‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 2)Chapitre 220 sur 241 · Le duc de Richelieu à M. de Serre · texte numérisé non relu

Le duc de Richelieu à M. de Serre

Ce 23 juillet 1890.

J'espère, monsieur le garde des Sceaux, que vous aurez fait un heureux voyage, et que vous nous apprendrez bientôt que l'usage des eaux achève de consolider une santé chère à vos amis et précieuse à l'État. M. Froc de laBoulaye m'a montré la lettre que vous lui avez écrite de Fontainebleau ; j'ai été fort sensible aux choses aimables que vous lui avez dites à mon sujet; soyez persuadé que c'est une grande consolation pour moi de vous avoir pour collaborateur dans les pénibles travaux qui nous •occupent, et que j'attache le plus grand prix à mériter et obtenir votre amitié.

Voilà notre Conseil d'État organisé, sauf les trois vacances de conseillers et à peu près autant de maîtres des requêtes dont nous pouvons encore disposer. Je suis chargé par mes collègues de vous

«ympathie «vec toutes les penaëes sa^es et morales» il inquiëtaîl sans cesse ses amis par ce penchant à luoe exagération, ainoére. n (Études historiques et biographiques ^ t. !•', p. 30/i, Paris 1867.}

proposer pour une de ces dernières places un homme qui s'en contente, et dont les talents, surtout celui de tribune qu'on dit qu'il possède éminemment, pourraient nous être très-utiles : c'est M. Flaugergues, qui désire vivement s'attacher au gouvernement, et qu'on croît qu'il ne faut pas négliger d'avoir. De mon côté, je vous prierai instamment de consentir à ce que la nomination de M. de Blair! soit un peu hâtée; celle de M. Esmangard* à la préfecture de la Manche, en laissant une vacance, en fournit l'occasion. Vous m'obligerez infiniment de me répondre sur ces deux objets ; il me semble que ces deux noms de MM. de Blair et Flaugergues satisferont beaucoup de monde.

Il nous reste encore le travail des sous-préfet5 dont MM. Mounier et Siméon s'occupent, et qui, j'espère, pourra être terminé promptement. Nous avons pensé hier à l'Instruction publique, et il a été convenu que je parlerais à M. Laine, ce que je ferai ce matin. Il nous a paru qu'il conviendrait mieux que M. de Fontanes, parce qu'on ne manquerait pas de dire que le dernier nous a été imposé par un certain parti, ce qui serait vrai et ce qu'il faut éviter. Ce que je crains, c'est que M. Laine, dans

« De 1815 à 1817, M. de Blair avait été conseîUer d'ËUt en service ordinaire et membre du comité du contentieux ; depuis lors» il portait le titre de conseiller d'État en service extraordinaire.

* Charles Esmangard, maître des requêtes en 1815> conseiller d'État en 1817, administra, de 1890 à 182)4, le département de la Manche, et, de 18SJ!i à 1890, celui du Bas-Rhin. Il mourut à Meaux le h octobre 1837. Il a publié quelques écrits sur la marine et les colonies.

son horreur des affaires, ne veuille pas accepter; je vais faire cependant. tout mon possible pour l'y déterminer.

Les nouvelles que nous avons eues de Naples sont toujours les mêmes ou peut-être pires; vous les voyez dans les journaux. Ces jeunes révolutionnaires, dans leur ferveur de novices, ont fait une incursion à Ponte- Corvo sur le teiTitoire pontifical, et je suis informé que le Saint-Siège réclame la garantie des cinq puissances pour son territoire. Il ne serait pas impossible que l'empereur d'Autriche, profitant du rapprochement de l'empereur de Russie, qui vient de Varsovie, lui demandât une entrevue, à laquelle devrait intervenir quelqu'un de notre part et de celle de l'Angleterre, qui y enverrait probablement le duc de Wellington.

Nous avons aussi des nouvelles de M. Decazes, qui est très-content de l'accueil qu'il a reçu. Il nous mande que l'irritation causée par la présence de la Reine ^ est presque entièrement dissipée et que les ministres ne lui paraissent pas inquiets de l'issue du procès.

Ici les nouvelles de Naples ont renouvelé l'espérance de nos révolutionnaires, et l'effet qu'elle a

* Caroline de Brunswick, n^e le 17 août 1768, ëtait fille du duc Ferdinand de Brunswick et de la princesse Augusta d'Angleterre, sœur de Georges III. Elle avait épousé, en 1795, le prince de Galles; mais, peu après la célébration du mariage, ils s'étaient se'parës. Dès qu'il fut sur le trône, Georges IV intenta à la Reine un procès en adultère afin d'obtenir le divorce. — Voyez V Histoire de la Restauration, par M. de Viel-Castel, t. VIII, p. 396 et 397, et t. IX» p. 190-192.

5aii CORRESPONDANCE.

produit est très-fâcheux. Si cependant nous étions assez heureux pour nous bien tirer de Tépreuve des élections et que nous eussions une bonne Chambre, ce serait bien cette France dont on croyait avoir tout à redouter, qui sauverait TEurope. Travaillons avec courage à amener ce beau résultat. Si même nous échouons, il sera toujours beau de l'avoir entrepris.

Vous devez avoir reçu une lettre de M. Royer- CoUard; j'entends dire qu'il se plaint beaucoup de vous. Ces messieurs comprennent un gouvernement représentatif à leur façon, et non de la seule manière dont il puisse existera Des hommes dont les idées sont divergentes ne peuvent pas travailler ensemble avec succès à faire marcher la machine du gouvernement. On ne s'entend plus, on se sépare sans humeur et sans bouderie : qu'y a-t-il là d'offensant pour personne? Toute l'opposition, à commencer par M. Daru et à finir par l'abbé de Pradt, s'est fait inscrire chez M. Royer, et on lui doit la justice de dire qu'il en a été fâché.

Donnez-moi de vos nouvelles, je vous prie; présentez mes hommages à madame, et ne doutez pas de ma sincère amitié et de ma haute considération.

Richelieu.

* Comparez V Histoire de la Restauration, par M. NeUement^ t. V, p. hUn-Wi.

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