M. de la Boulâye à M. de Serre
Paris, mercredi IS «rril 189^.
Samedi la commission des pétitions, je veux dire es élections , arait arrêté de rejeter le projet du cnvemement et de députer MM. Laine, Royer et oy vers le président du Conseil pour lui déclarer : • cette détermination; 2** qu'il y avait quelque hose à faire ; 3® qu'on indiquait trois nouvelles mmes de discussion. On était bien dans l'intention te ae s'engager que condltionnellement ; mais Royer enait à son idée, l'une des trois , de faire élire, Imus les arrondissements par les électeurs, un cerftia nombre de leiu*s frères, qui, réunis au cheffeu, y auraient choisi les députés. Royer écrivit le ixnancbe à M. de Richelieu. J'emportai la lettre le sA»et je l'envoyai lundi matin. Réponse subite et dnâez-vous pour le mardi. Mais lundi, après la %«QGe, la commission assemblée, Foy et Courvoi- ^ ayant reçu les ordres de la gauche, calcul fait ^ l'importance pour le parti d'établir la discussion ^ une loi de quarante et tant d'articles, on revint Oor la délibération du samedi, et l'on décida que xm s'excuserait le plus poliment possible de ne HEiuit accepter le rendez- vous. Royer vint chez M. le hsé de Richelieu le lundi soir porteur de ces douces Paroles. Je les laissai causer et je sus ensuite par
M. le duc de Richelieu ce qu'il savait bien que je savais d'avance. Royer est rapporteur; il n'est pas pressé de paraître et sait bien que le gouvernement ne le laissera pas parler, et je l'ai engagé à se faire, du moins, un mérite de sa lenteur. Pendant tout le cours dès travaux de la commission, Royer n'a cessé de me vanter la raison, la tolérance, l'envie, le besoin de conciliation des Foy, des Daunou, etc. lia triomphé en fin de cause sur la proposition unanimement votée d'entrer en conférence. Maintenant il faut en rabattre ; il faut reconnaître qu'on ne transige pas avec un parti qui a levé Tétendard de la révolte, qui veut vaincre et qui se croit sûr delà victoire ; il faut avouer que l'on sert, que l'on est subjugué lorsqu'on ne combat pas ; mais quels pénibles aveux ! Nous n'en sommes pas là.
Vous jugez bien la position. Vous seriez ici que vous ne verriez, que vous ne diriez pas mieux. On revient sans cesse sur ces vieilles généralités : la nécessité est la reine des maîtres et des sujets, il faut la subir; on ne peut pas changer l'étet delà société ; les lois ne sont rien ; le gouvernement est tout. Mais qu'entendez-vous par lé gouvernement? leur dis-je ; des hommes sans doute. Où sont-ils, ces sauveurs des peuples, ces arbitres de nos destinées? Les lois ne sont rien? Pourquoi donc armezvous vos ennemis de lois avec lesquelles ils vous détruisent? La nécessité ? Je la reconnais, mais déjà si puissante, ne la rendez donc pas plus terrible encore; ne la convertissez pas en fatalité, n'( faites pas une cause de mort.
Où croyez-vous que Ton arrive après beaucoup <ie discussions de ce genre? A créer seize gentilshommes de la chambre, à faire dix à douze ministres, à briser toute relation avec le côté droit et à bien pis encore. Ça fait pitié, et je n'ose pas le dire, n ne s'agit pas, au surplus, dans tout ceci, des opinions d'un seul homme, mais des opinions de plusieurs.
Voici une lettre pour la belle Excellence. Je suis à ses pieds, et je serre vos mains dans les miennes.