‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 2)Chapitre 71 sur 241 · M. de la Boulaye à M. de Serra · texte numérisé non relu

M. de la Boulaye à M. de Serra

Samedi 11 mars 18^0.

Mon très-cher ami,

Nous finirons probablement aujourd'hui notre loi de liberté individuelle. Je compte qu'amendée ou non, elle aura une majorité d'une quinzaine de voix. Hier on m'a nommé rapporteur de celle sur les journa^ux. Je ferai jeudi mon rapport. Ne me maudissez pas.

J'ai vu Barante, je vois Germain, Guizot. Ils se sont tous placés dans une fausse position. M. Decazes, et cela n'est que trop vrai, a péri sous leurs coups. Maintenant ils jettent les hauts cris, ils menacent de la réaction. Nous n'en aurons pas. M. le duc de Richelieu n'en veut pas; il résistera. Nous som-

ISS CORRESPONDANCE.

mes forts, et nous le serions davantage sans toutes les déviations des gens d*e^rit. Si, après la session, M. de Villèle doit être appelé aux afiEaires, ce qui n^est pas encore décidé, je n'y vois pas d'inconvénient. L'Espagne doit servir de leçon à tous les partis, sauf à celui des libéraux, auxquels elle peut donner de folles espérances. Le côté droit sent la nécessité de se fondre, et, en vérité, il vaut mieux l'appeler à soi et vi\Te avec lui que de se lier avec des hommes qui ne peuvent pas s'arrêter, que l'honneur repousse et que l'Europe maudit.

Notre ami est au Gibeau avec sa famille et se porte bien .

Sainte- Aulaîre a fait hier à la Chambre un discours spirituel qui n'a pas mordu sur les esprits. Vous le verrez dans le Moniteur.

J'ai prié Germeau de vous envoyer tous les journaux qui en valent la peine.

Je parle de vous à tous ceux à qui il convient d'en parler comme si j'en étais chargé. Il est utile d'entretenir les bons sentiments des gens de bien.

Royer roule de projets en projets smr la loi d'élection. Il attend de vos nouvelles.

Toute la partie saine de la Chambre, l'ancienne gauche et les nouvelles élections exceptées, veut à tout prix soutenir le ministère. Nos amis parleront d'or tout haut ou tout bas, mais ils suivront les gros bataillons.

Je dînerai demain chez Royer avec Corbière.

Mille tendresses, bien cher ami ; promenez-vous, dormez, refaites votre santé, prenez votre temps et

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revenez vigoureux, pour battre, s'il le faut, celui qui vous aime et vous sert. Vous trouverez voti'e lit bon, vous pourrez vous y dorloter et ne pas tomber dans la ruelle.

Je vous embrasse, chers amis» bien tendrement.

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