‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 3)Chapitre 109 sur 247 · M. de la Boulaye à M. et à M"»* de Serre · texte numérisé non relu

M. de la Boulaye à M. et à M"»* de Serre

Paris, lundi 27 mars 1850.

3avez-vous, mes chers amis, qu'il y a eu hier deiux mois que vous avez quitté Paris et que, bien (jtxe dans ces deux mois se trouve le mois le plus court de l'année, le temps me paraît long? N'abusez pas de ce que l'année est bissextile; surtout i*e venez bien portants. Je ne vous souhaite rien de plus que ce qu'ont vos enfants, aux dents près, car

3^ île trouve pas mauvais que vous en ayez l'un et l'a,xxtre beaucoup plus que notre petite Marie. Je guette son début. Quant à Louise, commensale hier de jM"»® Royer, elle s'est si bien comportée que nous lui avons unanimement voté un petit morceau de suore. Les montagnards de Montmartre vont bien, lîoyer, que j'en ai fort prié et qui ne demandait P^s mieux, a eu une longue conversation avec M. le duo de Richelieu; mais l'un et l'autre s'entendraient îïiîeux par signes que de toute autre manière. Les syncopes de notre ami, ses oracles confirment le duc dans ses vieilles idées sur Y inapplicabilité du savant. 11 y a peu d'hommes qui sachent et parlent ^îeux diverses langues^ que le duc, mais la langue

** M. de Richelieu, dit le cardinal de Bausset, acquit de bonne eure xme utile disposition, qu'il perfectionna dans le cours de ses '^ês voyages, à parler toutes les langues de TEurope avec la

de Royer il ne parle, ni ne l'entend, ni ne veut Tei tendre.

En lisant attentivement Camille et Royer, voi jugerez le plan de campagne. La grâce et la foiN se sont manifestées; Courvoisier se chargera ( Tabondance.

J'ai vu hier Guizot, qu'on boudait, et Barant qu'on ne voyait plus, se rapprocher du patrîareh Je les ai laissés à près de onze heures du soir i grande conférence.

Plus je creuse, mon cher ami, plus je vois qu'il a dans Royer du bourbonisme enté sur du révoh tionnaire ; le fruit se sent et de la greffe et du sai vageon. Les deux autres sont fort ambitieux, ma ils ont leurs racines dans des terrains divers ; hi biles gens du reste. Je vous en donne, comme voi voyez, de ces pensées crues. Mettez-les au pot et qi le bouillon ne soit que pour nous.

Le Roi va mieux.

Mille bc»nnes tendresses, très-chers amis.

Je cherche à raccrocher Royer et M. Pasquier.

même facilité que sa langue maternelle. Ce don heureux de !'• et de la nature lui valut dans la suite l'avantage inappréciable pouvoir parler à chaque ministre étranger la langue de la natî dont il était le représentant. » (Notice historique sur M.lc ^ de Richelieu,) — Voyez le Moniteur de 183S, p. 8W).

V28. — M. de la Boulaye à M. et à WÊJ^ de Serre.

Paris, mardi 28 mars 1830.

<2!ette journée, mes chers amis, est la première du printemps ; le temps est doux : c'est l'appel du j>x^.ntemps à la végétation. Louise a reçu ma visite

•d^t-jis le jardin Les petites santés sont parfaites ;

l^îs vieilles santés sont bonnes.

JTe reçois votre lettre du 8 et l'incluse . J'y réfléi demain, et je la remettrai probablement dans jours. Vos paroles ne seront pas perdues; je recueillerai si d'autres les négligent.

Ce que je vous ai annoncé hier est advenu peu d** heures après mon pronostic : Courvoisier a fait l'suiière-garde sur l'article 1®' de la loi ; mais ce <ioïit je me méfiais et que je ne croyais pas de- AToîr se manifester si nettement, c'est l'association de 1^ Bourdonnaie au triumvirat doctrinaire. Lisez attentivement le Moniteur d'aujourd'hui : vous ver- ^^2; la Bourdonnaie se séparant de son parti, et ■Corbière, contenu jusqu'ici, entrer en campagne contre Royer et Camille. Guizot rentre en grâce et ^^ï*a. le diplomate du parti. Ces messieurs pensent ^^ On ne peut pas établir le gouvernement repré- ^^^tatif avec les éléments qu'offre le côté droit, qu'il ^^t faire du centre gauche sa pierre angulaire, ^^ti Sacrer de plus en plus l'égalité révolutionnaire,

et, SOUS son ombre, combiner un despotisme libéral qui trouve et prenne partout ses agents. Ils ne voient pas que le centre gauche n'a de forces réelles que par la gauche, d'où sortent des lois plus ou moins attentatoires à l'autorité et dont les doctrines populacières peuvent seules atteindre partout.

Les dangers du côté droit sont d'une autre nature; mais un parti qui n'a pas pour auxiliaires la haine du pauvre contre le riche, le bonapartisme, les remords de la mauvaise conduite et l'aversion des Bourbons, un parti suspect, peu nombi*eux, froissé par ses fautes et manifestant des dispositions à profiter de l'expérience me paraît mille et mille fois préférable. L'autorité royale pourra toujours le contenir, tandis que l'autre ne sera satisfait et contenu que par l'usurpation.

Je vous remercie de vos bonnes amitiés.

Belle Excellence, hâtez-vous de guérir ce pied foulé et d'en tourner la pointe vers un bon et solide ami, qui commence à se lasser de ne voir que vos talons.

Eugène va bien .

Je vous embrasse tous trois.

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