Le marquis Planelli de la Valette < à M. Laine
Grenoble, le 21 juillet 1820.
Je viens vous remercier, mon cher et ancien collègue, de votre aimable lettre du V^ de ce mois, que je n'ai reçue qu'avant-hier, et de vos démarches en faveur de M. Faure, qui se loue beaucoup de la manière dont vous avez bien voulu Taccueillir. S'il réussit dans sa demande, il le devra en partie à votre excellente recommandation.
Vous me dites que le gouvernement va prendre une marche ferme. Il en est temps, s'il ne veut pas tomber sous la domination des révolutionnaires. Il doit être sûr que tout ami de l'ordre se ralliera à lui
* Le marquis Cliarles- Joseph-Laurent-Marie Planelli de la Valette, d'une famille originaire de Lyon, naquit à Grenoble \e 30 avril 1763. Capitaine de cavalerie en 1790, il ëmigra et ne revint qu'après le 18 brumaire. De 1803 à 1815, il fut adjoint â la municipalité de Grenoble; en 18i/i, il exerça» durant quelques temps, les fonctions de maire. Inspecteur des gardes nationales de risëre en 1815, il résista aux exigences des alliés, et cette résistance ne fut pas toujours sans péril. Député de Tlsére cette même année, il fut réélu en 1816, mais échoua aux élections de 1819 ; il reparut à la Chambre en 18^ : c'était un des membres les plus modérés de la droite. Il fut préfet du Gard de 18^ à IdSS. Après la révolution de 1830, il se retira dans son château de Varces. Il est mort en 1855. — Voyez la Biographie du Dauphinéy par Adolphe Rochas, Paris 18d0, t. II, p. 25/i,
' L'original de cette lettre ne porte pas de suscription ; mais plusieurs passages nous paraissent désigner M. Laine.
5Sâ CORRESPONDANCE.
avec empressement ; mais il faut de sa part fra.u chise et fermeté.
Vous m'engagez à donner confidentiellement à M. de Serre les bons renseignements qui pourraient me parvenir dans l'intérêt général; vous ajoutez que je lui ferais plaisir et que vous l'en avez prévenu. Je répondrai très-volontiers à cette invitation de votre part, si l'occasion s'en présente, parce que j'ai toujours été convaincu des bons sentiments de M. de Serre et de son attachement à la cause royale, quoique nous n'ayons pas été assis sur les mêmes bancs. D'ailleurs, M. de Serre était et est encore votre ami, et vous savez si je compte sur vous.
En attendant, toutes les lettres de Paris nous parlent d'un projet dont vous ne me dites mot et qui m'effraye par les résultats très-probables qu'il peut avoir : ce serait de dissoudre la Chambre actuelle. Les choix faits par les collèges de département seront bons pour le plus grand nombre. Il n'en sera pas de même pour ceux des collèges d'ar rondîssement. Qui pourrait déterminer le ministère à sacrifier le certain pour courir après Tincertaîn? Que l'on conserve la Chambre actuelle avec son opposition toute détestable qu'elle peut être, puisqu'on est assuré d'avoir une majorité bonne et forte par les choix des collèges de département. Cette opposition est peut-être plus nécessaire qu'on ne jpense ; il me semble qu'un homme d'État peut tirer un grand parti de la résistance qu'elle opposera encore dans le cours de la prochaine session. C'est
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Lien alors qu'il faudra la laisser parler, se débattre tout à son aise, sûr qu'on sera de la confondre, de la prendre dans ses propres filets et de la terrasser, puisqu'on aura la force du nombre, de la bonne foi et des principes. Opposez- vous à ce projet de dissolution pour cette année; qu'est-ce qu'il peut en coûter d'attendre un an? On fera un essai sur les départements de la quatrième série. S'il est bon et si l'on trouve avantage à renouveler la Chambre, on le fera en 1821, lorsque l'esprit public se sei^a un peu amélioré par la force que le gouvernement aura acquise dans le cours de la prochaine session ; car il sera réputé fort par cela même qu'il marchera avec une majorité imposante, ce qui, malheureusement, ne lui est pas encore arrivé. Pendant cette session, il améliorera, il créera, s'il le juge nécessaire, et il nous rendra cette paix morale^ si je puis m'exprimer ainsi, que nous ne connaissons plus.
Je crois que les deux choix à faire pour notre collège de département seront bons; mais ils ne le seront pas à une majorité considérable, -tant l'esprit de parti est prononcé. S'il y a dissolution de la Chambre, je crains que nos arrondissements n'en fassent de détestables. Le comité directeur conservera toute son influence. Il travaille déjà dans cet espoir, et même nous avons la certitude qu'il ne perd pas l'espoir de diriger le choix des collèges de département.
Point de dissolution pour cette année, dites-le bien haut. Je vous parle d'après les données que. j'ai sur plusieurs départements environnant le
b^ CORRESPONDANCE.
mien. Je le sais aussi d'après mes correspondances dans plusieurs départements éloignés et celles de personnes de ma connaissance. On nous assure que MM. de Serre et Pasquier penchent pour la dissolution actuelle. On les tromj)e très-certainement. Le mal fait, comment le réparer? Allons au plus sûr et ne courons pas toujours les périlleuses chances du hasard ; renonçons une fois à cette mobilité qu'on nous reproche avec tant de raison.
J'oubliais de vous remercier de l'envoi que vous m'avez fait de votre excellente et forte opinion sur la loi des élections. Je l'ai lue avec plaisir et intérêt. Il y a peu de personnes qui aiment à monter sur la brèche comme vous l'avez fait dans celte occasion .
Adieu, mon cher et ancien collègue; recevez l'assurance des sentiments et de la considération trèsdistinguée avec lesquels j'ai l'honneur d'être votre très-humble et très-obéissant serviteur,
La Valette.
Si j'écris à M. de Serre, comment doîs-je lui adresser mes lettres pour qu'elles soient ouvertes par lui seul ?
Engagez -le à ne pas laisser dissoudre la Chambre.
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