‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 2)Chapitre 212 sur 241 · Le barom Pasqoier à M. de Serre · texte numérisé non relu

Le barom Pasqoier à M. de Serre

Paris» 19 juillet 18â0.

Je vous espère arriré à bon port, mon cher collègue, malgré les pluies et les orages qui doivent vous avoir assailli en route : ces orages-là valent encore mieux que les orages politiques.

Je vous envoie cî-joîntc une lettre de Guizot qu*îl m'a adressée hier. J'ai sur-le-champ vérifié le fait. U consiste en ce qu'il a reçu eâ'ectivement 6,000 fr. Fannée dernière, et qu'on m'a présenté cette dépense comme permanente. Or. il se trouve que les 0,000 francs lui avaient été accordés pour encouragement à l'établissement d'un journal. Je lui ai répondu en lui donnant cette explication. Elle prouve au moins qu'il n'y avait pas de mauvaise volonté à supposer la continuité de ce payement. Au reste, vous verrez par une phrase de sa lettre qu'il annonce aussi la disposition oà il serait de refuser. Je suppose qu'il vous aura écrit en même temps qu'à

moi.

Barante, que j'ai vu, me parait mieux prendre

son parti ; cela, au reste, lui est en effet plus facile ;

car, en l'envoyant en Danemark, on le met dans une

fort bonne position et p^xt-4tre meilleure qu'il ne

la pouvait espérer; mais aussi il faut convenir qu'il

s'était moins engagé que les autres*.

* M Mes retatfODS arec les mmistres (fiaient vestëes les mêmes, raconte M. de Barcnfe, et je vof aie qudqvtefois eem qai étaient de

Nous attendons impatiemment des nouvelles de Naples * ; nous n^en avons aucune depuis celles de dimanche que vous connaissez comme moi.

mes amis. La différence d'opinion sur tel ou tel point ne nous avait point sépares. Un jour» vers le milieu de juillet, j'ëtals aJIe voir M. de Serre. Avec le même ton d'amitië de nos conversations habituelles, il me dit qu'il allait porter â la signature du Roi une ordonnance qui retranchait du Conseil d'État M. Royer-CoUard, M. Camille Jordan, M.Guizot et moi. 11 me parla du regret qu*il c^prouvaît de sëvir ainsi contre ses amis. Il expliqua quels avaient ët^, selon lui, les torts de M. Royer et de M. Camille Jordan. U espérait que ce ne serait qu'une rupture momentanée, ajoutant qu'il était assure de les retrouver de voues quand il s'agirait de sauver . le Roi et le pays des përils qui pouvaient advenir. Il ajouta que M. Royer-CoUard conservait le titre de conseiller d'Etat et que sa place dans le Conseil de l'Universitë lui offrait un revenu convenable. M. Guizot avait, disait-il, une pension. Quant à moi, le Roi me nommait son ministre à Copenhague. M. Camille Jordan ëtait le seul dont la disgrâce ëtait complète et sans dédommagement, tant on lui gardait rancune de son discours sur la répression des émeutes. J'écoutais sans répondre : M. de Serre continua toujours avec un langage amical : u Nous entreprenons, disait-il, une chose « difficile, et sans doute vous trouvez le succès peu probable; 4« nous voulons gouverner raisonnablement en nous appuyant sur u la droite. Si nous réussissons, si nous assurons le repos du peu- «( pie, il est évident que nous aurons eu raison ; vous n'aurez plus M à nous blâmer, et vous reviendrez peut-être à nous. Si nous «échouons, cette apparence de disgrâce vous sauvera de toute « responsabilité et vous laisserait, j'espère, en bonnes relations M avec vos amis. » Je remerciai M. de Serre de quelques compliments personnels qu'il m'adressa, comme pour me mettre â part

de nos amis. Je ne m'engageai à rien Le lendemain M. Royer

reçut une lettre de M. de Serre, qui avait sans doute vérifié que sa destitution le laissait sans aucun traitement. » (La Vie politique de M. Royer-CoUard, t. II, p. 6/*-66.;

^ Sur la révolution qui venait d"éclater à Naples, voyez l'/Zù- U}ire de la Resiauratioriy par M. de Viel-Ca8tel> U IX; p. 167-171.

ANNÉE 18â0. Ô0;>

Il est probable que nous allons publier demain ou après le travail du Conseil d'État. Tout le monde à présent le connaît, et l'on ne concevrait guère le motif de la réticence.

Nous avons ce matin Conseil chez le Roi. C'est le premier, je crois, depuis le mois de janvier. Il paraît que le ministre des Finances consentira au provisoire pour l'arrangement de la direction des impôts indirects. Cela est bien nécessaire, car pour le peu qu'en savent déjà les anciens directeurs, ils sont fort en l'air et fort inquiets. .

Faites agréer, mon cher collègue, à M™* de Serre mes hommages respectueux, et croyez par-dessus tout à mon plus sincère attachement.

Pasquier.

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