé de commencer à changer en maisons leurs cahutes. Vous subirez quelque chose de cette ancienne rusticité et des embarras, je veux dire des imperfections attachées nécessairement à toutes les nouveautés. Vous allez donc voir l'Auvergne; si vous ne l'avez jamais traversée, vous en aurez un grand plaisir. Les deux bassins de Riom et de Clermont sont deux choses admirables. Si vous vous arrêtez à Riom, vous y serez reçu certainement par M. le premier président^ et M. le procureur général*, avec tout l'empressement que vous méritez autant par vous-même que par votre dignité. Mais, comme il faudrait encore vous arrêter à Clermont pour aller au Mont-Dore, il me semble qu'il vous sera plus commode de venir directement à Clermont, de vous y reposer au moins un jour, soit pour connaître l'ensemble de ce bassin et les petites curiosités locales, soit pour respirer un peu à la suite d'un long voyage^ accoutumer votre poitrine à l'air nouveau qu'elle aura à respirer. Le Mont-Dore (je veux dire le lieu des e^ux) est à un peu plus de 300 toises au-dessu»
* Le baron Grenier.
« M. Pages.
JM CORRESPONDANCE.
du niveau de la mer. Représentez-vous porté ment à 3,000 pieds au-dessus de votre hôtel de la place Vendôme. Cet air beaucoup plus vif, plus tonique, agit merveilleusement sur les maux de poitrine qui ont pour principe une faiblesse dans les bronches. M. le docteur Bertrand ma répété ici plusieurs fois qu'il les regardait comme vous devant être spécialement salutaires. Je n'en doute pas pour mon compte. Vous devez en avoir besoin. On me mandait de Paris, au sujet de vos mouvements de tribune : « M. de Serre se tue, mais il est impossible de se tuer plus noblement et plus admirablement. » Il est sûr que vous avez été aussi fort et aussi grand que jamais vous l'ayez été. M. Pasquier a eu pendant votre absence des moments très-beaux, c'est sûr; mais, depuis votre amvée. on aurait dit le soleil qui éclipse les astres de la nuit
Vous connaissez peut-être les Vosges et le Jura ; ces montagnes offrent sûrement de beaux sites, mais elles ne peuvent vous donner aucune idée de l'Auvergne. C'est un caractère tout particulier • La volcanisation donne à toutes ces montagnes une configuration qu'on ne retrouve nulle part. Les formes alpines sont rares ; on ne les trouve que çà et là, notamment dans la vallée du Mont-Dore. Mais le caractère volcanique se trouve partout, avec la distinction suivante : ici sont d'anciennes laves dont les foyers ont disparu et qui semblent contemporaines de l'origine même du monde; là sont des -courants de lave tenant à leurs cratères, encore aujourd'hui sur place et qui sont aussi bien conser-
ANNÉE 183a U9IÎ
vés que TEtna et le mont Vésuve. Toute la chaîne du Puy de Dôme, sur une longueur de sept à huit lieues, se compose de soixante à soixante-dix de ces cratères qui ont tous ou presque tous des courants de lave. Tout cela a un caractère moderne; ou dirait que c'est d'hier. Il faudra bien que vous en voyiez quelque chose. Ces monuments me paraissent trop importants pour ne pas attirer un peu votre attention. Je devais être votre cicérone à Nice, je le serai avec beaucoup plus d'avantage en iVuvergne. Pour cela, outre vos excursions du Monfc- Dore, excursions tout à fait obligées et qui sont regardées comme un accompagnement nécessaire des eaux, je vous recommande de voir non-seulement le Puy de Dôme, comme tout le monde, mais le beau, le magnifique Puy dePariou; nprès cela vous n^avez plus besoin de voir TËtua ou le Vésuve. C'est le plus grand, c'est le plus beau, le mieux conservé de nos cratères. Votre Excellence aura à examiner s'il lui convient mieux de faire ces excursions avant le voyage du Mont-Dore ou à son retour. Le Puy de Dôme et Pariou sont à deux petites lieues de Olermont. Belle route.
Je reviens à votre passage à Clermont. M. de Rigny^ (neveu de Louis) a très -bien arrangé la préfecture. Vous y serez fort bien. On désirebeaucoup vous y recevwr; M"* de Serre et ses enfants y
^ Aaguste-Édouard Gauthier de Bigny, né à Toul en 1785. Préfet de Saône-et-Loire en 1815, delaCorréze en 1816| il administrait, depuis 1817, le département du Puy-de-Dôme. R fut remplacé, le 19 juiUei 1890^ par M. Domartroy ; il avait été nommé, le 16, maître des requêtes en service ordinaire
seront bien. Les auberges de Clermont sont passables ; mais il est si différent d'être dans une maison particulière. M. de Rigny est sûrement un peu plus libéral que je ne voudrais, mais il ne Test pas trop. Son administration est bonne; il est très-poli pour tout le monde et bon homme envers tous le& partis. Je suis assurément assez aristocrate, peutêtre même un peu féodal, à ce qu'on dit; et cependant je crois que sur la ligne d'opinion que j'ai comme particulier obscur et sur la ligne de conduite que je voudrais avoir si j'étais homme public, je crois, dis-je, que ce. n'est pas la guerre aux hommes qu'il faut faire, mais seulement aux faux principes, aux fausses directions, aux fausses vues. Établissons bien notre grande route politique ; qu'on voie bien ce que nous voulons, où nous tendons, où nous allons; bientôt nous verrons la multitude des sentiers abandonnés, et tout le monde se porter sur la véritable voie.
Il vous faut un homme à vous, qui connaisse bien les lieux ; soyez sûr qu'on ne peut être plus à vous que je ne suis. Commençons par votre santé, ne nous occupons d'abord que de ça; ensuite, si vous voulez de ma politique, elle est toute prête. Vous tenez bien le présent ; vos victoires à la tribune et à- main armée vous en ont rendu maître. Il ne s'agit plus que de se rendre maître de même de l'avenir. Je crois que vous le pouvez.
Je ne puis que vous renouveler l'assurance de ma oie et de mon profond respect.
Le comte de Montlosier.
Quand Votre Excellence sera à Clermout, elle aura pour se rendre au Mont-Dore deux routes à choisir : la grande route qui est environ de treize a quatorze lieues de poste; la petite route, de six à sept lieues, qui commence à être praticable en voiture, et qui Ta été constamment à cheval et en litière, a de grands avantages. Elle a surtout pour moi celui de pouvoir vous présenter à mi-chemin mon établissement de Randanne, mes troupeaux et tout leur laitage. M. le préfet vient de donner les ordres les plus pressants pour faire réparer cette route. Je vais m'y transporter, et vous en rendrai compte à Clermont. Je désire bien que vous y puissiez passer. M™* de Massa, jVP® de Bassompierre, plusieurs autres dames y ont passé l'année dernière. Cette année-ci, j'y ai trouvé un grand nombre de voitures.
Je reviens sur votre séjour à Clermont. M. de Rigny m'a expressément chargé de faire tout ce qui serait en mon pouvoir pour vous engager à venir chez lui, ainsi que M™* de Serre. Il vous a écrit à cet effet. H sera très-heureux de vous recevoir et très-triste si vous n'acceptez pas ses offres.
JM CORRESPONDANCE.
MO.— M. de la Boulaye à M. de 8erre«
Mardi, à trois heures, [11 juillet 18â0>
L'affaire est engagée sur raccusation Clansel * . 11
est possible que cela devienne chaud. Voulez-vous
venir ?
Tout à vous.
Ml. — M. de la Boulaye à M. de Serre.
[11 juiRet 1890.]
Benjamin Constant a provoqué le développement de Taccusation à propos d!une pétition étrangère au sujet.
Clausel a répondu qu'il avait fait une première accusation et qu'il l'avait retirée, mais qu'il avait annoncé Tintention de produire une autre accusation, qu'il la produirait, et, que dans l'intervalle de
* MiNf. Casimir Përier, Benjamin Constant et Foy, voulant jeter la division entre la droite et le ministère, avaient somme M. Clausel de Coussergues de poursuivre ou de retirer son accusation contre M. Decazes.
cette session à Tautre, il en produirait par la voie de la presse tous les développements.
M. Pasquier a dit qu'on venait de déclarer que la première accusation était retirée, qu'elle Tétait en effet, qu'il n'était plus question d'une accusation devant les Chambres, mais d'une accusation devant le public, et qu'en pareil cas le député et le mi* nistre étaient sous la loi commune.
Il y a eu plusieurs discours: Benoist, Ck)met d'Incourt, Casimir Périer, Courvoisier.
La Chambre a fermé la discussion sur cet objet* ; elle n'a délibéré que sur la pétition. Tout est fini
M. Pasquier a fort bien parlé.