‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 3)Chapitre 104 sur 247 · M. de Bontems^ à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. de Bontems^ à M. de Serre

Orléans, le 23 mars 1830.

-la lettre de votre femme m'a fait un bien sensible Isîr, mon cher ami. J'avais appris que, comnle je 'ais craint, la funeste nouvelle vous avait fait

.ucoup de mal Enfin, malgré les maux passés

es inquiétudes présentes, votre bonne constitution monte le mal, et nous vous verrons revenir avec 5 provision de santé et vous remettre au timon l'État, qui a tous les jours plus besoin d'une Ln ferme. Combien, dans cet affreux événement, pensé à vous! Je me suis mis à votre place; j'ai apris vos regrets personnels : vous deviez avoir mu cette grande et belle âme que la mort seule a voilée à la multitude En votre noble confiance

Voyez t. PS p. 100.

dans le beau caractère français, vous avez souvemrvt méconnu les dangers d'une liberté trop précoce^ trciDp peu restreinte^ vous n'avez souvent vu que le dfiL'»!ger de la faction ultra-monarchique, danger trê^sréel, j'en conviens, mais qui ne devait pas {encrer les yeux du ministère sur les vieux brouillons da Ja République et de l'Empire. Mais pourquoi vous retracer ce que vous savez mieux que moi ? Maintenant, les jalons qui marquent les précipices de Tu-in et de l'autre côté sont bien visibles, et je pen^^ qu'aucune tourmente nouvelle ne les fera plus perd^"*^ de vue.

Je ne puis néanmoins m'empêcher de déplores^^ que le ministère perde un temps précieux à discute^^^ les deux lois d'exception, tandis que c'est la loi élections qu'il faut emporter, finir le budget, pui laisser calmer les esprits avant les nouvelles élections. La marche actuelle tient la France dans u état de fièvre dont les accès peuvent devenir funestes» et retarder la confection des lois qui sont ur—' gentes, et l'organisation des communes et des vinces qui l'est bien aussi.

Toutes ces lenteurs, au reste, doivent vous dé te miner à prendre le temps nécessaire pour achev votre guérison. Vous ne pouvez plus songer à paraître dans cette session. Ainsi je persiste mon idée qu'un petit voyage d'agrément serait complément nécessaire, et aucune tournée ne me raîtrait vous présenter plus de plaisir et de san^ ^ que celle de Gênes, Alexandrie, Milan, les îles Bor=r -rromées, le Simplon, Genève, Dijon, etc. A Genèv- "^

ANNÉE 18â0. âZil

VOUS consulteriez le docteur Butîni, auquel on vient

des quatre parties du monde

Mon bonheur intérieur est grand; ma femme a

le meilleur caractère possible^

Est-il vrai que vous ayez avec vous M. de Mont-

losler? J'en serais bien aise. J'ai lu dernièrement sa

Monarchie française depuis la seconde Restauration^. J'y ai trouvé de très-bonnes idées au milieu d'opinions systématiques et de doctrines métaphysiques peu applicables. Au fait, il est royaliste sans être ultra^ et veut que la société soit organisée pour qix'elle puisse marcher^ ce qui est fort bien pensé, à mon avis. Je suis seulement étonné qu'on n'ait pas senti cette vérité avant de donner la Charte.

Je n'ai pas besoin de vous dire que, si vous alliez à Genève, ma mère^ et ma sœur (M^*" d'Ivernois)* se chargeraient de vous rendre votre séjour aussi

* M. de Bontems s'était marié, en 1819, avec M^^® CoUadon-^ Martin et en avait eu deux filles» Devenu veuf, il épousa, en 1837, M*i© Salomon, qui avait été gouvernante de la princesse Hélène de Mecklembourg-Schwepin (M°*® la duchesse d'Orléans).

* Cet ouvrage avait été publié en 1818.

^ La mère de M. de Bontems était une demoiselle le Fort, petitcfiUe de Jean le Fort (1685-1739), conseiller privé du roi de Pologne, ^©cteur de Saxe, et son envoyé extraordinaire prés la cour de ^^ssie. Jean le Fort était le propre neveu de François le Fort, * *ini du czar Pierre l®*".

* Son mariy sir Francis d'Ivemois, après avoir joué un rôle ^ïis les affaire» publiques de Genève au XVlll® siècle, se fit con- ^^ître en Angleterre par des ouvrages de politique et d'économie P^^lîtique. De retour à Genève, en 181/» il fut député, par cette ré- Publique, au Congrès de Vienne, avec MM. Eynard et Pictet de fi^ochemont.

aimable et profitable que possible. Je ne sais pas Marîon^ y est toujours.

Remerciez, je tous prie, M"*® de Serre de s.^31 charmante lettre. Quoique moins ancienne que TÔtre, son amitié m'est infiniment précieuse, et h aimables expressions qui m'en assurent me sen>Y^ toujours chères.

Adieu, mon cher ami Je vous embrasse

coBur et d'âme.

Votre tout dévoué,

Auguste de Bontems.

722«— M. de la Bonlaye à M. de Serre.

Paris, jeudi S3 man 18S0.

Pauvre lettre, cher ami, que celle du 15 ! J'espé^^ rais de meilleures nouvelles, mais je vois que 1-froid et le cheval vous dérangent. Tenez-vous coîetf ne vous fatiguez pas. Je ne me suis jamais flatté qovous pussiez être à la tribune, sauf pour quelque mots ; mais votre présence seule au moment déciff portera son fruit.

Je viens d'embrasser, pour vous trois et pa moi, les petites filles. Elles sont réjouies.

La discussion sur les journaux m'appelle.

* Le colonel Marion de Beaulieii. — Voyez t. II, p. 3%K

Le courrier ne part qu'après-demain.

Sans adieu. Mille tendresses, très-chers.

Page 1