M. Germean à M. de Serre
Paris, le P' mars 1820.
Monseigneur,
Le Moniteur d'hier vous apprend que la loi sur les journaux a passé à la Chambre des pairs à 02 voix de majorité : c'est la plus considérable qu'on ait encore eue dans les Chambres. Tous les journaux cependant, et le Moniteur lui-même, avaient annoncé seulement 2 voix de majorité ; l'erreur venait (lu bureau des procès-verbaux de la Chambre des pairs ; il faut croire qu'elle y a été faite sans mauvaise intention , mais elle a donné beaucoup d'humeur à M. de Richelieu. On a pu la réparer à temps pour les exemplaires du Moniteur qui ont dû partir par la poste, et je crois que M. de Mézy a en outre fait imprimer et distribuer à tous les direcleurs de poste des bulletins rectifiés , qui ont dû leur parvenir en même temps que les journaux, avec ordre de les distribuer. Quant aux journaux courants, c'est, je crois, fort sciemment et avec pleine connaissance qu'ils ont profité de l'erreur du procès-verbal; car il n'est pas croyable qu'ils aient ignoré la vérité sur une chose qui était pour eux d'un aussi grand intérêt et qui s'est aussi généralement répandue, lorsqu'ils apprennent et répètent si vite tout ce qui, dans ce genre, rentre le moins du
lia CORRESPONDANCE.
monde dans leurs vues ; maïs il faut convenir qu'on ne pouvait pas attendre d'eux un grand zèle à annoncer le premier échec fait à leur liberté.
Les journaux, en général, continuent à garder assez peu de mesure. M. de Chateaubriand n'a rien mis dans le dernier numéro du Conservateur; il n'a pas même parlé à la Chambre des pairs contre la censure. M. de Talleyrand et son petit parti ont voté pour la censure ; les mauvaises langues prétendent que c'est parce qu'il compte ainsi travailler pour lui-même.
M. de la Boulaye vous aura sans doute transmis un travail qu'il a fait sur les chances du projet de loi des élections à la Chambre des députés, et d'où il résulte que, malgré la fâcheuse disposition de la commission, le gouvernement peut compter, en dernière analyse, sur quelques voix de plus pour que contre le projet. On m'annonce à Tinstant que M. X. est en pleine défection et tranche, depuis quelques jours, de l'indépendant ; Tu quoque. Brute!
Un journal d'hier annonçait un attentat sur la vie de l'empereur de Russie * La nouvelle n'est point confirmée et paraît toute d'invention.
Tout Paris parlait hier de votre retour comme d'une chose certaine. Je regrette bien que cette nouvelle soit aussi prématurée.
• Alexandre !•'' Paulowîtch, n^ le ITde'cembre 1777. 11 régnait depuis le IS mars 18D1. Il mourut le 1*' décembre 1^!5.
J'ai l'honneur d'ofiPrîr à Votre Excellence mes respectueux hommages.
Gebivieau.