M. de Serre à M. Royer-Ck^Uard
Paris, 17 juillet 1830.
C'est avec douleur que cette main, qui a si souvent serré la vôtre, remplît le devoir de vous annoncer qu'il a été impossible de vous conserver sur le tableau du service ordinaire du Conseil. Je n'ai admis cette impossibilité qu'après de longs combats intérieurs. Mais vous savez que je n'avais épargné ni soins ni prières pour que nous vissions des mêmes
* Une immense majorité rota Tordre du jour. — Voyez r//istoire de la Resiauration, par M. de Viel-Caslel, t. IX, p. 35-38.
yeux les périls de la royauté et les ennemis que pour son salut il fallait combattre et vaincre. Vous avez vu le danger ; mais vous avez obstinément et vivement contrarié tous les efforts du gouvernement pour y échapper. Vous avez même attaqué sans mesure ce gouvernement et porté force à ses ennemis * J 'espère que plus tard l'énergie naturelle de votre esprit vous sortira d'erreur, et que vous serez ramené par la générosité de votre caractère à nos premières et meilleures déterminations.
* ce Les doctrinaires étaient naiiirellement les premières victimes désignées. L'aversion que leur portait le duc de Richelieu rendait depuis longtemps inévitable la rupture des derniers liens par lesquels ils tenaient encore au ministère. Le discours que M. Jordan ^vait prononc<^ sur les troubles de Paris pendant la discussion de la loi électorale et l'hostilitd soutenue des votes de M. Royer-Collard dans la question du budget avaient achevé d'exaspërer le président du Conseil. M. de Serre était dans d'autres dispositions. Il lui en coûtait de se séparer complètement d'hommes avec qui il avait été longtemps dans une entière communauté de sentiments et d'opinions» de M. Royer-Collard, &urtout| dont les procédés l'avaient fort irrité dans ces derniers temps, mais à qui l'unissait naguère une étroite amitié. 11 prévoyait, d'ailleurs, que, par cette séparation, on se mettrait à la discrétion du côté droit, qui, dans la session suivante, manifesterait certainement des exigences contre lesquelles il était prudent de se ménager des auxiliaires. On dit que M. Pasquier n'était pas éloigné de penser sur ce point comme le garde des Sceaux. Mais, après tout ce qui s'était passé, de teU ménagements étaient devenus bien difficiles, peut-être impossibles. M. de Richelieu commençait à être blessé des hésitations de M. de Serre et des relations personnelles qu'il entretenait encore avec quelques-uns des doctrinaires. Il fallut céder.» (Histoire de la Restauration, par }i. de Viel-Castel, t. IX, p. hU,) Comparez la Vie politique de M, Royer-Collardy par M. de Barantc, t. Il, p. G/j.
ANNÉE 1830. h9n
Le Roi, dont la mémoire reste frappée de vos anciens services et de votre dévouement, vous accorde le titre de conseiller d|État honoraire^ et une pension de 10,000 francs sur le Sceau. Sa Majesté compte sur vous et m'ordonne de vous le dire.
Adieu. Même dans cette séparation, le souvenir
de nos relations et de notre amitié ne cessera de
m'être présent et cher.
H. DE Sbrre.