‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 2)Chapitre 237 sur 241 · M. de la Bonlaye à M. et à M"^* de Serre · texte numérisé non relu

M. de la Bonlaye à M. et à M"^* de Serre

Samedi, S9 juillet 1890.

Les fillettes vont très-bien, mes chers amis, et je n'approche pas sans regret du moment où je m'éloignerai d'elles On se porte bien de l'autre côté

des boulevards.

Ce que j'ai communiqué hier au duc de Richelieu est venu d'autant plus à propos que le vent y souffle <lepuîs quelques jours. Tous sentent la nécessité de ne point effaroucher ; on reconnaît comme vous que les prétentions seraient immenses et qu'on ne pourrait pas satisfaire sans folie. On doit même avoir à ce sujet une conversation en haut lieu. Tout me paraît donc d'accord. Votre opinion ne trouvera dans le Conseil que des échos, et il sera bon que vous l'exprimiez d'autant plus fortement dans vos lettres, que cela vous paraîtra plus nécessaire d'après les renseignements qui vous parviendront.

Vous remarquerez dans le Moniteur de ce jour un article conforme à l'opinion de Mazure sur l'instruction publique.

Le jeune Jessaint est arrivé, et je le conduirai ce matin chez Royer, Je conçois vos chagrins et je les partage, mais je ne conçois pas un gouvernement impunément insulté par ses confidents et baisant la main qui le châtie. Qu'on le renverse, soit; mais qu'on ne s'arme pas dans ses arsenaux, mais que

l'on combatte à visage découvert. Le duc accepte toutes ces conditions, et il m'a déclaré qu'il était

•décidé à se bien défendre envers et contre tous

Tous les hommes de sens sont convaincus que le parti libéral ne peut triompher d'ici à longtemps •que sur les ruines de la monarchie; et, dans ce cas, il vaut mieux être victime que complice.

Villemain est très-bien.

J'ai engagé le ministre de la Marine à faire au marquis de Rivière la politesse d'une gabare pour le ramener avec sa famille de Constantinople. Noug ne perdrons rien dans le Levant et nous aurons près de nous un ami.

Je vous ai parlé de ce projet d'adresse de DubrueP pour supplier Monsieur de se remarier. Il paraît que Son Altesse Royale en est si peu pressée, qu'autour d'elle ceux qui se complaisent dans ce projet n'osent pas en parler. On cherche des détours

Mille tendresses, très-chères Excellences. J'embrasse Gaston. Portez- vous bien.

^ Pi erre- Jean- Joseph Dubruel, nd à Rignac (Rouergue) le 16 septembre 1760. Il ^tait, avant la Révolution, conseiller au prësidial de Rhodez. Il n'ëmigra point et eut peine à échapper aux persé- •cutions. De 1795 à 1797, il siégea au Conseil des Cinq-Cents, et prit plusieurs fois la parole en faveur des prêtres et des ëmigrës. Il quitta la scène politique après le 18 fructidor. Sous l'Empire, il fut nommé proviseur du lycée de Marseille. En I8I/1, il reçut de Louis XVIII des lettres de noblesse et la croix de la Légion d'honneur. Député de l'Aveyron à partir de 1810, il siégea sur les bancs de la droite et fut deux fois questeur. Il devint, en 1818, proviseur du lycée de Versailles. II mourut à Paris le S8 mars 1828.

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