M. de Bfézy à M. de Serre
Mercredi, trois heures [19 juillet 185K)].
Monsieur,
M. le duc de Damas* m'ayant demandé d'envoyer une estafette à sa belle-sœur, la duchesse de
^ Étîenne-Charles, comte de Damas-Crux, naquît au château de Crux (Nivernais) le lOfëvrier 175/i. l\ fît ses premières armes dans les Indes contre les Anglais. Colonel du régiment de Vexin à Tëpoque de la Révolution, il ëmigra et combattit d'abord à Quiberon, puis sous les drapeaux du prince de Condë. 11 déviât lieutenant général en 181/i,pair de France en 1815 et duc en 1816. Il mourut à Paris le 98 mai 18(i0.— Voyez \vl Nouvelle biographie générale (Didot), t. XII, p. 837.
Narbonne^ pour lui donner des nouvelles de son nmrî^ ambassadeur à Naples, je fais joindre à l'estafette les lettres pour tous qui seraient parties par le courrier ordinaire et que vous recevrez un peu plus tôt par cette voie. Le courrier venant de Naples est arrivé à une heure ; je ne sais ce qu'il apporte, mais la nouvelle est malheureusement trop sûre, comme vous Tavez su avant de partir.
Il parait que les changements qui ont été décidés de concert avec vous vont s'exécuter. Je ne regrette pas Camille Jordan, ni même Guizot, qu'il n'était pas possible de conserver avec la ligne actuelle; mais j'avoue que Barante ne me paraissait pas dans la môme catégorie, et sa position de fortune rend la chose encore plus triste. Ce qui me paraît aussi bien fâcheux, c'est l'idée de M. Roy de ne pas remplacer Barante et d'essayer de l'administration collective. Un tel essai pendant deux mois seulement me paraît une dérision, et c^est ouvrir aux libéraux un passage qu'ils auront bientôt élargi. Il faut décider sur-le-champ la grande question. Je n'y suis pas personnellement intéressé, puisque les plus grands admirateurs de l'administration collective
1 ^mes ^Q Narbonne et de Damas étaient filles du duc de Seront.
> L« oomta iaeqves-lfam de NarboM» Palet naquît à Fonta* néa (Gard) la fk janvier 1771. U ëmtgra ea 1791 et, aprèa son ratonr, récmi dans la retraHa. Pair de France et ambaaaadaur prés la eonr de Naples m 1815, il reçnt, an 1617, le titre de dao. 11 qailta la carrière diptotnatique et dennnt mniiatre d'État» raambta da Conaail ftiwé le 9 janmr ISSi. Il ceaaa toutes fonoUons après la rëvolution de 1830. H est mort à Paris le 31 octobre 1865.
conviennent qu'on ne peut l'appliquer aux postes; mais je la trouve antimonarchique d'une part et, de l'autre, contraire à toute bonne administration, heë membres du Conseil ayant le personnel se passent mutuellement les choix les plus mauvais et les plus injustes ; il n'y a plus d'unité dans la direction ; personne n'est en quelque sorte responsable ; il n'y a plus d'intérêt réel à détruire les abus. Si M. Roy est mû par le désir d'augmenter son influence sur les directeurs généraux, il n'a à cet égard qu'une circulaire à leur écrire et il n'a jamais trouvé de résistance. Tout le monde y perdra, je le répète, excepté la division des Finances, chargée des ad* ministrations. J'espère encore qu'on ne fera pas cette faute. On dit qu'on ne trouve pas de sujets, mais s'il n'y en a pas au Conseil, n-'en trouvera-t-on pas parmi les préfets? MM. de Tournon, de Brosses, Destouches* ; on a aussi parlé de Chabrol* ; qui Ton
^ Âlexandre-Etienne-Ouillaume Deatouches» né à Paris le 31 mars 1773. Sous-prëfei de la Rochelle en 1803, il <ilaviot préfet du Jura eu 1809 et de la Haute-Garonne en 1813. En I8I/1, il se rallia aux Bourbons et obtint la prëfecture d'Indre-et-Loire. U la quitta aa retour de Napolëon pour la reprendre au retour de Louis XVIII. A partir de 1816, il administra le département de Seine- ei-Oise. 11 mourut le 8 juin 18^6. 11 avait reçu le titre de baron et la charge de gentilhomme lionoraîre de la chambre du Roi. . ^ Le comte Andr^-Jean de Chabrol de C/rouzoU n^ à Riom le lii novembre 1771. 11 fut compris dans la première promotion des auditeurs au Conseil d'État; «n peu plus tard il fut chafftf de présider la Cour impériale d'Orléans, liaître des requêtes en 18Ûd» i) se rendit cette même ann^ en Toscane comme pf^ësident dn Conseil souverain de liquidation; il devint, en 1811, intendant %é^ nëral des. provinces illyrieanes, A la Restauration, il fut nonuné
voudra; mais le plus mauvais directeur est préférable à cinq administniteurs, quelque bons qu'ils 'soient chacun en particulier. Saint -Cricq est, comme moi, révolté contre cette idée; Beugnot pense de même.
J'espère que vous vous trouverez bien de votre séjour aux eaux. Le médecin est, dit-on, excellent. Vous trouverez des opinions très-diflférentes parmi les baigneurs, par exemple le duc de Fitz-James* et le maréchal Gouvion-Saint-Cyr.
conseiller d'État et prëfet du Rhône . Il dut quitter Lyon au retour de Napoléon ; mais il y revint après les Cent-Jours. Sons-secrëtaire d'État au ministère de Tlntërieur en 1817, député du Puyde-Dôme en 18SK), directeur général de l'enregistrement et des domaines en 1821, pair de France en 18S3,ileut le portefeuille de la Marine du h avril 18.^Ji au 3 mars ISâS et celui des Finances du 8 août 18S9 au 18 mai 1890. Il mourut à Chabannes le 7 août I83a. Son éloge fut prononcé par le duc de Noailles à la Chambre des paire le 9 mars 1837.
* Le duc Edouard de Fitz-James, né en 1776, était petit-fils du maréchal de Fi tz- James et arrière petit-fils du maréchal de Berwick, fils naturel de Jacques II. Il émigra en 1789 avec sa famille, rejoi* gnit en 1791 l'armée de Condé et se distingua comme aide de camp du maréchal de Castries. Il revint sous le Consulat. Pair de France, aide de camp et premier gentilhomme de Monsieur en I8I/1, il suivît, en 1815, le Roi â Gand. Il continua de siéger à la Chambre hante jusqu'en 183!^, espérant ainsi être utile à la cause qu'il avait toujours défendue. Député de Toulouse en 183A, il fut l'un des champions les plus éloquents du parti légitimiste . « Sa stature était haute, et sa physionomie mobile et spirituelle., a dit M. de
Cormenin 11 avait des expressions familières qu'il jetait avec
bonheur et qui ' délassaient la Chambre des superbes ennuis de
l'étiquette oratoire Son discours était un tissu de mots fins, et
quelquefois il était hardi et coloré Du reste, grand dans ses sentiments comme dans son langage ; plein de cet honneur qui est la
M. Decazes a été fort bien reçu en Angleterre, où il est arrivé très-malade de la mer. J'attends de ses nouvelles de Londres.
Veuillez présenter mes hommages respectueux à M"™^ de Serre et recevoir la nouvelle assurance Je mon dévouement et de ma haute considération.