‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 2)Chapitre 230 sur 241 · M. Germeau à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. Germeau à M. de Serre

• Le 35 juillet 1820.

Monseigneur,

L'affaire du Conseil d'État est toujours Tévénement politique dont Pai'is s'occupe le plus i celle de Naples y fait, je crois, à peine autant die sensation; et celle des préfets, qui en fera probablement plus en province, n'en fait certainement pas autant dans la capitale.

Des personnes exclues du Conseil, celle qui en éprouve le plus d'humeur est certainement M. Guizot : l'apparente tranquillité qu'il affecte ne fait que mieux ressortir l'aigreur de ses discours; il assure que les lettres écrites par Votre Excellence ont singulièrement choqué les hommes auxquels elles s'adressaient : ils ont dû en témoigner èneryiqucment leur opinion dans les réponses qu'ils y ont faites. M. Guizot annonce qu'il va reprendre son cours et faire l'histoire des gouvernements représentatifs. On m'a dit l'autre jour qu'il se préparait à écrire sur l'événement, sur l'acte qui vient de frapper lui et ses collègues.

L'allure ostensible des journaux ne peut, depuis la censure, donner que peu d'idée de la marche et des espérances des partis; maïs ce qui se passe derrière la toile peut donner plus de lumière, et je

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in'attaclie de tout mon pouvoir à savoir les points sur lesquels la censure a le plus à s'exercer. 11 est remarquable que, depuis quelque temps, le parti libéral- lui présente, avec obstination et confiance, des articles d'une audace qui étonne et d'une hostilité qui ne se donne plus la peine de se déguiser. Les censeurs ont fait, dans ces derniers jours, des abatis énormes et sont épouvantés de ce qu'on a osé leur proposer. D'où naît, se disent-ils, cette confisuite impucteace?

Pour se dépiquer, les journaux de ce même parti ont renouvelé la pratique, qui avait pourtant assez mal réussi à ce malheureux Corréard^, de faire chaque jour une brochure signée et qui se trouve affranchie de tout contrôle préalable; le chef de cette entreprise est un homme qui vous demandait, peu de temps avant votre départ, de faire imprimer à l'imprimerie royale un ouvrage de lui sur la législation et la politique ; vous lui avez heureusement refusé votre autorisation. Je ne suis pas autorisé à dire son nom.

Je recueille aux sources que je puis croire les meilleures tout ce qui est relatif à la grande question de la dissolution de la Chambre. J'ai vu hier Sauvo^, dont j'étais bien aise d'avoir l'avis à cet égard, et qui, sous plusieurs rapports, est assez compétent poiu* en donner un. Il est on ne saurait

^ Libraire-^îteur, un des naufrages de la Méduse, — Voyec VHisioire de la Restauration , par M. de Viel-Castel, t. VIII, p. Ii59.

« Voyea t, II, p. A07. .

davantage opposé à la dissolution : les raisons qu'il en donne, Votre Excellence les conçoit facilement et les a sans doute déjà pesées à Favance ; mais il se résume en disant que les extrémités des deux partis la désirent trop ardemment pour qu'il soit prudent de leur donner cette satisfaction.

On a parlé ces jours derniers de quelques troubles en Galicie.

On m'assure que M. de Efarante refuse Tambassade de Danemark.

Je reçois à l'instant une lettre de M. Varin, avo* cat général, qui refuse la place de procureur gé* néral à Metz. Il est pénétré de reconnaissance pour vbs bontés, mais se trouve retenu à Rennes par des liens de famille et d'affection qu'il ne peut rompre. J'aurai l'honneur de vous adresser copie de sa lettre par le prochain courrier, ainsi que d'une lettre de M. Bourdeau sur le même sujet.

J'ai l'honneur d'offrir mes respectueux hommages à Votre Excellence et la prie de vouloir bien

les faire agréer à M"* de Serre.

Germeau.

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