‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 2)Chapitre 42 sur 241 · Le comte Portails à M. de Serre · texte numérisé non relu

Le comte Portails à M. de Serre

Paris, ce 96 février 1820.

Au moment où Sa Majesté a daigné jeter les yeux sur moi pour la place de sous-secrétaire d'État de la Justice, il est naturel que ma première pensée se porte sur Votre Excellence, que la confiance si bien méritée du Roi a placée à la tête de cet important département. J'ose me flatter que vous n'aurez pas vu avec peine un choix qui appelle auprès de vous un ancien collègue auquel vous avez donné plusieurs fois des témoignages de votre estime. Je vous prie d'être persuadé que mon plus vif désir est d'apprendre que le prompt et entier rétablissement de votre santé vous permet de venir reprendre vo^ fonctions et de diriger vous-même les travaux du ministère et les . nûens .

J'ai l'honneur d'être avec une respectueuse considération , monseigneur , De Votre Excellence, Le très-humble et très-obéissant serviteur,

Comte PoRTALis.

665^ — M. Oermeau à M. de Serre.

Paris, le 96 février 16ia0.

Monseigneur,

Le Moniteur d'hier vous portera le rapport de M. de la Rochefoucauld sur la loi des journaux

Je crois avoir eu l'honneur de vous parler, dans ma lettre du '5/*, d'un article fort remarquable mis ce jour même dans la Renommée par Benjamin Constant; j'aurais dû vous envoyer ce journal, el je répare aujourd'hui cet oubli.

Le Censeur d'aujourd'hui combat l'article de la Renommée du âA, notamment en ce qui regarde les changements à la loi du 17 mai, que M. Benjamin Constant regarde comme possibles et même nécessaires. M. Comte ^ proclame la loi du 17 mai ta meilleure qu'on ait faite sur la presse ^ non-seulement en France, mais même dans tous lesi pays.

Le ton des journaux est en général assez modéré,

^ Charles Comte, n^ à Saint^Énimie (Lozère) le S5 août 178â. En 181^4, il fonda, avec M. Dunoyer, le Censeur ^ et engagea une lutte opiniâtre contre le gouvernement de la Restauration. Il devint, en 1831, député de Mamers, etmourut âParisle 13avril 1837. Il e'tait, depuis 1833,8ecrëtaire perpétuel de l'Acadëmiedes sciences morales et politiques : son œuvre principale est un Traité €le législation. Une notice sur M. Comte a éié lue par M. Mignet dans la se'ance du 30 mai 18^6.

et cela tient à plusieurs raisons assez simples : ils se garderont bien d'abord, pendant toute la discussion du projet sur les journaux, d'insérer des articles violents qui deviendraient des armes contre eux ; il y aurait ensuite du ridicule à attaquer un ministère nouveau avant de connaître sa marche et ses actes ; mais il est facile de voir, même à travers les articles les plus modérés, des réser>'es et des jalons établis à l'avance pour recommencer la guerre au besoin. La Quotidienne d'aujourd'hui cherche à faire entendre que M. Decazes, quoique i'ioigné des affaires en apparence, n'en est pas moins encore en quelque sorte le directeur, et elle en veut tirer la preuve de ce que M. de Richelieu a été nommé sur le rapport de M. Decazes. Il est assez simple cependant qu'un ministère arrivant soit nommé sur la signature, et le plus souvent sur la proposition des ministres sortants ; c'est ainsi que cela est arrivé et arrivera ; mais on sent pourquoi ce manège : c'est simplement une transition*

Ce qu'il y a de certain quant à M. Decazes, c'est qu'il part aujourd'hui pour Libourne, et qu'il esX dans un état de santé déplorable ; il disait hier : <c Ils m'ont sauvé la vie en me tirant du ministère. »

M. Portalis a pris depuis deux jours le travail du ministère ; il couche ce soir pour la première fois dans les appartements du n° 17.

J'ai l'honneur d'être avec respect, monseigneur, A'otre très-humble et très-obéissaot ser\iteur,

Grumeau.

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