‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 3)Chapitre 102 sur 247 · Le duc Decazes à M. de Serre · texte numérisé non relu

Le duc Decazes à M. de Serre

Gibeau-Figeac, par Montlieu (Charente-Inférieure).

Ce 23 mars 1850.

^os deux lettres, mon cher ami, me sont parveîs dans ma retraite après un long retard et ensèm- . J'ai moi-même différé d'y répondre pour atàre une occasion dont je profite aujourd'hui, le n'ai pas douté de votre résolution, et ce n'était e parce qu'il fallait ne rien négliger dans de si 3ives affaires que je mettais du prix à combattre

aa(» CORRESPONDANCE.

les efforts que l'on supposait devoii* être faits

nos amis pour vous détourner d'entrer dans le nou ^.

vel arrangement ministériel. On m'écrit qu'ils viei nent encore de renouveler leurs tentatives en voi envoyant un parent de d'Eckstein ; certes, le momeimt n'est pourtant pas plus favorable qu'il ne l'était lil y a un mois ! La situation des choses m'alarme beamjBcoup, mon cher ami. Je ne puis pas décider d« coups ; je suis trop loin de la partie ; mais elle e; bien difficile, et un joueur de plus, un joueur siri* — tout comme vous me paraît bien nécessaire. La sur laquelle s'est placé le ministère est si rapide qu': y a égale difficulté à ne pas aller trop vite, à reculer-, même à s'arrêter. L'insolence des jacobins e^t grande ; mais il y a un symptôme qui m'alarme dLsm.vantage : c'est leur assurance qui est plus granc3Le encore. Je crains que nous n'en soyons venus à Xa question des troupes, et l'exemple de l'Espagne rarae fait frémir.

La plus grande de nos fautes, mon cher arriM-i, c'est les journaux ; nous les avons trop et trop t^t abandonnés. Ils ont fait perdre à l'affection po'iir le Roi, à la confiance surtout, tout ce que nous l^i avions fait gagner . depuis Tordonnance du 5 s^I>tembre jusqu'à la Minerve^. Quinze mois ont toi^t renversé ou presque tout. Il faut semer de nouve^^^»

* La Minerve française, recueil semi-périodique, araK^ •** fondëe, en février 1818, par MM. Aignan, B. Constant, Duto^" lin, Etienne, Jay, Jouy, Lacretelle aînë et Tissot; elle ëchaï>P** par cette forme à la censure : elle avait succ^d^ au Mercure 9 cueil périodique, dont la violence avait amène la suppressiora * Minerve cessa de paraître en mars 1820.

is semer en détail, et les journaux sont le seul

yen de le faire. Je me suis débattu pendant dixit mois pour créer le Journal des maires, perine n'a voulu m'aider. Il allait dans les campa- 38 ; il y formait l'opinion de ces petits propriétaires L sont la grande masse de la nation et des élecrs. Si cette entreprise, ou toute autre de ce ire, eût été suivie, nous aurions, dans toutes les omunes, un ou deux abonnements de cette nature, nous couvririons toutes les voix séditieuses. Au 1 de cela, il n'y a rien, absolument rien. Il n'est ; question du Journal de Paris, encore moins du nrrier, comme vous le pouvez croire. Le gouvernent est abandonné, sans défense, à la Minerve au Constitutionnel. Les journaux ultras ne vont 3 dans les salons ; ils sèment, mais du feu sur les Lsiers. Leurs inconvénients ne sont pas grands; ' ce n'est pas là l'incendie qui menace d'embraser. T'avais fait faire des almanachsde Matthieu La^ns- ■§ que j'avais farcis de royalisme et qui me coûent 8 sols ; je les vendais à 2 sols et demi ; tous ans on en tirait soixante mille exemplaires, au bout de deux mois, on n'en trouvait plus. J'en pais pu tirer cent cinquante mille exemplaires te année. J'avais en outre écrit aux préfets des partements du Nord, où les Matthieu Lsensberg linaires se fabriquent, de faire tous leurs efforts UT que les imprimeurs imitassent le mien. ïe crois ces soins indispensables pour nous rendre, pour nous conserver, cette masse qui, pendant gt-cinq ans, n'a pas entendu parler des Bourbons,

et qui cependant décidera en définitive de tout ; ca:

nos soldats ne spnt que des fils de paysans ou d'arti

sans, et ils arrivent au corps avec les opinions d.« leur famille, qu'ils conservent parce qu'ils ont u. :mi esprit de retour. Quand vous aurez cette mass^^^ vous aurez l'armée, et vous ne l'aurez pas sans celsi,^ au moins d'une manière durable. Or l'armée est <^i qui doit le plus vous occuper. Je suis mécontent l'esprit de ce qu'il y a, dans les campagnes, d'a^ïx.— ciens officiers ou de soldats : tout cela est égaré et ^ de l'influence. Sous ce rapport, l'organisation des vétérans serait utile, si on les mettait dans de bonn^« et sûres mains ; mais l'exécution est bien délicate . Il paraît que le ministère songe à changer luimême la loi d'élection et à adopter les deux degrés. S'il n'y est pas forcé, je crois qu'il ferauac faute ; s'il y est forcé, je crois qu'il a tort de l'être et qu'il aurait pu ne l'être pas. Sans doute, voi-is avez besoin des ultras; mais, pour cela, vous n'êtes pas à leur discrétion. On s'y est mis en n'osant psts me défendre, en n'osant pas m'avouer, en n'osaKït pas, môme en adoptant l'ordre du jour, dire un m^^t pour moi. Je n'en parle que comme d'une faute, ^t c'en a été une. Mais abandonner les lois, et les lo^s fondamentales, c'est encore plus grave, s'il est possible, que d'abandonner les hommes et de s'aba"*^' donner soi-même. J'en parle du reste sans pouvo^ le faire avec justesse, puisque je ne connais pas ^^. nouveau projet. S'il atteint le même but et surti>"**^ s'il passe, j'y applaudirai de tout mon cœur, j'y derai de mes faibles moyens

Comment y aideraî-je? Je n'en sais rien ; par mes vcBux sans doute ; car ma présence à Paris ferait sortir les ultras de leurs gonds, s'ils en ont.

Ceci m'amène à répondre à votre question : Où nous verrons-nous ? Je comptais me rendre àLonires dans le courant de mai, être pour cela à Paris ^ers la fin d'avril ; mais je subordonne tous mes >rojets à ce qui sera utile pour le gouvernement. ^ous en saurez donc plus que moi à cet égard quand ''OU s serez à Paris.

Dites bien au duc de Broglie que je conserve

iul souvenir précieux des quinze derniers jours de ios relations qui ont été si bonnes de sa part.

Le ministère vous attend pour la discussion, et a commission vous sert merveilleusement pour cela, Royer ne peut croire qu'il ne vous ramènera pas ; -t moi, j'espère que vous reprendrez assez d'iniuence sur lui pour le faire taire, si vous n'en obtenez davantage, pourvu toutefois qu'il ne soit pas "a.pporteur.

Je suppose que vous tirez parti de B^ugnot, dont

I© "VOUS engage fort à vous emparer

-Adieu, cher ami ; si vous avez besoin de moi en qiioi que ce soit, disposez de tout ce que je puis et sais : c'est le denier de la veuve, mais il est bien

franc C'est sans réserve et de toute âme que je

suis votre ami politique, conune c'est sans résene ^t de toute mon âme aussi que je suis votre ami de- ^^œur et pour la vie. Decazbs.

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