‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 3)Chapitre 116 sur 247 · M« de Serre à sa mère · texte numérisé non relu

M« de Serre à sa mère

Nice, 2 avril 1820.

M. de la Boulaye m'a écrit, chère maman, quevous aviez été un peu malade ; mais le lendemain il ^Si mandé que vous alliez mieux. J'espère que cela li'aiira pas de suite, joignez-vous bien, chère et ex- ^©llente maman ; conser\'ez-vous à votre pauvre fils. C'est aujourd'hui Pâques, et nous avons un beau lour; avec du soleil et point de vent, on est comme ®n plein été ; tout germe et toutes les feuilles s'é- P^nouissent. Il faut se lever matin pour se promener ^vant l'ardeur de midi. Aussi faisons-nous depuis ^elques jours des courses à cheval avant déjeuner; quand je dis courses, je ne vais plus qu'au pas, ^^étantmal trouvé d'une allure plus vive. Ou bien, <^<toune ce matin, je me promène entre deux rangs de jeunes cyprès sur la terrasse qui termine le jardin et borde la mer, un livre à la main que je quitte souvent pour mes rêveries. Je repasse dans ma mémoire mes promenades semblables sur cette ter- ^^sse de Pagny où vous veniez souvent me rejointe. Ne pensez pas que de tels souvenirs et les sen-

timents qui les ont produits s'affaiblissent : des jours aussi heureux et aussi purs ne s'effacent pas de la mémoire. Ce qui était en germe s'est développé; de grands objets, des pensées profondes et trop souvent douloureuses, des devoirs effrayants me réclament et m'absorbent. Je n'en suis pas moins toujours le même. Mais tous nous sommes ou trop blâmés ou trop loués. On m'écrase en ce moment par les espérances exagérées qu'on place en moi. Quel secours à de si grands maux que la faible voix d'un convalescent ! Toutefois, chère maman, adressez à Dieu vos bonnes prières : que pour quelque temps encore il prête un corps à mon âme, l'exprei sion à mes pensées et le souffle à mes paroles. 1 m'est témoin que je n'en veux user que pour gloire, pour le salut du Roi et de mon pays.

Je compte sous peu aller faire une tournée daim. ^ le voisinage français, à Grasse, à Hyères, à vingt cinq ou trente lieues d'ici. Envoyez toujours me^s lettres au ministère, elles me parviendront. Je gagne ce que je puis de temps pour retrouver à Pa.ris le beau temps et la chaleur; mais j'y veux êti*e pour la loi des élections.

Au revoir, chère maman; je vous embrasse du meilleur de mon cœur. Faites toutes mes tendresses à mon père.

C'est une semaine de réparations, et je paye mes dettes : voilà une réponse pour Thérèse. J'ai reçu de bonnes nouvelles d'Hyacinthe.

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