Le baron Pas<iuier à M. de Serre
î» juillet 1830.
Mon cher collègue,
Je suppose que la Boulaye vous tient bien au courant ; cependant je vous veux aussi payer mon tribut le plus souvent possible.
Notre affaire de Naples est de plus en plus mauvaise et ses conséquences sont et seront probablement fort graves dans la politique générale de l'Europe; elles le sont aussi dans notre politique intérieure. L'audace de nos ennemis s'en accroît sensiblement, leurs espérances grossissent: tous les rapports secrets en font foi ; ils comptent évidemment que l'effroi général qu'inspire le spectacle de révolutions si faciles influera à leur profit sur les élections. Si les hommes avaient quelque raison, cela devrait produire un effet tout contraire ; mais où est la raison au siècle où nous vivons?
L'ordonnance du Conseil d'État qui a paru hier a fait un grand effet, bon sur les uns, mauvais sur les autres, mais toujours grand; cela devait être ainsi. Nos anciens amis sont, suivant leur usage, entre la colère et le dédain . Barante est le mieux ; il est vrai qu'il est dans le fait fort bien traité ; mais il paraît le sentir. Quant aux trois autres, ils ont pris le parti de la fierté la plus aigre. Je vous ai déjà envoyé la
ANNÉE 18â0. 5d»
prose de Guîzot. Becquey m'a dit hier soir que Royer refusait sa pension, trouvant qu'elle était trop obscure et qu'une pension sur le Sceau ne signifiait rien.
L'arrangement sur les préfets, quoique non encore officiellement connu, paraît bien réussir.
Il y a une affaire dont j'ai regret que nous n'ayons pas causé avant votre départ, c'est l'Université, non sous le rapport de la loi à faire, mais sous le rapport du gouvernement actuel de l'Université telle qu'elle est. Le Conseil actuel n'est pas suffisant ; il lui faut plus de poids , il lui faut un chef. Cuvier protestant est. une inconvenance évidente. Mais qui mettre? Fontanes en meurt d'envie, mais a-t-il, malgré son talent, la tête assez forte pour un tel fardeau, qui est bien autre que celui qu'il portait avant la Restauration ? Si Laine voulait, il serait très-bien; mais il ne voudra pas.
L'affaire des droits réunis n'est pas encore réglée. Je crois cependant que le ministre des Finances est moins prononcé, et de tous les côtés il voit des raisons pour montrer combien sont grands les inconvénients des changements dans le système des directions. Au reste, comme c'est aujourd'hui notre dîner ministériel, c'est la grande question que nous y traiterons encore et à laquelle probablement nous consacrerons encore notre soirée.
Adieu, mon cher collègue. Je vous quitte pour aller à la Chambre des pairs : ma loi d'Alger^ doit y être fortement attaquée.
' 11 s'agissait de pourvoir au payement d'une créance rdclamëe
Mille et mille amitiés.
Pasquier.
J'ai des nouvelles de Decazes, qui paraît se trouver fort bien à Londres